L’éternité c’est compliqué

Jennifer L. Armentrout · Chapitre 36 sur 42

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L’éternité c’est compliqué

Chapitre 33

 

 

Je ne savais pas quoi faire.

Enfin… Je savais qu’il fallait que je rentre à la maison pour faire face aux conséquences de mes actes, mais en ce qui concernait Rider, je n’en avais pas la moindre idée. Je voulais lui parler et en même temps je n’en avais pas envie.

Pour le moment, je ne voulais pas qu’il s’inquiète pour… des histoires de relation. Le garçon qu’il considérait comme son frère avait été assassiné. Il n’avait pas besoin de se préoccuper en plus de moi et de ce qui se passait entre nous.

Et puis j’avais peur d’entendre ce qu’il avait à dire.

Peur de ce que j’allais ressentir.

Visiblement, il n’avait pas eu besoin de moi.

Je grimaçai. Penser de cette manière ne servait à rien. C’était amer et douloureux. La sensation me déchirait le cœur car au moment où j’avais eu l’occasion de lui rendre la pareille, d’être présente pour lui, quelqu’un d’autre avait été plus rapide. Même si c’était ridicule, je ne pouvais m’empêcher d’éprouver tout ça. Mes sentiments étaient bien réels.

Quelque part, j’avais l’impression d’avoir raté le coche.

Lorsque je rentrai à la maison, juste avant le dîner, je m’attendais à ce que Rosa et Carl me sautent dessus.

Ce ne fut pas le cas.

La porte de la bibliothèque était fermée et j’entendais quelqu’un bouger dans la cuisine. Sans doute Rosa. J’hésitai devant l’escalier. Je savais qu’il aurait mieux valu que je me rende dans la cuisine pour en finir rapidement avec toute cette histoire.

Au lieu de quoi, je gravis les marches et m’enfermai dans ma chambre. Après avoir sorti mon téléphone, je posai mon sac sur le bord de la fenêtre. J’avais reçu un appel pendant que je conduisais. Cette fois, Rider m’avait appelée de son propre portable. Il m’avait laissé un nouveau message.

L’estomac noué, je portai le téléphone à mon oreille et l’écoutai. Un silence puis :

— Et merde !

Rider ne dit rien d’autre. Le message était terminé.

Les yeux rivés sur l’écran, je m’assis sur la fenêtre. Mon ventre me faisait mal. Je me mordis les lèvres.

J’aimais Rider.

Seigneur.

J’étais amoureuse de lui.

Je savais que c’était la vérité. Mon cœur se gonflait d’amour et d’espoir chaque fois que je le voyais. Quand j’étais avec lui, j’en oubliais le monde autour de nous. Sa façon de me regarder, toujours si intense, me coupait le souffle. Et il suffisait qu’il m’effleure pour me faire frissonner. Je l’aimais parce que avec lui… je pouvais être moi-même. Je n’avais pas à être parfaite ou à m’inquiéter de ce qu’il pensait, parce qu’il m’acceptait comme j’étais.

Et ça me terrifiait.

J’avais peur qu’il me brise le cœur. Rider tenait à moi. Il m’aimait comme une amie d’enfance. Mais j’ignorais s’il ressentait la même chose que moi. Il y avait une différence entre aimer quelqu’un et en être amoureux, et il n’avait jamais dit être amoureux de moi. Il avait fait et dit beaucoup de choses… mais n’avait jamais prononcé ces mots-là. Le voir avec Paige m’avait fait tellement souffrir que j’avais du mal à le verbaliser. Et ça, c’était un sentiment familier. Je me sentais mal, j’étais nerveuse, comme si j’avais oublié de faire quelque chose, mais que je ne pouvais rien faire.

Et un cœur brisé serait bien pire.

Je ne voulais pas le perdre. Mon Dieu. Il y avait tellement de façons de perdre quelqu’un. Je ne voulais pas le décevoir. Je ne voulais pas non plus qu’il me déçoive.

Agitée, je me levai et me dirigeai vers la porte. Je m’arrêtai avant de l’ouvrir. Où comptais-je aller ? Si je descendais, je devrais faire face à Carl et Rosa.

Alors je battis en retraite vers mon lit.

Je n’allai pas parler à Carl et Rosa.

Je n’appelai pas Rider.

Comme la Mallory de douze ans, je fis ce que je faisais de mieux.

Je me cachai.

La journée allait être longue.

C’était la seule chose à laquelle je pensais en entrant dans l’enceinte du lycée. Jayden ne viendrait pas me voir à mon casier. Il n’apparaîtrait pas non plus à notre table ou à la cantine pour flirter avec toutes les filles et voler leurs frites et j’imaginais que tout le monde parlerait de ce qui s’était passé le samedi.

Je montai les escaliers pour me rendre à mon casier. J’avais mal partout. Le pull épais que je portais ne pouvait réchauffer le froid qui me glaçait jusqu’aux os. J’avais à peine dormi la nuit précédente et Rosa l’avait sans doute senti car, quand je l’avais vue au petit déjeuner, elle m’avait seulement recommandé de m’habiller chaudement en prévision de la neige. Quelque part, son hésitation à me parler était plus inquiétante qu’une confrontation en bonne et due forme. Je mourais d’envie de faire la sieste, mais je me résignai à ouvrir la porte de mon casier.

— Souris.

Je sursautai vivement avant de me retourner. Lorsque je posai le regard sur Rider, toutes mes pensées s’envolèrent.

Il avait l’air… épuisé. Des cernes noirs étaient apparus sous ses yeux. Ses cheveux étaient en bataille comme s’il n’avait pas arrêté d’y passer les mains et on devinait l’ombre de sa barbe. Je mourais d’envie de le prendre dans mes bras, de le réconforter, car ses yeux noisette étaient emplis d’une tristesse infinie.

Je ne bougeai pas.

Rider avança sans se soucier des personnes qui essayaient de passer.

— On peut discuter ?

Mon cœur s’emballa.

— J’ai…

— Tu as cours, je sais. (Il s’approcha davantage. Nos chaussures se touchaient.) Je ne pouvais pas attendre midi. Enfin, si. J’attendrai. Mais je voulais être sûr que tu me laisses une chance de m’expliquer.

J’ouvris la bouche sans savoir ce que j’allais répondre. Les paroles qui s’en échappèrent me surprirent.

— On peut discuter maintenant, si tu veux.

— Maintenant ? (Son soulagement était flagrant.) Tu veux bien qu’on aille ailleurs ?

Je hochai la tête, puis fermai la porte de mon casier. Je n’avais pas la moindre idée de ce que je faisais. La veille, je n’étais pas prête à parler avec lui. Je ne l’étais pas davantage aujourd’hui et quitter le lycée était une très, très mauvaise idée.

Mais je devais le faire.

Rider me dévisagea un instant, comme s’il ne me croyait pas. Je n’y croyais pas moi non plus. Pourtant, on se mit en route côte à côte. On marcha sans s’arrêter jusqu’à ce que l’air froid s’abatte sur nous et que l’on atteigne ma voiture, à contre-courant de la marée d’élèves. Personne ne nous arrêta. Personne ne nous regarda de travers. On monta dans la voiture et quand je mis le contact, j’allumai aussitôt le chauffage. Je ne m’autorisai pas à réfléchir à ce que j’étais en train de faire ni aux problèmes que cela risquait de me causer si le lycée appelait Carl et Rosa.

Lorsque je me tournai vers Rider, je me rendis compte qu’il ne portait qu’un tee-shirt à manches longues et un jean. Il n’avait pas de manteau.

— Tu n’as pas froid ?

Son regard caressa mon visage.

— Je ne sens rien du tout.

Détournant les yeux, j’enclenchai la marche arrière et sortis de la place de parking.

— On va où ?

— On peut aller chez Hector, me proposa-t-il. Il n’y a personne. Ils sont tous chez sa tante.

Sa formulation me fit tiquer.

— Pourquoi… tu ne dis jamais que c’est chez toi ?

Il ne répondit pas. Quand je tournai la tête vers lui, je vis qu’il avait les yeux rivés sur sa vitre, la mâchoire crispée.

— Rider, insistai-je. Tu… tu voulais parler. Alors parlons.

— Je voulais parler de ce que tu as vu hier, rétorqua-t-il.

Mon estomac se noua davantage.

— Et moi, je voudrais parler de ça en premier.

Rider posa la tête contre le siège. Pendant quelques secondes, il resta silencieux.

— Je… Je n’ai pas l’impression d’être chez moi, Mallory. Ce n’est pas ma maison.

Je restai concentrée sur la route.

— Comment ça ? C’est ta maison.

— Non. Toi, tu as une maison. Tu es présente partout. Dans le salon, dans la cuisine. Dans ta chambre, m’expliqua-t-il. Moi, je ne fais que dormir dans la mienne.

Je me sentis mal à l’aise.

— C’est à cause de Mme Luna ?

— Non. (Il soupira.) Bien sûr que non, mais je ne suis pas… Je suis juste un gamin parmi tant d’autres que Mme Luna a recueillis chez elle. Je ne suis pas son petit-fils. Dieu sait que je ne remplacerai jamais Jayden. Et même s’ils sont accueillants, après le lycée, j’aurai dix-huit ans. Je ne leur rapporterai plus rien. On n’est pas de la même famille. Je ne suis qu’une bouche supplémentaire à nourrir. Je ne dois pas l’oublier. Je ne dois jamais l’oublier.

Je comprenais ce qu’il ressentait, surtout après ce que Carl m’avait dit la veille, mais je crois qu’il sous-estimait Mme Luna. Qu’il se sous-estimait lui-même.

— Ce n’est pas grave, ajouta-t-il.

— Si. C’est grave.

Je ralentis et jetai un coup d’œil dans sa direction. Il était toujours tourné vers la vitre, les doigts posés dessus. Je pris une grande inspiration avant de mettre des mots sur ce que je pensais réellement.

— Je ne crois pas… que tu te rendes compte de l’affection que te portent Hector et Mme Luna. Que te portait Jayden. Je crois que tu ne penses pas la mériter. C’est pareil pour tes dessins et les écoles d’art… ou la fac. (De plus en plus sûre de moi, je serrai le volant avec davantage de force.) Tu as décidé que tu n’en valais pas la peine avant que quelqu’un d’autre le fasse.

Seul le silence me répondit.

Je sentais le regard de Rider sur moi. Plusieurs secondes s’écoulèrent ainsi.

— Arrête de raconter n’importe quoi ! C’est toi qui me dis ça ? Je te rappelle qu’hier, c’est toi qui as décidé que je n’en valais pas la peine.

J’eus le réflexe de nier, mais j’en étais incapable. Alors je rassemblai mon courage pour répondre honnêtement :

— Je sais. Tu as raison. Mais moi non plus.

— Comment ça ?

Son ton était dur.

— Parce que moi aussi, je pense que je n’en vaux pas la peine, admis-je. (Mes joues me brûlaient, mais je continuai.) Je sais ce que ça fait.

— Mallory…

Je secouai la tête comme pour repousser les émotions conflictuelles qui m’envahissaient, tous mes besoins et mes envies.

— C’est la vérité. Je fonctionne de cette manière. Je ne le fais pas exprès. Ou peut-être que si, finalement. C’est plus facile d’avoir peur de tout.

— Pourquoi ? (Sa voix s’était radoucie.) Pourquoi est-ce que c’est plus facile ?

Un sourire triste étira mes lèvres. Tout à coup, je regrettai de ne pas être restée à la maison, cachée sous ma couette.

— On ne peut pas échouer si on n’essaie pas. Mais ça, tu le sais très bien.

Rider jura dans sa barbe, mais ne dit rien d’autre. Lorsque je me garai à quelques centaines de mètres de la maison, je ne coupai pas le moteur. Finalement, discuter n’était peut-être pas une bonne idée.

Le bruit de la ceinture de Rider résonna dans l’habitacle. Je me tournai vers lui.

— On devrait peut-être… parler plus tard.

— Quoi ? (Il se figea, la main sur la poignée.) Non. Pas après ce que tu viens de dire. Tu n’abandonneras pas avant d’avoir essayé. Pas après m’avoir accusé de faire la même chose.

Il n’avait pas tort, mais j’hésitai quand même.

— On est déjà là, de toute façon. Alors autant entrer pour discuter.

L’envie de fuir, au lycée ou à la maison, était pressante. Je n’arrivais pas à croire que j’avais séché les cours pour aller chez Rider… dans une maison dans laquelle il ne se sentait pas chez lui.

— D’accord, murmurai-je.

Rider attendit que je prenne mon sac et que je sorte avant de m’imiter, comme s’il craignait que je ne m’échappe. Je le suivis le long des maisons. Le vent froid soulevait mes cheveux et me faisait frissonner.

Quand on entra à l’intérieur, tout était silencieux. Cette fois, l’air sentait davantage la citrouille que la pomme. Sans réfléchir, je regardai le mur derrière le canapé. Mes yeux se posèrent aussitôt sur une photo de Jayden. Elle avait été prise à Noël, sans doute l’année précédente. Il était debout devant un sapin illuminé et souriait à l’objectif tout en tenant devant lui un drapeau portoricain.

Ma poitrine se serra si fort que je crus que mon cœur allait s’arrêter. Je n’arrivais pas à croire qu’il nous avait quittés.

En observant les autres photos, je me rendis compte qu’il y en avait de Rider. Autant que celles d’Hector et de Jayden, comme s’il faisait partie de leur famille.

Parce qu’il faisait partie de leur famille.

C’était la première fois que je les remarquais, mais Rider, lui, vivait ici. Comment faisait-il pour ne pas les voir ?

Rider ne se dirigea pas vers la cuisine. Il monta directement à l’étage. Je le suivis dans cette chambre où il passait si peu de temps.

Quand il alluma la lumière, mes yeux se posèrent aussitôt sur Le Lapin de velours . Le livre était sur la table de chevet. Je laissai tomber mon sac par terre.

Rider s’assit sur une chaise, devant un bureau impeccable qu’il n’avait sans doute jamais utilisé.

— La batterie de mon téléphone est morte, samedi soir, me dit-il. (Je me tournai lentement vers lui.) Tu t’en souviens ? On en avait parlé ? Avant que… Avant tout ça, elle n’était déjà qu’à dix pour cent.

Je m’assis au bord du lit.

— Je n’ai pas filtré tes appels. Je comptais emprunter un portable à quelqu’un, mais ici, c’était l’enfer. Certains voulaient aller se venger auprès de Braden et Jerome, et j’essayais… j’ai empêché Hector d’y aller, parce que je ne pouvais pas… (Il s’éclaircit la voix.) Je ne peux pas le perdre, lui aussi.

— Je savais que tu étais occupé. Le fait que tu ne me répondes pas ne m’a pas inquiétée. Je… Je suis venue ici parce que je voulais être présente pour toi. J’en avais besoin. C’est pour ça que je suis venue.

— Je ne savais pas que Paige serait là. (Il me regarda dans les yeux.) Je te le jure, je n’en avais pas la moindre idée. (Il marqua une pause, puis respira profondément.) Elle était bouleversée. Paige connaît Jayden et Hector depuis des années. Ils n’arrêtaient pas de se chamailler, mais ils tenaient beaucoup l’un à l’autre.

Je fermai les yeux. Je comprenais. Vraiment. Les frères et sœurs se disputaient sans doute de la même manière. Paige était beaucoup plus proche de Jayden que moi. J’avais de la peine pour elle. Mais ça ne changeait rien à ce que j’avais ressenti lorsque je l’avais vue avec Rider.

— Elle a dû s’endormir après moi, reprit-il. On n’était pas dans cette position, au début.

— Je… Elle était allongée contre toi, comme si vous aviez fait ça des centaines de fois, murmurai-je. J’ai paniqué et je suis partie. Je ne pouvais pas rester.

— Ça t’a fait du mal, dit-il.

Baissant les yeux, je hochai la tête.

— Je ne m’attendais pas à ça. Je voulais juste être là pour toi.

— Et j’aurais voulu que tu sois là, moi aussi, répondit-il avant de se lever. (Je le suivis des yeux. Il se passa la main dans les cheveux.) Je te voulais près de moi et en même temps, je préférais que tu restes éloignée de ce qui se passait… de ce qui aurait pu se passer. Tu as vu ce qui est arrivé à Jayden.

— Toi aussi.

— Oui, mais je…

— Il n’y a pas de « mais » qui tienne. Ça n’a été… facile pour personne. Surtout pas pour quelqu’un qui le considérait comme un frère. (Rider s’arrêta à un mètre de moi. Avoir cette conversation maintenant me paraissait déplacé.) Je ne veux pas que tu penses à nous pour l’instant. Jayden…

— … aurait compris qu’on doit s’expliquer, me coupa-t-il. Tu es tout pour moi. Quand Hector m’a réveillé et m’a dit que tu étais repartie… Merde. Mon cœur s’est arrêté. Je suis désolé, Mallory. Je t’en prie. Pardonne-moi. Je me suis endormi pendant qu’on parlait de Jayden. Je n’avais pas dormi de la nuit et je ne devais pas m’être assoupi depuis longtemps quand tu es arrivée. Ce n’était pas prévu. Je te le jure. Il ne s’est rien passé entre nous. Je ne te ferai jamais ça, et Paige le sait parfaitement. (Il s’assit sur le lit, tourné vers moi.) Elle sait ce que je ressens pour toi. Bon, ça m’étonnerait qu’elle nous envoie une carte pour nous féliciter… (Son sourire disparut aussi vite qu’il était apparu.) Mais elle sait.

Mon cœur battit plus fort.

— Qu’est-ce que… tu ressens pour moi ?

— Je croyais que c’était évident.

— Disons que j’ai besoin que tu me le dises clairement.

Il releva les yeux et plongea son regard dans le mien.

— Je peux faire ça pour toi.

— OK.

Je me penchai vers lui.

— Après ton départ, je n’ai jamais cessé de penser à toi. Pendant quatre ans. J’espérais que tu avais trouvé un bon foyer, mais je ne pouvais rien faire de plus. Je ne m’attendais pas à te croiser au lycée. Je ne m’autorisais même pas à espérer. Mais tu étais là, et te revoir après tout ce temps… ça m’a coupé le souffle. Tu étais exactement comme dans mes souvenirs, et en même temps, tu étais différente. Tu as grandi comme je l’avais imaginé quand nous étions plus jeunes, et quand tu as prononcé mon nom… quand tu m’as pris dans tes bras, j’ai su. (Rider posa la main sur la mienne.) J’ai su que j’allais tomber amoureux de toi et c’est ce qui s’est passé. Je suis amoureux de toi, Mallory.

Un hoquet de surprise m’échappa.

— Quoi ?

— Je t’aime. Et pas de la façon dont je t’aimais quand nous étions plus jeunes. Paige le sait. Hector aussi. Même Jayden était au courant. Je suis amoureux de toi.

Oh, mon Dieu !

Immobile, je laissai ses paroles m’imprégner, s’insinuer dans mes pensées les plus profondes, dans ma peau, dans mes muscles et jusque dans mes os.

Rider Stark était amoureux de moi.

Ma réaction me surprit moi-même.

Je me jetai sur lui et le serrai dans mes bras. Tout à coup, je me retrouvai assise sur ses genoux sans savoir comment j’étais arrivée là. Pendant un long moment, on se contenta de cette étreinte. J’avais envie de pleurer. De rire. De faire des tas de choses.

Comme l’embrasser.

Alors, je le fis.

Lorsque je relevai la tête, il comprit tout de suite ce que je voulais et me le donna. Nos lèvres s’effleurèrent et je me perdis en lui, en moi. Nos souffles se mélangèrent. Nos mains explorèrent.

Je voulais tout ça. J’en voulais plus.

Je me sentais bien. Le samedi précédent, je n’étais pas prête, mais à présent je l’étais. J’ignorais ce qui me rendait si sûre de moi, si audacieuse, alors que j’étais encore hésitante deux jours plus tôt… mais ces deux jours avaient été l’équivalent d’une éternité. Peut-être était-ce à cause de ce qui s’était passé ce week-end, du triste sort de Jayden. Parce que j’avais vu une vie s’éteindre. Cela me donnait envie de vivre plus fort, de faire de nouvelles expériences. Ou peut-être était-ce à cause de ce qui s’était passé après. De ma dispute avec Carl et Rosa grâce à laquelle j’avais compris que je n’étais pas parfaite, que je ne pouvais pas l’être. Savoir que je pouvais faire des erreurs avait quelque chose de libérateur. Surprendre Rider avec Paige m’avait forcée à admettre mes sentiments pour lui. Je n’avais pas pu détourner les yeux. Ou peut-être était-ce à cause de la conversation à cœur ouvert que nous venions d’avoir. Parce qu’il m’avait dit qu’il était amoureux de moi.

Dans tous les cas, je savais à l’intérieur de moi que c’était ce que je voulais.

Je l’embrassai sans me poser de questions inutiles. Je goûtai ses lèvres et sa langue tout en glissant mes mains le long de son torse. Son cœur battait très fort. Mon corps ondulait au-dessus du sien. La sensation, grisante, me donnait la chair de poule. Je passai la main sous son tee-shirt, sur son ventre nu. Quand il trembla, un sentiment de satisfaction intense m’envahit. Je voulais le toucher plus. Ressentir encore plus.

Reculant légèrement, j’attrapai les pans de mon pull. Son regard voilé suivit le mouvement de mes mains. Lorsque je retirai le vêtement et le fis tomber par terre, il en resta bouche bée.

— Bon sang… (Sa voix était rauque. Enrouée.) Mallory, tu es…

— Quoi ? murmurai-je.

Mon corps brûlait pour deux raisons différentes.

— Tu es magnifique. (Ses yeux se posèrent sur la dentelle fine de mon soutien-gorge.) Je n’aurais jamais cru te voir comme ça un jour. Tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureux. Tu es magnifique, Mallory.

Mon cœur se gonfla tellement que je crus que j’allais m’envoler.

— Mais je crois que… (Sa prise se resserra sur mes hanches.) Je crois qu’on… devrait arrêter.

Arrêter était la dernière chose dont j’avais envie. Le désir vibrait dans mes veines. Je pressai mes hanches contre les siennes. Son grognement me fit frissonner.

— Je n’ai pas envie.

— Mallory. (Il prononça mon prénom comme une prière, comme une malédiction, et remonta ses mains le long de mes flancs.) On a tous les deux vécu une expérience traumatisante. Je ne veux pas que tu le regrettes.

— Je ne regretterai rien. (Je posai mon front contre le sien.) Je suis prête. Pour toi. (Mes doigts agrippèrent son tee-shirt.) J’en ai envie. Je t’aime. Je suis amoureuse de toi.

Je ne sais pas quelle phrase le fit changer d’avis, mais soudain, sa prise se resserra sur ma taille et je me retrouvai allongée sur le dos, sous lui et sous ses lèvres. Ses baisers étaient passionnés. Entêtants. Et je compris ce qu’il essayait de me dire.

Rider était prêt, lui aussi.

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