Par-delà le danger - Un suspect très séduisant

Chapitre 12

12

 

 

L’aveu déferlant sur lui telle une vague d’eau glacée, Riley se figea.

— Je lui ai raconté une partie de ce qui s’est passé, poursuivit-elle. J’ai gardé pour moi la plupart des détails, la boucle du ceinturon, les gants en latex… En revanche, j’ai dit qu’il s’était fait passer pour un policier. Et j’ai laissé entendre au journaliste que je ne lui avais pas tout dit.

Riley roula sur le lit et se redressa, lui tournant le dos. Une boule d’angoisse se logea au creux son estomac alors que des images terrifiantes défilaient dans son esprit.

Seigneur ! Qu’avait-elle fait ?

— Je suis désolée, dit-elle d’une voix empreinte de regret. J’ai pensé qu’il fallait que je fasse bouger les choses. Il me reste si peu de temps avant de rentrer à la maison.

A supposer qu’elle s’en tire vivante, songea-t-il, accablé.

— Tu n’aurais pas dû faire ça !

Sa voix, dure et étranglée, le surprit lui-même.

Elle ne répondit pas.

— Comment es-tu entrée en contact avec un reporter ?

— Quelle importance cela a-t-il ? soupira-t-elle, ne voulant pas impliquer Jack. C’était ma décision.

Il parut sur le point d’insister, puis soupira à son tour.

— Pouvons-nous l’empêcher d’écrire son article ?

— Non. Il allait le remettre à la rédaction en rentrant au bureau. Il est sûrement déjà en cours d’impression.

D’un mouvement résolu, il se leva et sortit son téléphone portable de sa poche. Il n’allait pas renoncer aussi facilement.

— Qui était le journaliste ?

— Il s’appelle Mark Archibald. Il travaille pour un quotidien de Jackson, je ne sais plus lequel.

Elle le tira par le bras, le forçant à lui faire face.

— Je ne crois pas qu’il faille l’empêcher de le publier, Riley.

Elle le regardait d’un air résolu. Le cœur serré, Riley repoussa sa main et composa le numéro de Jim Tanner.

Celui-ci décrocha aussitôt.

— Shérif Tanner ? Ici Riley Patterson.

Il résuma brièvement la situation.

— Pouvez-vous bloquer la parution de l’article ? conclut-il.

Il y eut une brève pause à l’autre bout du fil, puis le shérif Tanner répondit par la négative.

— Pourquoi pas ? s’enquit Riley.

— Premièrement, il y a la question de la liberté d’expression, répliqua Tanner avec une pointe d’ironie. Ensuite, ce serait rendre un mauvais service à la population que de garder ces informations pour nous plus longtemps.

Riley n’en croyait pas ses oreilles.

— Cet article va mettre Hannah Cooper en danger !

— Et ne pas le publier mettrait en danger la vie de toutes les femmes du Wyoming, rétorqua Tanner d’un ton ferme. Hannah Cooper a un policier pour lui servir de garde du corps vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les autres femmes ne savent même pas qu’un gyrophare clignotant dans leur rétroviseur équivaut peut-être à une menace de mort.

La raison commençant à prendre le pas sur la peur qui le rongeait, Riley s’adossa au mur de la chambre. Ils n’avaient gardé des informations secrètes que dans l’espoir qu’Hannah recouvrerait la mémoire de ce qui s’était passé. Jim Tanner avait raison. Les femmes du Wyoming étaient toutes des proies potentielles qui ignoraient le danger qui rôdait autour d’elles. Elles ne savaient pas de quoi se méfier, ni comment se protéger.

Il ferma les yeux.

— D’accord.

Il entendit Hannah pousser un petit soupir incertain. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il vit des larmes briller dans son regard.

— Je devrais sans doute organiser une conférence de presse demain matin, ajouta Tanner, une pointe de résignation dans la voix. Vous voulez en être ?

— Attendez une seconde…

Riley se tourna vers Hannah, couvrant le récepteur de la main.

— Le journaliste va-t-il révéler où tu es ?

— Non.

En lisant la peur au fond de ses yeux, il éprouva une bouffée d’admiration pour elle. Il avait beau être furieux qu’elle ait mis sa vie en jeu, il ne pouvait s’empêcher de respecter son courage.

— Laissez-moi en dehors de ça, dit-il à Tanner. Je ne tiens pas à ce que ma présence fournisse un indice au tueur.

— Entendu.

Il mit fin à la communication et fourra l’appareil dans sa poche.

— Tanner est pour la publication.

— Qu’en penses-tu ? demanda-t-elle.

Il soupira longuement, s’efforçant de maîtriser ses émotions.

— Je crois que les femmes du Wyoming doivent savoir qu’un type se fait passer pour un flic pour les attaquer et les tuer.

Elle parut soulagée.

— Je suis désolée de t’avoir pris au dépourvu.

— Ça aurait été pire si je l’avais appris en ouvrant le journal, répondit-il. Merci de m’avoir prévenu.

Une expression incertaine se lut sur ses traits, mais il ne sut que dire pour la rassurer. Il n’était d’ailleurs pas sûr de vouloir le faire. Le danger qui la menaçait allait être décuplé dès la parution de l’article.

Et s’il ne parvenait pas à la protéger ?

S’il arrivait quelque chose à Hannah, que resterait-il de lui ?

— Nous parlerons demain, ajouta-t-il en se dirigeant vers la porte.

Derrière lui, elle prit une brève inspiration, comme si elle allait dire quelque chose, mais il ne se retourna pas et se rendit dans la cuisine pour attendre le retour de Jack.

* * *

La femme qui renvoyait son regard à Hannah dans le miroir n’avait pas fière allure. Des ombres violettes soulignaient ses yeux, contrastant avec la pâleur de ses joues. Son corps vibrait encore de désir insatisfait, mais son cœur lui faisait l’effet d’être froid et dur comme un roc.

Riley était sorti de la chambre quelques instants plus tôt, mais il s’était éloigné d’elle bien avant. Elle avait vu le changement se produire en lui, son visage se fermer, la lueur s’éteindre dans ses yeux.

Il avait déjà connu trop d’épreuves, et elle venait de lui demander d’en affronter une de plus.

Pas étonnant qu’il s’en soit allé.

C’était une révélation douce-amère que de savoir qu’il était attaché à elle. Ce n’était peut-être pas suffisant pour bâtir une relation, mais c’était malgré tout un cadeau précieux qu’elle pourrait garder avec elle, un souvenir secret à sortir de temps à autre pour se rappeler le bonheur qu’elle avait éprouvé entre ses bras.

* * *

Quand Jack rentra des écuries, Riley ne lui laissa pas le temps d’ouvrir la bouche.

— Tu as appelé un journaliste dans mon dos !

Sur le visage de Jack, la perplexité céda la place au remords.

— Hannah te l’a dit…

— Non, mais toi, tu aurais dû me le dire.

Jack soupira.

— Je suis désolé. Quelqu’un devait faire quelque chose, et tu étais sur le point de renvoyer Hannah en Alabama au lieu d’écouter ce qu’elle avait à dire. Elle voulait parler à Mark.

— Parce qu’elle se sent coupable d’en avoir réchappé. Tu sais ce qu’il en est, Jack.

Jack pâlit et Riley eut un peu honte de lui-même. Pourtant, c’était la vérité, si dure soit-elle à entendre. S’ils étaient restés liés après la mort d’Emily, c’était en partie parce qu’ils éprouvaient le même sentiment de culpabilité.

Riley était policier, Jack cow-boy de rodéo. Contrairement à Emily, ils exerçaient tous deux un métier dangereux. Pourtant, c’était elle qui avait disparu prématurément.

— Je sais autre chose aussi, Riley. Je sais ce qu’il en est du besoin d’agir.

Il s’approcha de l’évier, déplaça machinalement les tasses qui séchaient sur l’égouttoir, puis posa les mains à plat sur le plan de travail et baissa la tête.

— Le séjour d’Hannah est presque terminé, et elle a l’impression de ne rien avoir accompli pour vous aider à attraper ce salaud. C’est ce qui la ronge.

— Tu crois que je ne l’ai pas remarqué ? répliqua Riley, de plus en plus irrité.

Jack se retourna lentement vers lui.

— Vraiment ? Parfois, j’ai l’impression qu’il n’y a que ton chagrin qui te préoccupe.

Riley serra les poings. Il se fit violence pour rester immobile, et s’efforça de se dominer.

— Ta colère n’est pas dirigée contre moi, ajouta Jack.

— Tu te trompes, rétorqua Riley. Non seulement tu as organisé ce rendez-vous, mais tu n’as pas eu le courage de me le dire.

— Tu l’aurais annulé.

— Et ça justifiait de mentir ?

— J’ai agi de la manière qui me semblait juste. Pour Hannah… et pour Emily.

Une douleur soudaine triompha de la colère de Riley, la transformant en résignation.

— Je te faisais confiance pour garder Hannah en sécurité, et tu l’as mise en danger. Comment pourrais-je continuer à te faire confiance ?

Jack eut un haut-le-corps, comme si Riley l’avait frappé.

— Tu ne peux pas, j’imagine, dit-il en sortant de la cuisine.

Riley lui emboîta le pas jusqu’à la chambre d’amis.

— J’avais déjà suffisamment à faire pour la protéger ! Ce que vous avez fait ce soir va me compliquer la tâche ! s’exclama-t-il avant de se rendre compte que Jack commençait à faire ses bagages. Tu vas où ?

— Je ne vais pas rester dans une maison où je suis indésirable.

Riley soupira.

— Où irais-tu ?

Jack le foudroya du regard.

— Je ne suis pas venu ici par souci d’économie ! Je suis venu parce que c’était le foyer d’Emily. J’ai les moyens de me payer l’hôtel pendant quelques jours.

— Et après ?

— Après, ça me regarde.

Jack fourra un dernier jean dans son sac, le ferma, et fit mine de sortir. Riley le rattrapa et le retint par le bras.

— Jack…

Au bout du couloir, la porte d’Hannah s’ouvrit. Elle s’avança vers eux.

— Quelque chose ne va pas ?

Jack posa son sac sur le sol et s’approcha d’elle.

— Je m’en vais.

Hannah baissa les yeux sur ses bagages, atterrée.

— Mais pourquoi ?

— Je suis une pierre qui roule, mon chou, affirma-t-il en lui tapotant la joue. Ça a été un plaisir de faire votre connaissance, Hannah. Si je vais en Alabama un jour, je vous rendrai visite.

Hannah le suivit dans la cuisine, imitée par Riley.

— Que se passe-t-il ?

— Riley en a assez de moi, je crois.

— Je n’ai rien dit de tel ! se récria celui-ci.

— Si c’est à cause du journaliste, c’est moi qu’il faut blâmer, Riley ! s’écria Hannah en lui prenant le bras, les yeux pleins de chagrin. Jack a seulement fait ce que je lui ai demandé de faire. Je t’en prie…

— Je ne lui ai pas dit de partir, protesta Riley faiblement.

— Lui as-tu dit de rester ? rétorqua-t-elle en le foudroyant du regard. Si quelqu’un doit partir, c’est moi. C’était mon idée. Et c’est moi l’étrangère, ici.

— Hannah…

Jack posa une main sur son épaule.

— Il est temps que je m’en aille.

Il se tourna vers Riley et lui adressa un regard à la fois affectueux et compréhensif.

— Je ne faisais que me cacher ici, de toute manière, parce que j’avais peur d’affronter ce que j’ai laissé derrière moi au Texas.

D’après ce que Riley savait de son beau-frère, il devait faire allusion à une femme.

— Il faut que j’aille voir si je peux réparer le mal que j’ai fait, ajouta Jack doucement.

C’était une grande première, songea Riley. Peut-être Jack avait-il enfin mûri.

— Je ne te mets pas à la porte, répéta-t-il, non pour le faire changer d’avis, mais parce que les mots avaient besoin d’être dits.

— Je sais.

Hannah s’effaça pour le laisser passer et les deux hommes échangèrent une poignée de main ferme.

— Reste au moins pour cette nuit. Où vas-tu trouver un motel à cette heure-ci ?

— Tu serais surpris, observa Jack en riant. Mais ne t’inquiète pas. J’ai rencontré hier un vieil ami qui m’a dit que je pouvais lui rendre visite n’importe quand. Je vais le prendre au mot.

— Tu as besoin d’argent ?

Jack sourit.

— Non, mais merci quand même.

Riley jeta un coup d’œil en direction d’Hannah, qui semblait toujours bouleversée. Il aurait aimé pouvoir lui assurer que tout allait bien, mais lui expliquer les complexités de sa relation avec son beau-frère exigerait trop de temps. Il se contenta de lui adresser un sourire d’excuse et mit la main sur l’épaule de Jack.

— Je te raccompagne.

Hannah resta à l’intérieur pendant qu’ils se dirigeaient vers le pick-up de Jack. Celui-ci lança son sac sur le siège passager et se tourna vers Riley.

— Porte-toi bien, vieux.

Riley l’étreignit.

— Toi aussi. J’espère que tu pourras réparer ce que tu as laissé au Texas.

— Et moi, j’espère que tu pourras réparer ce que tu as cassé ici, répondit Jack en souriant. Il te reste encore trois jours, mon vieux. Elle pourrait changer toute ta vie.

Jack monta dans la voiture, ferma la portière et démarra. Il lui adressa un petit signe en faisant marche arrière dans l’allée, puis disparut.

Les paroles de Jack résonnant encore à ses oreilles, Riley revint lentement vers la maison.

« Elle pourrait changer toute ta vie. »

N’était-ce pas le problème ? Sa vie avait déjà changé, et de manière irrévocable. Depuis la mort d’Emily, il avait passé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, à essayer de survivre dans un monde qui n’avait plus aucun sens.

Hannah Cooper avait été la première personne en trois ans à pénétrer le brouillard dans lequel il végétait et à le ramener à la vie. Dans quelle mesure l’attraction entre eux était-elle purement sexuelle ? Et dans quelle mesure les sentiments qu’elle éveillait en lui étaient-ils dus au fait qu’elle lui apportait enfin une chance d’élucider l’affaire qui le hantait ?

Elle méritait plus que cela, et mieux.

Pourtant, en la voyant qui l’attendait dans la cuisine, ses yeux verts pleins de compassion, il dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas la soulever dans ses bras et l’emmener dans la chambre.

— Ce n’était pas sa faute, dit-elle.

Il alla ouvrir le réfrigérateur ; il n’avait pas faim, mais besoin de se donner une contenance. De se forcer à détacher son regard d’elle.

— Nous ne sommes pas fâchés, je t’assure.

— Pourquoi est-il parti ?

— Je crois qu’il s’est rendu compte qu’il restait ici pour fuir au lieu de régler certains problèmes.

Il referma le réfrigérateur sans y avoir rien pris, songeant à ce qu’il venait de dire.

Par certains côtés, n’avait-il pas fait exactement la même chose au cours des trois dernières années ? Il s’était consacré entièrement à l’enquête pour fuir sa douleur, sans pour autant pouvoir affirmer que cela avait été un succès.

— Je me terre ici depuis trop longtemps, déclara Hannah. Il ne me reste que trois jours ! Il faut que je fasse quelque chose, Riley !

— Tu l’as déjà fait, affirma-t-il, conscient que sa réponse ne la satisferait pas.

Au regard qu’elle lui lança, il sut qu’il avait vu juste.

— Je crois que je devrais donner d’autres interviews.

— Tu veux attirer le tueur jusqu’à toi ? demanda-t-il, l’estomac noué.

Elle vint se camper devant lui avec détermination.

— Exactement.

Il secoua la tête.

— Pas question !

— Nous pourrions mettre au point un plan pour l’attirer. La police serait partout, je ne risquerais rien.

Tout en lui se révoltait contre cette idée.

— Hannah, c’est insensé ! Tu laisses ta frustration l’emporter sur ton bon sens.

— Et toi, tu laisses ta peur l’emporter sur ton instinct de policier ! riposta-t-elle. Si c’était toi, tu le ferais.

— C’est différent.

— Parce que je suis une femme ?

— Parce que je ne peux pas…

Il se tut, ravalant le reste de sa phrase, pas encore prêt à la formuler.

Elle prit sa main et mêla ses doigts aux siens, l’enveloppant d’un regard plein de tendresse.

— Si nous arrêtions d’en discuter ce soir ? Attendons de voir ce qui va se passer demain, quand l’article sera publié.

— D’accord.

Las d’argumenter avec elle alors qu’il n’avait qu’une envie, la serrer contre lui et se perdre dans sa chaleur, faire disparaître les ténèbres qui les entouraient, il s’accrocha à ce répit.

— Passons une soirée tranquille, tu veux bien ?

Elle l’entraîna dans le salon, lui lâchant la main un instant pour s’asseoir sur le canapé et tapoter le coussin à côté d’elle.

— Voyons si nous pouvons regarder un film à la télé, proposa-t-elle. Une comédie, de préférence.

Il lui tendit la télécommande, la laissant choisir. Elle trouva un vieux film en noir et blanc, avec Cary Grant et Katharine Hepburn. Il ne prêta guère attention à l’intrigue, content de savourer le rire d’Hannah, et le contact de son corps chaud et doux contre le sien.

Trois jours seul avec Hannah.

C’était une éternité.

Et loin d’être assez long.

* * *

L’article dans le journal de Jackson était exactement ce qu’Hannah avait espéré, mais l’expression morose de Riley lui fit penser qu’elle était allée trop loin.

— Soyons positifs, dit-elle alors qu’ils se dirigeaient ensemble vers les écuries après le petit déjeuner. Si ça attire l’attention du tueur, peut-être qu’il ne va pas s’en prendre à une autre femme.

— Et c’est toi qu’il va chercher, et…

— Et tu seras là pour l’arrêter, l’interrompit-elle.

Un petit nœud d’angoisse s’était formé au creux de son ventre.

— Ça ne marche pas toujours comme ça.

Le ton ému de Riley la prit par surprise.

— Je sais, admit-elle, s’arrêtant à mi-chemin des écuries pour prendre sa main dans la sienne.

Il se tourna vers elle, le regard sombre sous le bord de son chapeau.

— Il y a trois ans que je cherche ce type. Dieu sait depuis combien de temps il tue des femmes sans que nous le sachions.

La main de Riley se resserra sur la sienne.

— Je n’ai pas pu l’empêcher de tuer Emily.

— Comment l’aurais-tu pu ? demanda Hannah, partagée entre l’envie de l’étreindre et celle de le secouer. Tu ne pouvais pas l’accompagner constamment. Enfin, Riley, je croirais entendre ce type à la station-service !

Riley fronça les sourcils.

— Quel type ?

Hannah sourit, surprise par la question, avant de se souvenir qu’elle n’avait jamais parlé de l’homme qu’elle avait croisé au poste d’essence sur la nationale 287. En fait, jusqu’à cet instant, elle l’avait totalement oublié.

— Il était en train de se servir à l’autre pompe quand je me suis arrêtée. Il a vu ma plaque d’immatriculation et a dit que j’étais courageuse de conduire toute seule dans un endroit que je connaissais pas. A vrai dire, il avait l’air de penser que c’était stupide de voyager seule.

— Il a dit autre chose ?

— Je ne crois pas, répondit-elle en secouant la tête. Il a fini de se servir et il est parti.

— Tu l’as bien vu ?

— Pas vraiment. Il portait un chapeau et des lunettes de soleil.

Elle plissa le front.

— Tu crois que c’était lui ?

— Je ne sais pas. Il conduisait une voiture ou un camion ?

— Une voiture.

Une berline sombre, mais elle ne souvenait pas d’autres détails.

— Je suppose qu’il aurait pu s’agir de la même voiture. A part le gyrophare, je ne me souviens vraiment pas de grand-chose.

Il lui caressa la joue.

— C’est un élément nouveau. Joe a demandé à un de ses hommes d’éplucher les reçus de la station-service. S’il a payé par carte, nous n’allons pas tarder à savoir qui il est.

Il laissa retomber sa main et se dirigea vers les écuries. Hannah le suivit, l’esprit en ébullition. Avait-elle réellement parlé au tueur ce jour-là ?

Cette conversation anodine l’avait-elle désignée comme cible ?

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