Mauvaise compagnie

Laura Lippman · Chapitre 6 sur 39

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Mauvaise compagnie

Chapitre 4

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11 h 35

 

Helen Manning emporta son déjeuner à l’extérieur, avec l’idée de trouver un banc ou au moins un muret où s’asseoir. Mais c’était une journée glaciale comme seul le printemps en connaît, et elle dut se réfugier dans sa voiture. Elle y apprécia très moyennement le repas qu’elle avait pourtant concocté avec le plus grand soin : sandwich salade/poulet relevé d’estragon et agrémenté de noix de pécan, asperges froides sauce vinaigrette, et une petite bouteille d’eau gazeuse.

Parce que ses cours étaient partagés entre plusieurs écoles élémentaires de la ville, Helen mettait habituellement un point d’honneur à déjeuner avec les autres professeurs. On pensait toujours des choses tordues d’une jolie femme si elle se montrait trop indépendante. Helen avait accepté depuis longtemps de tout faire pour qu’on ne la juge pas snob ou solitaire.

Mais, aujourd’hui, elle se sentait trop déprimée pour afficher la personnalité polie et s’intéressant à tout qu’elle s’était forgée. Aussi resta-t-elle dans sa voiture à mastiquer posément son sandwich en regardant fixement par le pare-brise. Le quartier était plutôt agréable, une enclave de cadres aisés, des rues bordées de longues rangées d’arbres fruitiers fleuris de blanc qui donnaient aux rues un air idyllique. Et pourtant Helen y détectait des aspects sombres dignes des histoires des frères Grimm, même s’il lui avait fallu du temps pour mettre le doigt sur le détail qui manquait, ce qui faisait défaut. Les enfants. Les familles déménageaient dès qu’elles avaient des enfants. Les élèves des établissements publics étaient issus des quartiers plus durs et nettement moins accueillants qui entouraient cette zone.

Helen avait grandi dans le Connecticut, avant de venir suivre ses études secondaires à Baltimore, et elle ne s’était jamais acclimatée au printemps ici. Elle ne nourrissait cependant aucune nostalgie de la maison battue par les vents en bordure du Sound, ou du jardin trop bien ordonné de sa mère, lequel était d’ailleurs dépouillé la majeure partie de l’année. Mais le printemps arrivait tellement vite à Baltimore… Il pouvait faire froid aujourd’hui, mais dans une semaine la ville entière serait submergée par une chaleur quasi tropicale, avec les azalées éclatantes de couleurs, les feuillages resplendissants. C’était une période de l’année hors norme, presque obscène dans sa vitalité, comme le déferlement d’hormones qui envahissait ses élèves. Helen était particulièrement sensible à cette métamorphose parce qu’elle ne voyait les enfants qu’un jour par semaine. Un jour, une fille de cinquième année sautillant dans la cour lui apparaissait gauche, dégingandée et enfantine. La semaine suivante, elle lui semblait svelte, sensuelle et sûre de son pouvoir de séduction.

Helen n’avait aucune preuve scientifique du phénomène, mais elle était convaincue qu’à son époque les filles ne mûrissaient pas aussi vite. Elle n’aurait pas été surprise d’apprendre que c’était dû au régime alimentaire dicté par les fast-foods et l’excès d’hormones de croissance dans le lait. Elle avait entendu parler de fillettes de sept ans avec de la poitrine et des règles. Les médecins d’Hopkins tentaient de trouver un moyen pour stopper leur puberté sans les transformer en naines.

Helen avait de très bonnes habitudes alimentaires. Sans être une intégriste de la nutrition, elle avait toujours préféré les céréales entières, les légumes et les fruits frais, et elle avait espéré qu’Alice suivrait son exemple. Mais, bien sûr, sa fille ne rêvait que de dévorer les produits les moins recommandables, et Helen avait fini par capituler. Elle l’emmenait au McDonald’s ou au Arby’s au moins une fois par semaine, en se disant que ces petites indulgences éviteraient à sa fille de devenir obsédée par cette sorte de nourriture. Une faim proche de la boulimie avait toujours été la seule pulsion incontrôlable chez Alice.

Où désirerait-elle déjeuner aujourd’hui, une fois que sa mère serait passée la prendre à Middlebrook ? Sans doute voudrait-elle quelque chose de vite prêt et plein de graisse, alors que Sharon avait envie de faire de ce repas une petite fête, comme la célébration d’obtention d’un diplôme de fin d’études que ce n’était pas.

— Je sais que vous ne pouvez pas vous rendre disponible en milieu de semaine, avait dit Sharon quand elle avait appelé Helen pour lui annoncer la date de libération d’Alice. Mais je pourrais la voir à l’audience à votre place, et la ramener chez vous. Vraiment, ça ne me dérange pas.

Helen aurait-elle menti si Sharon ne le lui avait pas proposé ? Elle n’en avait pas la certitude. Mais puisqu’elle ne pouvait être présente, elle avait été heureuse d’accepter. Elle comprenait également qu’ainsi elle serait redevable à Sharon. Car lorsque celle-ci disait que – vraiment – quelque chose ne la dérangeait pas, elle signifiait que c’était tout le contraire mais qu’elle s’acquitterait quand même de cette tâche. Sharon n’avait jamais lâché les Manning, au grand désarroi d’Helen. Tout le monde voulait oublier, continuer à vivre, enterrer le passé, à l’exception de Sharon Kerpelman qui semblait savourer le souvenir de cet été et en tirer une fierté personnelle. Certes elle avait mené la défense d’Alice avec fougue, et même une certaine finesse. Mais Helen ne pouvait s’empêcher de se demander si elle n’aurait pas dû accepter l’offre de ses parents et engager un pénaliste réputé, aux honoraires astronomiques, qui aurait peut-être réussi à sauver Alice, en dépit de tout.

Mais non, agir de la sorte aurait été une erreur. Très vite elle s’était convaincue qu’elle ne pouvait minimiser le rôle d’Alice en prétendant qu’elle était une simple complice involontaire, la dupe de l’histoire. Il y avait un principe en jeu. Alice devait être tenue pour responsable, autant que Ronnie.

Sa fille avait compris. Elle comprenait toujours. Elle était la confidente d’Helen, son fan-club personnel, son meilleur public. Même quand elle décelait un des pieux mensonges de sa mère – et à la différence de Sharon, Alice saurait qu’Helen aurait pu venir la chercher aujourd’hui, si elle l’avait vraiment voulu –, elle lui pardonnait. C’était une enfant pleine d’égards.

Une femme, se corrigea aussitôt Helen. Alice avait quitté la maison enfant, mais elle était maintenant une femme aux yeux de la loi, libre de voter, sinon de boire. Sa mère se rappelait une chanson datant de ses années d’école primaire : Girl, you’re a woman now. Chantée, Helen s’en rendait maintenant compte, par la même pop star qui avait dit à la jeune fille de quitter ses pensées. Oui, les chansons de Gary Puckett and the Union Gap présentaient une très jolie progression. Young Girl, Girl, You’re a Woman Now, Lady Willpower. Et enfin, inévitablement, simplement : Woman Woman (Have you got cheatin’ on your mind ?). L’ensemble possédait une continuité digne d’un roman. Madame Bovary en chansons. L’idée était plaisante. Elle aurait aimé connaître quelqu’un capable de l’apprécier.

Helen avait été une adolescente précoce elle aussi, quoi qu’elle ait dû attendre le lycée pour explorer certains domaines. La plaisanterie parmi ses amies plus délurées était qu’Helen ne pouvait faire l’amour dans le même État que ses parents. Cette blague en cachait une autre : elle était absolument vraie. Quand à dix-huit ans elle avait débarqué à l’École des beaux-arts de Baltimore, elle était encore vierge, pour devenir quelques semaines plus tard la fille facile de l’établissement. Non qu’on l’ait jamais traitée de la sorte, car les autres étudiantes qui le pouvaient faisaient la même chose, et les gens n’étaient pas aussi rigoristes envers le sexe à l’époque, surtout aux Beaux-Arts.

Seigneur, sa génération avait pris le train à la meilleure station ! C’étaient des temps bénis, après les dangers de l’herpès et avant la menace du Sida. Tout le monde avait abandonné le concept d’amour libre, mais les rapports sexuels étaient simples et abondants, comme la marijuana. Tout avait changé depuis, dramatiquement. Aujourd’hui, les vendeurs de marijuana se trucidaient les uns les autres, selon un « reportage exceptionnel » qu’elle avait vu à la télévision l’hiver dernier. Cela lui avait paru incroyable, plus incroyable encore que n’importe quel acte de terrorisme. Presque aussi incroyable que sa propre vie.

Elle avait vingt-quatre ans et s’acheminait tranquillement vers sa maîtrise quand elle était tombée enceinte. C’était comme toucher le gros lot à l’envers, une malchance sur cent. Mais même une grossesse non désirée ne constituait pas un gros problème à cette époque. L’avortement était un choix jugé acceptable parmi ses amies, un contrôle des naissances de secours, presque un rite de passage. La chose ne méritait même pas qu’on y réfléchisse très longtemps. Si le bâtonnet virait au bleu, qu’il n’y avait pas de sentiments et qu’il n’y en aurait jamais, vous preniez les mesures pour résoudre le problème. L’attitude la plus noble consistait à n’en rien dire au garçon, sauf si c’était votre petit ami attitré, parce que vous étiez toujours la perdante. Soit il essayait de fuir ses responsabilités, auquel cas vous découvriez que vous sortiez avec un pauvre type. Soit, et c’était encore pire, il formulait sans entrain une demande en mariage qui restait à planer entre vous, pareille à une assignation en justice – vos devoirs de citoyens, bien sûr, mais tout le monde s’évertuait à les éviter.

Avoir un bébé, donc, était plutôt bien. Courageux, même. Particulièrement quand le père était Roy Durske, releveur de compteurs chez BG & E, rencontré au bord de la piscine d’une amie commune. Ils étaient sortis ensemble tout l’été, « sortir » étant l’euphémisme que Roy utilisait avec insistance. Helen n’avait eu aucune difficulté à voir dans leurs rendez-vous de simples parties de jambes en l’air. Agréables les quelques premières fois, mais la nouveauté de l’aventure s’était très vite estompée. L’enthousiasme d’un homme pour le sexe retombait rapidement.

La cloche de l’église catholique égrena les douze coups de midi. Helen baissa les yeux sur l’horloge du tableau de bord. Elle avait utilisé les vingt-cinq minutes qui lui étaient accordées. Cette pause-déjeuner prématurée était un des inconvénients qui lui rappelaient à quel point la profession qu’elle avait choisie était peu estimée. Elle froissa en boule l’emballage de son sandwich, referma sa bouteille vide ainsi que le Tupperware et rangea le tout dans le vieux panier-repas métallique d’ouvrier qu’elle avait déniché lors d’un vide-greniers l’année précédente. Les gens étaient toujours étonnés par les goûts d’Helen – « par ce que tu t’infliges », comme lui avait dit une collègue un jour. Mais elle était lasse de sa propre originalité, de son irrévérence envers la société. Qu’avait-elle gagné en fin de compte ? Vingt années à enseigner l’art à des élèves sans talent, une existence solitaire, et une fille qui la mettait au pied du mur. Tu veux vraiment oser, maman ? Tu veux devenir une véritable iconoclaste ? Essaie donc d’être la mère d’une fille de onze ans qui a tué un bébé. Et pas n’importe quel bébé : la petite-fille d’un juge noir aimé de tous.

Ensuite, laissez votre mère face au jugement du monde !

Bien sûr, les chaînes de télévision locales ne pouvaient citer le nom d’Helen car cela aurait équivalu à identifier Alice, mais elles avaient trouvé un biais en montrant le visage de la mère quand elle sortait tête baissée de divers bâtiments officiels pendant cet été. Elle avait mis des lunettes de soleil et coiffé ses cheveux d’une manière inédite, qu’elle n’avait jamais portée en d’autres occasions. Mais les gens avaient su, bien entendu. Ils avaient su quelles gamines avaient été renvoyées chez elles de la fête d’anniversaire après ce qui avait été qualifié « d’incident à caractère racial », ils avaient su quels enfants avaient disparu du voisinage comme s’ils n’avaient jamais existé. Mais personne ne lui avait jamais rien dit. D’ailleurs, qu’aurait-on pu lui dire ? Je vous ai vue aux infos. Navré que votre gamine ait tué ce bébé. Que faites-vous ce week-end ?

Helen se rendit dans l’établissement et entreprit de préparer son cours suivant, scotchant du papier journal sur les pupitres, alignant les petites chaises du même modèle que lorsqu’elle était en cinquième année d’école primaire. Pour ce qu’elle en savait, ces chaises étaient peut-être déjà en service. Le système éducatif de la ville n’était pas riche. Elle se souvenait très nettement de ces couleurs, des couleurs très années soixante-dix, qui symbolisaient les promesses de l’ère moderne. Ce bleu-vert, cet orange à la mode. C’étaient à présent les teintes presque ironiques et maladroites des iMacs et de la mode scolaire. Elle se souvenait d’une tenue achetée pour son premier voyage en avion, une robe orange et bleu rayée de marron, avec une écharpe coordonnée, trouvées à la vieille boutique Best & Co. Sa mère avait conservé tous ses vêtements, et Helen les avait ressortis d’un carton quand Alice avait atteint le même âge. Mais elle était trop grande. Les hormones. Ça devait être à cause des hormones.

Dieu merci cet après-midi elle avait des quatrième année ! Ils gardaient encore quelque chose de la douceur de la prime enfance, à la différence de ceux de cinquième destinés à bientôt connaître le collège. Les élèves de quatrième lui rappelaient Alice, l’Alice à jamais perdue. Quand elle évoquait le souvenir de sa fille, Helen l’imaginait toujours de dos, avec la raie séparant ses cheveux, deux nattes dorées qui pendaient de chaque côté de sa tête, ornées de nœuds qu’Helen confectionnait dans des chutes de tissu ou des rubans de Noël. Elle se remémorait son odeur, qui était plus prononcée sur sa nuque et variait selon le jour et le temps. Craie, savon, herbe, crème solaire, chlore, beurre de cacahuète, pickles. Elle revoyait cette nuque courbée sur la table de la cuisine, la fillette concentrée sur un projet – un cadeau pour Noël, une carte de vœux –, et se disant à elle-même, comme elle avait dû entendre sa mère le dire : « C’est mieux quand c’est fait maison. » Elle était si gentille, il n’y avait pas d’autre mot pour la qualifier.

Mais cette gentillesse, cette attitude irréprochable était elle-même devenue un sujet de reproche.

— J’ai fait quelque chose de mal, répétait-elle lors de leurs derniers jours passés ensemble, comme pour pousser à la contradiction. Et quand on fait quelque chose de mal, on doit être puni.

— Oui, mon bébé, avait répondu Helen. Montre-leur à quel point tu es forte, et un jour ils se rendront compte que tu es une bonne fille, que tout ça n’était qu’une erreur. Car c’était une erreur, n’est-ce pas, mon bébé ? Une erreur, un accident ? Qui a eu cette idée, mon bébé ? Allons, tu peux me le dire, à moi. Dis à maman ce qui s’est passé. Je sais que la vérité est parfois triste à dire, mais c’est très important, dire la vérité. Il faut toujours la dire, toujours. Il vaut mieux que nous sachions tout. Peut-être que ça changera les choses. Rien n’est définitif, rien n’est réellement décidé, pas encore. Dis-moi seulement la vérité, Alice.

Mais la fillette avait secoué la tête et refusé de répondre aux sollicitations de sa mère.

— Tout est déjà décidé, avait-elle déclaré. On va m’emmener loin d’ici.

Cette conversation s’était tenue le soir précédant la dernière audience, celle où serait prononcée la sentence. Pour couronner le tout, Alice venait d’avoir ses règles pour la première fois, et elles étaient toutes deux dans la salle de bains, pour tremper sa culotte dans l’eau froide et la nettoyer. Avoir ses règles à onze ans, alors qu’elle n’était même pas en sixième. Helen avait commencé à treize ans, et sa mère avait jugé que c’était très précoce.

Ces dernières années, Helen avait abordé le sujet du sexe et de ses corollaires avec Alice par petites touches, de sorte que la fillette ne fut pas effrayée de ce qui lui arrivait. Elle montra même une telle placidité, une telle assurance que malgré elle Helen voulut la secouer, la faire réagir, afin que ce moment soit plus pour elle qu’un simple incident.

— À mon époque, nous ne disposions pas de ces serviettes hygiéniques adhésives. Nous devions porter de petites ceintures, dit-elle. Avec des dents.

L’image frappa Alice qui était assise sur le siège des toilettes, une serviette dans la main.

— Elles mordaient, les dents ? demanda-t-elle, les yeux ronds, et Helen regretta aussitôt d’avoir mentionné ce détail.

— Non, ce n’étaient pas vraiment des dents. Juste de petites fixations. Tu as de la chance. Mais souviens-toi, maintenant tu dois te montrer responsable. Tu es toujours une petite fille, mais ton corps pense que c’est celui d’une femme. Ne l’oublie pas, d’accord ?

À son esprit revint instantanément cette maudite chanson qui guettait quelque part dans son cerveau, comme seules les mélodies indésirables savent le faire. Girl – you’re a woman now. Jeune fille, tu es une femme maintenant. Curieusement, l’air apporta avec lui d’autres souvenirs, mais pas en relation avec la première fois où Helen l’avait entendu. Elle se revit assise au bord de cette piscine en forme de haricot, dans cet immeuble d’appartements près de l’Interstate 83, lors de l’été suivant sa première année de troisième cycle. Et soudain, de façon complètement anachronique, elle se remémora tout, son maillot de bain râpant sur le grain du béton, le soleil chauffant son dos, l’huile solaire dans sa paume, prête à être étalée sur ses épaules joliment constellées de taches de rousseur. Et puis Roy qui refaisait surface, secouait la tête, avec ces cheveux longs selon la mode d’aujourd’hui, et l’eau qui ruisselait sur son torse bien dessiné. Il avait l’air presque aussi séduisant qu’il croyait l’être.

— Tu habites dans le coin ? demandait-il.

Et elle souriait devant la stupidité abyssale de cette phrase, ravie qu’il soit aussi idiot, parce qu’elle ne tomberait pas amoureuse de lui, elle pourrait simplement baiser avec lui pendant tout l’été avant de passer à autre chose, sans souci et sans remords. Et elle n’était pas tombée amoureuse de lui. D’ailleurs, s’il était venu relever son compteur, dix ans après, elle ne l’aurait pas reconnu.

Et lui, avait-il identifié Helen avec ses lunettes de soleil et sa coiffure impossible, sept ans plus tôt, quand elle était brièvement apparue sur l’écran de son téléviseur ? S’était-il rendu compte que sa propre fille était une des « deux tueuses âgées de onze ans » dont on parlait sans cesse aux infos, dans les journaux, jusqu’à ce que cette formule perde toute capacité à choquer ? Même si la réponse était oui, Helen ne pouvait lui en vouloir de ne pas s’être présenté pour reconnaître qu’il était le père d’Alice.

Si elle avait eu le choix, elle n’aurait probablement pas reconnu sa fille, elle non plus.

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