Par-delà le danger - Un suspect très séduisant

Chapitre 23

23

 

 

— J’ai besoin de cette adresse, Alvera, maintenant !, cria Logan dans le combiné, tout en conduisant.

Puisque, du point de vue légal, cette voiture n’appartenait pas à Liana, il n’avait eu aucun scrupule à s’en servir.

Il s’était énervé en la voyant prendre place sur le siège passager et refuser de quitter le véhicule, mais il n’avait pas de temps à perdre et ne voulait pas risquer de lui faire mal en essayant de la faire sortir. Elle s’était suffisamment fait malmener à cause de lui.

Et en dépit de l’afflux d’adrénaline qui lui parcourait les veines depuis qu’il savait à qui il allait avoir affaire, il ne pouvait ignorer les vagues de désir qui continuaient à le submerger.

Sa présence auprès de lui constituait un véritable danger, à plus d’un titre, mais il se promit de veiller à sa sécurité. C’était après tout ce qu’il était censé faire. Impatient de recevoir une réponse de la part d’Alvera, il réprima la culpabilité que lui inspiraient ses visions de Liana, nue et frémissante, dans ses bras. Même si elle lui avait fait comprendre qu’elle avait envie de lui, il craignait que ce soit pour de mauvaises raisons, qui ne résisteraient pas à la lumière crue du quotidien. Elle se laissait emporter par cette aventure trépidante, à laquelle s’ajoutait cette idolâtrie des héros qui s’était emparée d’elle, et ce mélange qui lui montait à la tête risquait de lui donner des migraines sous peu.

Il avait le sentiment d’avoir profité d’elle, mais lorsqu’elle l’avait regardé de cette manière, lorsqu’elle l’avait embrassé, il n’avait pu résister.

— Beck ?

— Oui, marmonna-t-il.

— Le gamin a dit que ça se trouvait au coin de la 53e et de Kelso. Il n’a aucune raison de mentir, d’autant que Redstone a déjà pris des dispositions pour s’occuper de sa famille. Liana est avec toi ?

— C’est le prochain service que j’ai à te demander : il faut que tu restes discret à ce sujet.

Si Liana avait compris qu’il parlait d’elle, elle ne manifesta aucune réaction.

— Tu as besoin de renforts.

— L’autre chose est plus importante. C’est crucial, insista-t-il.

Alvera réfléchit un instant.

— Probablement, finit-il par reconnaître. Mais tu seras inefficace si tu t’inquiètes pour elle.

Pire encore, admit Logan, sans toutefois le dire.

— Dans ce cas, tu sais ce qu’il te reste à faire.

— Oui. Mais je persiste à croire que tu ne devrais pas y aller seul, Beck.

Il n’avait pas tout dévoilé à Alvera. Il pouvait s’être trompé, même si cela était peu probable. Lorsque Liana lui avait répété ce qu’elle avait entendu, toutes les pièces s’étaient mises en place avec une logique imparable. C’était la seule explication possible. Elle justifiait ce qui s’était produit, et ce qui avait échoué.

— J’ai mes raisons, et je te demande de me faire confiance, comme moi je compte sur toi.

« Mets Liana à l’abri », ajouta-t-il pour lui-même, sachant qu’Alvera avait parfaitement saisi ce qu’il sous-entendait.

L’hésitation d’Alvera fut si brève qu’il en fut flatté.

— Qu’il en soit ainsi. Mais tu ne m’en voudras pas si quelques-uns de mes collègues se tiennent en faction dans les environs, au cas où.

Ce n’était pas une question, et Logan ne perdit pas de temps à argumenter. Du reste, jusqu’à présent, tous les employés de Redstone qu’il avait rencontrés étaient de la même pointure, aussi devait-il s’attendre à ce que les renforts se montrent à la hauteur de la situation.

— Sait-elle que tu y vas seul ?

— Non.

— Ça ne va pas lui plaire.

— Non.

Alvera poussa un gros soupir.

— Merci, vieux.

Logan réprima un sourire. Il avait le sentiment d’avoir de nouveau un coéquipier, à qui il pouvait confier sa vie, et cela faisait longtemps qu’il n’avait pas éprouvé cela.

— Rejoins-nous sur la 53e, au niveau de la rue Brand.

— J’arrive.

Logan gara le coupé sur un emplacement vacant d’où il apercevait le coin de l’entrepôt dans lequel Mick s’était caché pour espionner Marcos.

Il n’avait aucune preuve que cet endroit était le bon, mais au fond de lui, il en était certain, comme s’il avait flairé la présence de cet homme, et il lui fallut beaucoup de sang-froid pour ne pas se lancer immédiatement sur sa piste, attendre patiemment pour ce faire que Liana soit sous la protection d’Alvera.

Ce dernier disait vrai : Liana allait être furieuse, car si les raisons qui l’attiraient vers lui étaient confuses, ses sentiments étaient sincères. Et il ne devait pas les prendre à la légère, d’autant qu’il espérait que leur relation survivrait à cette situation et qu’il aurait la chance de la voir se construire, de mener avec elle la vie dont il avait toujours rêvé.

Il était donc préférable qu’elle ne sache pas ce qu’il s’apprêtait à faire. Il se tourna pour lui parler.

— Je vais devoir briefer Alvera lorsqu’il arrivera. Peux-tu rester ici pendant ce temps ?

— Vient-il avec des renforts ?

— Il les a déjà appelés.

Il jouait avec les mots, mais cela lui semblait inévitable s’il voulait la garder à l’abri.

— D’accord.

Il hésita un moment, puis lui prit la main. Si ça tournait mal…

— Merci, Liana.

Elle frémit.

— Je sais que j’aurais dû te le dire depuis longtemps. Tu as fait tout ce que tu pouvais pour m’aider, alors que je m’acharnais à te mettre des bâtons dans les roues.

— Logan…

Il l’interrompit lorsqu’il aperçut une berline bleue se profiler dans son rétroviseur intérieur.

— Tu es une femme exceptionnelle, Liana. Et ce matin, c’était… époustouflant. Je n’ai aucun regret.

Elle ne pouvait détacher son regard du sien, et si ses joues étaient écarlates, la peur emplissait ses yeux.

— Pourquoi t’exprimes-tu ainsi ? Comme si tu n’allais jamais…

— Ecoute-moi. Je dois te confier quelque chose. Un nom. Darrell Getz.

Elle fronça les sourcils.

— Il me semble familier.

— Souviens-t’en. Donne-le à Alvera.

— Mais tu vas…

Il quitta la voiture sans qu’elle achève sa phrase. Et se trouva devant Alvera avant que celui-ci ait le temps de refermer sa portière.

— Fais attention à elle, lui dit-il, tout en vérifiant le chargeur de son Glock 17 avant de le glisser dans la ceinture de son jean.

— Beck…

— Elle connaît son nom. Au cas où.

Il se mit en marche. Alvera lui saisit le bras.

— Attends ! Est-ce que tu as de bonnes raisons d’agir ainsi, ou cherches-tu seulement à prouver que tu es le héros qu’elle se représente ?

Logan encaissa le coup et prit une grande inspiration.

— Je sais ce que je fais.

Alvera hésita, puis le lâcha.

— J’ai une équipe en route. Si nous entendons quoi que ce soit, ou que tu n’as pas pris contact avec nous d’ici cinq minutes, nous te rejoindrons.

Le ton d’Alvera ne souffrait aucun compromis, et Logan comprit que, comme il l’avait jusqu’alors soupçonné, un tempérament en acier trempé se cachait sous ses airs charmeurs. Cela en faisait le partenaire rêvé dans ce genre de situation.

— Accorde-m’en dix. J’ai besoin d’effectuer une reconnaissance des lieux. Dis-lui que c’est ce que je fais.

— J’essaie de mentir avec modération.

— Alors mens-lui juste ce qu’il faut, et s’il le faut. Garde-la à l’abri.

Alvera hocha la tête.

— Bonne chance, mon ami.

— Merci, Tony.

Cette fois, il se mit vraiment en marche, et ne se retourna qu’une seule fois, pour voir Alvera ouvrir la portière du côté conducteur et s’installer au volant du coupé rouge.

* * *

Logan longeait le mur intérieur de l’entrepôt, après être entré par la porte arrière du bâtiment plongé dans l’obscurité. En haut d’un escalier, il aperçut un rai de lumière provenant de la seule fenêtre percée de ce côté. Une mezzanine surplombait la moitié de la surface du bâtiment.

Il marqua une pause au bas des marches, élaborant une stratégie puis une autre, avant de les rejeter. Il doutait fort de prendre l’homme par surprise ; s’il n’était pas précautionneux, il ne dirigerait certainement pas un réseau d’une telle envergure en restant complètement dans l’ombre.

Soudain, il entendit un son, une sorte de crachotement, et leva la tête vers un haut-parleur fixé à la rambarde de l’escalier.

Il se figea lorsque la voix emplit l’entrepôt désert.

— Sois le bienvenu, Beck. Je t’attendais.

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