L’éternité c’est compliqué

Jennifer L. Armentrout · Chapitre 28 sur 42

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L’éternité c’est compliqué

Chapitre 25

 

 

Assise au pied de mon lit, Ainsley serrait le bol de pop-corn contre sa poitrine. Il ne restait plus que des graines au fond, mais elle aimait chercher celles qui avaient seulement explosé à moitié. Je me demandais comment elle faisait pour ne pas se casser les dents dessus.

On était dimanche soir. Cela ne faisait pas encore vingt-quatre heures que Rider et moi nous étions embrassés, que Jayden nous avait interrompus et que nous étions passés du statut d’amis retrouvés à… plus qu’amis.

Petit ami.

Petite amie.

Même si j’avais été présente pendant toute la scène, je n’arrivais toujours pas à y croire. Un rire hystérique remonta le long de ma gorge et je résistai à l’envie de cacher mon visage dans le coussin posé sur mes genoux.

— Attends une minute, dit Ainsley. (Ses yeux bleus étincelaient de joie.) Tu m’as dit beaucoup de choses. À peu près tout, mais il faut que je vérifie un truc. Il a vraiment dessiné un cœur entre vos prénoms ?

Je hochai la tête.

— C’est vrai ? Oh, mon Dieu, Mall ! C’est cucul, mais, en même temps, c’est tellement mignon que je lui pardonne.

Moi aussi, je trouvais ça adorable.

— Je t’avais dit qu’il s’intéressait à toi, reprit-elle en attrapant un maïs à moitié éclaté pour le croquer. Mais il ne s’est pas comporté comme les mecs le font d’habitude. Il n’a pas fait semblant d’être indifférent. Il a été sincère. On dirait un conte de fées !

Je haussai les épaules.

— Je t’assure ! insista-t-elle. (Elle s’interrompit pour mâcher.) Vous avez grandi ensemble et il était un peu ton chevalier servant. Puis on vous a séparés et vous vous êtes retrouvés. Ça n’arrive jamais dans la vraie vie !

— Non, tu as raison, mais… (Je serrai le coussin contre ma poitrine.) Je ne sais pas… quoi en penser.

— Dis-toi que c’est incroyable. Et c’est tout. (Elle lissa une mèche de cheveux derrière son oreille.) Ne te prends pas la tête.

La réalité se rappela à moi.

— Mais Paige…

— Ils sont séparés depuis une semaine. Ce n’est pas comme s’il l’avait quittée à cause de toi. (Elle fit la grimace.) Bon, d’accord. C’est aussi à cause de toi, mais tu ne l’as pas fait exprès. Je doute que Paige le verra de cette façon, mais peu importe. Ce n’est pas ton problème.

Je redoutais le moment où Paige se rendrait compte que Rider et moi étions… ensemble.

— J’ai dit à Rosa ce matin que Rider et moi… on sortait ensemble. Que c’était mon petit ami. (Je rougis.) Elle n’avait pas l’air énervé, mais elle ne m’a pas paru très emballée non plus. Carl, lui, n’a rien dit, mais…

— Mais il le fera et ce sera gênant pour vous deux. Laisse-leur le temps d’encaisser, me conseilla-t-elle sagement. C’est ta première relation amoureuse.

— C’est juste que… Je ne sais pas. J’ai l’impression… qu’il y a autre chose.

Ainsley me dévisagea un instant.

— Arrête de stresser pour Carl et Rosa.

— Je…

— Ne me dis pas le contraire. Tu stresses pour tout. (Elle sourit et je refermai la bouche.) Parfois, tu réfléchis tellement que tu… que tu en oublies de vivre.

Je haussai les sourcils.

Elle baissa la tête vers le bol de pop-corn.

— Ne le prends pas mal, mais il t’arrive de passer à côté de certaines choses parce que tu t’inquiètes de ce que les gens vont penser de toi ou de tes choix.

J’aurais voulu la contredire, mais je savais que c’était la vérité.

— Tu as raison.

Elle avait raison sur toute la ligne. Je m’inquiétais constamment de ce que pensaient Carl et Rosa, Ainsley et même Rider, Keira, Jo, M. Santos… La liste était sans fin.

— Je sais ! s’exclama-t-elle gaiement avant de redevenir sérieuse. C’est triste, cette histoire avec Jayden.

C’était Ainsley tout craché de sauter du coq à l’âne ainsi. Je triturai les coutures de mon pantalon.

— Il était… dans un sale état.

— Je n’ai pas l’impression que Rider soit très impliqué.

Elle posa le bol sur le côté, près de son sac de cours. Elle était venue me voir sous prétexte de passer l’après-midi à étudier. Nous n’avions pas encore ouvert le moindre cahier.

— Mais c’est quand même triste… et ça fait peur, ajouta-t-elle.

Contrairement à elle, je ne doutais pas de l’implication de Rider dans cette affaire. Cela ne me regardait pas, bien sûr, mais j’étais persuadée que si les choses empiraient pour Jayden, Rider n’hésiterait pas à s’en mêler. C’était son caractère. Il fallait qu’il joue les héros, même si pour ça il devait se mettre en danger.

Mon ventre se serra.

J’aimais beaucoup Jayden, moi aussi. Il s’était toujours montré gentil avec moi, même quand il ne savait pas encore qui j’étais. Malheureusement, j’ignorais comment l’aider et si c’était même en mon pouvoir.

— Parle-moi d’Hector. Je veux tout savoir sur lui.

Je penchai la tête sur le côté.

— Je croyais que tu ne l’aimais pas ?

— Ce n’est pas pour ça que je ne veux pas en savoir plus ! répondit Ainsley en souriant.

Je lui rendis son sourire.

— Je ne sais pas grand-chose de lui. Il… travaille à mi-temps chez McDonald’s et il est… gentil.

— Gentil ? (Elle éclata de rire.) Si tu savais ce qu’il a osé dire devant moi… C’est un sale pervers.

Je la dévisageai.

— Mais il est canon, ajouta-t-elle avec un sourire coquin. Il faut l’admettre.

Je hochai la tête.

— Et Todd ? Ça va ?

Elle leva les yeux au ciel.

— Il m’ennuie. Il se la pète. Je n’ai pas envie de parler de lui. Il y a des sujets bien plus intéressants. (Ainsley jeta un coup d’œil à la porte fermée. Carl et Rosa étaient au rez-de-chaussée.) Donc, tu sors avec Rider maintenant. Tu es sa copine… et le bal de l’automne arrive bientôt ! Ce sera ton premier bal !

Je grimaçai.

— On… n’en a pas discuté.

— Maintenant, tu peux le faire !

— Je ne sais pas, répondis-je.

Elle haussa les sourcils.

— Tu devrais au moins lui demander s’il veut y aller. Ce serait normal, dit-elle en baissant la voix.

Je hochai la tête. Cela me plaisait.

— J’ai envie d’être normale.

Elle ouvrit la bouche pour répondre, puis grimaça.

— Euh, attends. La normalité, c’est subjectif. Tu es normale, Mall.

Je plissai le nez.

— Quoi ? Tu ne parles pas beaucoup et il t’arrive de faire des crises de panique, c’est ça ? Et à cause de ça, tu ne serais pas normale ? Il y a des tas de gens qui ont ce genre de problèmes. (Elle leva les mains au ciel.) OK, tu as grandi en famille d’accueil… dans une famille horrible, mais malheureusement, ça arrive. Ce n’est pas pour ça que tu es plus bizarre qu’une autre.

J’allais la contredire, mais je m’arrêtai. Ainsley avait raison. Je n’avais pas eu une enfance ordinaire et je parlais peu, mais ça ne me rendait pas moins humaine.

Ainsley était au courant de beaucoup de choses au sujet de mon enfance. Elle savait que la vie avait été difficile pour Rider et moi. Elle savait également que j’avais été brûlée. Mais j’avais passé certains détails sous silence. J’en avais uniquement parlé au Dr Taft. Carl et Rosa étaient seulement au courant parce qu’ils avaient lu les rapports de police et mon dossier.

Mon regard balaya la pièce, s’arrêtant un instant sur le savon en forme de hibou avant de se poser sur mon bureau parfaitement rangé et le bord de ma fenêtre aménagé en coin lecture. Cette chambre était tellement différente de celle que j’avais occupée dans l’autre maison… Elle était propre, lumineuse et aérée. Je m’y sentais bien.

La bouche sèche, je reportai mon attention sur Ainsley. Pour la première fois, je ressentis le besoin de lui dire tout ce que je ne lui avais jamais raconté. Cette nécessité soudaine me brûlait la poitrine et le ventre.

Je forçai ma langue à se décoller de mon palais.

— Je… J’ai un problème avec le bruit en général et j’ai du mal à parler.

Le rouge me monta aux joues et je baissai les yeux vers mon coussin. C’était difficile de lui expliquer pourquoi je serais sans doute incapable de me rendre au bal.

— Je ne devais pas faire le moindre bruit, parce que M. Henry n’aimait pas ça. Il n’aimait pas grand-chose, mais être silencieuse m’a permis d’éviter… les ennuis.

Ainsley se figea, mais ne dit rien.

Je pris une grande inspiration avant de poursuivre.

— Rider me disait toujours… de « ne pas faire de bruit »… Comme ça, M. Henry ne me trouvait pas quand il avait bu… ou quand j’avais fait une bêtise. Parfois, il se mettait en colère parce que j’avais mangé des biscuits… ou parce que j’avais fait trop de bruit en montant l’escalier. Il n’aimait pas que je parle. Et je… Je crois… Non, je sais que c’est pour ça que je n’aime pas parler et que je n’aime pas le bruit. Le thérapeute qui m’a suivie m’a dit que je souffrais d’un syndrome post-traumatique et de… conditionnement. (Je me sentais plus à l’aise à présent.) Bref. La nuit où… j’ai été brûlée. Il s’est passé autre chose.

Comme Ainsley ne savait pas comment j’avais été brûlée, je le lui expliquai. Les mots avaient du mal à sortir, mais j’y parvins. Malgré le bourdonnement de la télé en fond, la pièce était tellement silencieuse qu’on aurait pu entendre une mouche voler. Je lui parlai de Lapine et de mon amour pour cette poupée que Rider avait volée pour moi. Je lui expliquai que plusieurs semaines auparavant, M. Henry s’était emporté pour une broutille et me l’avait confisquée, tout en la laissant à portée pour me narguer. Je lui dis également que M. Henry avait flanqué Rider dehors, dans le froid, parce que celui-ci avait osé lui demander s’il y avait quelque chose à dîner.

— Il… a jeté la poupée dans la cheminée, lui dis-je en passant mes mains sur le coussin. Je n’ai pas réfléchi. J’ai tendu la main… pour la rattraper. C’est comme ça que je me suis brûlé les bras.

— Oh, mon Dieu, murmura-t-elle.

— Je sais que ça paraît idiot, mais Lapine était… la seule chose qui était à moi. Elle n’avait jamais appartenu à personne d’autre. Alors j’ai paniqué. (Je secouai la tête.) Mais avant ça… j’ai essayé de réveiller Mlle Becky. Elle aimait beaucoup Rider. Alors je me suis dit qu’elle pourrait intervenir.

— Elle n’a rien fait ?

Sa voix était très calme.

Ma gorge me brûlait tellement que j’avais du mal à déglutir.

— Je suis allée… dans sa chambre, alors que je n’en avais pas le droit. Mlle Becky buvait beaucoup. Quand j’étais plus jeune, je croyais qu’elle était malade. Je… suis entrée dans sa chambre. Elle était allongée sur son lit…

Ma respiration se bloqua dans ma gorge tandis que je revoyais la scène dans mon esprit. Des bouteilles vides partout. Mlle Becky sur son lit. Sa poitrine menue qui ne bouge pas. Sa peau d’une couleur étrange, cireuse .

— J’ai cru… qu’elle dormait. Elle dormait beaucoup. Je l’ai appelée, mais comme elle ne répondait pas, je me suis approchée. J’ai essayé de la secouer. (Perdue dans mes souvenirs, j’entendis à peine le hoquet d’horreur d’Ainsley.) Elle ne dormait pas. Elle était… morte dans la journée. Plus tard, j’ai appris qu’elle avait fait une overdose. Un mélange de médicaments et d’alcool. M. Henry ne s’en était pas aperçu. Je suppose qu’elle perdait… souvent connaissance. Il ne s’est pas inquiété.

— Oh, mon Dieu ! répéta Ainsley.

— Je rêve souvent de cette nuit-là, ces derniers temps. Du moment où je l’ai touchée. Je ne sais pas pourquoi. Ça faisait longtemps que je n’y avais plus pensé. Et ça… me perturbe.

— Ça perturberait tout le monde, Mall. Seigneur, ça me traumatiserait de voir un cadavre à l’autre bout de la pièce, alors aussi proche… (Elle replaça ses cheveux blonds derrière son oreille.) Qu’est-ce qui s’est passé après que tu t’es brûlée ?

— Je… J’ai crié. Je crois. Je ne… me souviens pas trop. J’ai recollé les morceaux plus tard, avec ce qu’on m’a raconté. Rider m’a entendue et… est allé chez les voisins. Il a dû frapper à plusieurs portes avant que quelqu’un lui réponde. Ils ont appelé la police. (Je trouvai le courage de continuer.) Lorsque la police a débarqué, M. Henry a ouvert la porte comme si tout allait bien. Il était vraiment fou. Il a terminé en prison pour ce qu’il nous a fait, à Rider et moi. Mais je doute qu’il y soit encore. Je n’y pense jamais, lui dis-je, et c’était la stricte vérité. Je ne sais pas pourquoi, mais… je n’y pense pas.

Lorsque je relevai la tête, Ainsley se jeta sur moi et m’entoura de ses bras avec une telle force que je faillis tomber en arrière. Je n’étais tellement pas habituée à ce genre de marque d’affection que je me crispai. En règle générale, je n’aimais pas qu’on me touche. Mais je me repris rapidement. Son étreinte était chaleureuse. Différente de celles de Carl et de Rosa, ou même de Rider, mais tout aussi agréable.

Je la serrai dans mes bras à mon tour. Je ne savais pas pourquoi j’avais décidé de me confier à elle aujourd’hui, mais j’étais contente de l’avoir fait. Des larmes me piquaient les yeux. Pas des larmes de tristesse, mais de soulagement. J’avais l’impression qu’un poids s’était envolé de mes épaules.

Ainsley s’écarta. Ses yeux brillaient.

— Merci d’avoir partagé ça avec moi.

Je ne savais pas quoi dire et, pour une fois, ça ne me dérangeait pas. Parce que je n’avais rien à ajouter et c’était très bien ainsi.

Le lundi matin, mon cœur battait si vite que j’avais l’impression qu’il allait sortir de ma poitrine et se mettre à courir autour de moi. Aujourd’hui était un lundi comme les autres, pourtant il était également très différent. C’était le premier jour d’école depuis que Rider et moi nous étions mis ensemble et je ne savais pas à quoi m’attendre. Je doutais que les choses changent de manière radicale. Ce n’était pas comme si je portais un badge qui disait « petite amie de Rider Stark », mais marcher jusqu’à mon casier me paraissait différent, et pas seulement parce que Jayden n’était pas là.

Pendant le déjeuner, je m’inquiétai pour lui. Sa peau était couverte d’hématomes et de sang. Je savais d’expérience que, parfois, les os ne se cassaient pas facilement, comme s’ils étaient en titane. Mais à d’autres moments, ils se révélaient aussi fragiles que des brindilles. Jayden avait-il quelque chose de cassé ? Son nez n’était pas beau à voir.

Je grignotai ma salade du bout des lèvres jusqu’à la fin du repas. Je n’aimais même pas la salade, mais le reste était bien pire.

Quand on sortit de la cantine, Keira resta à mes côtés pendant que Jo et Anna ouvraient la marche.

— Au fait, dit-elle en faisant traîner la dernière syllabe, il y a une fête chez Peter ce week-end. Ce sera sympa. C’est une sorte de tradition. Il organise toujours un truc le week-end avant le bal de l’automne et son match. Je voulais juste te dire que tu es invitée et que j’espère que tu viendras.

Je faillis trébucher.

Anna se tourna vers nous.

— Évidemment qu’elle viendra ! Pas vrai, Mallory ?

Je hochai la tête. J’avais peur de gâcher l’instant en parlant. Parce que c’était un grand moment : c’était la première fois qu’on m’invitait à une fête. À une vraie fête.

— Génial, dit Keira en me donnant un léger coup de hanche. Tu peux emmener qui tu veux avec toi. Il n’y a pas de limites.

Je me surpris à hocher la tête. En temps normal, cette invitation m’aurait fait paniquer, mais en vérité, mon estomac s’était noué pour une raison tout à fait différente. Ce sentiment m’accompagna pendant le cours de maths où je n’écoutai pas un mot de ce que racontait le professeur. Lorsque la sonnerie retentit, je me mordis les lèvres pour m’empêcher de sourire comme une folle… en vain. Je glissai mes affaires dans mon sac, puis sortis de la salle de classe, le sourire aux lèvres.

Rider m’attendait.

Il s’écarta des casiers qui faisaient face à la porte et déplia son long corps. Se frayant un chemin à travers la foule, il avança vers moi avec son cahier usé sous le bras gauche. Je me figeai dans mon élan et levai la tête pour le regarder. Mon sourire s’agrandit. Ses cheveux étaient un peu ondulés, comme s’il avait passé la main dedans des dizaines de fois, et retombaient négligemment sur son front.

— Salut, lui dis-je en premier.

Il passa un bras sur mes épaules et se pencha vers moi. Nous étions entourés de tas de personnes, pourtant quand il pressa ses lèvres contre ma joue, j’eus l’impression que nous étions seuls au monde. Il y avait quelque chose de doux et de familier dans ce sentiment.

Il me serra l’épaule.

— Salut.

Mon sourire s’élargit.

— Prête ? murmura-t-il.

Je n’aurais pas pu l’être davantage.

Il fit glisser son bras le long du mien et me prit la main. Ce n’était pas la première fois qu’il le faisait, mais à présent, le geste me paraissait plus intime. Un frisson me parcourut quand il caressa ma paume avec son pouce.

Ça, il ne l’avait encore jamais fait.

Quand on arriva devant la salle d’expression orale, Rider me lâcha et j’avançai devant lui jusqu’à ma place. J’avais posé mon sac par terre et j’étais en train de m’asseoir quand Rider m’embrassa sur la joue.

Le visage en feu, je me tournai vers lui.

Il affichait un sourire satisfait.

— Je n’ai pas pu m’en empêcher. Ta joue m’appelait.

Mon sourire s’agrandit et je m’installai à mon bureau. J’aurais voulu lui dire merci, mais c’était sans doute étrange de le remercier pour ça. De toute façon, je n’arrivais plus à réfléchir de façon cohérente.

Rider souriait tellement que sa fossette était apparue.

Alors je compris que mon silence n’était pas dérangeant. À cet instant, tout était parfait.

Quand la seconde sonnerie retentit, je reportai mon attention sur l’avant de la classe. Au même moment, Paige passa la porte. Mon sourire s’effaça lentement. Ses longues jambes la portèrent jusqu’au fond de la salle.

— Salut, dit-elle à Rider.

Celui-ci lui fit un signe de la tête.

— Salut.

Elle ne m’adressa pas la parole, mais ce n’était pas inhabituel. Tandis que le cours commençait, je me demandai si elle était au courant pour Rider et moi. Mon ventre se serra. Même si je n’étais pas fan de Paige, je me sentais mal pour… elle, parce qu’elle avait l’air de vraiment l’aimer et d’en souffrir. Des couples se séparaient tous les jours. Ce n’était pas facile pour autant. Je ne savais pas comment gérer ces sentiments.

M. Santos nous annonça que notre discours suivant serait un discours persuasif. Je m’attendais à ce que quelqu’un fasse remarquer que je n’étais pas passée au tableau pour le précédent, mais visiblement personne ne s’en était rendu compte… ou alors ils s’en moquaient. J’espérais que ça continuerait comme ça.

À la fin du cours, je rassemblai mes affaires pendant qu’Hector se levait et se tournait vers nous. Derrière lui, je vis Keira s’approcher également. Il allait prendre la parole, mais Paige le prit de court.

— On peut discuter ?

Je n’avais pas à la regarder pour savoir que la question était destinée à Rider. Les lèvres pincées, je me concentrai sur la fermeture Éclair de mon sac. Mon cœur s’emballa. Rider allait-il lui parler ? Était-ce normal ? Avais-je mon mot à dire ?

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Rider au bout d’un moment.

Je relevai la tête. Il se tenait à côté de mon bureau.

Paige se rapprocha tandis qu’Hector se tournait vers Keira. Il lui fit de grands yeux. Celle-ci s’arrêta net.

— Je pensais qu’on pourrait discuter dans un endroit plus tranquille. Peut-être ce soir ? demanda Paige.

— Je travaille, répondit Rider.

Je me levai et passai l’anse de mon sac à mon épaule.

Paige s’humecta les lèvres.

— Après, alors ?

Rider détourna les yeux et se frotta le torse.

— Paige…

— Quoi ? Tu ne peux même plus me parler ? Je croyais qu’on était toujours amis. (Elle croisa les bras.) Les amis, ça discute.

Il ouvrit la bouche, puis la referma. Quelques secondes s’écoulèrent en silence.

— On est amis, Paige. Tu le sais bien.

— Hé, fit Hector en avançant vers elle. Viens avec moi.

Elle ricana.

— Je ne crois pas, non.

— Tu devrais, insista Hector. Crois-moi, tu ne veux pas faire ça ici.

— Faire quoi ? Je veux juste parler à Rider.

— Ce n’est pas grave. (Les mots m’échappèrent et tout le monde se tourna vers moi. Je déglutis.) Euh, ce n’est pas grave… si vous avez besoin de parler. Je vais… à ma voiture.

— Non, attends, dit Rider en me prenant la main.

Le regard de Paige se posa sur nos doigts entrelacés. Ses lèvres roses s’entrouvrirent et elle haussa les sourcils.

— C’est une blague ? (La question était destinée à Rider.) Tu… tu m’as quittée pour elle ?

Oh, Seigneur.

Keira grimaça et s’approcha de nous. Hector ferma les yeux.

— Je n’ai jamais dit le contraire, murmura Rider d’une voix tellement faible que je faillis ne pas l’entendre.

Il serra ma main plus fort.

Quand Paige décroisa les bras, je me crispai. L’espace d’un instant, je l’imaginai faire le tour du bureau pour venir nous étrangler, Rider et moi. Puis elle eut un sourire moqueur et un éclat de rire rauque s’échappa de ses lèvres.

— Bref. Peu importe. Ce n’est pas comme si je ne l’avais pas vu venir dès le début.

J’aurais voulu me cacher, mais ça aurait fait de moi une lâche de la pire espèce. Alors je m’efforçai de me tenir bien droite.

— Je ne sais pas quoi te dire, reprit Rider.

— Pas de problème. Moi, je sais. (Paige releva la tête.) Ne viens pas pleurer quand elle t’aura laissé tomber. Parce que ça arrivera un jour.

Je plissai les yeux et pris la parole sans m’en rendre compte.

— Ça n’arrivera pas.

Paige me regarda et rit encore.

— Si tu le dis. Toi et moi, on sait très bien comment ça va se finir. (Elle me fit un signe de la main avant de se retourner.) Allez, salut.

Pétrifiée, je suivis Paige des yeux jusqu’à la porte. Hector pivota lentement vers nous.

— Eh ben… souffla-t-il. C’était gênant à regarder.

— Je ne te le fais pas dire, murmura Keira.

— Alors imaginez-vous à ma place, dit Rider en soupirant. (Il m’attira contre lui.) Ça va ?

— Oui. (Je clignai les yeux.) Pourquoi… est-ce que ça n’irait pas ?

Rider haussa les épaules. J’allais lui retourner la question, quand les paroles de Paige me revinrent en mémoire. Alors un grand froid m’envahit. Elle avait paru sûre d’elle.

Comme si elle savait que mon histoire avec Rider ne durerait pas.

Comme si, pour nous, l’éternité n’existait pas.

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