Par-delà le danger - Un suspect très séduisant

Chapitre 5

5

 

 

— Ne bouge pas ! s’exclama Riley. Tu es pieds nus.

S’efforçant de recouvrer la maîtrise d’elle-même, Hannah chercha son regard. Venait-il vraiment de faire irruption dans la cuisine, vêtu en tout et pour tout d’une serviette, et de dire à son beau-frère qu’elle était sa nouvelle petite amie ?

Que diable lui était-il passé par la tête ?

Une gouttelette d’eau courut le long de sa joue puis de son cou et s’arrêta brièvement sous sa pomme d’Adam avant de descendre sur les muscles de sa poitrine. Hannah s’humecta les lèvres et s’obligea à détourner les yeux.

A présent que sa panique était passée, elle voyait que le beau-frère de Riley avait environ une trentaine d’années, le même âge qu’elle. Son visage hâlé arborait une expression douloureuse qui lui serra le cœur.

— Je suis désolé de t’apprendre ça de cette manière, Jack, continua Riley. Je voulais être sûr que c’était sérieux…

Il adressa à Hannah un coup d’œil timide, comme s’il la suppliait d’entrer dans son jeu.

Elle s’éclaircit la voix.

— Je lui ai dit qu’il devrait vous appeler pour vous mettre au courant.

Son ton avait été plus sec qu’elle ne l’avait voulu.

— Les rumeurs vont vite, ajouta-t-elle plus doucement. Mais vous savez qu’il n’en fait qu’à sa tête…

Jack traversa lentement la pièce et s’approcha de la table, ses bottes crissant sur les fragments de verre éparpillés sur le sol. Il se laissa tomber sur la première chaise à sa portée.

— Vous êtes ensemble depuis longtemps ?

Hannah décocha à Riley un regard accusateur. Comment était-elle censée répondre à cette question ?

— Je vais chercher une balayette, annonça Riley en s’engouffrant dans le couloir.

Il revint quelques secondes plus tard et se mit à balayer autour d’Hannah.

— Va t’habiller et mettre des chaussures, lui dit-il. Je vais parler à Jack.

Il était si proche d’elle qu’elle percevait la chaleur de son corps. Il sentait bon l’air frais et le sapin. Réprimant l’envie d’enfouir la tête dans son cou pour inspirer son odeur, elle serra les poings.

— Et puis tu m’expliqueras ? murmura-t-elle pour que Jack ne l’entende pas.

Pour toute réponse, il lui lança un regard penaud.

Elle sortit, et tendit l’oreille pour suivre la conversation dans la cuisine tandis qu’elle enfilait un pull et un jean.

Un tintement de verre lui parvint — Riley qui ramassait les débris.

— Tu n’as plus de crédit sur ton portable ? demanda-t-il enfin à Jack d’un ton sec.

— Emily et toi ne m’avez jamais demandé de vous avertir de mes visites. « Tu peux venir quand tu veux, Jack. On adore te voir, Jack. »

Il y avait dans la voix de Jack une insolence à laquelle Hannah ne s’était pas attendue. Peut-être était-il plus jeune qu’elle ne l’avait pensé.

— Tu étais sa seule famille.

— Et maintenant, tu es ma seule famille, répliqua Jack. Du moins, je le croyais.

Occupée à nouer ses lacets, Hannah s’immobilisa. La note de chagrin dans la voix de Jack Drummond l’avait prise au dépourvu. Il semblait si triste ! Elle éprouva subitement une bouffée de reconnaissance pour sa grande famille bruyante.

— Ne fais pas l’enfant, Jack, répondit Riley.

Hannah cilla.

— Pourquoi ta copine a-t-elle un pansement au visage ? demanda Jack après quelques secondes de silence.

Hannah finit d’attacher ses lacets et se dirigea vers la cuisine.

— Elle a eu un accident de voiture. Elle a reçu un petit choc à la tête, mais ça va aller.

— J’ai cru qu’elle allait me transpercer le ventre, fit Jack, l’ombre d’un sourire dans sa voix. Je parie qu’elle se défendrait bien dans une rixe de bar.

— Je ne me bats pas dans les bars, déclara Hannah depuis le seuil.

Riley se tourna vers elle. Hannah lui rendit son regard sans dissimuler son irritation. Il n’aurait pas dû se lancer dans cette histoire de petite amie sans l’avertir. Et il n’aurait pas dû être aussi dur avec son beau-frère, qui souffrait encore si visiblement de la perte de sa sœur, tout comme lui souffrait de la perte de sa femme.

Elle pivota et sourit à Jack.

— Vous avez déjeuné ? Je pourrais faire une omelette.

— J’ai mangé en ville, répondit Jack en lui rendant son sourire. Riley m’a parlé de votre accident. J’espère que vous vous sentez mieux.

— Nous avons passé une bonne partie de la nuit à l’hôpital, intervint Riley. Le médecin a dit qu’elle avait un traumatisme crânien, mais on l’a autorisée à sortir ce matin.

— Oh ! Dans ce cas, je parie que vous êtes épuisés. Ecoutez, je peux chercher une chambre en ville…

— J’ai fait du feu dans le poêle, se hâta d’annoncer Hannah, en jetant un coup d’œil furtif à Riley.

C’était lui qui les avait mis dans ce pétrin, à lui d’en supporter les conséquences.

— Le lit est fait. J’ai mis certaines de mes affaires dans l’armoire parce que celle de Riley est pleine, mais il y a de la place pour les vôtres.

La lueur d’inquiétude qui jaillit dans le regard de Riley la fit sourire.

« A ton tour d’être surpris, mon grand ! »

— Vous êtes sûrs que je ne vous gêne pas ?

La question de Jack s’adressait surtout à Riley. Ce dernier n’hésita qu’un instant.

— Evidemment, affirma-t-il avec un sourire plein d’une affection sincère. Tu es de la famille.

Hannah eut le cœur serré en voyant le sourire qui s’épanouit sur le visage de Jack. Il lui faisait penser à un chiot reconnaissant, soulagé de ne pas avoir à coucher dehors sous prétexte qu’il y avait un nouveau venu.

— Puis-je faire quelque chose ? demanda-t-il à Riley en se levant. Je parie que vous étiez tous les deux trop fatigués pour vous occuper des chevaux ce matin. Tu veux que je les sorte ?

— Ça ne t’ennuie pas ? Ce serait génial, répondit aussitôt Riley, qui avait sans doute hâte d’être seul avec elle pour qu’ils puissent mettre leur histoire au point.

— Je reviens dans un moment.

Jack lança un clin d’œil à Hannah, attrapa le chapeau qu’il avait laissé sur le plan de travail et sortit par la porte du jardin, laissant la moustiquaire claquer derrière lui.

Le silence qui suivit donna la chair de poule à Hannah. Riley se tourna lentement vers elle.

— Allez-y, dites-le.

— Votre petite amie ?

— Qu’est-ce que j’étais censé dire d’autre ? Il vous trouve en peignoir, moi au sortir de la douche…

Le regard d’Hannah glissa vers la serviette qui révélait les muscles durs de son ventre. Elle déglutit avec peine et se força à relever les yeux.

— Nous ne pouvons révéler à personne la vraie raison de votre présence ici.

Elle soupira.

— Combien de temps croyez-vous qu’il va rester ?

— Je ne sais pas. C’est la première fois qu’il vient depuis qu’Emily est morte.

Alors qu’il s’apprêtait à s’asseoir, il sembla se souvenir qu’il ne portait qu’une serviette. Il lui fit signe de le suivre.

Après avoir fait un rapide détour par la chambre d’amis pour prendre quelques affaires, ils se dirigèrent vers celle de Riley. Hannah attendit dans le couloir, dos au mur, pendant qu’il entrait dans la pièce pour s’habiller.

— Je suppose que nous devrions nous mettre d’accord sur notre histoire, dit-elle. Mais je vous préviens, je ne mens pas très bien.

— Nous allons rester aussi proches de la vérité que possible. Pourquoi êtes-vous venue dans le Wyoming ?

Sa voix lui parvenait un peu étouffée. Elle refoula la vision d’un T-shirt glissant sur son torse puissant, et ravala le nœud qui s’était formé dans sa gorge.

— J’ai été invitée à la pêche chez des amis, et puis je projetais d’aller jouer les touristes au parc de Yellowstone.

Ses amis, David et Julie Sexto, possédaient un petit ranch doté d’un excellent lac à truites dans une vallée des Wind River Mountains. Elle avait passé les quatre premiers jours de ses vacances avec eux et leurs deux petites filles.

Si seulement elle était restée là-bas…

— Bon, on s’en tient à ça. Vous êtes venue pêcher par ici, et nous nous sommes rencontrés par hasard…

En entendant le bruit d’une fermeture Eclair, elle ferma les yeux.

— Et je me suis installée chez vous au bout de quelques jours ? Ce n’est pas mon genre.

— Hé ! C’est vous qui avez donné votre chambre à Jack.

Elle foudroya le mur opposé du regard.

— Et c’est vous qui avez inventé cette histoire de petite amie !

— Bon. Puisque ce n’est pas votre genre et pas vraiment le mien non plus, disons que nous avons fait connaissance il y a plusieurs mois.

Il sortit de la chambre, vêtu d’un jean et d’un T-shirt.

— Peut-être sur internet ?

Si elle s’était imaginé que Riley Patterson tout habillé serait moins attirant que dévêtu, elle s’était trompée lourdement. Le T-shirt ne faisait que souligner la largeur de ses épaules et les muscles puissants de son torse, et son jean délavé collait à lui telle une seconde peau.

« Arrête, Hannah ! Cesse de le regarder. A force de regarder, on finit par toucher, et toucher finit par vous briser le cœur en mille morceaux à la veille de son mariage… »

Elle s’éclaircit la voix.

— Où sur internet ?

— Je ne sais pas. Je ne surfe pas beaucoup.

Il se dirigea vers la cuisine avec une grimace de frustration.

Hannah lui emboîta le pas.

— Vous pêchez ? lui demanda-t-elle.

Il se tourna vers elle et s’adossa au plan de travail.

— Vous êtes une obsédée de la pêche ?

— Ma famille gère un port de plaisance et un camp de pêche. Je suis guide de pêche, entre autres choses, dit-elle avec un sourire amusé. Vous avez en face de vous la reine du crapet de Gossamer Lake !

Riley esquissa un sourire.

— D’accord. Nous nous sommes rencontrés sur un site de pêche.

— Lequel ?

— A vous de me dire, répondit-il en tendant la main vers la cafetière. C’est vous la reine du crapet.

Tout en buvant un café, ils mirent au point une couverture. Ils s’étaient rencontrés en ligne sur « Expéditions en eau douce », un forum qui permettait aux pêcheurs enthousiastes de communiquer avec des guides dans tout le pays. Ayant sympathisé, ils étaient devenus amis. Finalement, Hannah avait profité de ses vacances dans le Wyoming pour faire la connaissance de Riley de visu.

— Et de fil en aiguille…

— Nous sommes devenus amants.

Hannah fronça les sourcils, assimilant enfin tout ce qu’impliquait le fait d’avoir laissé sa chambre à Jack. Elle repoussa son café et se frotta les yeux.

— Maman a raison… Je suis trop impulsive, et c’est ce qui m’attire des ennuis.

— J’ai un matelas pneumatique que je peux installer par terre.

Elle secoua la tête.

— C’est votre lit. Je prendrai le matelas.

— Mieux vaut nous tutoyer, à partir de maintenant, suggéra-t-il. Et j’ai l’habitude de coucher en plein air. Dormir à côté du poêle sera un luxe, en comparaison.

Il alla déposer les tasses dans l’évier.

— Bon, tout est réglé ? Notre histoire est assez voisine de la vérité pour que tu n’aies pas à trop mentir ?

— Je crois. Mais nous devrions conclure un pacte : nous partageons tout ce que nous disons à Jack séparément. Sinon, il y a une trop grande marge d’erreur.

La poignée de porte grinça, coupant court à la réponse qu’il s’apprêtait à lui faire. Riley saisit son revolver sur le plan de travail.

Jack entra dans la cuisine, les cheveux ébouriffés et les joues rougies par le grand air. Riley se détendit et glissa le revolver dans la ceinture de son jean.

La mélancolie de Jack semblait avoir fait place à une humeur espiègle.

— J’ai emmené Jazz en promenade et il s’est sauvé. Tu n’as pas dû le monter beaucoup ces derniers temps…

— Pas autant que je devrais, admit Riley.

Hannah faillit demander combien il avait de chevaux, puis songea que c’était sans doute quelque chose dont ils auraient discuté en ligne. Elle lança un regard rapide à Riley ; il paraissait un peu nerveux.

— Vous montez à cheval ? demanda Jack à Hannah.

— Oui, mais pas aussi souvent que je le voudrais. A vrai dire, nous songions à acheter des chevaux et à proposer des randonnées sur Gossamer Mountain au printemps et à l’automne.

— Gossamer Mountain ?

— C’est en Alabama, intervint Riley. La famille d’Hannah gère un camp de pêche là-bas. C’est comme ça que nous nous sommes rencontrés.

— A la pêche en Alabama ? répéta Jack en regardant Riley d’un air perplexe. Quand es-tu allé là-bas ?

— Non, nous avons fait connaissance sur internet. Sur un forum de pêcheurs.

— Tu surfes, toi ?

— Ça m’arrive, dit Riley, sur la défensive.

Hannah réprima un sourire.

— C’est un forum qui s’appelle « Expéditions en eau douce ». Nous nous sommes plu tout de suite.

— Et quand Hannah m’a annoncé qu’elle venait en vacances dans le Wyoming chez des amis, nous avons finalement décidé de nous rencontrer pour de vrai.

— Et voilà ! conclut Hannah, espérant que son sourire ne trahissait pas sa nervosité.

Jouer la comédie ne faisait pas partie de ses talents. Elle se sentait stressée, et se demandait si Jack Drummond croyait un traître mot des salades qu’ils lui racontaient.

Sans compter que son cerveau troublé ne cessait de revenir au fait que Riley et elle allaient partager une chambre ce soir-là. * * *

— Elle a l’air sympa.

Riley leva les yeux du classeur qu’il lisait et trouva le regard de son beau-frère fixé sur lui. Il posa le document sur la table.

— Je sais que ça a été un choc pour toi, Jack. Je suis désolé de te l’avoir appris comme ça.

Jack approcha son rocking-chair et étira les jambes.

— Trois ans, c’est long quand on est seul. Je comprends.

Une onde de douleur traversa Riley.

— Je n’ai pas cessé d’aimer Em. Je ne cesserai jamais.

— Mais nous savons tous les deux qu’elle n’aurait pas voulu que tu passes le reste de ta vie tout seul, déclara Jack d’un ton solennel.

Mentir à son beau-frère sur sa prétendue relation avec Hannah était infiniment pénible à Riley, beaucoup plus qu’il ne l’avait escompté. Il avait l’impression de trahir Emily et l’amour qu’ils avaient partagé.

Contrairement à ce qu’imaginait Jack, il n’avait pas surmonté la perte de sa femme.

Cela n’arriverait jamais.

— Tu as l’air crevé, Riley. Tu as passé toute la nuit avec Hannah à l’hôpital, c’est ça ?

— Oui, répondit-il, soulagé de pouvoir enfin dire quelque chose de vrai. La nuit a été rude.

— Où a-t-elle eu l’accident ?

— A la sortie de Whitmore, sur la route de Jackson.

— C’est assez loin d’ici, non ?

Riley réprima un juron.

— Oui. Elle voulait aller faire du shopping à Jackson.

Les femmes aimaient le shopping, non ? Cela avait été l’un des passe-temps favoris d’Emily.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

Riley tenta de dominer son irritation. La question de Jack n’était pas déraisonnable, et si Hannah et lui n’avaient pas menti comme des arracheurs de dents, elle n’aurait même pas eu d’importance.

— Personne ne le sait au juste… Hannah ne se souvient pas de grand-chose. La police pense qu’on l’a peut-être percutée, si bien qu’elle a quitté la route.

— Un chauffard ?

— Ça en a tout l’air.

Jack inclina la tête.

— Je suis surpris que tu ne te sois pas lancé à la recherche du type en question.

— Il n’y a aucune piste, et je tiens avant tout à m’occuper d’Hannah.

Cela au moins était vrai ; la conviction s’entendait dans sa voix.

Jack sourit, mais Riley décela une pointe de tristesse dans son regard.

— Je l’aime bien, je crois. Elle semble très naturelle. Elle aurait plu à Emily.

Les paroles de Jack transpercèrent le cœur de Riley. Il prit quelques brèves inspirations et détourna les yeux.

— Je suis désolé pour ma conduite de ce matin, reprit Jack. Je ne voulais pas que tu te sentes coupable.

Il se pencha en avant et mit la main sur l’épaule de Riley.

— Tu as été un bon mari pour Emily. Tu mérites de retrouver le bonheur.

Riley parvint à esquisser un sourire, mais une douleur s’était logée au creux de sa poitrine. Il se leva.

— Je vais voir si Hannah va bien. Fais comme chez toi.

L’air perplexe, Jack répondit par un hochement de tête.

Riley gagna sa chambre et ouvrit la porte sans faire de bruit. Hannah lui tournait le dos, pelotonnée sous une épaisse couverture écossaise.

Il s’avança tout doucement pour ne pas la réveiller, s’assit dans le fauteuil près de la fenêtre et la regarda dormir. La lumière de la fin d’après-midi filtrait à travers les rideaux, baignant ses traits d’un rose tendre. Son visage était las, constellé de bleus et d’égratignures. Pourtant, malgré cela, sa beauté était telle que même une âme aussi fermée que celle de Riley ne pouvait l’ignorer.

Il se demanda si Jack avait raison. Hannah Cooper aurait-elle plu à Emily ? Si cette comédie n’était pas un mensonge nécessaire, mais la vérité, Emily aurait-elle approuvé ?

Il n’était pas certain de vouloir connaître la réponse à cette question. * * *

L’après-midi avait décliné pendant qu’elle dormait. A présent, les ombres bleues et fraîches du crépuscule envahissaient la chambre. Elle entendit des pas, un bruit de bottes sur le plancher. Riley, peut-être, venu la réveiller pour dîner.

Elle se sentait bien, au chaud, et n’avait pas envie de bouger. Peut-être que si elle feignait d’être encore endormie…

Comme elle fermait les yeux, quelque chose brilla dans la pénombre. Elle discerna une courbe argentée, des motifs compliqués…

Une boucle de ceinturon en argent.

Elle voulut se lever, échapper à la cage cotonneuse du sommeil, mais elle était paralysée. Le bruit de bottes s’approcha davantage, et elle perçut le souffle de l’homme.

Lent, calme, mortel.

« Riley, songea-t-elle. Où est Riley ? »

Elle ouvrit la bouche pour crier. Seul un coassement rauque lui échappa. Son champ de vision rétrécit jusqu’à ne plus contenir que la boucle argentée, de plus en plus proche.

Une main s’empara de la sienne, l’obligeant à se redresser. Elle essaya de se débattre, mais ses gestes étaient lents, désordonnés.

— Hannah !

La voix de Riley déchira le tissu de son cauchemar, la ramenant à la conscience à une vitesse sidérante. Tout son corps tremblait sous l’effet de l’adrénaline.

Les mains de Riley encadraient son visage ; il la regardait avec intensité.

— Ça va ? Tu as crié.

Elle enfouit le visage au creux de son épaule et prit une profonde inspiration, savourant son odeur masculine.

— Ça va, dit-elle d’une voix étouffée par son T-shirt.

— Tu as fait un cauchemar ?

Elle hocha la tête, avec l’espoir qu’il ne se dégagerait pas. Quel mal y avait-il à rester comme cela un instant ? Jusqu’à ce qu’elle ait cessé de trembler, au moins…

Il s’assit sur le lit à côté d’elle, la gardant blottie contre lui, attendant patiemment qu’elle se détende. Le silence entre eux était confortable, constata-t-elle avec étonnement.

Rassurant.

— Ça va, répéta-t-elle au bout d’un moment, redoutant d’avoir abusé de sa patience.

Elle s’écarta légèrement et repoussa ses cheveux de son visage.

— Tu te souviens de ton rêve ? demanda Riley.

Elle hésita. Elle ne se rappelait pas exactement de quoi elle avait rêvé. Seule dominait l’impression d’avoir vu quelque chose d’important.

— Tu as crié, lui rappela-t-il. Comme si tu avais peur.

— J’avais peur, admit-elle. Mais je ne sais pas pourquoi.

Etait-il déçu ? Elle n’aurait su dire — il savait bien cacher ses sentiments. La lampe de chevet qu’il avait allumée diffusait une lueur dorée dans la chambre. Hannah se rendit compte qu’elle avait dû dormir longtemps car, dehors, le ciel s’était obscurci.

Riley se leva et se dirigea vers le poêle. Il ajouta du petit bois et des bûches, ravivant les braises.

Lorsqu’il se retourna vers elle, l’expression méfiante qu’il arborait dissipa instantanément le souvenir de l’intimité qu’ils venaient de partager. Elle ne pouvait déchiffrer ses pensées, mais il n’y avait nulle douceur sur son visage fermé, seulement une attention tendue qui la mit mal à l’aise.

Il se rassit près d’elle au bord du lit, son regard fouillant le sien, comme s’il n’était pas sûr qu’elle ait dit la vérité. Le silence entre eux devint tout sauf confortable, et l’air se mit à vibrer d’électricité.

Elle se détourna, déglutit, et tenta de retrouver les images qui rôdaient à la marge de sa conscience. Il y avait eu de la peur. Des ombres.

Une lueur métallique, des motifs…

— Un serpent, dit-elle d’une voix faible.

— Un serpent ?

— L’homme qui m’a attaquée, précisa-t-elle en rencontrant son regard interrogateur. Je me souviens du motif sur la boucle de sa ceinture. C’était un serpent à sonnette.

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