Mauvaise compagnie

Laura Lippman · Chapitre 26 sur 39

Pages du PDF

Mauvaise compagnie

Chapitre 24

24

 

Dimanche 5 juillet

 

Lenhardt déploya une carte de la région en travers d’un bureau. Elle représentait les deux sœurs, Baltimore et Baltimore, la ville et le comté, joints mais jamais mêlés, attachés ensemble comme deux évadés enchaînés dans un de ces vieux films.

— Savez-vous ce que c’est ?

— Une carte, répondit Infante.

Il était d’une sincérité désarmante. Le sergent avait posé une question, et l’inspecteur avait une réponse. Nancy commença à rire, mais termina sur un bâillement. Il était onze heures du matin et elle avait dormi une petite poignée d’heures pendant qu’Infante continuait d’essayer de réveiller Ronnie, mais ils étaient assommés de fatigue. Et, après avoir gardé les mêmes vêtements pendant plus de vingt-quatre heures, ils ne sentaient pas la rose !

— Excellent, inspecteur Infante. Oui, il s’agit bien d’une carte, dit Lenhardt. Mais une carte de quoi ?

— Baltimore.

— Non, mon ami. Ça ressemble à Baltimore, mais en fait c’est Emmerdeville, USA, notre nouvelle ville dans l’avenir immédiat.

— Pourquoi… sommes-nous dans… la merde ? dit Nancy en bâillant involontairement entre chaque groupe de mots.

Lenhardt osait la vulgarité devant elle. La situation devait être vraiment grave. Elle se demanda si cela signifiait qu’il ne pourrait plus interdire les grossièretés.

— Ne te laisse pas aller, Nancy, corrigea automatiquement le sergent, sans aucune ironie. Le divisionnaire veut qu’on lance des recherches.

— On ne peut pas lancer des recherches. On n’a aucun renseignement exploitable sur le secteur où la gamine pourrait se trouver.

— Non, mais nous avons une jeune inspectrice dévouée qui a pêché une suspecte dans Leakin Park la nuit dernière, dit Lenhardt avec un mouvement de menton en direction de Nancy. Bon boulot, à propos, même si j’aurais préféré que tu avertisses quelqu’un de l’endroit où tu comptais te rendre. Et tu aurais dû prendre une voiture équipée d’une radio. Par simple mesure de précaution.

— Elle a pêché une suspecte, oui, mais qui ne nous a rien dit, remarqua Infante.

— Nous n’avons aucun chef d’inculpation contre elle, ajouta Nancy.

— Quelle est son histoire pour vendredi soir ?

— Seule au domicile familial, dit Nancy qui avait au moins réussi à apprendre cela. Les parents étaient à un barbecue organisé par le syndicat du père, ce qui correspond à la version de la mère. Mais elle n’a rien pour prouver où elle se trouvait à partir de seize heures, heure à laquelle elle affirme être rentrée après son travail au Bagel Barn, jusqu’à vingt-trois heures, quand ses parents sont revenus de leur soirée.

— Une adolescente qui ne passe pas un seul coup de fil ? Qui ne se met pas sur Internet pour pianoter avec d’autres garçons et filles de son âge ? Mes gosses ne peuvent pas passer vingt minutes sans entrer en contact avec leurs amis.

— Elle n’a pas d’ami, dit Nancy en se remémorant les paroles résignées de la mère : Pas de petit ami. Pas d’amies. Point final.

— Et Alice Manning ?

— Les deux filles jurent qu’elles n’ont pas repris contact depuis leur retour. Alice a admis s’être rendue sur le lieu de travail de Ronnie, juste pour la voir, mais elle affirme que l’autre ne l’a pas aperçue.

— C’était bizarre, sergent, interrompit Infante. La fille se pointe ici de son propre chef pour nous raconter cette histoire qui la situe là quelques heures seulement avant l’enlèvement. Puis son avocate arrive, parce que cette Alice lui avait laissé un message téléphonique avant de venir, et du coup la fille se met à dire que non, ce n’était pas vendredi mais il y a une ou deux semaines, et un samedi.

— Ouais, pourquoi ce numéro ? dit Lenhardt d’un ton pensif, sans attendre de réponse.

Pourquoi, en effet ? lui fit écho Nancy en pensée. Pour elle, l’hypothèse la plus plausible était qu’Alice, par désir bien intentionné d’aider ou par une malveillance nourrie pendant sept ans, voulait s’assurer que personne ne négligerait la proximité de Ronnie. Elle avait menti. Ou non ? Sharon Kerpelman affirmait être venue la chercher pour dîner à vingt heures le vendredi. Quatre heures ne suffisaient pas à enlever une petite fille, la déguiser, la cacher ou la tuer, puis faire quatre kilomètres et demi à pied. Mais si Alice avait disposé d’un moyen de locomotion ? Et si elle n’avait pas agi seule ?

— Tant que la gamine est portée disparue, le divisionnaire veut qu’on lance des recherches, dit Lenhardt. Il exige de nous que nous fassions le maximum, et surtout que ça se voie. Dans le même temps – et le divisionnaire en a parlé au major, qui m’a passé la consigne –, il ne veut pas que le moindre bruit filtre sur cette affaire qui pourrait la relier à une autre.

Il marqua une pause, pour s’assurer qu’il avait l’attention pleine et entière de ses deux inspecteurs.

— Vous comprenez ce que je dis ? Nous n’avons aucun intérêt à déblatérer à propos de Ronnie Fuller ou Alice Manning tant que nous ne pouvons pas inculper l’une ou l’autre avec des éléments solides. Et même alors, vous devrez garder à l’esprit qu’elles étaient toutes deux mineures, à l’époque. Personne ne pourra balancer leur identité dans les archives informatiques du tribunal et espérer trouver une correspondance. Si vous parlez de cette affaire, vous évoquez une affaire close à laquelle personne n’a plus accès. Ces informations ne peuvent pas être diffusées.

— Nous ne sommes pas les seuls au courant, fit remarquer Infante, et Nancy approuva. Il y a des types toujours en poste à la police municipale qui se souviennent d’Olivia Barnes et qui ne se gêneront pas pour établir un lien avec ce qu’ils savent, parce qu’ils ne risquent rien. Bordel, et la mère de la gamine peut dire partout qu’elle nous a appelés parce que sa fille actuelle est le sosie de… de l’autre gosse.

Mentalement, Nancy termina la phrase telle qu’Infante avait voulu la formuler : un sosie de la gamine morte.

— J’ai appris que Madame le procureur avait rencontré la famille Barnes et le beau-père, le juge Poole, la nuit dernière, annonça Lenhardt. Et elle a entendu pas mal de trucs sans broncher, avant de leur exposer sa vision des choses. Mais ils ont fini par comprendre qu’ils n’ont aucun intérêt à ce qu’un seul scénario prédomine. Si le public commence à croire que cette affaire est résolue, on risque de négliger des détails cruciaux. Et tant que nous avons cette foutue Amber Alert en route, autant faire en sorte que les gens y fassent gaffe.

— Mais à ce stade des recherches, dit Nancy, c’est une perte de temps et d’argent.

— Seulement si vous croyez que notre boulot se résume à résoudre des affaires. Si vous vous souvenez que nous devons secouer les médias de temps à autre, alors le divisionnaire pense que c’est une bonne annonce pour un dimanche. Cette nuit, ils auront des bandes vidéo de flics en train de fouiller les bois. Ils commenteront à leur façon, en disant que nous avons sans doute des pistes intéressantes, ce qui est vrai. Mais c’est tout ce qu’ils pourront dégoiser, nous sommes d’accord ?

Nancy rougit en se rendant compte que Lenhardt la regardait fixement, et non Infante.

— Oui, sergent.

— Maintenant vous la lâchez, vous rentrez chez vous et vous dormez un peu.

— J’aimerais envisager une dernière piste, si cela ne vous dérange pas, insista Nancy en indiquant la porte de la salle d’interrogatoire du regard. Je sais qu’on passe aux dizaines pour les heures, mais elle a dormi la plupart du temps. Je voudrais essayer encore un truc.

— Elle n’a jamais demandé un avocat ?

— Non, fit Nancy. Et c’est assez curieux. Elle se défile comme une criminelle endurcie, mais elle n’a jamais exigé d’être assistée par un avocat, ou de passer un coup de fil, et elle ne semble pas se soucier de savoir si ses parents sont au courant de sa situation actuelle. Quand elle ne dort pas, tout ce qu’elle dit, c’est : « Je ne sais pas. Je ne sais pas. »

— Alors pourquoi vouloir en remettre une couche ?

— J’ai réfléchi au T-shirt qu’on a retrouvé dans la poubelle. Il est imbibé de sang, n’est-ce pas ? Du sang qui ne correspond pas à celui de la gamine disparue ni à celui de sa mère. Mais il correspond forcément à quelqu’un.

Lenhardt acquiesça. Il était trop malin pour ne pas y avoir pensé avant Nancy.

— Tu as noté un détail corporel significatif sur elle ?

— Non, et j’ai passé les mains sur ses bras quand je lui ai mis les menottes, pour voir si je sentais quelque chose. Mais elle portait des manches longues.

— Bon, alors quoi ? Tu vas retourner auprès d’elle, lui tendre un canif et lui dire : « Eh, tu pourrais te couper toi-même ? » Lui demander si elle veut bien se raser les jambes ? Faire un pacte avec elle afin que vous deveniez sœurs de sang ?

— Sœurs de sang… répéta Infante, mais il était trop las pour réussir à finaliser la blague qu’il entrevoyait.

— Je ne sais pas. Peut-être qu’elle acceptera une prise de sang, juste pour être rayée de la liste des suspects potentiels.

— Mais bien sûr cela ne donnera pas ce résultat, et tu le sais, conclut Lenhardt. Ça prouvera seulement qu’elle n’est pas la personne dont le sang imprègne ce T-shirt. Nous devons garder l’esprit ouvert, et envisager que deux personnes soient impliquées dans cette affaire. En fait, je ne vois pas trop comment une seule des filles aurait pu le faire.

— Écoutez, si les preuves ne vont pas dans notre sens, même le plus abruti des procureurs saura comment s’en sortir. Mais si nous obtenons une correspondance, nous aurons mieux utilisé notre temps qu’en envoyant tous les hommes disponibles sur le terrain.

Lenhardt parut se résigner.

— D’accord, vas-y. Mais ensuite tu rentres chez toi, et tu dors.

Le sergent avait pensé à leur apporter un sac de petits pains. Nancy choisit un des plus doux, aux myrtilles, et l’apporta dans la salle d’interrogatoire avec un soda.

— Tiens, dit-elle. Le petit dèj’ des champions.

Assise, Ronnie regardait droit devant elle, dans le vide. Même éveillée, la jeune fille avait l’air ailleurs, comme si elle dérivait dans un état proche de la catatonie. La gentille Ronnie ou la méchante Ronnie ?

— D’où ça vient ? demanda la jeune fille.

Elle tâta le petit pain, puis en détacha un morceau qu’elle mâcha avec application, comme si elle hésitait à l’avaler ou à le recracher.

— De chez Einstein, sur Goucher Boulevard.

— Les nôtres sont meilleurs. Enfin, celui-là est bon, mais la texture est différente. Nous utilisons une pâte réfrigérée que nous faisons venir de Brooklyn, c’est pour ça qu’on dirait presque des petits pains faits à New York. C’est ce que les gens réclament, d’après Clarice. Elle a travaillé dans un autre magasin où les petits pains étaient trop sucrés – « à la québécoise », comme elle dit – et ce n’est pas le goût des gens, à Baltimore.

— Clarice ?

— La gérante du Bagel Barn. Vous l’avez rencontrée.

— Ah oui, c’est exact. Nous lui avons parlé après que tu t’es enfuie.

— Ah. Oui.

Elle paraissait aussi surprise qu’embarrassée, comme si elle avait espéré que cet épisode ne serait plus jamais mentionné.

— Pour quelle raison t’es-tu enfuie, Ronnie ?

— Je vous l’ai déjà expliqué.

Le ton était las, mais patient. Nancy comprit que cette jeune fille ne demanderait jamais à partir, parce qu’elle ne croyait pas en avoir le droit. Elle pensait n’avoir aucun droit.

— J’ai tout de suite su que vous étiez des flics, et ça ne se passe pas bien pour moi avec les flics. Ça ne s’est pas bien passé, la dernière fois.

— Comment ça ?

— Bah, aucune importance.

— Mais maintenant tu es là. Donc c’est important.

— Je veux dire… personne ne m’a crue, à l’époque, alors pourquoi on me croirait aujourd’hui ? Les gens se sont fait leur idée sur ce qui s’était passé, et donc ça s’est passé comme ça.

Nancy était assise, un petit pain intact devant elle, et s’efforçait de se comporter comme si c’était un petit déjeuner ordinaire entre deux personnes qui se trouvaient partager la même table dans une salle de restaurant bondée. Elle se pencha en avant jusqu’à ce que son menton soit à peine à quelques centimètres au-dessus de la table, et elle regarda Ronnie au fond des yeux. Ceux-ci étaient d’un bleu frappant sous la masse des cheveux noirs. Les sourcils n’étaient pas épilés, la peau légèrement boutonneuse. Mais avec un peu d’efforts elle aurait pu être jolie.

— Ronnie, je ne peux pas changer ce que tu as fait, et tu ne peux pas changer ce que quelqu’un d’autre a fait. Mais tu peux éviter que ça n’empire, tu me comprends ?

— Non, parce que je ne sais rien.

— Tu n’es pas frappée par la coïncidence que cela se produise si près de ton lieu de travail ? Et que…

Elle se tut, car elle ne voulait toujours pas révéler la ressemblance entre la petite fille disparue et la sœur d’Olivia Barnes. Elle avait besoin que Ronnie lui fournisse spontanément ce renseignement. Sharon Kerpelman avait dit d’Alice qu’elle était influençable, qu’elle approuverait n’importe quoi pour être utile, mais Ronnie paraissait beaucoup plus influençable dans ce domaine.

Nancy poussa la photographie de Brittany Little en travers de la table.

— Elle est mignonne, commenta Ronnie.

— Est-ce qu’elle ressemble à quelqu’un que tu connais ?

— Oui, oui, un peu.

— À qui, Ronnie ?

— À Alice ?

— À Alice ? Cette fillette est métisse, et elle a les cheveux bouclés.

Ronnie paraissait perdue.

— Vous avez raison. Je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça. C’est sorti comme ça. Des fois je dis « Alice », je ne sais pas pourquoi.

— Ronnie, est-ce que tu penses beaucoup à Alice ?

— Non… Pas beaucoup.

— Ce serait compréhensible, si tu pensais à elle.

— Pourquoi ?

Elle semblait sincère dans son désir de réponse, presque avide.

— À cause… À cause de ce que vous avez partagé. Je suppose que c’est quelque chose qu’on n’oublie pas.

— Jamais ?

— Quoi ?

— Vous pensez qu’un jour je pourrais oublier ? Un médecin m’a dit que c’était possible. Il a dit qu’avec le temps, j’aurais d’autres choses à penser, d’autres choses qui me… détermineraient.

Incapable de trouver une réponse, Nancy prit la photo et contempla le visage souriant de la petite fille. Es-tu toujours en vie ? Je t’en prie, dis-moi que oui.

— Tu sais, nous avons trouvé ses vêtements dans les toilettes du centre commercial.

Elle ne parlerait pas des cheveux coupés, pas tout de suite. Ils ne voulaient pas que ce détail soit connu. La mère de Brittany elle-même n’avait pas été mise au courant, en partie parce que son petit ami pouvait l’avoir fait afin de créer l’impression d’un enlèvement par un inconnu.

— Il y avait du sang sur ces vêtements. Et du sang sur un T-shirt.

Les yeux de Ronnie s’agrandirent.

— Beaucoup ?

— Assez pour nous inquiéter. Et aussi pour pratiquer des analyses. Et tu sais quoi ? – Elle attendit un instant pour voir si Ronnie lui proposerait une réponse, mais non, rien – Ce n’était pas le sang de la petite fille.

— Comment vous le savez ?

— Le sang est comme une empreinte digitale. Il est unique. Ce n’était pas son sang, ni celui de sa mère. Nous les avons comparés.

— Ah.

— Oui, c’est étonnant ce que nous arrivons à faire avec quelques gouttes de sang. Tu sais, si nous t’en prélevions un peu pour le comparer à celui que nous avons trouvé, et qu’il se révélait être différent, nous pourrions te laisser rentrer chez toi.

Ronnie se raidit et redressa la tête en arrière.

— Vous voulez que je vous donne du sang ?

— Tu n’y es pas obligée. Mais ça permettrait d’accélérer les choses. Nous pouvons te piquer un doigt pour en prélever. Tu as été sœur de sang avec quelqu’un quand tu étais petite ?

Ronnie secoua la tête dans les deux sens, passant d’un oui hésitant à un non véhément. On aurait dit une de ces poupées dont la tête bouge d’elle-même, à l’infini, à cela près qu’au lieu d’osciller de haut en bas elle continuait d’aller de droite à gauche et de gauche à droite. « Non, non, non, non, non, non. »

— C’est une toute petite piqûre, tu ne la sentirais même pas. Et si ce n’est pas ton sang – et ce ne sera pas ton sang, n’est-ce pas, Ronnie, puisque tu ne sais pas ce qui s’est passé ? –, si ce n’est pas ton sang, nous devrons te laisser tranquille.

— Non.

Ce n’était pas un cri, mais quelque chose dans la voix de la jeune fille fit sursauter Nancy.

— Personne d’autre que moi ne me fait saigner.

— Quoi ?

— Je veux dire… Je ne veux pas. Non, non, non et non.

Elle se mit à frapper des paumes sur la table pour souligner son refus jusqu’à ce que Nancy lui saisisse les poignets pour la faire cesser. Pendant un instant Ronnie lui donna l’impression de vouloir la mordre. Ses petites dents blanches claquèrent devant le visage de l’inspectrice, comme celles d’un terrier.

Puis elle se détendit d’un coup, et Nancy la lâcha. La jeune fille s’affaissa sur la table, tête entre les bras, et se mit à sangloter.

— Brittany Little est-elle toujours en vie, Ronnie ? Ça changera tout si nous la retrouvons et qu’elle est toujours en vie. Et si elle est morte… eh bien, nous serons moins durs avec la personne qui nous aura aidés. Je ne peux pas obtenir un compromis, je ne suis que de la police, mais ceux qui coopèrent s’en tirent toujours mieux.

— Je ne sais rien. Je ne sais rien du tout. Demandez à Alice. Prenez son sang. Demandez-lui. Faites-la saigner.

Elle releva la tête, renifla, et prononça la formule magique :

— Je veux rentrer chez moi, maintenant. Est-ce que je peux rentrer chez moi ? Je peux appeler ma mère ? Est-ce qu’il faut que j’appelle un avocat ?

— Oui, dit Nancy. Tu peux partir, et oui, tu peux appeler ta mère. Mais tu n’as pas vraiment besoin d’un avocat.

Pour l’instant.

Elle l’escorta jusqu’à son bureau, et la laissa se servir de son téléphone. Tout en marchant à côté d’elle, Ronnie marmonnait pour elle-même, et Nancy réussit tout juste à comprendre ce qu’elle disait.

— Personne d’autre que moi ne me fait saigner. Personne d’autre que moi ne me fait saigner.

OceanofPDF.com