L’éternité c’est compliqué

Jennifer L. Armentrout · Chapitre 11 sur 42

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L’éternité c’est compliqué

Chapitre 8

 

 

Oh, mon Dieu !

Je restai complètement figée, les yeux rivés sur le message. Il était dehors ? Pas dehors, devant chez… ?

La sonnette résonna au rez-de-chaussée. Je me retournai vivement et inspirai tellement fort que je faillis m’exploser les poumons.

Oh, c’est pas vrai.

Le cerveau en pagaille, je me précipitai hors de ma chambre et descendis l’escalier à la volée, pieds nus. Sous le coup de l’excitation, je manquai ouvrir la porte d’un coup, sans réfléchir.

Mais je n’étais pas stupide.

Dressée sur la pointe des pieds, je jetai un coup d’œil à travers le judas et me mordis les lèvres. Je ne voyais que des cheveux et des épaules.

C’était Rider. Il était vraiment là.

Je serrais toujours mon portable dans ma main. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Toutefois, je rassemblai mon courage et ouvris la porte.

Rider se tourna. J’avais les yeux à hauteur de son torse.

— Je commençais à croire que tu n’allais pas m’ouvrir.

Je relevai la tête, et alors un cri étranglé m’échappa. Tendant la main vers lui, je l’attrapai par le bras et le tirai à l’intérieur. Il referma lui-même la porte derrière nous.

— Ton visage… (Je resserrai ma prise sur son avant-bras.) Qu’est-ce qui s’est passé ?

Les sourcils froncés, il toucha la blessure ouverte au-dessus de son sourcil gauche. Du sang avait séché autour de la coupure et des bleus avaient commencé à apparaître tout autour.

— Ça ? Oh, c’est rien !

Je le dévisageai.

— Pour moi, ça n’a pas l’air de « rien ».

— Ne t’en fais pas.

Après avoir observé le hall d’entrée, il se libéra de ma prise de fer, mais au lieu de s’écarter, il entrelaça nos doigts.

— Je pensais que tu allais me demander comment j’avais trouvé ta maison. Je suis assez fier de moi, sur ce coup-là.

Bien sûr, j’étais curieuse de l’apprendre, mais je m’inquiétais surtout de la deuxième cicatrice qu’il risquait d’avoir au visage.

— Rider, ton front…

Il baissa les yeux et serra ma main plus fort en souriant.

— Tu m’as dit que tu vivais à la Pointe, alors, j’ai pris le métro jusqu’au centre-ville et j’ai continué à pied. Je n’ai pas eu de mal à trouver. (Avec son autre main, il toucha les fausses fleurs qui ornaient le vase posé sur la desserte de l’entrée.) J’ai cherché ta voiture. J’ai eu de la chance qu’elle soit garée dehors. En fait, c’était plus de la chance qu’autre chose.

Chanceux ou pas, il était blessé et cela me rendait malade. Je le guidai vers le salon.

— C’est quoi, ces fringues ? me demanda-t-il en me suivant.

J’écarquillai les yeux. J’avais oublié que j’étais en pyjama et que les vêtements en question ne cachaient pas grand-chose.

— Je… je me préparais pour aller au lit.

Quand il essaya de hausser les sourcils, il grimaça de douleur.

— À 19 heures ?

— 19 h 30, marmonnai-je.

Une fois dans le salon, il laissa son regard s’attarder sur les plantes en pot devant la baie vitrée, puis sur la télévision dernier cri et la bibliothèque intégrée. Lorsqu’il reporta son attention sur moi, ses yeux descendirent le long de mon corps et je sentis un frisson me parcourir, suivi d’une chaleur à faire tourner la tête. Ce mélange de sensations avait un drôle d’effet sur certaines parties de mon anatomie.

Nos regards se croisèrent.

Le sien brillait de la même intensité que la veille. La température de la pièce devint soudain insupportable. J’avais du mal à respirer.

Il fit un pas en avant.

Il me tenait toujours par la main.

— Je n’aurais pas dû venir ici.

— Pourquoi ?

Quand il pencha la tête sur le côté, je vis que le col de son tee-shirt était déchiré. Mon cœur se serra tandis qu’il secouait la tête et me lâchait la main. De peur qu’il ne parte, je franchis la faible distance qui nous séparait encore.

— Assieds-toi.

Rider ne semblait pas savoir quoi faire.

— Assieds-toi, répétai-je. S’il te plaît.

Il regarda derrière moi, hésitant, puis poussa un coussin sur le canapé avant de s’asseoir.

— Et maintenant ? me demanda-t-il avec des yeux que je connaissais si bien et qui étaient pourtant très différents.

— Reste ici.

Lorsqu’il s’adossa au canapé et reporta son attention sur la bibliothèque, je me dépêchai de quitter le salon.

Dans la salle de bains du rez-de-chaussée, je rassemblai du désinfectant et du coton en essayant de ne pas m’inquiéter ni de penser à Carl et Rosa. Je savais que s’ils rentraient en avance, j’aurais des ennuis, surtout après notre conversation de la veille. Même si Rider faisait pratiquement partie de ma famille, j’ignorais comment ils réagiraient en découvrant un garçon chez eux. C’était sans doute l’une des choses dont ils ne s’étaient jamais souciés.

Moi non plus, d’ailleurs.

Quand je retournai dans le salon, Rider n’avait pas bougé. Je respirai doucement et contournai la table basse. En voyant ce que je rapportais, il eut un sourire en coin.

— Je vais bien, Souris. Je te le jure.

Je haussai les épaules et me plaçai entre ses jambes et la table.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

— J’ai eu… quelques ennuis. C’est tout, me répondit-il en passant une main sur sa mâchoire. Je ne veux pas que tu t’inquiètes pour ça.

Après avoir ouvert la bouteille de désinfectant, j’humidifiai un morceau de coton et posai la bouteille sur la table. La puissante odeur me monta au nez.

— Tu… tu as toujours minimisé les choses. Et tu le fais encore.

Son sourire s’élargit, faisant apparaître sa fossette. Puis il soupira et avança légèrement en écartant les jambes. Tout à coup, ses mains se posèrent sur mes hanches et je manquai faire tomber le bout de coton. Le souffle court, je le laissai m’aider à m’asseoir sur la table basse. L’intérieur de ses jambes frôlait l’extérieur des miennes. Le contact de son jean rêche contre ma peau nue faisait bouillir mon sang dans mes veines.

— C’est mieux ? me demanda-t-il en me regardant à travers ses cils baissés.

Je clignai les yeux sans comprendre, avant de me rendre compte que, dans cette position, j’avais plus de facilité à atteindre sa blessure. Ses mains glissèrent de mes hanches et battirent en retraite vers ses cuisses, si proches des miennes.

Me penchant vers lui, je nettoyai la coupure avec douceur. Quand il hoqueta de douleur, je reculai vivement.

— Ça va, affirma-t-il.

Je réessayai. Cette fois, il resta impassible.

— Tu vas me dire… ce qui t’est arrivé ?

Quelques secondes passèrent en silence. Je baissai les yeux vers lui.

— Ça me rappelle le bon vieux temps, dit-il en me regardant à son tour. (Il se détourna, la mâchoire crispée.) Enfin, presque.

Le rouge aux joues, je changeai de coton. Rider avait raison. Par le passé, je l’avais aidé plusieurs fois à panser ses blessures. Au début, j’étais très jeune et inexpérimentée, puis, petit à petit, c’était devenu une sorte de routine.

La seule différence était qu’en m’observant, un peu plus tôt, son regard s’était attardé sur ma poitrine. Avant, il ne l’aurait jamais fait. Il ne m’avait jamais considérée comme une fille.

Sans doute parce que mes seins avaient seulement commencé à pousser deux ans plus tôt.

Tout en le soignant, je repensai à la voiture aux vitres teintées que j’avais vue dans le parking la veille et à ce que Keira m’avait dit. Rider se trouvait-il dans cet état à cause de mauvaises fréquentations ? Allait-il avoir une cicatrice au-dessus de chaque sourcil ? Cette idée ne me plaisait pas du tout.

— Pourquoi est-ce que tu as séché ?

— Je devais m’occuper de certaines choses.

— Ce n’est pas une réponse. (Comme il ne s’expliquait pas davantage, je tentai une approche différente.) Est-ce que tu es… prudent, Rider ?

Il tourna la tête vers moi. Je faillis lui mettre le coton dans l’œil.

— Je l’ai échappé belle, murmura-t-il en m’attrapant le poignet. (Il me prit le coton des mains et le jeta sur la table basse.) Je suis prudent. Je le suis toujours.

Je secouai la tête.

— Tu t’es toujours mis en danger pour…

— Souris…

— Pour moi. Tu n’as jamais hésité. (La colère remplaçait petit à petit l’inquiétude.) Tu ne t’es jamais demandé… ce qui pourrait t’arriver.

Il pencha la tête en arrière pour me regarder dans les yeux.

— Je savais ce que je faisais.

— Tu… (La gorge nouée, je me laissai envahir par une vague de souvenirs nauséabonds.) Tu t’es fait battre à ma place. Tu…

— Souris, me coupa-t-il d’une voix douce. Je savais très bien ce que je faisais. Et c’est toujours le cas.

Était-il en train d’avouer qu’il avait pris des coups destinés à quelqu’un d’autre ? Il n’avait pas besoin d’en dire plus. J’avais compris. Encore une fois, il avait voulu protéger une personne plus fragile.

— Tu es maso, ou quoi ?

Il me dévisagea longuement avant d’éclater de rire. Sa voix rauque me fit frissonner.

— Bonne question.

— Ce n’est pas drôle.

Je voulus me dégager, mais il me retint par le bras. Lorsque nos regards se croisèrent, les mots remontèrent le long de ma gorge comme un geyser.

— Je n’aime pas te voir blessé. Ça n’a pas changé.

— Je ne suis plus blessé, dit-il à voix basse. Regarde, tu m’as soigné.

Ma poitrine se gonfla de nouveau, mais cette fois, la sensation était différente. Comme un ballon qui se remplissait.

— C’est pour ça que tu es venu ici ?

Il ne répondit pas tout de suite.

— Je ne sais pas. Je crois que tu me manquais. On était tout le temps ensemble pendant… dix ans, et puis… je t’ai perdue. Mais maintenant, tu es là. (Il posa son autre main sur la mienne.) J’ai du mal à y croire. Il y avait très peu de chances pour qu’on se revoie un jour et pourtant on est ici, tous les deux.

Tous les deux…

— Il me reste combien de temps avant que… comment ils s’appellent, déjà ? Carl et Rosa ? Oui, c’est ça. Il me reste combien de temps avant qu’ils rentrent ?

— Je ne sais pas. Peut-être une heure ?

Mes mains paraissaient très petites entre les siennes.

Il me sourit encore, de ce sourire contenu.

— Ça m’étonnerait qu’ils soient ravis de me trouver ici.

— Pourquoi tu dis ça ?

Il haussa les sourcils.

— Arrête-moi si j’ai tort, mais ils ne doivent pas avoir l’habitude de trouver un garçon qu’ils ne connaissent pas assis sur leur canapé.

Je levai les yeux au ciel.

— Non, hein ?

Rider m’attira à lui et je me redressai pour le laisser faire. Je me retrouvai assise à côté de lui, son bras sur mes épaules, lovée contre son flanc.

— Les garçons qu’ils connaissent, par contre… me taquina-t-il.

Comme il m’avait lâché les mains, je ne savais pas quoi faire avec. Alors je les croisai sur mes genoux.

— Je n’ai jamais amené de garçon ici.

Rider se tendit, puis tourna la tête pour me regarder.

Avais-je parlé à voix haute ? Fermant les yeux, je soupirai.

— Je vais… Je crois que je ferais mieux de me taire.

Il ricana.

— Mais non. J’aime t’entendre parler.

Assise ainsi avec lui, j’avais l’impression d’avoir un pied dans le passé et un autre dans le présent. Les sensations que j’éprouvais en sa présence n’étaient plus les mêmes. Si la télévision avait été allumée, on aurait sans doute ressemblé à n’importe quel couple dans le monde.

Sauf qu’on n’était pas ensemble.

Il fallait à tout prix que je me mette ça dans la tête.

— Tu n’as pas, euh, raté grand-chose en cours. On a simplement lu des exemples de… discours pédagogiques.

— Vous avez dû vous amuser.

Quand nos regards se croisèrent, je détournai la tête.

— Où étais-tu, Rider ?

Il resta silencieux et fit remonter ses doigts le long de mon bras. Sa main glissa sur ma peau nue, jusqu’à mon épaule. On aurait dit que c’était un geste inconscient de sa part, pourtant de la chair de poule se forma sur ma peau, comme si elle pourchassait la caresse.

— Hector et moi, il fallait qu’on parle à des gens.

Je le regardai de nouveau dans les yeux.

— Vous parlez avec vos poings ?

Un sourire désabusé étira ses lèvres.

— Ça nous arrive. (Il posa la main sur mes cheveux attachés.) Le frère d’Hector… il est jeune. Jayden n’a que quinze ans et parfois il fait encore plus jeune. Mentalement, du moins. Il s’attire toujours des tas d’ennuis.

Je le dévisageai. Certaines choses ne changeraient pas. C’était sans doute inscrit dans son caractère.

— Tu l’aides à s’en sortir ?

— J’essaie, murmura-t-il en appuyant la tête contre le coussin. (Ses yeux se voilèrent tandis qu’il jouait avec mes cheveux. Je ne comprenais pas ce qu’il faisait.) Bref. On a discuté hier. On s’est assurés que Jayden irait en cours aujourd’hui. Ce soir, ça ne s’est pas aussi bien passé.

Oh, mon Dieu ! J’avais envie de le prendre dans mes bras et de le frapper en même temps.

— Rider…

— Tu aurais imaginé qu’on serait assis là, tous les deux, un jour ? me demanda-t-il.

— Tu changes de sujet exprès, rétorquai-je.

— Évidemment. (Il m’adressa un sourire espiègle.) Alors, tu l’aurais imaginé ?

— Non, admis-je, la gorge nouée. Je n’aurais jamais cru… te revoir. Mais je l’espérais.

— L’espoir ne nous a jamais menés à rien, pas vrai ?

Je secouai la tête. Avec une enfance comme la nôtre, on apprenait rapidement la dure réalité des choses. L’espoir et l’ambition n’avaient été que rêves et fantasmes.

Rider continuait de jouer avec mes cheveux et bientôt, il défit mon chignon. Mes cheveux tombèrent sur mes épaules en vagues ondulées.

— Je les préfère détachés, dit-il. (Le rouge aux joues, il baissa la main. Ses doigts effleurèrent mon bras.) Mais leur ancienne couleur orange me manque. C’était plus facile de te repérer dans la foule.

— Merci…

Il rit.

— OK, je mens. Je te repère toujours aussi facilement. Même à un kilomètre, ajouta-t-il comme s’il venait d’y penser.

— Parce que je suis plus petite que… tout le monde, rétorquai-je.

Son regard parcourut mon visage avec le plus grand sérieux.

— Non, ce n’est pas pour ça. (Les sourcils froncés, il baissa les yeux vers mes mains.) Comment se sont passés tes trois premiers jours d’école ?

Seulement trois jours s’étaient écoulés ? J’avais l’impression que ça avait été plus long. Je haussai une épaule.

— Ça va.

— Ce n’est pas très convaincant.

Lorsque je levai les yeux vers lui, je pensai soudain à Paige. Aussi m’écartai-je pour mettre de la distance entre nous. Comment avais-je pu l’oublier ? La visite impromptue de Rider m’avait prise au dépourvu. Son apparence également. Mais ce n’était pas une excuse.

Tandis que je l’observais, des centaines de questions me traversaient l’esprit. Je me demandais entre autres pourquoi il était venu chez moi au lieu de se rendre chez Paige.

Mon cœur s’emballa. Une partie de moi ne voulait pas parler d’elle. Si je ne disais rien, cela rendrait les choses moins réelles, mais… pour quoi faire ? Même si on ne mentionnait jamais Paige, ça ne changeait pas la réalité. Il avait une copine. Nous n’étions que des amis.

— Tu… Tu as une petite amie, pas vrai ?

— Quoi ? (Rider m’observa un moment avant de secouer la tête.) Pourquoi tu me dis ça maintenant ?

C’est vrai que je sautais du coq à l’âne, mais ça m’était égal.

— C’est… la fille du cours d’expression orale.

Rider continua de me dévisager.

— Tu parles de Paige. Oui, on sort ensemble.

Les mains posées sur mes genoux, je lui souris d’un air gêné.

— C’est… C’est génial.

Les lèvres pincées, il détourna la tête.

— On se connaît depuis un bout de temps. Hector et elle sont amis depuis l’école primaire. Alors elle est toujours avec nous, tu vois ?

Je ne voyais pas, mais je pouvais imaginer.

— Et elle est cool. Pas coincée du tout, continua-t-il. (Je me demandai si moi il me trouvait coincée.) Avec elle, je n’ai pas à en faire des tonnes. On a commencé à sortir ensemble au printemps. (Il s’arrêta pour me regarder.) Comment est-ce que tu l’as su ? Elle est venue te parler ?

Oups. Hors de question de le mettre au courant de notre conversation. Serrant les poings, je tentai de me convaincre que ce n’étaient pas mes affaires.

— Pas du tout. J’ai deviné en… vous voyant, le premier jour.

Il haussa les sourcils.

— C’est-à-dire ?

Détournant la tête, je regrettai de ne pas m’être tue.

— Elle était très… tactile avec toi.

— Ah. (Il marqua une pause.) Je te touche beaucoup, mais ce n’est pas pour ça qu’on est ensemble.

À ces mots, un courant d’air glacial se répandit dans ma poitrine. Il avait raison. Et il n’avait pas cherché à me faire du mal en exposant les faits, mais le froid qui m’envahissait était très douloureux.

— Ce que je veux dire, reprit-il en me donnant un petit coup d’épaule, c’est que toi et moi, on a toujours été comme ça.

— C’est vrai, murmurai-je en retrouvant le sourire.

Quand je relevai la tête vers lui, on se regarda longuement dans les yeux. Au bout d’un moment, il eut l’air inquiet.

— Elle ne t’a rien dit de méchant, j’espère ?

— Pourquoi… Pourquoi tu dis ça ?

Il eut un sourire en coin.

— Elle… Disons que Paige est une dure à cuire.

Mon cœur se serra de nouveau. Évidemment que Paige était une dure à cuire. Comme lui. Paige n’avait pas hésité à me remettre à ma place. Si les rôles avaient été inversés, je n’aurais pas osé dire quoi que ce soit.

— Elle n’est pas toujours très tendre avec les gens.

Je haussai les épaules.

Son regard se fit inquisiteur.

— Elle t’a dit quelque chose ? Je peux lui en toucher deux mots, pour qu’elle sache que…

— Non ! m’exclamai-je. (Le volume de ma voix me surprit moi-même. J’avais pratiquement crié.) Ce n’est pas la peine.

Il n’avait pas l’air convaincu.

— Mallory…

— Ça va. (Je glissai jusqu’au bord du canapé et renversai les bouts de coton propres posés sur la table basse.) Elle ne m’a rien dit. Tu n’as pas à lui faire la morale.

Je me retournai pour appuyer mes propos. Même si j’appréciais son désir de me protéger, je ne pouvais pas dépendre de lui. Pendant quatre ans, je m’étais débrouillée sans lui et je ne voulais pas revenir en arrière. Ce serait céder à la facilité.

— Je ne veux pas faire ça comme ça.

— Comment tu veux le faire ? me demanda-t-il avant de masser son front autour de sa blessure. (Ses lèvres s’étirèrent en un semblant de sourire.) Ne réponds pas.

Je ne voyais pas ce qu’il voulait dire. Un peu perdue, je le dévisageai avec l’impression d’être passée à côté de quelque chose d’important.

— Je devrais y aller. Je ne veux pas t’attirer des ennuis.

Il glissa lui aussi au bord du canapé.

Avant que j’aie eu le temps de protester, il me prit le visage entre ses mains. Mon souffle s’arrêta quelque part entre ma poitrine et ma gorge. Se penchant en avant, il déposa un baiser sur mon front qui me fit fondre de l’intérieur. Mes paupières se fermèrent d’elles-mêmes tandis que ses lèvres s’attardaient contre ma peau, et lorsqu’il s’écarta, je fus incapable de bouger.

Une éternité s’était sans doute écoulée lorsque je rouvris enfin les yeux. Ses iris marron et dorés étaient rivés sur moi et il avait les lèvres entrouvertes. Je m’éclaircis la voix.

— Je peux… te raccompagner, si tu veux.

Il m’examina de la tête aux pieds.

— Pas la peine. Je me débrouille.

Après m’être levée, je le suivis jusqu’au hall d’entrée. La main posée sur la poignée, il se tourna vers moi.

— Je suis content que tu m’aies ouvert la porte.

Mon sourire tremblait.

— Je suis contente que… tu m’aies envoyé ce message.

Rider pencha la tête sur le côté.

— C’est vrai ?

Je hochai la tête, peut-être trop vite… mais voir sa fossette apparaître, c’était comme gagner au loto. On se regarda de nouveau dans les yeux. Je n’avais pas envie qu’il parte. Alors je me jetai sur lui, comme pendant le déjeuner que nous avions partagé au lycée. Les mains accrochées à ses bras, je me mis sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur la joue. Le contact fut bref et je n’eus pas l’impression de dépasser la moindre limite. Pourtant la sensation de sa peau sous mes lèvres me secoua de la plus étonnante des façons.

— Sois prudent, murmurai-je en reculant.

Le sourire de Rider s’effaça de son beau visage. Quelques secondes s’écoulèrent avant qu’il ne reprenne la parole.

— Toujours, Souris.

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