Par-delà le danger - Un suspect très séduisant

Chapitre 8

8

 

— C’est comme le strip-poker, sauf qu’on ne se déshabille pas, expliqua Hannah en coupant les cartes qu’elle avait convaincu Riley d’acheter à la station-service où ils s’étaient arrêtés pour de l’essence et des sandwichs. Mes frères Jake et Gabe l’ont inventé et l’ont baptisé Popsmack, la claque, en quelque sorte.

Ils étaient arrivés tôt à Pavillion, si bien qu’ils disposaient de deux heures avant de prendre la direction de Jackson afin de reconstituer son voyage. Durant le trajet, Riley étant visiblement songeur, ils n’avaient échangé que quelques mots. Sans doute passait-il en revue tous les éléments accumulés au fil de ses enquêtes, s’était dit Hannah.

Cependant, leur discussion concernant Jack l’avait persuadée de la nécessité de peaufiner leur histoire. S’ils devaient passer plus de temps en sa compagnie, il faudrait qu’ils soient convaincants, ce qui nécessitait d’en savoir un peu plus l’un sur l’autre. Le beau-frère de Riley était jovial, mais pas stupide.

Ils avaient profité du beau temps pour s’arrêter dans une aire de pique-nique pour manger leurs sandwichs.

Il la regarda d’un air sceptique tout en rassemblant les reliefs de leur déjeuner.

— Et pourquoi le jeu s’appelle-t-il la claque ?

Elle sourit.

— Je suis presque sûre que c’est parce qu’ils finissaient par se battre après chaque partie. Ce sont des crétins.

Elle avait dit cela d’un ton affectueux ; ses frères, malgré tout l’agacement qu’ils avaient pu lui causer au fil des années, étaient des gars bien, et elle les adorait.

— On ne pourrait pas jouer au strip-poker, plutôt ?

Riley ponctua sa question d’un sourire entendu, mais elle décela comme de la nervosité dans son attitude.

— Ce n’est qu’une manière de faire connaissance, assura-t-elle en distribuant les cartes. C’est très simple : on joue ses cartes l’un après l’autre, et celui qui a la meilleure gagne.

— C’est-à-dire ?

— C’est-à-dire qu’il peut poser n’importe quelle question et que le perdant doit y répondre honnêtement.

Le regard de Riley se fit plus méfiant encore.

— Et si c’est une question vraiment personnelle ?

— Jack pense que nous couchons ensemble. Je crois que ça veut dire que nous devrions savoir quelques petites choses personnelles l’un sur l’autre.

Un muscle tressauta dans sa mâchoire.

— O.K. Allons-y, marmonna-t-il.

Hannah prit ses cartes et retourna la première.

Le trois de carreau.

De l’autre côté de la table, Riley sourit. Son sourire s’accentua encore lorsqu’il retourna le dix de cœur.

— Donc, je peux te demander n’importe quoi ?

Il semblait un tantinet trop satisfait. L’estomac d’Hannah se noua.

— Oui.

— Quelle est ta couleur préférée ? demanda-t-il après un instant de réflexion.

— Le bleu, répondit-elle aussitôt, partagée entre déception et soulagement.

S’ils avaient tous les deux peur de poser les questions difficiles, ce jeu ne les mènerait nulle part.

Elle retourna une deuxième carte. La reine de pique. Lui eut le cinq de carreau et étrécit les yeux.

— Pourquoi as-tu décidé de devenir policier ?

Son visage se détendit.

— Je ne voulais pas être rancher, et Joe était mon meilleur ami. Quand il a décidé de devenir policier, je me suis dit que ça semblait intéressant.

— Et ça l’a été ?

Il arqua un sourcil.

— Je croyais qu’on avait droit à une question !

Comme il s’apprêtait à retourner la carte suivante, elle posa la main sur la sienne.

— Sérieusement. Ça te plaît d’être policier ?

Il baissa les yeux sur sa main. Elle fit mine de la retirer, mais il la retint.

— Si nous sommes censés être amants, je pense que nous devrions peut-être nous habituer à nous toucher.

Le cœur d’Hannah fit un bond dans sa poitrine. Il avait raison, bien sûr, mais ses pensées s’emballaient déjà. Jack s’attendait-il à les voir s’embrasser ?

— On devrait peut-être faire le jeu de la bouteille à la place ? grommela-t-elle nerveusement.

L’étreinte de Riley s’adoucit, au point de ressembler de manière alarmante à une caresse. Il promena lentement le pouce sur le dos de sa main.

« N’oublie pas qu’il est encore marié dans son cœur, se rappela-t-elle intérieurement. Il aime encore sa femme. »

Elle se dégagea et attrapa ses cartes.

— Oui, j’aime mon métier, répondit-il avant qu’elle ait eu le temps de rejouer.

Son regard bleu était direct.

— Il n’y a pas énormément d’enquêtes à mener à Canyon Creek, mais j’aime être là pour aider les gens. Ils me font confiance pour les protéger. J’aime l’idée de me rendre utile, de veiller à ce que justice soit faite.

Elle sourit.

— Tu parles comme mon frère Aaron. Il est adjoint au shérif.

— Et ton autre frère — celui qui a perdu sa femme ?

Elle joua avec la pile de cartes posée devant elle.

— Il a été dans la marine, il s’occupait de l’entretien des bateaux. Quand il a quitté l’armée, il est revenu aider mes parents à gérer le port de plaisance. Ils songeaient à offrir un service d’entretien sur place aux plaisanciers. Maintenant, c’est chose faite. J.D. travaille là à plein temps. Il aime bricoler, réparer les machines.

Riley retourna sa carte.

— Cinq de pique.

— Neuf de carreau, annonça-t-elle.

Il eut un léger sourire.

— A toi.

Hannah commençait à regretter d’avoir proposé ce jeu. Plus elle en apprenait sur lui, plus elle le trouvait sympathique. Or, elle avait l’intuition qu’il serait beaucoup plus facile de lui résister si elle l’appréciait moins.

— Quel est ton plat préféré ? demanda-t-elle enfin.

Il esquissa un sourire.

— Tu as peur ?

— C’est mieux que « quelle est ta couleur préférée » ? répliqua-t-elle en levant les yeux au ciel.

— D’accord.

Il se frotta le menton, comme s’il réfléchissait à la question.

— Steak-pommes de terre, ce serait trop cliché ?

— Pas si c’est la vérité.

Il sourit de nouveau.

— J’aime bien le steak, mais je crois qu’en réalité, mon plat préféré est le travers de porc au barbecue.

— Mon frère Jake fait les meilleurs travers au monde ! s’exclama-t-elle avec enthousiasme. Cuits tout doucement, enrobés de sauce maison… miam. Il en a préparé pour la fête du Travail.

— Moi aussi, je fais une sauce maison, dit Riley. A vrai dire, c’est la recette d’Emily…

L’atmosphère se refroidit aussitôt. Il s’écarta de la table et repoussa sa pile de cartes.

— J’aurais aimé la rencontrer, murmura Hannah.

En voyant un éclair de douleur sur le visage de Riley, elle regretta ses paroles.

— Il est sûrement temps de partir, observa-t-il en détournant les yeux.

— D’accord.

Elle ramassa les cartes, se leva, et se dirigea vers la Ford Taurus que Riley avait empruntée au garage.

Il la rattrapa à mi-chemin, et la retint par le coude.

— Tu devrais conduire, à partir de maintenant.

Elle prit les clés qu’il lui tendait et déverrouilla les portières. Pendant qu’elle se mettait au volant, il s’installa côté passager.

— Prends la direction du nord-est. Cette route va déboucher sur la nationale 287.

Hannah s’engagea sur la route, puis jeta un coup d’œil furtif à Riley. Il avait mis une paire de lunettes de soleil et regardait droit devant lui, mais il lui décocha un petit sourire qu’elle lui rendit.

Un instant plus tard, il s’éclaircit la voix.

— Je crois que tu aurais plu à Emily.

Hannah cessa de sourire. Refoulant la tentation d’analyser cette remarque, elle se dirigea vers la nationale 287. * * *

Il devait cesser de se laisser paralyser par la seule mention d’Emily, songea Riley en regardant Hannah à la dérobée. Sa femme aurait été horrifiée d’apprendre qu’il était prisonnier de son souvenir comme un insecte figé dans l’ambre. Jamais il n’avait connu de femme qui ait eu plus de joie de vivre qu’Emily. Elle aurait détesté l’homme qu’il était devenu.

C’était à cause d’Hannah qu’il se remettait tout à coup en question. Elle réveillait des sensations en lui. Pas seulement une attraction physique. Ce besoin-là était biologique, et il n’avait pas cessé d’être un homme à la mort d’Emily. Ce genre de désir était du même ordre que la faim ou l’envie de dormir.

Hannah le faisait rire, lui donnait envie de la connaître mieux. Elle avait le genre d’énergie, la curiosité, l’aptitude à apprécier les plaisirs simples de la vie qui l’avaient attiré chez Emily.

Elle était dangereuse pour lui.

De toute façon, elle s’en irait dans moins d’une semaine, se rappela-t-il. Il ne servait pas à grand-chose d’essayer de faire plus ample connaissance avec elle ou de s’inquiéter de la tournure que prenait leur relation.

Peut-être était-ce une raison suffisante pour se détendre et savourer les moments qu’il passait en sa compagnie. Comme avec un membre engourdi qui se réveille peu à peu, il sentait que le stade des pires douleurs et picotements était passé, et commençait à se rendre compte que, en fin de compte, il n’était pas mort.

Il avait trente-quatre ans, jouissait d’une excellente santé, et avait toute sa vie devant lui. N’était-il pas temps de recommencer à vivre ?

C’est exactement ce qu’Emily lui aurait dit.

— J’ai pris de l’essence ici, déclara Hannah, en désignant une station-service un peu plus loin sur la gauche.

Derrière le bâtiment, un troupeau de chevaux paissait dans un pré.

— J’avais oublié ce détail. J’ai fait le plein environ un quart d’heure avant que ce type m’arrête.

— Tu es sûre que c’était là ?

Elle hocha la tête.

— Je me souviens des chevaux.

— Dans ce cas, nous devrions faire halte aussi.

Hannah ralentit et s’engagea dans la station, puis se gara et coupa le contact.

— Je sais que je ne suis pas entrée. J’ai réglé à la pompe. Il me semble aussi que j’ai acheté deux petites bouteilles d’eau au distributeur, ajouta-t-elle en montrant les appareils alignés contre le mur.

Riley jeta un coup d’œil à sa montre. Il était plus de 15 heures. D’après le rapport, elle avait eu son accident au routier de Big Mike, à une dizaine de miles de là.

— Il faut quelques minutes pour remplir un réservoir. Tu as parlé à quelqu’un ?

Elle fronça les sourcils et réfléchit.

— Je n’en suis pas sûre — je ne me souviens pas de grand-chose à propos de cet arrêt, en dehors des chevaux. Je crois que quelqu’un d’autre faisait le plein, nous avons peut-être échangé quelques mots, mais…

Il soupira. Sa mémoire était encore altérée par le traumatisme. Le médecin n’avait-il pas admis qu’elle ne recouvrerait peut-être jamais le souvenir de ce qui s’était passé ?

— Reprenons la route, suggéra-t-il au bout de quelques minutes.

Elle remit le contact et marqua une pause avant de démarrer.

— Je crois qu’il y avait quelqu’un à la pompe. Je me souviens vaguement d’avoir demandé si les routes de Yellowstone avaient déjà été coupées cette saison. Je ne sais plus ce qu’on m’a répondu.

— Ne t’inquiète pas. Ça n’a probablement aucun rapport avec ce qui t’est arrivé.

Il se promit néanmoins de signaler ce détail à Joe. En vérifiant les reçus de la station-service pour ce jour-là, ils pourraient peut-être déterminer qui avait pris de l’essence en même temps qu’elle.

Ils continuèrent à rouler vers l’ouest. Riley s’efforçait de faire particulièrement attention aux environs, car le lieu de l’agression devait être tout proche, à présent.

— Hmm, fit Hannah.

Il se tourna vers elle et vit un pli sur son front.

— Qu’y a-t-il ?

— La route que nous venons de dépasser sur la droite. Je crois que c’est peut-être là qu’il attendait.

Riley jeta un coup d’œil en arrière vers le chemin de terre en question.

— Tu crois qu’il attendait ?

— Je regarde régulièrement dans mes rétroviseurs — une vieille habitude. Mon père insistait là-dessus quand il m’a appris à conduire. Et je crois que c’est à peu près ici que j’ai vu le gyrophare dans mon rétroviseur.

Il scruta les lieux. Sur la droite, il n’y avait pratiquement pas d’accotement. Là où s’arrêtait la chaussée, le terrain s’élevait brusquement en pente raide.

— Je n’ai pas pu m’arrêter ici, murmura-t-elle, étrécissant les yeux alors qu’elle suivait la courbe du virage.

Elle respirait à petits coups brefs, même si elle redressait le menton d’un air déterminé.

Revenir la bouleversait.

— Je cherchais… Voilà.

Elle lui désigna un endroit un peu plus loin, où le bas-côté s’élargissait juste assez pour permettre à un véhicule de stationner.

— C’est ici que je me suis garée. C’est arrivé ici.

Elle freina brusquement, amenant la Ford d’un coup sec au bord de la route. Puis elle se pencha en avant, haletante, le souffle court.

Riley tendit la main et lui défit sa ceinture.

— Respire, conseilla-t-il en lui frottant doucement le dos. Prends une bonne inspiration et compte jusqu’à dix.

Elle s’agrippa au volant, obéissant à ses instructions. Deux fois. Trois fois. Enfin, elle leva vers lui des yeux brillants d’humiliation.

— Je suis désolée.

— Il n’y a pas de quoi.

Il remonta la main jusqu’à sa nuque, massant ses muscles noués du bout des doigts.

— Prends une minute, dit-il en s’efforçant de parler d’une voix calme et rassurante.

Quelques instants plus tard, elle s’était ressaisie.

— Est-il possible que nous trouvions des traces de pneus à l’endroit où il m’a arrêtée ? demanda-t-elle sans le regarder.

— Je vais jeter un coup d’œil, mais nous devrions appeler le shérif de la juridiction. Officiellement, c’est lui qui enquête sur cette affaire. Il voudra appeler l’identité judiciaire.

Il sortit son portable de sa poche et traversa la route pour examiner l’accotement.

Rien. Pas la moindre trace de pneu. En fait, le sol sablonneux semblait avoir été ratissé récemment.

Le salaud avait une longueur d’avance sur eux. * * *

Hannah se laissa aller contre le dossier, et regarda dans le rétroviseur les enquêteurs à l’œuvre. Ils semblaient recueillir des échantillons du sol, en dépit du fait que Riley ait déclaré plus tôt que la scène du crime avait été nettoyée.

Il était resté avec elle un moment en attendant les agents, puis s’était hâté de descendre de voiture dès leur arrivée, sans doute aussi horrifié qu’elle par sa conduite hystérique.

Elle le vit s’éloigner des policiers et revenir vers la voiture. Il ouvrit la portière et lui tendit la main.

— Je vais conduire pour rentrer.

Rouge de honte, elle accepta son aide pour descendre. Il ne lui en voulait pas de sa faiblesse, elle le savait, mais cela n’atténuait en rien sa gêne. Elle était une Cooper, tout de même ! Les Cooper étaient solides, les femmes autant que les hommes.

— Je ne suis pas une mauviette, marmonna-t-elle en bouclant sa ceinture sur le siège passager.

Riley se tourna vers elle.

— Je sais.

Elle lui lança un regard en biais. Il semblait sincère.

— Nous ne sommes pas obligés de partir tout de suite, si tu n’en as pas envie, ajouta-t-elle. Je sais que tu aimerais mieux rester avec tes collègues.

— Ils ne trouveront rien, affirma-t-il en secouant la tête. Comme ils n’ont rien trouvé sur le chemin où tu penses qu’il attendait. Je crois qu’il est très méticuleux.

Il désigna le ciel, où des nuages d’un gris métallique s’accumulaient à l’ouest.

— Il va pleuvoir. Mieux vaudrait que nous soyons rentrés avant.

Il retira sa veste, la lança sur la banquette arrière et se mit au volant.

Hannah s’adossa à son siège en soupirant. Son bref accès de panique passé, le reflux de l’adrénaline l’avait vidée de toute énergie. Elle n’avait plus qu’une envie : fermer les yeux et laisser se dissiper le reste de sa tension.

Riley alluma l’autoradio et tourna le bouton jusqu’à ce qu’il trouve une musique douce et lente qui se confondit bientôt avec le ronronnement du moteur. Le soleil avait disparu derrière les nuages et, dans la pénombre de la voiture, Hannah sentit peu à peu ses membres devenir lourds, s’engourdir.

Il était tout proche. Elle sentait sa présence, comme un air glacé qui l’enveloppait. Elle lutta pour ouvrir les yeux, certaine que, si elle regardait dans le rétroviseur, elle le verrait rôder derrière eux, guettant le moment propice pour attaquer.

Elle voulut avertir Riley, mais ne put émettre qu’un son faible, étranglé. Ses bras et jambes étaient paralysés, le sang bourdonnait à ses oreilles.

Il s’approchait. Elle le sentait, percevait l’odeur fétide de la haine et de la cruauté, plus âcre que la brûlure du spray au poivre. Etait-il juste derrière sa vitre ? Si elle ouvrait les yeux, le trouverait-elle qui la fixait en retour, découvrirait-elle ce visage qu’elle essayait d’imaginer ? Ou ne verrait-elle que ses mains dures, impitoyables, résolues à achever la besogne commencée deux jours plus tôt ?

Des mains puissantes la saisirent par-derrière et se refermèrent sur sa gorge, lui coupant le souffle. Sa tête se mit à tourner et elle se sentit entraînée dans les ténèbres.

« O mon Dieu, il est là ! Il est dans la voiture, je vais mourir… »

— Hannah !

Les doigts se desserrèrent. L’air s’engouffra dans ses poumons et elle se pencha en avant, la paralysie disparue. Peu à peu, les objets redevinrent nets sous ses yeux. Le tableau de bord… La portière…

Il fallait qu’elle descende de cette voiture.

Elle batailla avec la ceinture et parvint à la défaire au moment où quelqu’un lui attrapait le bras. Elle se dégagea d’un coup sec, ouvrit la portière dans un sanglot, bondit hors du véhicule et avança en trébuchant sur l’accotement, sous la pluie battante.

— Hannah !

Elle continua à marcher, l’esprit de plus en plus confus. Comment son assassin connaissait-il son nom ? Et que faisait-il dans la voiture ?

Des pas rapides s’approchèrent d’elle et son cœur s’emballa. Des mains la saisirent, l’immobilisèrent fermement. Elle lutta pour se libérer, mais des bras solides l’entourèrent, l’attirant contre un corps chaud, rassurant.

— Hannah, c’est Riley ! Arrête de te débattre !

Il fallut quelques secondes pour qu’elle assimile ses paroles. Enfin, elle se calma et se tourna vers lui, éprouvant le besoin de voir son visage, d’être sûre que c’était bien lui.

La pluie gouttait du bord de son chapeau et tombait sur sa joue. Les yeux bleus de Riley fouillèrent les siens avec anxiété.

— Ça va ? demanda-t-il d’une voix émue.

Le soulagement déferla en elle, si violent qu’elle en perdit l’équilibre et dut s’accrocher à lui pour ne pas tomber.

Il la serra contre lui.

— Tu as essayé de crier, dans la voiture, murmura-t-il.

— J’avais l’impression qu’il était là, avoua-t-elle d’une voix étranglée. Qu’il allait me tuer.

Riley prit une brève inspiration et ferma les yeux.

— Je ne savais pas ce qui t’arrivait. J’ai cru que tu avais un malaise. Je me suis arrêté, et tu es descendue…

Il s’était garé sur l’accotement, non loin de l’aire de repos où ils avaient déjeuné et joué aux cartes. Elle avait dû dormir plus longtemps qu’elle ne l’avait cru. Ils roulaient depuis presque une heure et demie.

— Ça semblait si réel…, souffla-t-elle, les larmes aux yeux.

Elle avait senti la haine de cet homme. Sa rage.

— Il n’y a personne ici, assura Riley en tendant la main pour écarter les cheveux qui tombaient sur son visage.

Ses doigts s’attardèrent, pleins d’une force tempérée par la sollicitude. Elle retint son souffle, et son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle plongea les yeux dans les siens, farouches et brûlants.

Il allait l’embrasser… et elle allait le laisser faire.

Elle lui offrit ses lèvres, en même temps qu’il se penchait vers elle.

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