Par-delà le danger - Un suspect très séduisant
Chapitre 13
13
— Nous avons le reçu d’Hannah et quelques autres éparpillés dans la journée, mais rien à la même heure, expliqua Joe avec un regard d’excuse. Le type a dû payer en liquide.
Riley lâcha un juron et jeta un coup d’œil en direction d’Hannah, assise en face de Joe dans l’un des fauteuils de son bureau. Alors qu’elle avait été pleine d’espoir en venant en ville, la déconvenue se lisait sur ses traits.
— Et si c’était lui ? dit-elle faiblement. Je ne pourrais même pas dire de quelle couleur étaient ses cheveux, ni la forme de son visage. Pourquoi n’y ai-je pas prêté davantage attention ?
— Parce que vous ne vous attendiez pas qu’il vous suive pour essayer de vous tuer, répondit Joe posément.
— D’ailleurs, nous ne sommes pas certains que ce soit lui, ajouta Riley en posant la main sur son épaule pour la réconforter.
Il se tourna vers Joe.
— Jim Tanner a donné sa conférence de presse ?
Joe consulta l’horloge.
— Elle doit commencer dans vingt minutes.
Riley fit la moue. Il en avait assez d’attendre ; l’impatience croissante d’Hannah se communiquait à lui.
— Il n’y avait pas de caméra ? demanda soudain Hannah. Je croyais que la plupart des stations-service en utilisaient pour décourager les vols.
— Celle de Lassiter est en panne depuis plus d’un an, soupira Joe. Le Wyoming est si peu peuplé qu’on ne prend pas les mêmes précautions que dans d’autres Etats. La plupart du temps, ce n’est pas un problème.
— Je parie qu’il le savait. Ce type donne toujours l’impression d’avoir une longueur d’avance.
— C’est forcément quelqu’un du coin, renchérit Riley.
— Il portait des gants, et n’a donc pas laissé d’empreintes. Il a agi si vite que je n’ai même pas eu le temps de le regarder, je ne peux donc pas l’identifier. Même à la station-service, je ne l’ai pas bien vu. Maintenant que j’y pense, je suis sûre qu’il a veillé à ne pas tourner la tête vers moi.
Elle leva les yeux vers Riley.
— Peut-être était-il déjà en chasse.
C’était possible.
— Quelqu’un a-t-il relevé le nom des employés qui travaillaient à Lassiter ce jour-là ? demanda-t-il. Peut-être quelqu’un se souviendra-t-il de ce type.
— Nous avons le nom du caissier. Prentiss va aller l’interroger là-dessus.
Joe prit la télécommande de la télévision et l’alluma.
La conférence de presse n’avait pas encore commencé. Riley observa Hannah. Elle paraissait calme, mais son regard vert reflétait un mélange d’excitation et d’angoisse.
Il comprenait parfaitement ce qu’elle ressentait. Jamais il n’avait été aussi près de trouver le tueur. Pourtant, il n’était pas sûr d’être vraiment préparé à ce qui les attendait. Et si, malgré tous ses efforts pour veiller sur Hannah, elle finissait par être blessée, voire pire ? Comment pourrait-il se le pardonner ?
Et s’ils retrouvaient son agresseur, et s’il s’avérait qu’Emily ne comptait pas parmi ses victimes ? Serait-il capable de tout reprendre de zéro, de consacrer d’autres années de sa vie à une vengeance froide, sans le moindre moment de réconfort ?
— Ça y est ! annonça subitement Joe, en augmentant le volume.
Tandis que le shérif Tanner exposait les circonstances de l’attaque dont Hannah avait été victime, le regard de Riley revint se poser sur elle. Les émotions se succédaient sur son visage, trahissant une lutte constante entre peur et espoir. Cette affaire avait encore plus d’importance pour elle que pour lui. C’était sa vie qu’elle risquait, et elle était restée pour les aider alors que beaucoup d’autres à sa place se seraient hâtées de rentrer chez elles.
C’était un sacré bout de femme.
« Je te protégerai, mon cœur, lui promit-il intérieurement. Coûte que coûte. »
A la télévision, Tanner avait terminé sa déclaration et répondait aux questions. La plupart étaient prévisibles. La police avait-elle un suspect ? D’autres femmes étaient-elles en danger ? Mme Cooper était-elle prête à se soumettre à une interview ?
— Que va-t-il répondre quand on lui demandera s’il y a un lien avec le cadavre retrouvé dans le parc ? murmura Riley, sachant que la question ne manquerait pas d’être posée.
Elle le fut, en effet.
— Nous n’en sommes pas certains, répondit Tanner prudemment, mais c’est une hypothèse que nous envisageons. C’est pourquoi il est particulièrement important que les femmes seules au volant soient vigilantes. Dans l’immédiat, les forces de l’ordre ont suspendu toutes les interceptions de véhicules dans le Wyoming. Si une voiture de police tente de vous arrêter, continuez à rouler. Appelez Police-Secours et rendez-vous dans un endroit public.
Un instant après, l’interview se termina. Joe éteignit la télévision.
— Ça s’est bien passé, tu ne trouves pas ? demanda-t-il à Riley.
Soulagé que le public soit averti du danger, Riley acquiesça. Au même moment, l’Interphone de Joe sonna.
— Chef ?
La voix de Bill Handley, le sergent posté à l’accueil, se fit entendre.
— Le shérif Jim Tanner est sur la ligne un.
Joe échangea un coup d’œil avec Riley, puis décrocha.
— Garrison. Oui, ils sont là tous les deux. Je vous mets sur haut-parleur.
Il pressa une touche et la voix de Jim Tanner résonna dans la pièce.
— Bonjour, Patterson, miss Cooper. Je vais aller droit au but. J’ai une idée pour passer à l’offensive dans cette affaire, mais j’ai besoin de votre aide, miss Cooper.
— Non, dit Riley fermement.
Joe et Hannah le regardèrent, stupéfaits.
— A quoi pensez-vous, shérif ? demanda Hannah.
— Je voudrais que vous accordiez une interview à une des chaînes de télévision et que vous disiez que vous allez consulter un psychiatre ici à Jackson — pour vous aider à recouvrer certains des souvenirs perdus à la suite du traumatisme crânien.
— Vous voulez vous servir d’elle comme appât, l’accusa Riley.
— D’une certaine manière. J’en ai déjà parlé avec une des psychiatres de l’hôpital, et elle est prête à jouer le jeu.
— J’accepte, répondit Hannah aussitôt.
— Pas question ! rétorqua Riley en lui rendant son regard furieux.
Hannah l’ignora.
— Quand voulez-vous que je vienne à Jackson ?
— Il faut que je mette les détails au point, mais j’aimerais que l’interview soit diffusée demain soir, expliqua Tanner. Si vous pouviez être à Jackson demain matin pour procéder à l’enregistrement…
— Entendu.
— Hannah, non ! s’exclama Riley. C’est trop dangereux.
— Avertissez le shérif Garrison quand tout sera réglé, conclut-elle. Il me tiendra au courant.
— Merci, miss Cooper. Vous êtes courageuse, déclara Tanner, l’admiration perçant dans sa voix.
— Je veux que cet homme soit arrêté, murmura-t-elle.
Tanner coupa la communication. Joe raccrocha et lança à Riley un regard compatissant.
— Vous avez le droit de changer d’avis, dit-il à Hannah. Je sais que Tanner fera tout pour assurer votre sécurité, et moi aussi, mais personne ne peut vous garantir qu’il n’y aura aucun danger.
— Je n’essaie pas d’être une héroïne, répondit Hannah. Mais je veux pouvoir rentrer chez moi sans avoir à me faire de reproches parce que j’ai été trop lâche pour aider la police à arrêter un monstre.
Le regard qu’elle lui lança serra le cœur de Riley.
— Si tu fais ça pour moi…
— Pour toi, pour moi, pour cette femme qu’on a retrouvée dans le parc et toutes les autres dont tu m’as parlé.
Elle se pencha et prit sa main dans la sienne.
— Pour Emily.
Il déposa un baiser sur ses doigts, et les paroles qu’il s’apprêtait à prononcer moururent sur ses lèvres.
Joe s’éclaircit la voix.
— Je suppose que c’est tout pour l’instant.
Sans lâcher la main d’Hannah, Riley se tourna vers son ami.
— Je veux que tu sois informé de tous les détails. Et que tu t’assures que Tanner a envisagé toutes les possibilités.
— Bien sûr. Tu ne préfères pas le faire toi-même ?
Riley regarda Hannah de nouveau.
— Non. Je vais passer les prochaines vingt-quatre heures à essayer de la faire changer d’avis.
* * *
Hannah inclina la tête, observant Riley qui déposait des steaks et des poivrons sur le gril. Il jeta un coup d’œil vers elle par-dessus son épaule et sourit, ce qui ne fit qu’alimenter ses soupçons. Elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’il jouait un jeu avec elle. Depuis qu’ils avaient quitté les locaux du commissariat, il n’avait pas dit un mot pour essayer de la dissuader de prendre part à l’interview prévue.
Sur le chemin du retour, il avait emprunté la route touristique, faisant des détours à travers les prairies, et il lui avait raconté des légendes du passé, de l’époque où les cow-boys étaient rois.
— Juste au nord d’ici, avait-il expliqué, se trouve la réserve indienne de Wind River. La mère d’Emily a grandi là-bas.
Ce qui expliquait le teint mat de Jack, songea-t-elle.
— Elle est morte quand ses enfants étaient tout jeunes — peu après la naissance de Jack. Ils ont été élevés par leur père, si bien qu’ils n’ont jamais vraiment connu leur famille côté maternel. Emily le regrettait, ajouta Riley à mi-voix, comme souvent lorsqu’il évoquait son épouse défunte.
Puis il avait changé de sujet, et la conversation avait pris un tour plus léger. A aucun moment, le shérif Tanner n’avait été mentionné.
— Tu es sûr que je ne peux pas t’aider ? demanda-t-elle.
— J’ai le contrôle de la situation, assura-t-il en rabattant le couvercle du gril avant de venir la rejoindre sur le banc de bois adossé à l’arrière de la maison.
Il s’assit tout près d’elle, enveloppant ses mains des siennes.
— Tu ne veux pas rentrer ? Tu as les mains glacées.
Elle se laissa aller contre lui, appréciant la chaleur de son corps. Le soleil commençait à se coucher, et un vent vif s’était levé.
— Et rater l’occasion de te voir faire la cuisine ? Tu plaisantes !
Il passa un bras autour d’elle, la serrant étroitement contre lui.
— Ça va mieux ?
Il sentait bon l’air frais et le feu de bois. L’estomac d’Hannah se mit à gargouiller.
— Quelqu’un a faim, on dirait.
Sa voix grave de baryton résonna à l’oreille d’Hannah, tendre et sensuelle. Elle leva les yeux et vit qu’il l’observait, une lueur intense dans le regard.
Le cœur battant à tout rompre, elle déglutit.
— Oui.
Il se pencha et déposa de petits baisers le long de son cou.
— Moi aussi.
Toute résistance était impossible, même si elle le soupçonnait d’avoir échafaudé un plan pour l’empêcher de faire ce qu’elle devait le lendemain. Quand la bouche de Riley trouva la sienne, elle n’eut pas la force de protester.
Ses lèvres étaient douces, caressantes. Elle enfouit les mains dans ses cheveux courts, l’attirant plus près. Il ne lui donna qu’un bref baiser, une sorte de hors-d’œuvre qui ne fit qu’aiguiser son appétit.
— Les steaks risquent de brûler…, murmura-t-il en se dégageant doucement pour se lever.
A l’aide des pincettes, il retourna la viande. L’odeur délicieuse qui parvint à Hannah lui mit l’eau à la bouche.
— Tu n’as pas renoncé à essayer de me faire changer d’avis, n’est-ce pas ? demanda-t-elle.
Il lui lança un bref coup d’œil.
— Qu’en penses-tu ?
Elle secoua la tête.
— Ça ne servira à rien. Même si ton dîner est succulent.
Il eut un léger sourire, et riva sur elle un regard résolu.
— Ce n’est pas sur le dîner que je comptais pour te faire changer d’avis.
— Ah…
Hannah se sentit rougir tandis qu’elle assimilait lentement le sous-entendu. La veste polaire qu’elle portait lui parut soudain lourde et trop serrée.
— Oh zut ! s’exclama-t-il. Je n’ai pas de vin à te proposer pour accompagner tout ça. Nous allons devoir rester sobres ce soir.
Elle déboutonna sa veste, et apprécia la sensation de l’air frais sur sa peau.
— Aucune importance. Je n’aime pas trop le vin, de toute façon. Il me donne envie de dormir.
— C’est parfait, alors, commenta-t-il en se retournant.
Un signal d’alerte se déclencha dans le cerveau d’Hannah, mais c’était comme si elle était paralysée. Elle chercha désespérément un sujet de conversation anodin, qui ne puisse prêter à confusion.
— J’ai téléphoné à mes parents tout à l’heure, dit-elle enfin. Je les ai informés de ce que j’allais faire.
— Qu’en pensent-ils ?
— Ils sont contre, évidemment.
— Papa et maman ont toujours raison.
Elle redressa le menton.
— S’ils étaient dans la même situation, ils feraient exactement ce que je fais. De qui crois-tu que je tiens ?
Il se contenta de retourner les poivrons sans répondre.
— J’espère seulement qu’ils ne vont pas appeler mes frères pour leur dire ce qui se passe… A vrai dire, je suis étonnée qu’Aaron ne m’ait pas déjà téléphoné. C’est lui qui est policier, lui rappela-t-elle.
Riley rabattit de nouveau le couvercle du gril et lui fit face.
— Qu’est-ce qu’il te dirait ?
— De ne pas le faire.
— Il y a un consensus, non ?
Il s’avança lentement vers elle, terriblement séduisant, qu’il en soit conscient ou non. Elle tenta de détourner les yeux, mais n’y parvint pas.
Elle était comme une mouche captive d’une toile d’araignée, songea-t-elle faiblement tandis qu’il s’asseyait à côté d’elle et lui effleurait la joue du doigt.
Ses mains étaient grandes, rugueuses. Il promena le pouce sur sa lèvre inférieure.
— Tu as une bouche magnifique. On te l’a déjà dit ?
Le souvenir évoqué par sa question aida Hannah à se ressaisir.
— Oui.
Il s’immobilisa.
— Il avait raison.
— Il aimait m’embrasser, se força-t-elle à ajouter.
Elle n’avait pas la moindre envie d’évoquer cette période douloureuse de sa vie, mais n’était-ce pas sa meilleure défense contre la tentative de séduction de Riley ?
— Mais il en aimait une autre, acheva-t-elle.
Riley laissa retomber sa main.
— Que s’est-il passé ?
— Il l’a épousée.
Il se pencha en avant, appuyant les avant-bras sur ses genoux.
— Quand était-ce ?
— Il y a environ quatre ans.
Elle n’avait pas envisagé de lui en dire plus, mais le tendre encouragement qu’elle lisait dans son regard la poussa à continuer. Elle lui parla de Craig, de leurs projets de mariage, et du moment terrible où, lors de l’enterrement de sa vie de célibataire, il avait confié à Aaron qu’il était encore amoureux d’une autre femme.
— Aaron l’a forcé à cracher le morceau, précisa-t-elle avec un petit sourire. Craig a eu de la chance, parce qu’Aaron était vraiment furieux.
Riley écoutait, le visage grave. Le parallèle entre les deux situations ne pouvait lui échapper. Les sentiments de Craig pour son premier amour n’étaient-ils pas un écho de ceux qu’il éprouvait encore pour Emily ?
— Je m’en doutais depuis longtemps, avoua-t-elle, les joues brûlantes. Je croyais pouvoir le faire changer, mais on ne peut pas forcer un homme à oublier la femme qu’il aime.
— Non.
Riley se leva et retourna au gril. L’odeur des steaks et des poivrons grillés flottait dans l’air, mais Hannah avait perdu son appétit.
Apparemment, Riley aussi. Il éteignit le barbecue et transféra la viande et les légumes dans deux assiettes, puis revint près d’elle sans les apporter. Il lui prit le menton pour l’obliger à lui faire face.
Hannah sentit son estomac se nouer sous l’intensité de son regard.
— Je ne veux pas que tu ailles à Jackson demain.
— Je sais.
— Je ne sais pas comment t’en empêcher. Tu as déjà dit qu’un dîner ne suffirait pas.
Elle ne put s’empêcher de rire, et il esquissa un sourire en retour avant de redevenir sérieux.
— Je peux seulement te dire que j’ai failli devenir fou quand Emily est morte, reprit-il en lui encadrant le visage de ses mains. S’il t’arrivait quelque chose, je ne sais pas si je m’en remettrais.
Des larmes noyèrent les yeux d’Hannah avant de rouler le long de ses joues. Elle les refoula et s’efforça de se reprendre.
— Tu me connais à peine, murmura-t-elle, consciente de l’absurdité de ses mots alors même qu’elle les prononçait.
En l’espace de quelques jours, elle avait partagé plus de choses avec lui qu’avec toute sa famille. Il connaissait les peurs qui se cachaient sous son apparente assurance, le désir d’amour qu’elle enfouissait sous sa gaieté extérieure.
Il n’était pas nécessaire qu’il la contredise. Elle lisait dans son regard qu’il savait que leur relation allait bien au-delà d’une simple rencontre.
Cependant, cela ne changeait rien au fait qu’il était toujours amoureux de sa femme.
Faisant appel au peu de bon sens qu’il lui restait, elle ferma les yeux et se détacha de lui.
Elle le désirait — sa vie en aurait-elle dépendu qu’elle n’aurait pu le nier. Et elle savait aussi qu’il était vain de se bercer d’illusions. Il y avait peut-être un lien profond entre eux, mais ce n’était pas une garantie de bonheur éternel.
Pouvait-elle se contenter du moment présent ?
— Je t’en prie, ne va pas à Jackson demain, répéta-t-il.
Elle ouvrit les yeux, laissant éclater la colère qui couvait au fond d’elle.
— Je t’ai déjà fait part de ma décision, rétorqua-t-elle sèchement. Il va falloir que tu la respectes.
Elle se leva, entra dans la cuisine, et s’adossa un instant au plan de travail pour apaiser ses nerfs.
Un bruit de porcelaine brisée assorti d’un juron la fit tressaillir. Elle jeta un coup d’œil par la fenêtre. Accroupi à côté du barbecue, Riley rassemblait avec des gestes rapides, fébriles, les débris d’une assiette.
Se détestant d’avoir gâché leur entente, elle gagna sa chambre, ferma la porte derrière elle et s’assit sur le lit. Riley s’était confié, partageant avec elle des sentiments qu’il n’avait sans doute évoqué avec personne depuis la mort d’Emily, et elle l’avait remercié en piquant une colère.
« Bravo, Hannah ! »
** *
* * *
Riley jeta les fragments d’assiette dans la poubelle un à un, appréciant le son qu’ils produisaient. Aussi irrité soit-il, il éprouvait un étrange plaisir. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas ressenti aussi intensément une émotion autre que la douleur.
Il comprenait qu’elle soit agacée par son insistance à vouloir la dissuader de suivre le plan élaboré par Jim Tanner. Mais avait-il le choix ? Il avait sacrifié une vie normale à sa quête pour retrouver le tueur d’Emily ; il n’était pas prêt à sacrifier Hannah.
Cela aussi était une sensation nouvelle — tenir à quelqu’un plus qu’à la vengeance.
Où était-elle ? Ne la trouvant pas dans la cuisine, il jeta un coup d’œil dans le couloir et vit sa porte fermée.
Elle se cachait. Pour essayer de rester en colère ? Il savait qu’elle n’était pas aussi fâchée contre lui qu’elle voulait le faire croire, que sa colère masquait sa vulnérabilité.
Il était mieux placé que quiconque pour le savoir.
Il alla frapper à sa porte.
— Hannah ?
Elle ne répondit pas, mais il sentit sa présence derrière le battant.
— Si tu ne m’ouvres pas, je vais supposer que tu as eu un malaise et je vais devoir enfoncer la porte ! l’avertit-il.
L’instant d’après, Hannah ouvrit, ses yeux verts lançant des éclairs. Malgré lui, il fit un pas en avant.
Elle leva les mains comme pour l’empêcher d’approcher, mais quand ses doigts entrèrent en contact avec sa chemise, elle les referma sur l’étoffe et l’attira vers elle.
Le cœur de Riley s’emballa tandis qu’elle se hissait sur la pointe des pieds pour l’embrasser.
— Je ne veux pas me disputer avec toi, murmura-t-elle contre ses lèvres.
Toute velléité de résistance le déserta.
Elle ne protesta pas lorsqu’il la poussa doucement vers le lit et s’y laissa tomber avec elle. Mieux, elle se lova contre lui et tira impatiemment sur sa chemise.
— Hannah…, commença-t-il afin de s’assurer qu’elle était consciente de ce qui allait suivre.
Lui imposant le silence d’un baiser, elle l’attira dans ses bras.
Sans plus réfléchir, Riley s’abandonna et la suivit dans une folie délicieuse, désespérée.
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