Par-delà le danger - Un suspect très séduisant

Chapitre 9

9

 

 

Un vent froid soufflait et la pluie s’abattait sur eux, mais Hannah n’avait conscience que de la bouche de Riley sur la sienne, une bouche qui éveillait en elle une passion enfouie si profondément qu’elle l’avait crue morte. Elle enfonça les doigts dans les muscles de ses bras, se cramponnant à lui tandis qu’il l’attirait plus près, jusqu’à ce que ses seins soient écrasés contre le mur solide de sa poitrine, jusqu’à ce qu’elle sente les battements de son cœur, aussi précipités que les siens.

Lentement, il promena la main sur son menton, puis descendit sur son cou, l’encourageant à se laisser aller contre lui. Sa langue caressa sa lèvre inférieure, cajoleuse, exigeant un baiser plus intime.

Leurs langues se rencontrèrent enfin, et Hannah laissa échapper un gémissement sourd.

Comme pris au dépourvu, Riley s’immobilisa puis hésita un instant avant de s’éloigner. Sa main retomba, et il se détacha d’elle.

Privée de son soutien, Hannah dut faire un effort pour rester debout. Elle haletait.

— Je suis désolé, dit-il d’une voix tendue.

Elle ne sut que répondre. Etait-il désolé de l’avoir embrassée ? Désolé de s’être éloigné et de l’avoir laissée hors d’haleine, désemparée ?

— Tu m’as fait peur, ajouta-t-il avant de ciller, comme s’il comprenait soudain à quel point ses paroles étaient maladroites.

La tension brusquement apparue entre eux était presque douloureuse. Sentant venir le mal à la tête, Hannah pressa une main sur son front.

— Retournons à la voiture, d’accord ? Nous sommes trempés.

Il acquiesça d’un mouvement sec de la tête et alla lui ouvrir la portière, attendant qu’elle s’installe avant de faire le tour pour reprendre sa place au volant. Après avoir démarré, il augmenta le chauffage et reprit la route.

L’heure suivante s’écoula dans un silence rythmé par le va-et-vient des essuie-glaces et le tambourinement de la pluie.

Ils atteignirent Canyon Creek à la tombée de la nuit et firent halte au garage pour changer de véhicule. Sur le court trajet jusque chez lui, Riley ne sortit de son mutisme que pour téléphoner au bureau.

— Il n’est pas là ? Où est-il allé ?

Au bout d’un moment, il raccrocha, l’air soucieux.

— Qu’y a-t-il ?

— Joe est parti il y a environ quatre heures, en direction du parc de Grand Teton. Il ne m’a pas laissé de message.

— Peut-être que ça n’a aucun rapport avec mon affaire.

Il secoua la tête.

— Le parc est très loin de notre juridiction. Pourquoi serait-il allé là-bas ?

Hannah eut la sensation qu’ils n’allaient pas tarder à l’apprendre et frissonna, en proie à un affreux pressentiment. * * *

Le pick-up de Jack n’était pas en vue quand ils garèrent la Silverado dans l’allée gravillonnée menant à la maison. Riley fronça les sourcils en se demandant où son beau-frère était passé.

Comme Hannah s’apprêtait à descendre de voiture, il la retint en posant la main sur son bras.

— Attends. Je vais te chercher un parapluie.

Elle le regarda comme s’il avait perdu l’esprit.

— Je suis déjà trempée jusqu’aux os ! Je ne vais pas fondre, ajouta-t-elle avec un sourire un peu crispé en ouvrant sa portière.

Riley se hâta de la rattraper, déverrouilla la porte d’entrée, et la guida dans la petite pièce adjacente à la cuisine. S’efforçant d’ignorer la tension entre eux, il l’aida à retirer sa veste, secoua celle-ci et l’accrocha à une patère fixée au mur avant de faire la même chose avec sa propre veste.

Que diable lui était-il passé par la tête pour qu’il la prenne par les épaules et l’embrasse avec toute la délicatesse d’un cow-boy de retour après des semaines sur la piste ? Jack lui-même l’aurait traitée avec plus d’égards, alors qu’il était un coureur de femmes invétéré.

Hannah traversa la cuisine et alla se placer à côté du poêle. Le feu était mourant mais dégageait encore un peu de chaleur. Riley la rejoignit et se frotta les mains pour se réchauffer.

— Hannah, je voulais…

— Crois-tu que Joe ait pu te laisser un message sur ton répondeur ? l’interrompit-elle en lui lançant un regard anxieux.

Se reprochant de ne pas y avoir pensé le premier, il s’empressa d’aller vérifier. Il n’y avait rien, et il n’obtint pas de réponse lorsqu’il tenta d’appeler Joe.

— Quelque chose ne va pas, n’est-ce pas ?

Il se retourna et vit Hannah juste derrière lui. Elle était immobile, ses grands yeux assombris par l’inquiétude.

— Je ne sais pas, avoua-t-il.

Eprouvant le besoin de la toucher, il lui effleura le bras.

Elle mit une main sur son torse, juste sur son cœur, un geste à la fois tendre et interrogateur. Il posa sa propre main sur la sienne et l’attira doucement vers lui.

Ils restèrent ainsi un long moment, dans les bras l’un de l’autre, la tête d’Hannah nichée au creux de son épaule. Au-dehors, l’obscurité commençait à envelopper la maison, peignant des ombres sur les murs. La seule lumière provenait des braises rougeoyantes du poêle, mais Riley ne pouvait se résoudre à lâcher Hannah pour aller appuyer sur l’interrupteur.

— Je suis sûre qu’il va bien, murmura-t-elle contre sa chemise.

— Il est rare qu’il ne réponde pas au téléphone.

— Peut-être n’y a-t-il pas de réseau, là où il est.

C’était une éventualité. Les endroits dans les collines et vallées du Wyoming où il était impossible de se servir d’un téléphone portable ne manquaient pas. Et si Joe lui avait laissé un message pour l’avertir qu’il ne serait pas joignable avant quelques heures, Riley ne se serait pas inquiété le moins du monde.

— Je devrais peut-être appeler Jane pour lui demander si elle sait où il est…

— Non, répondit Hannah aussitôt, en relevant la tête pour le regarder. Tu ne ferais que l’inquiéter. Laisse à Joe le temps de rentrer.

Elle se dégagea et recula, mais cette fois elle ne semblait pas mal à l’aise.

— Nous devrions aller nous changer et grignoter quelque chose. Je parie que Joe se manifestera avant que nous ayons terminé. * * *

Hannah avait raison. Vêtu d’un jean sec et d’un sweatshirt confortable, Riley venait d’entrer dans la cuisine quand on frappa à la porte de derrière. Une seconde plus tard, Joe passait la tête par l’entrebâillement.

— Riley ?

— Entre, répondit-il au moment où Hannah pénétrait dans la cuisine à son tour.

Elle avait enfilé un pantalon de survêtement et un T-shirt trop grand pour elle. Bien que sa tenue soit tout sauf sexy, il se surprit à vouloir la prendre dans ses bras pour finir ce qu’il avait commencé plus tôt.

Il se força à détacher son regard d’elle et reporta son attention sur Joe, dont le Stetson dégoulinait sur le carrelage. Ce dernier leur jeta un regard curieux, puis alla accrocher sa veste avant de les rejoindre.

— Il y a du nouveau ? demanda Riley qui avait du mal à maîtriser son impatience.

Joe acquiesça.

— J’ai reçu un coup de fil de Jim Tanner. Des randonneurs ont trouvé le corps d’une femme.

Hannah alla jusqu’à la table et se laissa tomber sur une chaise. Riley l’observa avec inquiétude. Elle était un peu pâle, mais restait maîtresse d’elle-même, attendant manifestement que Joe continue.

— On a trouvé des traces de spray au poivre sur sa peau. Elle était enveloppée d’une bâche en plastique et avait été jetée dans une rivière à l’est de Moran, à l’intérieur du parc. Elle est morte depuis moins de vingt-quatre heures. Les techniciens pensent que le corps était immergé depuis très peu de temps.

Riley secoua la tête.

— Notre gars n’est pas si désinvolte, d’habitude.

— Qui d’autre pourrait avoir fait ça ? intervint Hannah. Il ne peut pas s’agir d’un imitateur. Ces détails ne sont pas connus du grand public, si ?

Ne sachant que dire, Riley les regarda tour à tour. Le tueur qu’ils cherchaient était un homme méticuleux, et si ce meurtre était son œuvre, quelque chose avait changé dans sa méthode.

— Il est possible qu’il s’agisse d’une sorte d’escalade, que la situation lui échappe, suggéra Joe. Peut-être n’a-t-il pas supporté qu’Hannah lui file entre les mains non seulement une fois, mais deux.

C’était possible, songea Riley. Pourtant, quelque chose dans cette hypothèse le troublait. Au cours de ces trois dernières années, l’homme n’avait pas laissé le moindre indice derrière lui. Il avait été le premier policier à soupçonner un rapport entre les meurtres, et même lui avait eu des doutes au début. Etait-il vraisemblable qu’un individu aussi rusé perde le contrôle de lui-même simplement parce qu’une de ses proies avait réussi à s’enfuir ?

— Peut-être que ce n’est pas une escalade, murmura Hannah.

Ses yeux verts étaient écarquillés par l’horreur.

— Peut-être que c’était un message. A mon intention. Pour me montrer ce qu’il m’aurait fait si je ne m’étais pas enfuie.

Riley s’assit à côté d’elle et prit l’une de ses mains entre les siennes.

— Ne commence pas à te faire de reproches.

Joe s’installa en face d’eux.

— Riley a raison. Vous n’avez rien à vous reprocher.

— Qu’étais-tu censée faire d’autre ? demanda Riley. Te laisser tuer ?

— Non, bien sûr, soupira-t-elle. C’est juste que j’ai l’impression qu’il est en train de nous faire savoir que nous ne pouvons pas l’arrêter. Je veux dire… il l’a tuée et s’est débarrassé d’elle dans un endroit fréquenté. C’était un geste de défi.

— C’était aussi très risqué, lui fit remarquer Joe. S’il commence à s’imaginer qu’il est invincible, ça va jouer à notre avantage. Il va commettre des erreurs, et nous pourrons l’arrêter.

— Allons-nous être tenus au courant de l’enquête ? demanda Riley. Il faut que je voie les rapports.

— La police de Teton County va nous faxer le dossier et nous informera dès qu’il y aura du nouveau.

Joe se leva et adressa à Hannah un sourire rassurant.

— Ne vous inquiétez pas, Hannah. Vous êtes en sécurité, ici, avec Riley. Faites de votre mieux pour vous souvenir de l’agression. Vous ne pouvez rien de plus.

Riley se leva lui aussi et le raccompagna à la porte.

— Tu penses qu’elle a raison ? lui demanda-t-il discrètement. Que c’est un message qui lui est destiné ?

— Je crois qu’Hannah et toi devez continuer à vous concentrer sur sa mémoire, répondit Joe. C’est peut-être décisif pour l’enquête. Si ce type est prêt à tuer quelqu’un juste pour nous prouver qu’il peut le faire, personne n’est à l’abri.

Joe parti, Riley revint vers Hannah. Elle était encore assise à la table et l’observait avec angoisse.

— Si on préparait le dîner ? suggéra-t-il.

— Je n’ai pas faim…

Il soupira. Il n’avait pas faim non plus, et il aurait aimé savoir où était Jack. Ce dernier lui avait apporté une aide précieuse la veille en s’occupant des chevaux.

— Il faudrait que j’appelle Jack, dit-il en cherchant son portable. Je ne sais pas s’il a donné du foin aux chevaux.

— Nous pourrions nous en charger, non ? proposa Hannah en s’étirant. Un peu d’exercice me ferait du bien.

Cela lui changerait surtout les idées, songea-t-il.

— Tu es sûre ? Il fait froid.

— Je vais régulièrement à la pêche au mois de décembre alors qu’il pleut sans arrêt, répliqua-t-elle en redressant le menton. Je ne suis pas fragile.

Riley s’abstint de lui rappeler qu’elle avait failli craquer complètement dans l’après-midi. Le stress post-traumatique pouvait avoir raison de n’importe qui. Néanmoins, compte tenu de ce qui lui était arrivé, elle tenait plutôt bien le coup.

— D’accord.

Ils remirent leurs vestes puis sortirent et se dirigèrent vers le pick-up. * * *

Malgré la pluie, le chemin menant aux écuries ne s’était pas transformé en bourbier, ce qui surprit Hannah. Peut-être était-il trop sec ou trop caillouteux. Une foule de choses, dans le Wyoming, lui étaient totalement étrangères, depuis les montagnes escarpées jusqu’à la sécheresse de l’air.

Par contraste, il était stupéfiant de constater à quel point la présence de Riley lui semblait familière. Elle ne le connaissait que depuis deux jours, et ne savait presque rien de lui. Pourtant, elle était plus convaincue que jamais d’avoir fait le bon choix en acceptant de se placer sous sa protection.

Il la mit au travail, et elle lui fut reconnaissante de ne pas essayer de la dorloter. Après la manière dont elle s’était comportée au cours des heures écoulées, il aurait été compréhensible qu’il ne lui fasse pas confiance.

Elle brossa la robe d’une jument alezane et tint sa bride pendant que Riley lui décrottait les sabots.

— Comment s’appelle-t-elle ?

— Bella. Elle appartenait à Emily.

Riley se redressa et tapota le flanc de l’animal.

— Le noir s’appelle Jazz. Et ces deux-là, ajouta-t-il en désignant les deux chevaux dont ils s’étaient déjà occupés, sont Lucky et Lady. Joe les a achetés l’an dernier après son mariage avec Jane. Il n’a pas d’écurie, alors nous partageons les frais. Jane et lui venaient souvent se promener, avant qu’elle soit enceinte.

— Je t’ai dit que nous envisagions de construire une écurie sur nos terres et de proposer des randonnées aux touristes, n’est-ce pas ? demanda Hannah en se tournant vers lui. Nous savons tous monter convenablement, et je crois que mon frère Luke reviendrait au pays gérer l’affaire. C’est le meilleur cavalier de nous tous.

— Je croyais que vous étiez tous en Alabama ?

— Presque. Sam et sa petite fille Maddy vivent à Washington — il est procureur — mais il songe à revenir pour que Maddy puisse grandir entourée de ses cousins et de ses grands-parents. S’il le fait, il ne manquera plus que Luke. Il a quitté les marines l’an dernier, mais il vit toujours à San Diego, ajouta-t-elle, l’air un peu soucieux.

Riley le remarqua aussitôt.

— Ça t’inquiète ?

— Un peu, avoua-t-elle, avant de se retourner vers Bella qui mâchonnait tranquillement son foin. Luke a toujours été assez solitaire, ce qui n’est pas facile dans une famille comme la nôtre. Il téléphone rarement, et ne dit jamais grand-chose.

— Il est marié ? Ou il a une petite amie à qui il consacre tout son temps ?

Elle sourit.

— J’aimerais bien que ce soit le cas, mais non. Je ne sais pas, mais ces derniers temps, j’ai eu l’impression qu’il était préoccupé.

— Il lui est peut-être arrivé quelque chose dont il ne vous a pas parlé ?

Hannah réfléchit un instant. Son frère avait fait partie récemment d’une mission de maintien de la paix en Asie centrale mais, comparé aux opérations auxquelles il avait participé auparavant, cela avait été relativement paisible.

— Je voudrais seulement qu’il rentre à la maison et que je puisse veiller un peu sur lui, avoua-t-elle.

Riley sourit.

— Tu es mère poule.

— En effet, admit-elle avec un petit rire. J’ai du mal à croire que je t’ai dit tout ça sur Luke. Je n’en ai même pas parlé à mes parents.

— Il est parfois plus facile de se confier à un étranger.

Sauf qu’il ne lui faisait pas l’effet d’être un étranger, songea-t-elle, soudain consciente qu’il allait terriblement lui manquer lorsqu’elle rentrerait en Alabama.

Et ce jour-là approchait.

— Et si je n’arrive pas à me souvenir d’autres détails sur mon agresseur ?

Le son de bottes crissant sur le sol de l’écurie les fit sursauter tous les deux. Jack se tenait sur le seuil, son chapeau et sa veste dégoulinants de pluie. Son regard alla de l’un à l’autre, sombre et soupçonneux.

— On vous a agressée ?

Hannah et Riley échangèrent un coup d’œil. Il secoua imperceptiblement la tête, visiblement décidé à ne rien dire à Jack de leur secret.

— On se demandait où vous étiez, s’empressa de dire Hannah, éludant la question. Vous avez passé une bonne journée en ville ?

Riley se posta derrière elle et l’entoura de ses bras, posant la joue contre sa tête.

— Tu te demandais, mon chou, corrigea-t-il d’une voix sensuelle qui la fit fondre.

— N’essayez pas de détourner la conversation, grommela Jack en s’avançant vers eux. Vous avez parlé d’une agression, Hannah.

Il mit la main dans sa poche et en tira un journal plié en deux.

— Il se trouve que j’ai lu un article à ce sujet cet après-midi.

Les bras de Riley se raidirent autour de la taille d’Hannah, sa tension se communiquant à elle.

— Apparemment, une femme a été attaquée sur la route de Moran l’autre jour. On ne donne pas son nom. D’après la police, le coupable n’a pas été appréhendé, et d’autres sources font état d’une seconde agression à l’hôpital de Jackson.

Il tendit le journal à Hannah.

— Page trois.

Elle l’ouvrit et lut le titre :

TOURISTE AGRESSÉE SUR L’AUTOROUTE :LA SÉCURITÉ À L’HÔPITAL MISE EN CAUSE.

— Pourquoi pensez-vous qu’il s’agit de moi ?

— A cause du jour. De vos blessures. Du fait qu’il est hautement improbable que Riley ait rencontré quelqu’un sur internet. Sans parler de l’inviter chez lui.

Riley laissa retomber ses mains et recula. L’air froid enveloppa Hannah qui frissonna.

— Personne ne sait qu’Hannah est cette femme. Personne, Jack. Tu comprends ?

Les lèvres de Jack formèrent un trait mince.

— Tu m’as menti, Riley. Je ne méritais pas ça.

— Tu bois trop, Jack. Tu fais trop la fête, et tu ne sais pas tenir ta langue.

La douleur se lut sur les traits de Jack.

— C’est ce que tu penses de moi ?

— Dis-moi que ce n’est pas vrai.

— Ce n’est pas vrai ! riposta Jack avec colère avant de baisser la voix. Ce n’est plus vrai.

L’expression de Riley devint songeuse.

— Que s’est-il passé ?

— L’année dernière, je me suis soûlé à Amarillo, et j’ai perdu la meilleure personne que j’aie jamais eue dans ma vie.

Il retira son chapeau et passa la main dans ses épais cheveux noirs.

— Je suppose que tu ne pouvais pas le savoir.

— Et pourquoi pas, Jack ? Pourquoi n’es-tu pas revenu depuis la mort d’Emily ?

— Je ne pouvais pas.

Hannah se sentait de trop, face à ces deux hommes en proie à leur chagrin. Elle s’éloigna, allant vers le box où Lucky achevait son dîner. Elle caressa son cou tacheté, et il la remercia d’un petit hennissement de plaisir.

— Pourquoi l’as-tu amenée ici ? demanda Jack, apparemment indifférent au fait qu’elle était présente. Elle aurait pu aller chez Joe, ou alors le shérif de Teton County aurait pu lui trouver un endroit sûr. Et pourquoi ta première idée a-t-elle été de me dire que c’était ta petite amie ? Tu y as pensé ?

— Arrête, Jack ! Il s’agit d’Emily ! affirma Riley avec émotion. Tout ce que j’ai fait depuis le jour où elle est morte, je l’ai fait dans le but d’arrêter le salaud qui l’a assassinée. Tu n’as pas le droit d’en douter !

Hannah éprouva une douleur aiguë à la poitrine. Elle leur tourna le dos, et appuya son front contre le cou soyeux du cheval.

« Qu’y a-t-il, Hannah ? Tu le savais. Tu l’as toujours su ! »

— Bien. Personne ne doit savoir pourquoi elle est ici, résuma Jack. Et maintenant ?

Hannah regarda par-dessus son épaule en se demandant ce que Riley allait répondre. Il marqua une pause, comme s’il ne savait que dire, puis s’adressa à elle, le visage indéchiffrable.

— Beaucoup de gens nous ont déjà vus ensemble, dit-il, soudant son regard au sien. Tout le monde est au courant, à présent. Nous ne pouvons pas faire marche arrière.

— Je peux me réinstaller dans la chambre d’amis, suggéra-t-elle, soulagée que sa voix soit si calme, compte tenu du fait qu’elle mourait d’envie de se réfugier dans un coin pour pleurer.

— Je crois que je ferais mieux de partir, déclara Jack.

— Non ! dit-elle aussitôt en s’avançant vers lui.

La dernière chose qu’elle voulait était chasser Jack du seul endroit qu’il considérait comme son foyer.

Et la dernière chose dont elle avait besoin était de passer quelques jours en tête à tête avec Riley.

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