L’éternité c’est compliqué

Jennifer L. Armentrout · Chapitre 19 sur 42

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L’éternité c’est compliqué

Chapitre 16

 

— Mallory, tu peux descendre, s’il te plaît ?

Le son de la voix de Carl me noua l’estomac. Il était rentré en premier à la maison et m’avait appelée à l’instant où il avait passé la porte. Je consultai mon réveil du regard. Il était presque 21 heures. J’aurais voulu faire semblant de dormir car je savais qu’il ne me réveillerait pas, mais cela aurait été lâche de ma part. C’était moi qui avais fait le choix de sortir avec Rider et Hector.

Après m’être levée du lit, je descendis les escaliers en me recoiffant. Dans ma poitrine, mon cœur battait trop fort. Je ne comptais pas mentir. Si Carl me demandait avec qui j’étais, je lui dirais la vérité. Parce que même si ça paraissait niais, ils méritaient la vérité.

Mais j’étais morte de peur.

Carl était dans la cuisine. Il était en train de sortir une bouteille de jus de fruits du frigo et il portait encore sa blouse.

— Je ne vais pas tourner autour du pot, Mallory. J’ai été surpris quand Rosa m’a envoyé un message pour me dire que tu allais manger avec des amis, après le lycée.

Croisant les bras sur ma poitrine, je le regardai prendre un verre dans le placard.

— C’est si étonnant que ça ?

Surpris par ma question, il tourna la tête vers moi.

— Si ça avait été avec Ainsley, non. Ça fait quatre ans que tu vis avec nous et c’est la seule personne avec laquelle tu te sentes à l’aise. (Il s’interrompit et se servit un verre de jus rouge rubis.) Tu n’as pas répondu quand je t’ai appelée.

— Je… j’étais en train de conduire, mentis-je. Et après, j’ai oublié. Quand je suis rentrée à la maison, j’ai fait mes devoirs.

Cette partie n’était pas un mensonge. Je le regardai refermer la bouteille. Il n’avait pas l’air de douter de mes dires.

— Tu étais avec qui ? me demanda-t-il.

J’étais tentée de lui mentir, mais en même temps je n’en avais pas envie. C’était étrange. Je me mordis l’intérieur de la joue et me préparai à l’inévitable.

— J’étais… avec Rider.

Carl tourna la tête tellement vite dans ma direction que j’eus l’impression de revoir une scène de L’Exorciste.

— Rider ? répéta-t-il.

Je me crispai de la tête aux pieds. J’eus du mal à hocher la tête. Ma respiration se bloqua dans ma gorge qui, elle, se nouait de plus en plus.

— Rider et un ami… Hector. On est allés au Firehouse.

— Le Firehouse Grill ? demanda-t-il en fronçant les sourcils. Ce n’est pas un quartier très bien famé, Mallory.

Je ne trouvais pas que ce soit un mauvais quartier non plus.

— On a mangé des hamburgers et… je suis rentrée. C’est tout. C’était… sympa.

Carl but une gorgée de jus tout en m’observant.

— Qui est Hector ?

Tandis que je dressais le portrait d’Hector, le mécontentement de Carl grandit.

— Il est très gentil. Il travaille chez McDonald’s et il a un petit frère qui s’appelle Jayden qui est très drôle. Leur grand-mère, Mme Luna, a accueilli Rider chez elle. (Je me dandinai d’un pied sur l’autre.) On est ensemble en expression orale. Rider va m’aider…

— Il va t’aider à préparer ton discours ?

Carl paraissait dubitatif.

Je hochai la tête, avant d’ajouter :

— Oui. Il… Il sait que j’ai du mal avec ce genre de choses, et même si je n’ai pas à parler devant toute la classe, il faut que je m’entraîne. On va travailler là-dessus jeudi, après les cours.

On aurait dit qu’il avait cessé de respirer.

— Tu as accepté sans nous en parler au préalable ?

Oups.

— Je ne pensais pas que c’était important. J’ai besoin d’aide.

— Et Ainsley ne peut pas le faire ?

Re-oups .

— Rider est dans ma classe… c’est plus logique de m’entraîner avec lui.

— Et cette Keira dont tu m’as parlé ? rétorqua-t-il aussitôt. Elle n’est pas en expression orale ?

Et merde.

Il se rappelait ce détail. Évidemment. Mais moi, j’avais une raison valable de ne pas demander son aide à Keira.

— Ce serait… trop gênant pour moi. Rider sait comment… je suis.

Carl ouvrit la bouche, avant de la refermer et de poser son verre sur le plan de travail. Il comprenait ma logique.

— Cette situation ne me ravit pas. Cela fait des années que tu n’as pas vu ce garçon. Et pourtant, tu vas manger avec lui et il t’aide à étudier.

Ma gorge était sèche.

— C’est mon ami… c’est normal, non ?

— Pas pour toi.

Touchée en plein cœur, je fis un pas en arrière. Pas pour moi. Jamais pour moi. L’euphorie que j’avais ressentie après avoir envoyé un message aussi normal à Rosa m’avait quittée. Bien sûr que cela ne pouvait pas durer. Parce que les choses normales n’étaient pas pour moi.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire, se reprit-il rapidement. (Il posa la main sur mon épaule.) Pardon. Je ne voulais pas te blesser. Mais tu ne le connais pas, Mallory. Tu ne le connais plus.

— Si, insistai-je. (Repoussant ma peine, je relevai la tête pour le regarder dans les yeux.) C’est… quelqu’un de bien.

— Je ne dis pas le contraire. (Carl baissa la main et soupira. Il décrocha son bipeur de sa ceinture.) Et j’espère que c’est le cas. Mais on ne connaît jamais vraiment les gens, même pas les membres de sa propre famille. Les gens te montrent seulement ce qu’ils veulent. Ne l’oublie jamais.

Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire. Enfin, je saisissais le sens général. Après tout, M. Henry et Mlle Becky avaient trompé les services sociaux pendant des années, mais Carl… Qu’est-ce qu’il savait de tout ça ?

— J’aimerais que tu te montres prudente, Mallory, reprit-il.

Je souris.

— Promis.

Carl me dévisagea un instant avant de hocher la tête.

— Où comptez-vous étudier, jeudi ?

Je haussai les épaules.

— Ici ?

Il fronça de nouveau les sourcils.

— Je ne suis pas certain d’aimer l’idée de te savoir seule ici avec lui, dit-il. (Dieu merci, je me retins de lui dire que Rider était déjà passé à la maison lorsqu’ils avaient été absents.) En même temps, je n’aime pas l’idée de te savoir seule avec lui tout court.

Je me figeai.

— Parce que c’est lui ?

Il secoua la tête, un léger sourire aux lèvres.

— Non, ce serait le cas avec n’importe quel garçon, Mallory.

Mes joues s’empourprèrent.

— On va étudier, c’est tout. En plus, il a une copine, tu t’en souviens ?

Quand je prononçai ces mots, ma poitrine s’embrasa. L’espace d’un instant, je repensai au baiser que Rider avait déposé sur mon front avant d’avouer qu’il n’aurait pas dû faire ça.

Non, il n’aurait pas dû. Même si son geste avait été chaste, cela n’avait pas été une bonne idée.

— Je sais.

Il se pinça l’arête du nez.

Plusieurs secondes passèrent en silence. Je commençais à me sentir mal à l’aise.

— J’ai encore des devoirs, lui dis-je.

Carl baissa la main.

— Ne te couche pas trop tard. (Alors que je me retournais, il m’arrêta.) Merci de m’avoir dit la vérité.

Mon cerveau souffrit d’un léger court-circuit, parce que je lui avais menti à propos du coup de fil, mais je m’efforçai de sourire. Puis je courus jusqu’à ma chambre. Carl m’avait remerciée, mais il était clair qu’il n’était pas content de savoir que je voyais Rider. Peut-être parce que c’était un garçon, tout simplement.

J’espérais que c’était le cas. Je ne voulais pas que Carl en veuille personnellement à Rider car je ne comprenais pas ce qu’il aurait pu lui reprocher. En vérité, je ne connaissais pas très bien ce Rider. Carl avait raison sur ce point. Mais je savais qu’il n’était pas très différent du Rider que j’avais aimé enfant.

J’en étais persuadée.

Le lendemain, après le cours d’expression orale, Rider me raccompagna à ma voiture. Toutefois, il n’était pas très bavard. J’ouvris la portière arrière et posai mon sac sur la banquette. Je me demandai si son silence avait un rapport avec ce qui s’était passé entre lui et Paige et le baiser sur mon front qu’il regrettait sûrement. À moins que ce ne soit à cause de l’absence de Paige aujourd’hui.

Clés en main, je fermai la porte et lui fis face. Il s’écarta et m’ouvrit la portière. Je le remerciai dans un murmure avant de m’installer au volant.

— Au fait, me dit-il, les yeux rivés sur le bitume. Pour jeudi… (Quand il leva la tête vers moi, l’oxygène déserta mes poumons.) C’est toujours bon, Souris ?

Je répondis aussitôt malgré mon estomac noué. Je hochai la tête.

— Oui.

Un sourire étira ses lèvres.

— C’est vrai ? (Il avait l’air surpris. Je ne comprenais pas pourquoi et je n’avais pas envie de repenser à la conversation que j’avais eue avec Carl la veille.) Super. J’ai hâte d’y être.

Moi aussi. Mais ces deux petits mots restèrent bloqués dans ma gorge gonflée par l’excitation et la nervosité. Rider voulait passer du temps avec moi. Mince. C’était un code rouge. Il fallait que je parle à Ainsley tout de suite.

Le sourire aux lèvres, Rider enfonça une main dans la poche de son jean.

— Alors, d’accord.

— D’accord, réussis-je à articuler.

Il était sur le point de se retourner lorsqu’il s’arrêta. Comme la veille, il se pencha vers moi et déposa un baiser sur mon front. Cette fois encore, je ressentis la caresse de ses lèvres au plus profond de mon corps. Mon cœur se serra, tout comme mon ventre.

Quand il se redressa, il recula et tapa son cahier contre son jean.

— À demain.

Et contrairement à la veille, il ne sembla pas regretter son geste.

Lorsque je rentrai à la maison, un parfum épicé m’attira dans la cuisine. Mon ventre gargouilla et je crois que je me mis à baver en voyant les enchiladas couvertes de fromage qui refroidissaient sur le plan de travail.

Du queso fait maison. Mon préféré.

Posant mon sac par terre, je m’approchai de Rosa qui mettait la table. Je passai mes bras autour de sa taille et me serrai contre son dos.

Rosa se retourna en riant.

— C’est le queso qui te fait cet effet ?

Hochant la tête, je me dégageai et reculai. Mon ventre gargouilla de nouveau quand Carl apporta le plat sur la table. J’aurais pu tout manger à même le plat.

— Bonsoir, me dit Carl en jetant la manique qu’il avait utilisée dans un tiroir. Comment c’était, le lycée ?

— Bien.

Après m’être lavé les mains, je sortis un soda du frigo. Mon choix de boisson fit grimacer Carl, mais il ne dit rien. Tant mieux. Parce qu’il aurait dû me passer sur le corps pour me prendre ce Coca des mains.

Le sourire aux lèvres, Rosa repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille.

— Il y a aussi de la salade. N’oublie pas d’en manger.

De la salade ? Pourquoi aurais-je mangé de la salade alors qu’il y avait des enchiladas au bœuf couvertes de fromage ? Sérieux. Mon expression me trahissait sans doute car, tout à coup, le saladier se rapprocha de mon assiette.

Lorsque je m’assis à ma place, une pensée terrible me vint à l’esprit. Un repas chaud attendait-il Rider quand il rentrait de l’école ou du garage ? Hector avait dit que sa grand-mère travaillait. Les garçons devaient-ils se débrouiller seuls ?

Rosa détacha deux enchiladas et les posa sur mon assiette. Connaissait-il ce genre de repas ? Lui servait-on des plats préparés avec amour ? Ce soir-là, les enchiladas n’avaient pas le même goût que d’habitude. La conversation de Rosa et de Carl, la chaleur et la familiarité de la scène, tout me paraissait amplifié par le sentiment d’être incroyablement chanceuse. Bien sûr, je le savais depuis que Carl était entré dans ma chambre d’hôpital, mais aujourd’hui, j’avais l’impression que… je ne m’en souvenais pas assez souvent.

J’avais beaucoup de chance.

— Tu as regardé les papiers que j’ai posés dans ta chambre ce matin ? me demanda Carl.

Des papiers ? Les pensées les plus folles me traversèrent l’esprit avant que je ne me rende compte qu’il parlait des brochures des départements de biologie et de bio-ingénierie de l’université du Maryland. Comme je ne les avais pas encore lues, je secouai la tête.

Les yeux plissés, Carl attrapa son verre.

— Tu es déjà acceptée, donc tu as du temps devant toi, mais il est important que tu choisisses un domaine à étudier. Il faut que tu y réfléchisses sérieusement.

Étant donné que j’avais encore plusieurs années pour réfléchir à une spécialité, je trouvais que je m’en occupais déjà assez comme ça.

— Il faut que tu imagines déjà la ligne d’arrivée, reprit-il. Les matières que tu vas choisir maintenant décideront de ton avenir.

J’écarquillai les yeux. Cela paraissait si catégorique.

— Les deux premières années de fac sont cruciales. Ce sont elles qui te permettront d’intégrer l’université de médecine George Washington et les programmes de recherche.

Rosa sourit comme elle le faisait toujours quand elle parlait de George Washington. Elle y avait étudié. Tout comme Carl. Cela avait également été le projet de Marquette : aller à l’université du Maryland, puis entrer à George Washington.

— Intégrer une école de médecine ou de sciences ne sera pas facile. C’est pour ça qu’il faut commencer à y réfléchir bien avant la première année.

Mal à l’aise, je baissai les yeux vers mon assiette. Quand j’essayais de m’imaginer en train d’étudier la bio-ingénierie ou la chimie, cela me donnait de l’urticaire. Je savais que j’en étais capable. J’aimais croire que j’étais assez intelligente, mais… ça ne m’enthousiasmait pas.

Le silence retomba sur la table. C’est Rosa qui le brisa en premier.

— Je peux te poser une question, ma chérie ?

Je hochai de nouveau la tête.

Elle posa un bras sur la table et se pencha vers moi.

— C’est vraiment ce que tu veux faire ?

Mon cœur se serra soudain dans ma poitrine. C’était la première fois qu’ils me posaient la question. Et je ne savais pas quoi répondre, parce que je l’ignorais. Si je ne suivais pas ce plan, que me restait-il ? Qu’avais-je envie de faire de ma vie ? Je savais que je voulais aider les autres, que je voulais faire un travail qui ait du sens, parce que c’était grâce à ce genre de personnes que j’avais eu une seconde chance et que je ne voulais pas la gâcher. Mais passer sa vie dans un laboratoire n’était pas la seule manière d’aider les gens. Il y avait aussi le métier de policier, de psychologue, d’assistant social, de professeur, de…

Assistant social.

La sensation que je ressentais au creux de mon ventre ressemblait à de l’excitation. Moi, assistante sociale ? Je clignai une fois les yeux, puis deux. Maintenant que j’y pensais, cela me paraissait logique. J’avais grandi dans le système et j’avais envie de l’améliorer. Ce serait un travail très difficile, mais qui en vaudrait la peine si je réussissais à éviter qu’un enfant endure ce que Rider et moi avions vécu, si je parvenais à lui faire comprendre qu’il était bien réel, désiré et aimé. Mes journées auraient un sens. Ma vie aussi.

— Évidemment que c’est ce qu’elle veut faire ! s’exclama Carl en riant. On n’a jamais parlé d’autre chose.

Rosa haussa un sourcil.

— Si c’était ce qu’elle voulait, elle se serait jetée sur les brochures.

Carl plissa les yeux.

Je me dandinai sur ma chaise.

— Je… Ça m’intéresse, mais j’aimerais me renseigner sur… d’autres choses.

Il ne paraissait toujours pas convaincu.

— Comme quoi, Mallory ?

Je serrai ma fourchette entre mes doigts.

— Le métier d’assistante sociale, peut-être ?

— Assistante sociale ? (Carl rit encore une fois.) Tu ne seras jamais capable de rembourser le prêt étudiant nécessaire à ce diplôme.

Je pinçai les lèvres. Rosa, elle, lui adressa un regard noir.

— Quoi ? dit-il en secouant la tête. Tu ne penses pas qu’elle est sérieuse, quand même ? De toute façon, il faut qu’on te parle de quelque chose.

Je découpai un gros morceau d’enchilada avant que la conversation abandonne les études pour s’orienter vers un sujet que j’aurais préféré éviter.

— Carl m’a dit pour demain, annonça Rosa tandis que je fourrais une énorme fourchette d’enchilada dans ma bouche. (Les yeux écarquillés, je me figeai. Le deuxième round était sur le point de commencer.) Je pense que… c’est une bonne idée.

Ah.

Je jetai un coup d’œil à Carl. Il était en train de donner des coups de fourchette dans son enchilada comme s’il la poignardait.

— Mais j’ai une faveur à te demander, poursuivit-elle en reculant sa chaise. (Je me figeai, la fourchette à mi-chemin de ma bouche.) La prochaine fois, essaie d’organiser ça un soir où l’on est à la maison.

Seigneur.

Rosa me sourit. Carl continua de massacrer sa nourriture. Je terminai de porter la fourchette à ma bouche. Bon. Le deuxième round avait été évité de justesse.

Après le repas, je débarrassai la table et rangeai les restes au frigo. Ils seraient encore meilleurs le lendemain, quand je… oh, mon Dieu. Quand Rider serait à la maison ! Je ramassai mon sac et me dirigeai vers l’escalier. Carl et Rosa s’étaient installés dans le salon. J’entendais le générique de leur émission télé. Une fois dans ma chambre, j’ouvris mon ordinateur portable et cliquai sur l’icône de ma messagerie instantanée. Ainsley était connectée.

Je lui envoyai un message.

Tu es là ?

Une bulle apparut, suivie de sa réponse.

Toujours.

Je m’assis sur mon lit et posai mon ordinateur portable sur mes genoux.

J’ai besoin d’un conseil.

Je suis ton sensei.

Rider vient à la maison après les cours demain pour m’aider à préparer mon discours et je ne sais pas si je devrais prévoir des sodas et des trucs à manger. (J’hésitai.) Ou d’autres choses.

La bulle réapparut aussitôt.

Attends une minute. Comment ça, Rider vient chez toi demain ?

Je souris car je pouvais imaginer sa tête.

Oui.

Carl et Rosa sont au courant ?

Ma joie s’évapora et mon estomac se noua.

Oui.

Je m’arrêtai un instant.

Carl n’est pas très content, mais Rosa, ça va.

Mallory Dodge !!! Je suis fière de toi ! Tu n’es plus une rebelle. LOL.

Mes doigts volèrent sur le clavier.

Est-ce que je dois prévoir de quoi boire et manger ?

Il y a toujours ce qu’il faut chez vous, alors, je dirais oui.

Ainsley avait raison. Il y avait tout ce qu’il fallait. Ma question était bête. Mais tandis que je relisais son message, je me demandai soudain si c’était une bonne idée de l’amener ici. Peut-être qu’étudier chez moi était trop… intime et pas forcément l’idée la plus intelligente.

Même si Paige s’était mal comportée avec moi, je comprenais pourquoi elle l’avait fait. Et la visite de Rider n’allait qu’empirer les choses.

Je réfléchis aux options qui se présentaient à moi. On aurait pu aller à la bibliothèque. Ils avaient de petites salles privatives. Et au moins, cela aurait résolu le problème des boissons et de la nourriture. Je ne serais pas non plus tentée de me remaquiller. C’était sans doute mieux ainsi. Je n’étais pas très douée pour le maquillage, et de toute façon ma peau n’aimait pas ça. Ainsley, en revanche, aurait pu donner quelques conseils à certaines Youtubeuses beauté.

Satisfaite de ma décision, je me détendis.

Je crois que je vais lui proposer d’aller à la bibliothèque.

Elle ne répondit pas tout de suite.

Euh… Pourquoi ?

Je pense que c’est mieux, écrivis-je au bout de quelques secondes. Sa copine ne serait pas contente de savoir qu’il est chez moi.

On s’en fout de sa copine !

Ainsley !!!

Je rigole, répondit-elle. Mais si c’était un problème, il n’aurait pas accepté en premier lieu.

Ce n’était pas faux.

C’est plus simple d’aller à la bibliothèque.

La bulle réapparut.

Tu es bizarre, mais je t’aime quand même. Bon, j’ai une question à te poser. Une question très sérieuse.

Je haussai les sourcils.

Vas-y.

Est-ce que tu aimes Rider ? Est-ce que tu es amoureuse de lui ?

Mon cœur se serra, mais cette fois pour une raison tout à fait différente. Étais-je amoureuse de Rider ? Ma réaction me trahissait, je le savais, mais le dire à voix haute, ou l’écrire en l’occurrence, rendrait la chose réelle. Après, je ne pourrais plus revenir en arrière.

Et je ne pouvais pas faire ça.

J’aimais Rider. Je l’aimais vraiment, pas de la même façon que lorsque nous étions enfants. Parfois, j’avais l’impression d’avoir toujours douze ans, mais mes sentiments étaient bien plus puissants qu’à cet âge. Et j’avais conscience qu’ils n’étaient pas les bienvenus. Rider avait une copine et cela ne changerait pas de sitôt. Je devais me faire une raison. Je ne pouvais pas faire autrement. Mes sentiments naissants, je devais les garder pour moi.

Personne ne devait apprendre leur existence.

Je soupirai doucement.

Je ne répondis pas. Ainsley, si.

C’est bien ce que je pensais.

J’attendais qu’elle développe, mais elle n’en fit rien. Alors, j’écrivis à mon tour.

Tu es toujours là ?

Une minute ou deux s’écoulèrent, puis la bulle apparut.

Pardon. Ma mère voulait s’assurer que je n’étais pas en train de donner rendez-vous à un mec de trente ans sur Facebook.

Comme je savais qu’elle ne plaisantait pas, j’éclatai de rire.

Un nouveau message d’Ainsley s’afficha.

Envoie-moi un SMS pour me dire comment ça s’est passé, demain. J’aurai besoin d’une distraction dans la salle d’attente du docteur.

Fronçant les sourcils, je lui répondis aussitôt.

Quel docteur ?

Maman m’emmène chez l’ophtalmo pour me faire faire de nouvelles lunettes.

Tu n’en as pas déjà eu de nouvelles l’année dernière ?

Si, mais elles ne sont plus à ma vue. J’ai des yeux de merde, tu sais ? Et puis j’ai aussi besoin de lunettes de soleil. La lumière me tuuuue. Bref. Tout ça pour dire que je vais m’ennuyer. J’attendrai donc tes messages.

Je tendis les jambes.

Je ne suis pas sûre que ce sera très intéressant.

Moi, je crois que si.

Elle ajouta un smiley.

J’en suis certaine, même.

Après lui avoir dit au revoir, je posai mon portable sur le côté et me levai pour aller chercher mon sac. J’en sortis mon téléphone. Tout en me mordant les lèvres, j’envoyai un message à Rider pour lui parler de la bibliothèque.

Je plaçai ensuite mon téléphone sur ma table de chevet et attrapai mon manuel d’histoire pour étudier. Il était presque 21 heures lorsque mon téléphone bipa. C’était un message de Rider.

Pas de problème, m’avait-il répondu.

Je me demandais s’il le pensait vraiment.

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