Mauvaise compagnie
Chapitre 31
31
Mardi 7 juillet
— C’est ainsi que ça fonctionne, à Baltimore, dit Lenhardt en se perchant sur le coin du bureau de Nancy. Ou plutôt : c’est ainsi que ça ne fonctionne pas. Les services bureaucratiques qui veulent bien vous aider ne le peuvent pas. Et ceux qui le pourraient ne le veulent pas.
— Un problème avec les dossiers médicaux ? devina la jeune femme.
— Exact. Middlebrook, où Alice a été détenue, est enfin en rénovation, et tous les dossiers qui ne sont pas en cours ont été remisés dans un entrepôt pour une durée indéterminée. Ils vont essayer de les retrouver, mais j’ai l’intuition qu’en fait ils ne savent même pas où les chercher. Shechter, l’unité psychiatrique d’un des centres pour délinquants juvéniles, nous donne des réponses très évasives. Ils prétendent avoir envoyé les dossiers à un service d’État dès la libération de Ronnie Fuller. Mais ils ne savent plus si c’est aux services à l’Enfance, à ceux de la Santé ou au département psychiatrie.
— Beaucoup de boulot en perspective pour des informations qui ne nous aideront peut-être même pas, commenta Infante.
— Bah, il y a le sang, il ne faut pas l’oublier. Le sang est un bon point. Mais j’ai réfléchi, et je me suis dit : cette affaire repose aussi sur ce qui n’est pas là. Et quel est le principal élément qui manque ?
Il posa un regard interrogateur sur ses deux inspecteurs, et Nancy eut aussitôt envie de répondre la première. Elle étudia l’expression du sergent pour y trouver un indice, vit son regard glisser vers la droite et le tas de cassettes vidéo qui encombraient le bureau d’Infante. C’étaient celles enregistrées par les caméras de surveillance de la galerie marchande aux différentes sorties. Ils les avaient déjà visionnées plusieurs fois et y avaient entrevu Maveen Little et son ami qui semblaient chercher la petite fille. Mais…
— Brittany Little, dit-elle. Brittany Little est l’élément manquant. Pas une seule caméra de sécurité ne l’a enregistrée. Ce qui est possible, mais assez peu plausible.
— Si un inconnu saisit un gosse, il faut qu’il fasse vite, dit Lenhardt en plaquant un annuaire contre sa poitrine en guise de démonstration, et même ainsi, il est probable que le gosse crie, se débatte. Il est plus logique de penser que notre inconnu a attiré Brittany à lui, d’une façon ou d’une autre.
— Nous avons parlé au responsable de la sécurité pour le centre commercial, dit Infante, et au garde chargé de la sécurité de Value City. Un ancien flic de la ville, un type affûté. Il nous a fait remarquer que si les caméras chopaient tout, il n’y aurait plus un voleur à l’étalage en liberté aujourd’hui.
— La mère est allée le trouver, et d’après lui elle était complètement retournée, ajouta Nancy. Au bord de la crise d’hystérie.
— Si ton petit ami tuait ta fille, toi aussi tu frôlerais l’hystérie. Pourquoi vous ne retourneriez pas à Westview, pour étudier les issues et la position des caméras ? Cette aimable dame, Cynthia Barnes, nous a focalisés sur la ressemblance entre sa fille et notre disparue. Elle a téléphoné si rapidement le soir où c’est arrivé que nous avons à peine eu le temps de réfléchir à une piste par nous-mêmes. Je reconnais qu’elle a des motifs pour se montrer aussi agitée. Mais ce n’est pas une raison pour que nous l’imitions.
Elle a téléphoné si rapidement le soir où c’est arrivé… Mais Cynthia avait appelé Nancy le samedi matin, et prétendu qu’elle venait de parler au sergent. L’esprit de Nancy revint au vendredi soir, à la décision de traiter l’affaire comme un homicide, alors même que les cheveux et la robe chasuble laissaient envisager l’éventualité d’un rapt. Puis il y avait l’insistance de Lenhardt pour qu’Infante et Nancy changent leurs horaires de travail. Infante avait suivi le sergent jusque dans les toilettes pour hommes, en plaidant sa cause, et il en était ressorti résigné et furieux.
Les coïncidences existent, avait dit Infante, et il avait fait allusion au sergent et à une mystérieuse affaire Epstein. Nancy n’avait pas posé de question, non parce qu’elle craignait de révéler son ignorance concernant une « affaire Epstein », mais parce qu’elle ne voulait pas découvrir que son implication dans l’affaire actuelle relevait de la simple coïncidence. Si Lenhardt l’avait mise sur l’affaire Brittany Little à cause de son rapport avec l’affaire Barnes, alors c’était pour la tester. Et s’il la testait, il ne lui faisait pas confiance.
— Nancy ?
— Quoi ?
— J’aimerais aller à Westview avant la fin de cette semaine, dit Infante. Si tu veux rester à regarder dans le vide et à tourner ton café, tu peux faire les deux dans la voiture.
— Vous avez vu mon lanceur, mamzelle Manning ? Il vous plaît ?
— Il est très réussi, Gerald.
Le gamin se rembrunit. Il avait un crâne parfaitement sphérique, assez gros pour son corps de huit ans, et les cheveux coupés très court. Il ressemblait à un Charlie Brown noir, bien qu’il n’eût rien de la timidité du personnage de dessin animé.
— Mon prénom, c’est Ja-lil.
— Bien sûr, Ja-lil.
— Et le mien ? Il vous plaît, le mien ?
Une fillette brandissait son œuvre, sans se soucier des traînées de peinture fraîche qui coulaient vers le bas de la feuille. Ses cheveux étaient coiffés en trois nattes épaisses serrées dans des barrettes en plastique, séparées si nettement qu’elles auraient pu l’être à l’aide d’une règle. Cette coiffure n’avait jamais disparu à Baltimore.
— C’est magnifique, Bonnie.
— Bon-ay. B-O-N-E-T, la reprit la gamine. Je m’appelle Bonet.
— C’est exact, ma chérie.
Seigneur, songea Helen. Sur ces quinze gamins, deux peut-être avaient des noms qui n’étaient pas constitués d’un assemblage hasardeux de sons. Elle était pour l’expression libre, mais il fallait connaître les règles avant de pouvoir les enfreindre.
Elle enseignait les arts plastiques dans des cours d’été financés par la ville, une occupation qu’elle avait réitérée chaque année depuis qu’Alice était partie. Si elle avait pu revenir en arrière, elle n’aurait pas signé pour travailler pendant le premier été de sa fille à la maison. Mais elle s’y était engagée en mars, en oubliant combien sa vie allait bientôt être bouleversée. De plus, elle avait besoin de cette rentrée d’argent supplémentaire, et y renoncer équivalait à amputer son salaire de cinq pour cent.
Ces cours avaient lieu dans le North Side, un des quartiers les plus cossus de la ville, mais les enfants étaient tous noirs. Les familles blanches habitant les énormes demeures alentour n’auraient jamais envisagé d’inscrire leur progéniture à ce programme, même pour une journée. L’apartheid à la sauce Baltimore. Les gens justifiaient les divisions de la ville en parlant de la « tradition » des écoles privées dans cette ville, de la présence solidement ancrée de l’église catholique, mais en fin de compte la réalité tenait à une attitude ségrégationniste. Les Blancs qui ne pouvaient s’offrir les écoles privées étaient partis s’installer dans le comté. Quand les Afro-Américains de la classe moyenne les avaient imités, à la poursuite des mêmes rêves, les Blancs s’étaient exilés encore plus loin.
Alice aurait été la seule Blanche dans son école élémentaire si sa mère l’avait envoyée là. Ce qui ne gênait pas Helen outre mesure, mais sa fille oui. La crainte de l’enfant d’être différente frisait la peur pathologique. Une autre qu’elle aurait pu se glorifier de sortir ainsi du lot, mais Alice avait toujours cherché à se fondre dans le paysage, à suivre le mouvement sans se faire remarquer. La mère d’Helen avait défendu cette attitude, y voyant un reflet de la sienne.
— Eh bien, ma chérie, peut-être que si elle avait un père – ou même si elle savait qui était son père – elle se soucierait moins de paraître normale.
C’était la remarque la plus proche d’une critique que sa mère ait jamais osé formuler.
Helen avait donc inscrit Alice à l’école privée, et l’avait vue avec désarroi graviter autour des gamines les plus ordinaires, les filles populaires, celles qui étaient destinées à transformer son quotidien en enfer quand elles auraient atteint l’adolescence. Mais c’était ce que désirait Alice. Alice, pas Helen.
C’est pourquoi sa mère avait beaucoup souffert de constater que la dimension raciale prenait une importance prépondérante dans les commentaires sur le crime. C’était la caractéristique, en dehors de leur âge et de leur milieu social, qui avait été attachée aux « deux fillettes ». Elles étaient blanches, et leur victime noire. Un législateur avait même envisagé d’inculper les deux enfants pour crime à caractère racial. Les esprits s’étaient échauffés. Pendant quelque temps, la ville avait semblé prête à exploser, et toutes ses inégalités, ses injustices et ses haines s’étaient concentrées dans ce drame hors norme. On avait l’impression que les gens voulaient à tout prix imprégner les faits d’une connotation, d’un sens particuliers. Mais si Helen avait une certitude, c’était bien le manque de signification de ce qu’avait fait sa fille.
— Regardez ma maison, mamzelle Manning. C’est ma maison et ma maman et mes frères.
Un autre garçonnet – Dumas ? Dunbar ? Ducasse ? – lui mettait son dessin sous le nez. La maison représentée n’était manifestement pas la sienne, car elle était isolée et non mitoyenne, blanche avec des volets et une palissade. Une volute de fumée noire s’élevait de la cheminée. Si cet enfant avait jamais vu une telle habitation, ce ne pouvait être qu’à la télévision. Ou en traversant ce quartier qui ne voulait pas de lui, où l’épicerie n’acceptait pas plus de quatre « étudiants » à l’intérieur en même temps, même si cette règle ne semblait pas s’appliquer aux fillettes en jupes écossaises venues de l’école privée voisine. Au printemps dernier, dans un commerce de proximité, Helen avait entendu avec ahurissement des collégiens noirs défier le patron moyen-oriental qui voulait les chasser. « Plus d’étudiants ! Plus d’étudiants ! » Ils s’étaient gaussés de son sectarisme, avant de lui rendre la pareille.
À Baltimore, chacun haïssait quelqu’un d’autre. Les Blancs détestaient les Noirs, et les Noirs, les Blancs. Les citadins ne supportaient pas les banlieusards. Les pauvres jalousaient les riches. C’étaient là les véritables crimes racistes. Dans cette ville, les différences se nourrissaient mutuellement, produisant une poussière invisible aussi toxique que les substances interdites – peinture au plomb, amiante. Mais seules Alice et Ronnie, trop jeunes et perplexes pour haïr quelqu’un d’autre, avaient été tenues pour responsables de cet échec de la société.
Mira devait trouver le moyen de passer un coup de fil sans qu’on puisse l’entendre. En ville, la salle de rédaction était scindée en box ouverts pour les journalistes, lesquels assuraient une intimité minimale, mais les bureaux de banlieue se réduisaient à de grandes pièces non cloisonnées où tout était public. Le siège du journal possédait également un service de traçage des appels entrants, et une cafétéria avec un buffet à salades. Elle s’irrita momentanément du fossé existant entre ce qu’elle avait et ce qu’elle méritait. Puis elle se rappela qu’elle irait bientôt dans le centre-ville, si elle se débrouillait correctement.
Les journalistes basés en banlieue partageaient leur grande salle avec les vendeurs d’espaces publicitaires. Ces derniers avaient droit à un peu plus d’intimité parce qu’ils rapportaient de l’argent au journal. Mira attendit que leur superviseur parte déjeuner pour se glisser dans son bureau dont elle referma la porte. Si quelqu’un lui demandait pour quelle raison elle était allée téléphoner dans le bureau de Gordon, elle répondrait qu’elle avait eu à discuter d’un problème de santé avec son médecin. Aucun rédacteur masculin ne pousserait plus avant le sujet. Mira déplia la feuille de papier que Cynthia Barnes lui avait donnée et composa le numéro de biper de l’inspecteur en charge de l’enquête. Puis elle entra le numéro de poste de Gordon et attendit.
La veille au soir, Cynthia avait refusé toute déclaration officielle. Elle avait bien voulu confirmer que la police envisageait un lien entre la disparition de Brittany Little et le meurtre de sa propre fille. Questionnée sur les raisons qui motivaient cette hypothèse, elle n’avait rien dit, se contentant de désigner du regard une photographie posée sur la tablette de la cheminée. Mira avait saisi la ressemblance immédiatement.
— Et c’est… ?
— Ma fille. Rosalind.
— Est-ce qu’elle…
— Non, non, elle ne ressemble pas à sa défunte sœur.
Cynthia avait semblé se retirer en elle-même pendant un moment, submergée par une infinie tristesse qu’elle ne pouvait exprimer. Quand elle avait repris la parole, son ton était sec.
— Ce n’était pas officiel. C’est seulement en toute confidentialité. Vous ne pouvez même pas mentionner « de source bien informée », ou « proche de l’enquête », ou n’importe laquelle de ces expressions ridicules que vous employez de nos jours. Je vais vous exposer les faits tels que je les connais, mais il vous appartiendra de les confirmer auprès de quelqu’un d’autre.
— Comment le pourrai-je ? Vous savez bien que les policiers se refuseront à me faire la moindre confidence.
Et c’est alors que Cynthia Barnes lui avait expliqué comment procéder, étape par étape. Mira examinait la feuille déchirée à son calepin, sur laquelle Cynthia avait inscrit ce qu’elle n’osait pas dire à haute voix, comme si elle craignait que Mira ait un magnétophone dissimulé dans son sac à main. Elle l’avait déchirée après son départ du domicile des Barnes la veille, par crainte de la perdre, et l’avait glissée dans sa poche, puis dans son portefeuille, avant de la remettre au fond de sa poche. Elle l’avait relue une dizaine de fois au moins, comme elle l’aurait fait d’une incantation magique qui doit être récitée sans aucune erreur pour qu’elle donne son plein effet.
Inspectrice Nancy Porter
Alice Manning
Veronica Fuller
À eux seuls, ces deux derniers noms valaient de l’or. Même si cette piste tournait court, Mira disposait maintenant d’informations qui avaient échappé à l’ensemble des journalistes de Baltimore pendant toutes ces années. Elle connaissait l’identité des deux filles qui à l’âge de onze ans avaient tué un bébé, des identités qui avaient été tues et protégées. Il devait y avoir des détails exploitables dans le déroulement de leur libération, leur retour dans le voisinage où elles avaient commis cet acte indicible. Pour le bien de l’article, elle aurait préféré que ce soient des sociopathes impénitentes qui avaient tué de nouveau. Aucun remords, c’était la meilleure histoire possible. Mais elle était disposée à accepter un récit teinté d’un parfum de rédemption, si nécessaire, même si elle jugeait cette catégorie un rien ennuyeuse. Une nouvelle vie, bla-bla-bla. Elle ne manquait pas d’histoires de ce genre. Ce que les gens voulaient réellement apprendre d’un tueur, c’était Comment avez-vous fait ? Non pas pour apprendre une méthode, mais pour s’horrifier de l’ultime tabou transgressé.
Qu’éprouvait-on en prenant la vie d’un autre être humain ? C’est la question que Mira avait l’intention de poser à Veronica et Alice. Mais si elles étaient mises sous les verrous pour le meurtre de Brittany Little, ce qui d’après Cynthia pouvait se produire à tout moment, elles seraient impossibles à atteindre. Dans le meilleur des scénarios souhaitables, l’enquête piétinerait encore un peu, juste le temps pour Mira d’annoncer qu’elle les avait interviewées, que les monstres lui avaient donné l’autorisation de relater leurs abominables exploits, sans avoir à se soucier des poursuites en diffamation pour cette dernière affaire. De même, cela laisserait un peu de temps à l’opinion publique pour oublier cette histoire de meurtres survenus dans le comté de Carroll, commis par un adolescent dérangé de quatorze ans. Rien ne pouvait égaler ce scoop.
Le simple fait que ces deux filles soient retournées dans leur quartier d’origine sans que le voisinage en soit alerté n’était-il pas un scoop en soi ? Si elles avaient été des délinquantes sexuelles adultes, elles seraient tombées sous le coup d’une de ces lois baptisées d’après le nom d’une jeune victime antérieure. Mais parce qu’elles n’étaient pas majeures au moment des faits, on leur avait accordé le droit de réintégrer la société dans l’anonymat. Était-ce juste ? Était-ce normal ? Mira s’était convaincue du contraire.
Le téléphone sonna et elle décrocha sans réfléchir, en oubliant qu’elle se trouvait dans le bureau de quelqu’un d’autre. Il ne lui vint pas à l’esprit qu’il pouvait s’agir de n’importe quel autre coup de fil que celui qu’elle guettait.
— Ici Nancy Porter. Vous m’avez contactée sur mon biper en utilisant le code d’urgence ?
Cynthia avait dit à Mira qu’en ajoutant 911 au numéro de téléphone inscrit en face du nom de l’inspectrice, elle obtiendrait automatiquement une réponse.
— Oui. Je suis Mira Jenkins, du Beacon-Light, et il faut que je vous parle de la disparition de Brittany Little.
— Je n’ai rien à vous dire.
— Attendez…, dit-elle en fournissant un réel effort pour maîtriser son excitation, je détiens des informations relatives à cette affaire, lesquelles ont été confirmées par des sources indépendantes. J’ai l’intention de publier ces révélations avec ou sans votre coopération. Je vous offre simplement la possibilité de corriger ou contredire ces renseignements.
— Je n’ai rien à dire.
Porter avait débité sa réplique sur un ton plus hésitant. Et elle n’avait pas coupé la communication.
— Je vais écrire que vous avez interrogé Alice Manning et Veronica Fuller sur cette affaire. Serai-je dans le faux si je l’affirme ?
— Je… Je n’ai rien à dire.
— Si vous ne me dites pas que je suis dans l’erreur, je me lance. Je sais également que l’enfant disparue vendredi présente une ressemblance marquée avec la sœur d’Olivia Barnes. J’ai vu les photos, je n’ai donc pas besoin que vous confirmiez cette information. Mais pensez-vous que les filles l’ont enlevée pour cette raison ? Essaient-elles ainsi de se venger de cette famille ? Pourquoi sont-elles obsédées par le désir d’atteindre les Barnes ?
— Je n’ai rien à dire.
— Vous pensez que c’est motivé par des considérations d’ordre racial ? Je crois avoir compris que le premier meurtre a suivi un accès de racisme chez une des filles.
— Vous ne pouvez pas publier ça. Vous ne devez rien publier de tout ça.
— Pourquoi, c’est faux ?
— Ce pourrait être dommageable au bon déroulement de notre enquête.
— Mais serai-je dans l’erreur si je l’écris ?
— Je ne jouerai pas ce jeu avec vous.
— Je vais vous laisser cinq secondes de silence. Si vous ne dites rien, j’en conclurai que je suis dans le vrai.
— Mais…
— Donc je me trompe ?
— Je n’ai rien à dire.
— Si je me trompe, autant me le dire clairement.
— Veuillez contacter le service chargé des relations médias. Nous ne sommes pas habilités à parler directement avec des journalistes.
— Je ne vous citerai pas nommément. Je dirai simplement : « Des sources policières confirment. »
— Je n’ai rien confirmé et je ne suis pas une de vos sources, dit Porter d’un ton proche de l’hystérie.
— Ah oui ? Écoutez, vous avez mon numéro si vous voulez me contacter. En attendant, il faut que je parle à mon rédacteur en chef de ce que nous allons publier dans l’édition de demain.
Mira raccrocha et laissa échapper un petit cri de triomphe, en regrettant de ne pas avoir un collègue pour partager cet instant. Puis elle prit le temps de se calmer avant de quitter le bureau du chef de la publicité.
— Qu’est-ce que tu faisais là-dedans ? lui demanda le journaliste chargé des relations avec la police.
— Je demandais à un toubib pourquoi mes mains sont aussi froides tout le temps. Il va me faire passer quelques examens.
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