Par-delà le danger - Un suspect très séduisant

Chapitre 21

21

 

Logan réprima un grognement de frustration. Autrefois, ces patrouilles fastidieuses et inutiles, d’un point à un autre, faisaient partie de la routine de son métier ; mais aujourd’hui, le temps jouait contre eux, la vie de Liana était en péril, et il trouvait cela intolérable.

— Est-ce tout ce qu’ils ont dit ? demanda-t-il à Alvera, tandis qu’ils quittaient le quatrième lieu inspecté en moins d’une heure.

Chaque fouille s’était révélée aussi infructueuse que la précédente. Des endroits totalement vides, manifestement désaffectés.

Alvera eut la délicatesse d’ignorer qu’il répondait à la même question pour la troisième fois, et il récita ce qu’on lui avait dit lorsqu’il avait décroché le portable de Logan.

— Oui. « On a la fille. Un mot de trop, et elle est morte. » Rien de plus. Draven a confirmé que l’appareil était un téléphone à cartes prépayées, sans couverture GPS.

Logan finit par exprimer ce qui le taraudait depuis le début.

— Elle est peut-être déjà morte.

— C’est possible, mais ça m’étonnerait, rétorqua Alvera. Ils croient qu’elle est ta copine, et s’ils la tuent, tu ne les laisseras jamais en paix.

— Ils ont raison.

— C’est donc vrai ?

— Quoi ?

— Qu’elle est ta petite amie.

Cette simple phrase provoqua une bouffée de désir chez lui, qu’il dut contenir avant de reprendre la parole.

— Ça va dépendre d’elle, admit-il, la gorge serrée. Mais j’ai du mal à me convaincre qu’elle voudra de moi après avoir subi une telle épreuve.

— Ce qu’il y a de fascinant chez les femmes, c’est qu’elles ne regardent pas les choses par le petit bout de la lorgnette.

Logan n’était pas certain de saisir le sens de cette réplique, mais il n’insista pas. Ces mots lui avaient paru vaguement réconfortants, et c’était exactement ce dont il avait besoin.

Alvera ralentit au carrefour qui les mènerait vers leur prochaine destination. L’entrepôt situé au milieu du pâté de maisons était l’endroit où Mick avait assisté à l’entrevue qu’il avait décrite.

Ils se garèrent et se dirigèrent vers la clôture, à côté de laquelle ils s’accroupirent. A cet instant, le portable d’Alvera sonna. L’agent fronça les sourcils en découvrant l’identité de son interlocuteur, puis décrocha. L’expression de son visage changea brusquement, puis il prononça un nom qui frappa Logan aussi violemment qu’un coup de poing.

— Liana !

* * *

Elle s’efforçait de ne pas trembler en faisant les cent pas dans le petit hall de l’immeuble de bureaux. Le combiné sans fil qu’elle venait d’emprunter était toujours collé contre son oreille, et elle s’accrochait à la voix de Logan aussi désespérément que Ce Jour-Là, à la banque.

— Tiens bon, ma belle, nous arrivons.

Elle ignorait ce que son ton attendri signifiait, et n’avait plus assez d’énergie pour y réfléchir. Elle se sentait faible, et se serait volontiers écroulée sur une chaise si elle n’avait craint d’être incapable de se relever.

Lorsqu’un crissement de pneus attira son attention vers le parking, et qu’elle reconnut la berline bleue de Tony, elle manqua pleurer de soulagement. Et elle se crut à deux doigts de s’évanouir en voyant Logan surgir de la voiture avant même qu’elle soit garée. Reposant le combiné sur le comptoir, elle murmura un vague remerciement à l’intention du jeune employé qui le lui avait prêté.

Quand Logan l’entoura de ses bras, forts et chauds, elle ne put s’empêcher de défaillir contre lui.

— Mon Dieu, Liana, murmura-t-il d’une voix si rocailleuse qu’elle sentit son pouls s’accélérer en dépit de son extrême fatigue. Tu vas bien ?

— Je crois, oui. Mais je me sens un peu faible.

— C’est le contrecoup de l’adrénaline. C’est normal.

Lorsqu’elle avait appelé Tony, elle lui avait expliqué où elle se trouvait, puis l’agent avait tendu l’appareil à Logan afin de se concentrer sur sa conduite. Logan lui avait posé mille questions auxquelles elle avait tenté de répondre, relatant ce qui s’était passé et comment elle s’était échappée. Etrangement, le fait d’avoir à lui répondre aussi rapidement l’avait empêchée de s’effondrer, et ce n’avait été qu’au bout d’un moment qu’elle avait compris qu’il le savait certainement, et qu’il menait cet interrogatoire trépidant en connaissance de cause.

Il la serra tout contre lui. Elle ne pouvait chasser de son esprit le souvenir d’une situation similaire ; l’instant suivant, il l’avait rejetée, lui brisant pratiquement le cœur. Elle l’avait désiré comme elle n’avait jamais désiré aucun autre homme, et il l’avait repoussée. Elle en souffrait, et le fait qu’elle éprouvait encore des sentiments pour lui rendait ce moment plus difficile à supporter.

— Je pense que nous devrions raccompagner cette demoiselle chez elle.

Elle tourna la tête. Tony les regardait d’un drôle d’air.

— J’imagine que vous ne comptez pas impliquer la police dans cette histoire ? s’enquit-elle.

Elle se doutait déjà de la teneur de leur réponse, mais voulait que les choses soient claires. Tony semblait considérer que cela allait de soi, mais Logan se crispa ; il était en lutte avec ce que son instinct de policier lui conjurait de faire, c’est-à-dire suivre la procédure.

— Pas tout de suite, à mon avis, avança Tony. Attendons de voir qui ils ont mis sur le coup pour ton accident. A compter de maintenant, ajouta-t-il, quelqu’un restera en permanence avec toi. Je vais appeler Samantha.

— Je peux veiller sur elle, rétorqua Logan.

Devoir supporter la présence de Logan, alors qu’elle tentait de réprimer ses sentiments, lui semblait au-dessus de ses forces.

— Appelle Samantha, s’il te plaît, dit-elle à Tony.

Logan se figea. Tony opina et se dirigea vers son véhicule.

— Liana ?

— J’ignore ce que tu attends de moi, et mes idées sont trop embrouillées pour essayer de comprendre.

Logan laissa échapper un ricanement sarcastique.

— Alors tu n’es plus si sûre que je suis un héros.

— Bien sûr que tu en es un, dit-elle avec lassitude. Mais je me rends compte qu’ils sont difficiles à vivre au quotidien. * * *

Logan était assis dans le fauteuil près de la fenêtre du salon de Liana. Il s’y était installé depuis le départ d’Alvera, qui venait de lui annoncer une nouvelle, qui, si elle le réjouissait, risquait de ne pas plaire à la jeune femme.

Il ignorait pourquoi il avait choisi cette place, et s’y sentait un peu mal à l’aise, car c’est là qu’elle s’installait pour tricoter, son panier de laines colorées à ses pieds. Une autre chaussette était en cours sur les minuscules aiguilles à double pointe ; elle avait apparemment eu le temps d’achever la précédente.

Dès leur arrivée, environ vingt minutes plus tôt, elle s’était glissée sous la douche, et elle y était encore. Les images qui lui traversaient l’esprit le mettaient à la torture, mais il la comprenait ; elle cherchait à se débarrasser de toutes les traces, visibles ou non, de cette épreuve.

Une infortune qu’elle avait gérée bien mieux que quiconque en aurait été capable. Il leur faudrait avoir une petite discussion quant à la définition du mot « héroïsme », après ce qu’elle venait d’accomplir. Elle s’était une fois encore dépassée, en faisant face à une situation à laquelle elle n’aurait jamais dû être confrontée.

Son sourire disparut. Il en était responsable. Il s’était montré stupide en donnant à Marcos l’impression qu’il tenait à elle.

Tendant la main, il attrapa la chaussette en cours et la considéra longuement, comme s’il espérait percer les mystères de cette technique compliquée simplement en examinant le travail de Liana. Comprenant finalement que cela dépassait son entendement, il la reposa dans le panier.

Le jet d’eau s’interrompit, contrairement à ses coupables pensées. Il l’imaginait nue, s’enveloppant dans une serviette douce et duveteuse. Ses cheveux étaient encore mouillés, des gouttelettes ruisselaient sur sa peau délicate et ses courbes sensuelles, ses jambes interminables ; lorsqu’il imagina celles-ci enroulées autour de sa taille, il eut subitement le souffle court.

C’est le moment qu’elle choisit pour apparaître, pieds nus, vêtue d’un survêtement taille basse bleu foncé, et d’un T-shirt bleu ciel un peu juste. L’espace que ce dernier laissait à nu était négligeable par rapport à ce qu’il voyait parfois dans la rue, mais le fait qu’elle ne sortirait jamais dans une telle tenue la rendait d’autant plus sexy.

Ou peut-être était-ce lui. Et elle.

Elle s’arrêta net en l’apercevant. Ses mains se posèrent sur l’ourlet de son T-shirt, comme si elle allait tirer dessus pour dissimuler son nombril, mais elle sembla changer d’avis à la dernière seconde, et finit par croiser les bras sur sa poitrine.

— Que fais-tu là ?

Elle n’avait pas l’air très en colère, mais suffisamment pour qu’il lui réponde avec prudence.

— Tu es coincée avec moi, on dirait.

— Je croyais que Tony avait appelé Samantha.

— Il l’a fait, mais elle n’était pas disponible. Pour être franc, il ne lui a même pas posé la question.

Elle fronça les sourcils.

— Et pour quelle raison ?

— Elle vient d’apprendre qu’elle est enceinte. Ian et elle sont partis célébrer l’événement. Je vais donc être ton garde du corps pour ce soir.

Le visage de Liana se détendit instantanément, et un sourire l’illumina, un sourire qu’il aurait tant aimé savoir lui être destiné.

Il tenta de déchiffrer les signaux que son corps lui adressait, et conclut que sa position, les bras fermement croisés sur sa poitrine, comme si elle cherchait à se protéger de lui, était sans équivoque.

Il l’observa tandis qu’elle traversait la pièce pour venir s’asseoir sur le canapé, et il comprit qu’il avait peut-être mal interprété son geste : comme elle sortait de la douche et qu’elle attendait Samantha, elle n’avait pas jugé nécessaire de mettre un soutien-gorge. C’était simplement de la pudeur.

Il sentit une vague de chaleur l’envahir, et il aurait juré que son cerveau était en train de ramollir, engluant au passage toute velléité de résistance en lui. Ses seins, ses seins parfaits qu’il avait si souvent rêvé d’envelopper de ses mains… avait-elle aussi fait l’impasse sur la petite culotte ? Etait-elle nue sous ces deux morceaux de tissu dont il aurait été si facile de la débarrasser ?

— Liana, murmura-t-il.

— Où est Tony ?

Sa question le refroidit.

— Il est parti jeter un œil au bâtiment dans lequel on te retenait prisonnière.

Elle fronça les sourcils.

— Tout seul ?

— Tu t’inquiètes pour lui ? dit-il avec une pointe de sarcasme.

Elle tourna vers lui un visage surpris.

— Parce que tu me l’as gentiment suggéré. Aurais-tu oublié ? rétorqua-t-elle.

Il détestait lorsque les gens utilisaient ses propres mots contre lui. Cela avait le don de l’énerver, si bien qu’il finit par poser la question qui lui brûlait les lèvres :

— Pourquoi l’as-tu appelé, je veux dire lui, et pas moi ?

Il se demandait s’il avait l’air pathétique. Peut-être pire encore.

— Je connaissais son numéro.

Il écarquilla les yeux.

— Oh !

Evidemment. Qu’il était bête.

— Le tien est dans mon portable, qui se trouve dans mon sac à main, sur le siège passager de ma pauvre petite voiture.

— Je suis désolé pour ton roadster.

— Moi aussi. Et mes muscles le seront sûrement demain.

L’inquiétude le saisit, et il fut sur pied en une seconde. Elle lui avait certifié que les malfrats ne l’avaient pas vraiment malmenée, qu’elle s’était simplement égratignée en se démenant, mais il aurait dû prendre la peine de l’amener voir un médecin.

Il parcourut l’espace qui les séparait d’une longue enjambée.

— Tu es blessée ?

Elle se raidit lorsqu’il s’assit près d’elle, mais n’eut pas de mouvement de recul. Maigre consolation, songea-t-il, mais il devait s’en contenter.

— Non, mais l’impact a été assez violent, et je pense que j’en ressentirai le contrecoup demain.

— Je regrette terriblement ce qui t’est arrivé alors que tu essayais de m’aider…

Il lui caressa la joue du revers de la main. Elle se tourna vers lui.

— … et je m’excuse de m’être comporté comme un imbécile. Crois-moi, je ne cherchais qu’à te protéger.

Il passa son pouce sur ses lèvres pleines et douces, et fut pris d’un frisson en se rappelant leur goût sur sa langue.

— Pardonne-moi aussi ce baiser, que je ne méritais pas, pas au milieu de tout ça, même si j’avais terriblement envie de toi.

Elle se raidit davantage.

— Avais ? Ce qui signifie que ce n’est plus le cas ?

Elle semblait passablement esseulée. Ses doigts se refermèrent sur le poignet de Logan. Lorsqu’il remarqua ses ongles abîmés, un mélange d’inquiétude, de colère et de désir l’envahit, et l’empêcha de prononcer un mot.

— Pourrais-tu cesser de penser à tous les obstacles qui se dressent devant nous, et songer plutôt que cela pourrait nous galvaniser ?

Il ne s’y était pas autorisé, pas depuis qu’elle était réapparue dans sa vie. Il tendit la main, l’attira à lui, et l’enveloppa de ses bras. Soudain, presque magiquement, tout le reste sembla s’évanouir. Plus rien ne comptait que cette femme.

— Je suis incapable de réfléchir, peina-t-il à articuler. Liana… si tu me laisses faire, je ne suis pas sûr de pouvoir m’arrêter.

Il n’était d’ailleurs pas certain d’être encore capable de faire machine arrière, mais il devait lui laisser une chance.

Elle ne la saisit pas. S’appuyant contre lui, elle posa ses lèvres sur son cou. Sans s’en rendre compte, il bascula la tête en arrière, l’encourageant à continuer. Il retint sa respiration tandis qu’elle cheminait le long de l’artère qui palpitait sur sa gorge. Puis il sentit la caresse taquine de sa langue sous son oreille, et il dut retenir un grognement, sous le coup de la surprise. Qui aurait pu penser que cela soit si sensuel ?

Il la releva de quelques centimètres et l’embrassa, avec toute la fougue qu’il avait réfrénée ces derniers jours. Elle laissait échapper de petits gémissements de plaisir qui lui montraient qu’elle s’abandonnait à lui, et qui levèrent tous ses doutes. Sans interrompre leur baiser, il s’allongea sur le canapé, le cœur battant à tout rompre. Il la sentit glisser sur lui. Elle remua les hanches, accentuant la pression sur sa chair déjà terriblement excitée, et il grogna contre ses lèvres. Il la voulait ainsi, cambrée, le chevauchant, et la contempler, la toucher sans retenue.

Lentement, ses mains descendirent sur sa taille ; puis ses doigts se faufilèrent sous son corsage et se posèrent sur sa peau soyeuse.

Elle leva la tête et plongea son regard dans le sien. Il n’y décela aucune hésitation, seulement l’écho de son propre embrasement. Alors, avec indolence, elle s’écarta un peu pour saisir le bas du T-shirt qu’il portait et tira dessus.

Prenant les devants, il le retira avec impatience. Il vit ses yeux se poser sur le bandage.

— Tu as encore mal ?

— C’est ne pas t’avoir pour moi qui me fait souffrir, dit-il d’une voix rauque.

Elle le dévisagea longuement, puis le fit frissonner en promenant ses doigts timides sur la toison de son torse. Lorsque son pouce effleura son téton, il sursauta presque.

— Liana ? murmura-t-il, imitant le geste de la jeune femme en tiraillant le bas de son corsage.

Comme si elle avait pu lire ses pensées, ou qu’elle avait partagé le fantasme qu’il avait chorégraphié dans sa tête, elle se cambra, le chevauchant. Il poussa un gémissement en sentant son corps aller et venir sur son érection. Elle souleva ensuite son corsage avec une lenteur qui le mit à la torture, puis l’ôta.

Ses seins étaient encore plus beaux qu’il les avait imaginés, juste assez ronds, et couronnés de tétons d’un rose tendre qui se dressèrent lorsque sa main s’en approcha. La réaction de son corps, à la simple anticipation de son geste, lui fit perdre tout contrôle et dès qu’il eut cette chair douce au creux de sa main, il comprit qu’il était perdu.

Après ça, il ne sut plus exactement ce qu’il faisait. Il se débarrassa du reste de ses vêtements, et découvrit qu’elle en avait fait de même. Il la fit rouler sous lui, touchant, goûtant, suçotant, caressant chaque parcelle de son corps, et lorsqu’il la retrouva tremblante entre ses bras, l’implorant, il finit par succomber à un désir devenu presque douloureux.

Elle gémit quand il la pénétra, mais elle était si humide, si prête à l’accueillir qu’il ne s’agissait certainement pas d’un cri de douleur. Lui saisissant les hanches, il s’enfonça profondément en elle.

Il allait et venait, incapable de contenir cette vague qui enflait, accélérant inexorablement et se délectant des soupirs qu’elle poussait en soulevant ses hanches pour venir à sa rencontre.

Il se mordit la lèvre, se servant de cette douleur pour tenir une minute de plus, tout en sachant qu’il se trouvait au bord de l’abîme. Il glissa une main entre eux, et titilla de sa langue l’un de ses tétons durcis, tout en la caressant du bout des doigts.

Elle se mit à haleter sous lui, et il comprit qu’elle s’apprêtait à le rejoindre avec une force qu’il n’avait jamais connue auparavant. Elle pressa son corps contre le sien, murmurant son nom, puis il sentit la jouissance le submerger sans qu’il puisse l’arrêter. Elle semblait ne jamais devoir finir, et il ne pouvait que susurrer le nom de Liana, anéanti et émerveillé.

Lorsqu’il se coucha sur elle, il n’avait plus conscience de rien, hormis les battements frénétiques de son cœur. Il se rappelait vaguement qu’il n’avait pas eu l’intention d’aller si loin.

Il se dit alors qu’il se fichait des bonnes intentions, et encore plus de savoir où menaient les routes qui en étaient pavées.

Tant que Liana était dans ses bras, rien d’autre ne comptait.

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