Par-delà le danger - Un suspect très séduisant
Chapitre 22
22
Un coup frappé à la porte sauva Liana d’un terrible embarras : elle ne savait que dire à cet homme qui lui avait fait perdre tous ses moyens, jusqu’à l’usage de la parole.
Durant un long moment, ils étaient restés allongés dans un silence si profond qu’ils en retenaient presque leur souffle, toutefois justifié par l’effet cataclysmique de leur étreinte. Les seuls mots qui lui venaient à l’esprit n’étaient que des clichés éculés, ou encore un « waouh » d’émerveillement.
Un second coup se fit entendre.
— J’y vais, dit Logan, tandis qu’elle se rhabillait hâtivement. Après tout, je suis là pour ça.
— Ta mission se cantonne donc à cela ? lui susurra-t-elle.
Il se figea, alors qu’il était en train d’enfiler son jean, et lui lança un regard de travers. Elle lui sourit alors, satisfaite de constater qu’il avait mordu à l’hameçon.
Il lui sourit en retour, ayant compris qu’elle le taquinait. Puis, en boutonnant son jean, il se dirigea vers la porte. Liana se dit qu’elle ferait mieux de ne pas traîner, ne souhaitant pas être exposée à la vue de leur visiteur.
Elle vit Logan jeter un œil par la fenêtre avant d’ouvrir, et froncer les sourcils. Il s’attendait probablement à autre chose qu’une livraison de FedEx. Elle reprit brutalement pied avec la réalité, mais elle ne voulait pas qu’elle l’atteigne au point d’éteindre le feu qui la consumait encore. Lorsqu’il serait l’heure de se montrer raisonnable, elle serait prête à accepter qu’elle s’était mise dans un sacré pétrin.
Finalement elle n’eut pas à se dépêcher, car la porte se referma bien vite. Après l’avoir verrouillée, Logan se tourna vers elle, l’air abasourdi, tenant deux clés dans sa main.
— Redstone est vraiment une entreprise hors du commun, dit-il.
— Et comment, répondit-elle, tout en culpabilisant à la pensée du peu de travail qu’elle y avait accompli. Mais pourquoi me dis-tu cela ?
— Ils viennent de te livrer une voiture, en attendant que la tienne soit réparée.
Elle écarquilla les yeux.
— Quoi ?
— Apparemment, Alvera a dit au grand patron que tu n’avais plus de moyen de locomotion, et Redstone étant Redstone, il n’en a pas fallu davantage.
— Evidemment, répliqua-t-elle, assez amusée par son effarement.
Elle alla à la fenêtre et scruta l’allée du garage, sur laquelle était garé un coupé sport rutilant. Pratiquement le clone de son pauvre petit roadster, si ce n’était qu’il n’avait pas de toit décapotable.
Elle avait hésité pendant au moins trois jours entre les deux modèles, avant d’en venir à la conclusion que pour une fois, elle pouvait se faire plaisir.
— Quelle entreprise incroyable ! insista Logan.
— Joshua Redstone est un homme exceptionnel.
— Je m’en doute. J’aimerais avoir la chance de le rencontrer.
A l’issue cette conversation somme toute banale, elle ne sut plus que dire ou que faire. Elle n’avait pas une grande expérience des lendemains d’orgie, et aucune des étreintes de milieu de journée.
Comme le stress lui avait noué l’estomac ce matin, elle n’avait rien avalé, et elle supposait que Logan non plus. Aussi employa-t-elle le stratagème imparable de sa mère pour se sortir d’une situation embarrassante.
— Je vais préparer un café, et de quoi nous restaurer.
Ses mots étaient plus destinés à elle-même qu’à Logan, mais elle remarqua, un peu surprise, qu’il lui souriait et qu’il semblait paisible. Elle ne l’avait pas vu ainsi depuis bien longtemps.
Elle prit le parti de ne rien ajouter, ne souhaitant pas rompre ce fragile équilibre. Elle se dirigea donc vers la cuisine sans un mot de plus.
Cette fois, il ne lui proposa pas son aide ; d’autorité, il leur prépara deux assiettes d’œufs brouillés moelleux. Elle se chargea de son côté du bacon et du pain grillé. Aujourd’hui, l’équilibre nutritionnel passerait au second plan. Difficile de s’inquiéter de son taux de cholestérol lorsqu’on s’est fait enlever quelques heures auparavant.
Elle avait le sentiment que Logan se forçait à manger pour qu’elle l’imite, plutôt que par réel appétit. Cela lui convenait, si cela lui permettait de reprendre des forces.
Elle ne put s’empêcher de se dire que cette scène, elle et lui autour de la table du petit déjeuner, lui semblait étrangement familière…
« Ne t’y habitue pas », se reprit-elle en baissant rapidement le regard vers sa tasse de café déjà presque froid.
Elle refusait catégoriquement de croire que ce qui s’était produit était autre chose qu’une simple envie à laquelle il aurait cédé. Il se sentait peut-être si seul qu’il avait succombé à un besoin de réconfort — qu’elle lui avait proposé, devait-elle admettre en toute honnêteté. Ce n’était probablement rien d’autre, aussi devait-elle…
— Il fallait un sacré cran pour faire ce que tu as fait ce matin.
Arrachée à ses pensées, elle releva vivement la tête.
— Je ne supportais pas de rester assise à attendre… qu’ils décident ce qu’ils allaient faire de moi. J’étais persuadée qu’ils me tueraient, une fois que je leur semblerais inutile.
L’expression de Logan lui apprit qu’elle avait vu juste. Elle perçut aussi un éclat particulier dans ses yeux, qui ressemblait à de la peur. Colère, amertume, épuisement, et même une pointe de défaitisme, elle avait déjà lu maintes émotions dans son regard. Mais la peur, c’était une première.
« C’est pour toi qu’il tremble », se dit-elle, et cela lui fit curieusement plaisir.
— Tu as échappé à la mort, Liana, et sans aucune aide. La plupart des gens, dans de telles circonstances, auraient paniqué.
— Je ne supportais pas l’idée qu’ils se servaient de moi pour t’atteindre.
Il posa sa main sur la sienne. Elle ne chercha pas à dissimuler le tressaillement qui la parcourut à ce simple contact ; cela aurait été stupide, après la manière dont elle s’était abandonnée entre ses bras une heure plus tôt. Il lui fallut du temps avant qu’il se décide à prendre la parole, comme s’il devait se libérer des souvenirs de leur étreinte passionnée.
— Les mots me manquent pour t’exprimer combien je suis désolé de t’avoir entraînée dans ce cauchemar, mais tu t’es montrée… prodigieuse.
Elle se focalisa sur le seul élément auquel elle pouvait répliquer.
— Ce n’est pas ta faute. Je m’en suis mêlée de mon plein gré.
— A cause de moi.
Elle ne pouvait pas le nier.
— Et parce que c’était la moindre des choses.
— Peu s’y seraient aventurés, que ce soit juste ou non.
— Si tu dis vrai, cela me déçoit.
— La plupart des gens veulent que les policiers remplissent leur mission, qu’ils n’hésitent pas à braver des dangers mortels pour les protéger, puis qu’ils disparaissent le reste du temps.
— Si tel est le cas, alors la plupart des gens sont des abrutis.
La crudité de sa remarque l’éberlua. Puis les commissures de ses lèvres se redressèrent, et il se mit à rire. C’était un rire franc et sincère et il la réconforta.
— Tu es la fille de ton père, c’est bien ça ?
— Merci, lui répondit-elle en souriant.
Ils savaient tous deux qu’il n’aurait pu lui adresser plus beau compliment. Puis elle se prit à penser qu’elle aurait dû éprouver semblable respect envers sa mère ; il n’était en effet pas aisé d’aimer un héros.
Aimer un héros…
Ces mots résonnèrent dans sa tête. Inutile de le nier : elle avait franchi la ligne ténue qui séparait la compassion de l’amour.
— J’aimerais passer le reste de la journée au lit avec toi, lui dit-il d’une voix rauque.
Seule la pointe de regret qui perçait dans sa phrase la retint de lui rétorquer : Alors ne te gêne pas.
Au bout d’un instant elle parvint à articuler, sur un ton presque neutre :
— Mais…
— Mais je dois rependre l’enquête. Il faut que tu me redises ce qui s’est passé. Tout. Ne néglige aucun détail, aussi insignifiant qu’il puisse te paraître.
Elle fronça les sourcils.
— Qu’espères-tu apprendre ? Je t’ai expliqué où se trouvait le bâtiment où ils m’ont emmenée. Mon ravisseur était l’homme qui t’a donné cette liasse de billets, dans le même véhicule. Son acolyte avait l’air encore plus dangereux que lui.
— Je le sais. Mais ils ont peut-être fait, ou mentionné quelque chose…
— Ils ne parlaient guère. J’ai l’impression qu’ils ne s’appréciaient pas trop. Lorsqu’ils ouvraient la bouche, c’était pour se disputer.
— A quel sujet ?
— J’ai cru comprendre que « garder cette peste à l’œil » n’était pas une tâche digne de leur génie.
La remarque de Liana l’amusa.
— Tu as eu l’occasion de leur démontrer que finalement, ils n’étaient pas à la hauteur.
Elle se mit à rougir, mais ne chercha pas à s’en cacher.
— Ils se chamaillaient pour déterminer qui allait monter la garde auprès de moi. Franco a tranché le débat en disant à l’autre que « le grand manitou » avait demandé à le voir.
Logan sursauta.
— Le quoi ?
Elle gloussa, un peu amèrement.
— C’est ainsi qu’il l’a appelé : le grand manitou.
Elle s’apprêta à dire quelque chose, mais la tension exprimée par le corps de Logan lui indiquait qu’il s’agissait d’un élément de la plus haute importance, aussi garda-t-elle le silence.
— Quel salaud ! murmura-t-il enfin.
— Logan ? Que se passe-t-il ?
Le rictus qu’il affichait désormais semblait si hardi qu’il l’effraya presque.
— Tu as réussi, Liana. Tu as résolu le mystère.
— De quoi parles-tu ?
— Le grand manitou. C’était la pièce manquante. Il y a bien un type au-dessus de Marcos. Je sais maintenant qui tire les ficelles.
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