Mauvaise compagnie

Laura Lippman · Chapitre 24 sur 39

Pages du PDF

Mauvaise compagnie

Chapitre 22

22

 

 

Gloria Potrcurzski pleura la première fois qu’elle vit sa fille en uniforme. Nancy supposa que c’était parce que son oncle, le frère de sa mère, avait été blessé durant ses toutes premières années de service. Blessé était un bien grand mot. Une balle lui avait effleuré le cou, elle avait juste sifflé à son oreille, ce qui n’avait nécessité qu’un rapide passage aux urgences. Mais l’incident avait beaucoup choqué la famille pendant quelques heures, tandis que la station de radio locale enchaînait les bulletins alarmistes sur un officier « abattu » à Hollins. Dans la famille de Stan Kolchak, tout le monde connaissait son secteur et ses horaires, et tous avaient su de qui il s’agissait. Pourtant, la conclusion heureuse de cette histoire semblait accroître la souffrance que Gloria gardait en mémoire. Aussi, quand elle sanglota devant sa fille en uniforme, Nancy pensa que ses anciennes peurs la submergeaient de nouveau.

— Oh, ma chérie, réussit enfin à articuler sa mère, tu es horrible là-dedans.

C’était vrai, mais Nancy s’y attendait un peu. Depuis son entrée à l’académie, elle avait remarqué que même les actrices dans les différents feuilletons policiers semblaient engoncées et peu naturelles dans les uniformes de police. Et elles avaient l’avantage d’une taille de guêpe, d’un fessier moulé et de l’habitude des costumes. Sur Nancy, qui était de taille moyenne et tout en courbes agréables, la tenue était particulièrement peu flatteuse. Surtout celle d’hiver, avec le pull.

Mais c’était le côté masculin du vêtement qui arracha des larmes à Gloria Kolchak Potrcurzski. Gloria était le seul enfant de sa génération, et le monde qu’elle avait créé pour sa fille unique avait été réactionnaire par sa féminité outrée, papier peint rose et blanc dans la chambre, lit à baldaquin, étagères croulant sous les poupées, fonds illimités pour la garde-robe et la coiffure. Et elle était sur le point de triompher quand, à vingt et un ans, Nancy décida qu’elle n’en pouvait plus de lutter contre sa destinée. Elle changea sa matière principale pour le droit pénal et, près de deux années plus tard, elle se présentait devant sa mère dans la tenue d’un cadet fraîchement émoulu.

— Je n’avais jamais pensé que ma fille deviendrait flic, dit la femme, qui était la fille d’un policier et la sœur de deux autres.

— Ne t’inquiète pas, maman, répondit Nancy. Je passerai inspecteur très vite, et alors je serai en jupe tous les jours.

Elle était le genre de fille à tenir de telles promesses. Sept ans plus tard, alors que samedi cédait sa place à dimanche et que la fête nationale s’effaçait devant le 5 juillet, Nancy portait un chemisier blanc ajusté, une jupe kaki descendant au genou, des bas et des chaussures Easy Spirit. Si ces dernières étaient plus confortables que le modèle réglementaire, elle n’aurait pas aimé les avoir aux pieds pour jouer au basket, comme les femmes dans les vieilles pubs télévisées.

Pas plus qu’elle ne désirait suivre un sentier envahi par les herbes folles et patauger dans un ruisseau pollué au sein d’une obscurité trouée seulement par le faisceau de sa petite lampe torche, mais c’était le métier qu’elle avait choisi.

C’était une nuit chaude, parfumée, de celles qui poussent les vieux de la vieille à renifler la brise et à se demander si la McCormick Spice Co. ne s’est pas soudainement matérialisée à nouveau sur le port. Mais l’odeur planait sur toute la métropole, et c’était plus celle des céréales que des épices. Pour Nancy, le vent tiède chargé d’effluves ranimait des souvenirs de la cuisine de sa grand-mère Potrcurzski – les petits pains fourrés maison levés à l’étouffée, la pâte ouverte des pirojki attendant d’être farcis, un doux parfum de chou. Cuisiné avec art, ce légume dégageait une senteur très agréable. Nancy roula dans cette atmosphère venue de son passé vitres baissées, indifférente à la chaleur, curieuse de savoir si elle retrouverait l’endroit exact, après toutes ces années.

Olivia Barnes était portée disparue depuis quatre jours, presque cinq, avant qu’on n’envoie les cadets de l’académie de police ratisser cette aire de stationnement au coin sud-ouest de Leakin Park. On avait retrouvé un sans-abri qui poussait le landau d’Olivia, l’utilisant à la place du chariot de supermarché habituel pour transporter l’improbable collection d’objets de rebut qu’il estimait précieux. Inévitablement, l’individu, qui était légèrement dérangé, fut traité en suspect, mais il répéta sans varier d’un iota qu’il avait découvert le landau dans la ravine, celle d’un ruisseau creusée par la sécheresse de l’été. Peu de temps après, un bus jaune de ramassage scolaire véhiculait les cadets de l’académie au coin sud-ouest du parc. Nancy faisait partie de l’expédition.

Peu de promotions accomplissaient leur formation sans ratisser Leakin Park au moins une fois. C’était un exercice d’entraînement classique, qui commençait généralement par la recommandation supposée ironique de ne pas signaler tous les cadavres présents, afin de ne pas y passer la journée. Mais personne ne plaisanta le matin où ils se rassemblèrent pour rechercher Olivia Barnes. Les seuls sons dans Leakin Park ce jour-là furent ceux des pas mesurés des cadets qui s’enfonçaient toujours plus loin dans le parc, en gardant un espace de quatre mètres maximum entre eux.

Les fouilles en plein air sont sujettes à maintes imperfections. Nancy le savait avant même d’entrer à l’académie. Les gens étaient toujours ahuris quand on retrouvait un cadavre dans une zone déjà passée au peigne fin par la police, mais ces critiques en pantoufles n’avaient jamais vécu l’expérience d’une progression en forêt, pas à pas. En ce jour de juillet, les ombres profondes de Leakin Park créaient des puzzles mouvants qui jouaient des tours au regard le plus attentif, jusqu’à ce que tout devienne vert, vert sombre, et gris. Il était très facile d’imaginer le corps d’une enfant caché dans ces plantes rampantes qui couraient partout.

Nancy faisait équipe avec un autre cadet, Cyrus Hickory, un garçon hâbleur de vingt-trois ans qui parlait à l’envi de ses diplômes. Cyrus était un sujet d’étude rêvé, un Afro-Américain au crâne rasé parlant avec un accent que Nancy aurait attribué à coup sûr au pire des bouseux du cru. Chaque fois qu’en moins de vingt minutes il faisait allusion à son diplôme décroché à Virginia Commonwealth, Nancy lui rappelait que la plupart des autres cadets étaient eux aussi diplômés. Mais Cyrus rétorquait toujours :

— J’ai pris criminologie comme matière principale, et sociologie en matière secondaire. J’ai décidé d’embrasser cette carrière dès la cinquième année d’école primaire.

Nancy avait cru qu’il cherchait à l’insulter de façon détournée. Avec deux oncles et un fiancé sous l’uniforme, elle se sentait la représentante type d’un certain népotisme. En fait Cyrus, qui venait de Virginie, ignorait tout de sa famille, du moins en ce jour de juillet. C’était une des rares personnes qui osaient la traiter avec une certaine condescendance, ce qui à la réflexion était curieusement rafraîchissant. Au moins n’avait-elle pas à s’inquiéter qu’il s’ingénie à se faire bien voir d’elle, comme d’autres semblaient s’y évertuer.

Quand ils s’interrompirent pour déjeuner de sandwiches et d’eau en bouteille distribués par un groupe de volontaires proches de la famille de l’enfant disparue, elle confia à Cyrus qu’elle pensait leur grille de recherche mal orientée. Ils ne fouillaient pas dans la bonne direction.

— Tu ne sais pas de quoi tu parles, ironisa-t-il. Le landau a été retrouvé au fond de la ravine. Il est logique d’en déduire que le kidnappeur s’est rendu compte qu’il ne pourrait pas le pousser en haut de la colline. Il l’a donc abandonné là, avant de continuer avec l’enfant dans les bras pour passer la crête.

— Moi je pense qu’il a très bien pu suivre le cours d’eau, sans essayer de le franchir, quand il a décidé de se débarrasser du landau. Et s’il avait marché dans le ruisseau ?

— Pourquoi aurait-il fait ça ?

— Il aurait laissé moins de traces, non ? Pas d’empreintes de pas dans la poussière, pas de végétation écrasée. C’est le genre de ruse indienne qu’on apprend en primaire.

L’hypothèse découlait en réalité d’un cours sur les Amérindiens suivi à St. William la même année, et qu’on donnait dans toutes les écoles. Mais elle n’envisageait pas que les coupables soient des élèves de primaire, pas alors. Ils recherchaient un adulte, un sociopathe capable de transporter une enfant de dix kilos sans fatigue. Personne n’aurait imaginé que deux fillettes s’étaient relayées pour porter le bébé après avoir abandonné le landau trop lourd près du ruisseau, ni qu’elles marcheraient dans l’eau parce qu’elles avaient les chevilles nues et qu’elles savaient les bois pleins de sumac vénéneux. L’été précédent, Helen Manning s’était assurée que les gamines pourraient dorénavant reconnaître cette plante urticante, après avoir joué ici et être revenues avec les jambes couvertes de plaques.

— Il y avait une cabane, plus bas vers Franklintown, dit Nancy. Ma mère a un cousin éloigné qui habite de ce côté de la ville, il travaille dans une pêcherie de crabes…

Elle faillit prononcer son nom, Kolchak, pour voir si Cyrus le connaissait, mais elle se ravisa. Elle y aurait peut-être gagné la déférence du cadet, mais elle aurait perdu son respect.

— Bref, un jour nous avons emprunté ce raccourci par le parc, c’est pourquoi je me souviens de cette cabane. Un petit homme habitait ici, avec des poules et des coqs. Nous l’appelions l’« homme aux poulets ». Il était comme… une vision du passé. Impossible de deviner comment on lui permettait de vivre de la sorte, dans une cabane faite de toile goudronnée, avec un petit appentis à côté.

— Ce n’est pas dans notre secteur de recherches, remarqua Cyrus.

— C’est la pause déjeuner. Ils ne peuvent pas nous prendre en défaut si nous allons explorer ailleurs, tant que nous sommes de retour à temps.

— La chaîne de commandement, cita-t-il d’un air docte. On doit respecter la chaîne de commandement, Nancy. Nous n’appartenons même pas à la police, pour l’instant. Commence à faire ce que tu veux, et tu n’entreras jamais dans la police.

— Je respecte la chaîne de commandement autant que n’importe qui. Quand c’est à leur tour de diriger, j’obéis. Mais là, c’est sur mon temps personnel, tu comprends ? D’ailleurs tu n’es pas forcé de venir avec moi.

Mais il l’accompagna. Ils se mirent en marche le long de la ravine en direction de la cabane dont Nancy gardait le souvenir. L’endroit était plus éloigné qu’elle ne l’avait calculé, et elle se rendit bientôt compte qu’ils étaient allés si loin qu’ils ne pourraient jamais revenir à l’heure.

— Génial, maugréa Cyrus après avoir consulté sa montre. Maintenant nous sommes vraiment dans la merde.

— Je crois que c’est juste après cette courbe.

Mais ce n’était ni après celle-ci, ni après la suivante, ni même la troisième. Ils avaient parcouru plus d’un kilomètre et demi quand Nancy aperçut enfin l’endroit dont elle se souvenait, de l’autre côté du ruisseau et sur une petite élévation. La cabane n’était plus visible de la route, comme lorsque Nancy était enfant, car l’extension de la forêt avait créé un rideau d’arbres. Seul quelqu’un qui connaissait déjà l’endroit pouvait le trouver.

Curieusement, elle eut un mouvement de recul. L’acuité de sa mémoire l’effrayait un peu. C’est Cyrus qui traversa le cours d’eau dans de grandes gerbes d’éclaboussures, sans se soucier de ses chaussures ni de son pantalon tant il avait hâte d’en finir. Il gravit la petite colline au trot. Ils perçurent au loin la stridulation du sifflet de leur sergent. Jamais ils ne pourraient rebrousser chemin assez vite, même en courant. La sanction serait sévère, particulièrement pour Nancy, dont l’insubordination serait sans doute interprétée comme la preuve d’une suffisance héritée de ses liens familiaux. Elle traversa le ruisseau en passant d’un rocher moussu sur un autre, et manqua tomber lors de son dernier saut.

— Reste où tu es, lança-t-il d’une voix étranglée.

Mais Nancy ne voyait aucune raison de lui obéir. Elle gravit à son tour la pente pour affronter les conséquences de son intuition.

Pour une journée aussi chaude, une fraîcheur étonnante régnait à l’intérieur de la cabane. Comment un assemblage de branches aussi mince, plus fragile que tout ce que les trois petits cochons avaient pu construire, était-il capable d’offrir une telle protection contre la chaleur ? Nancy frissonna pendant que son regard s’accoutumait à la pénombre, et elle tenta de se préparer à voir ce qu’elle ne serait jamais prête à voir.

Une pile de couches usagées occupait un coin du réduit. L’odeur qui s’en dégageait était presque réconfortante par sa normalité, bien qu’un simple regard révélât des souillures d’un jaune verdâtre de mauvais augure. Des gobelets et des cuillères en plastique – glace ou yaourt – étaient rassemblés dans un autre coin, et une tache blanchâtre à la commissure des lèvres d’Olivia Barnes suggérait que quelqu’un avait essayé de nourrir le bébé.

Pourquoi nourrir un bébé si vous allez le tuer ? songea Nancy.

— Je ne sais pas, répondit Cyrus, bien qu’elle n’ait pas formulé cette question à haute voix, elle en était sûre. Je ne sais pas.

Les yeux du nourrisson étaient ouverts, ses bras raidis contre son petit corps, comme si Olivia était morte en attendant que quelqu’un la berce une dernière fois. Près d’elle se trouvait un vieux diable à ressort, les arêtes de sa boîte rongées par la rouille. Ce jouet troubla beaucoup Nancy. Sa présence avait quelque chose de presque obscène, avec ses couleurs passées, qu’on devinait criardes à l’origine.

Elle prit dans sa poche la paire de gants qu’on leur avait distribuée ce matin dans le bus, de la même façon qu’on donne à des enfants en sortie scolaire les tickets d’entrée au musée ou au planétarium. On avait conseillé aux cadets de ne toucher à rien si possible, mais Nancy décida d’ignorer aussi cette directive. Elle craignait de fondre en larmes si elle ne trouvait pas très vite quelque chose de constructif à faire. Elle tendit la main vers le jouet et, bien qu’elle n’ait pas touché la manette sur le côté, la boîte s’ouvrit instantanément, comme si elle guettait cet instant. Cyrus et Nancy sursautèrent, puis rirent faiblement de leur réaction.

Le singe qui venait d’apparaître avait un costume rouge et jaune en satinette de mauvaise qualité, et sa face en plastique avait depuis longtemps perdu la peinture définissant ses traits simiesques.

— C’est une belette qui doit jaillir de la boîte, dit Nancy.

— Hein ?

— C’est une belette qui surgit, normalement. Pas un singe.

Elle referma le couvercle, tourna le petit cran, et la chanson qui s’égrenait confirma ses dires.

— Je parie que personne ne sait à quoi ressemble une belette, dit Cyrus.

L’inanité de cette conversation ne leur échappait pas. Mais ils étaient jeunes et inexpérimentés. Le cynisme qui leur permettrait de supporter de telles situations ne viendrait que des années plus tard, des cadavres plus tard, peut-être toute une carrière plus tard. Il n’y avait probablement pas un seul flic assez endurci dans tout Baltimore pour désamorcer l’horreur de cet instant par une plaisanterie.

Nancy tourna la boîte entre ses mains. Sur le fond, elle vit alors le morceau d’adhésif sur lequel était inscrit en lettres fièrement tracées d’un enfant qui vient d’apprendre à écrire en cursive : Alice Manning. Le nom ne signifiait rien pour elle, mais elle imaginait un professeur disant à cette Alice Manning, comme le sien l’avait jadis dit à Nancy, que ses A devaient ressembler à un navire à voile allant en marche arrière, tandis que ses M devaient être grands et fermes, comme une grille en fer forgé. Sa maîtresse devait être fière d’une fillette qui écrivait ainsi.

Nancy referma la boîte, de sorte que le jouet soit tel qu’ils l’avaient trouvé, et sortit à reculons de la cabane. Cyrus remontait déjà le cours du ruisseau au pas de course, en pataugeant dans l’eau saumâtre. Il voulait annoncer la nouvelle le premier, pensa-t-elle, pour s’adjuger tout le crédit de leur découverte. Mais elle le jugeait mal. Il désirait seulement s’éloigner au plus vite de cet endroit, et mettre autant de distance que possible entre lui et ce bébé mort.

Nancy pensait à Cyrus alors qu’elle progressait le long de ce même ruisseau en s’éclairant de sa lampe torche. De nouveau, le trajet était plus long que dans son souvenir. Une fois encore, elle parcourait courbe après courbe en guettant l’apparition de la cabane, sans jamais l’apercevoir. Et si on l’avait détruite ? Ne se sentirait-elle pas idiote ?

La dernière fois qu’elle avait vu Cyrus, c’était deux ans auparavant, à Circuit City, quand avec Andy elle était allée acheter un téléviseur. Il lui avait déclaré être associé dans une société commerciale et gagner très bien sa vie, beaucoup mieux qu’il ne l’avait espéré. Il s’était découvert un véritable don pour la vente, à sa grande surprise.

— Toujours flic ? demanda-t-il à Nancy.

— Oui, répondit-elle. Mais dans le comté, maintenant.

Il acquiesça, et elle devina un monde de suppositions dans ce simple mouvement de tête. Ils croyaient tous savoir pourquoi elle avait quitté la ville. Ils se trompaient tous. Et même si elle le leur avait dit, ils ne l’auraient pas crue. À leur place elle ne l’aurait pas cru, elle non plus. Qui pouvait penser qu’un coup de chance se révèle la pire chose qui puisse vous arriver ? Les erreurs… Tout le monde en commettait, et donc on pouvait vous les pardonner. C’était la chance effrayante de Nancy qui l’avait fait dérailler.

Avec le temps, la cabane s’était affaissée sur elle-même, aussi sûrement que les épaules de Cyrus. Au pied de la colline, Nancy eut un moment d’hésitation, exactement comme jadis. Peut-être qu’à l’époque elle avait vaguement pressenti les conséquences qui découleraient du simple fait de gravir cette pente et de trouver ce qu’elle avait trouvé. Si de nouveau elle franchissait le seuil de cet abri de fortune, les conséquences seraient-elles encore plus dures ? Mais elle avait fait tout ce chemin en pleine nuit. Il fallait qu’elle en ait le cœur net.

La torche électrique dévoila Ronnie Fuller assise dans un coin de la cabane, genoux ramenés contre son torse, qui se balançait en rythme. Elle plissa les yeux quand le pinceau lumineux baigna son visage, mais ne dit rien. Nancy éclaira le reste de l’endroit. Il n’y avait personne d’autre, mort ou vivant. Il n’y avait rien ici, sinon Ronnie, qui se balançait d’avant en arrière en fredonnant une petite mélodie.

OceanofPDF.com