Par-delà le danger - Un suspect très séduisant

Chapitre 2

2

 

 

S’attendant à trouver derrière lui un dément armé d’un revolver, Riley fit volte-face. Il ne vit qu’une infirmière qui arrivait en courant, l’air inquiet, et qui le bouscula pour s’approcher de sa patiente.

— Qui est-ce ? demanda Hannah à l’infirmière en le regardant avec de grands yeux effrayés.

Celle-ci le toisa par-dessus son épaule avec méfiance.

— Que faites-vous ici ? Les visites sont terminées.

— Je suis désolé. J’aurais dû me présenter à l’accueil.

Il n’en avait rien fait, délibérément bien sûr, parce qu’il ne voulait pas s’entendre dire qu’il ne pouvait pas voir Hannah Cooper.

— Je suis Riley Patterson, de la police de Canyon Creek. Je voulais parler à miss Cooper de ce qui lui est arrivé cet après-midi.

— La police l’a déjà interrogée, rétorqua l’infirmière en redressant pour lui faire face, telle une louve gardant ses petits.

— C’était la police de Teton County, précisa Riley, résolu à ne pas renoncer aussi facilement. Je veux lui parler d’un cas similaire dans ma juridiction.

Il déformait un tant soit peu la vérité ; en réalité, aucun des meurtres sur lesquels il avait enquêté ces trois dernières années n’avait vraiment été commis dans sa juridiction. Mais si personne d’autre dans le Wyoming ne se souciait d’établir le lien entre eux, il était prêt à en faire une priorité à Canyon Creek.

— Que voulez-vous savoir ?

Hannah Cooper parlait d’une voix rauque, avec un accent traînant, mélange de miel et d’acier. Ses yeux verts restaient écarquillés et méfiants, et elle se tassa davantage contre l’oreiller quand il se rapprocha, mais elle ne se détourna pas.

— Je vais mettre la main dans ma poche et vous montrer ma plaque d’abord, dit-il, joignant le geste à la parole. Pour que vous sachiez que je ne mens pas.

Elle ne parut guère convaincue.

— L’homme qui m’a agressée conduisait une voiture de police, répliqua-t-elle d’un ton de défi. Pardonnez-moi de ne pas être impressionnée.

Evidemment ; il aurait dû y penser. S’efforçant d’adoucir son expression, il remit le badge dans sa poche.

— Je suis désolé. Je sais que vous avez traversé une terrible épreuve. Si vous voulez téléphoner au poste de police de Canyon Creek pour vérifier mes dires…

— Ce ne sera pas nécessaire.

Une lueur de colère brilla dans son regard, mais il sentit qu’elle était plus irritée contre elle-même que contre lui. Elle écarta les cheveux qui tombaient sur son visage et prit une profonde inspiration. Lorsqu’elle reprit la parole, elle était plus calme.

— C’est d’accord. Ça ne m’ennuie pas de lui parler pendant quelques minutes, dit-elle à l’infirmière.

Celle-ci adressa un regard de biais à Riley, l’air de vouloir s’interposer, puis hocha la tête et les laissa seuls.

— Excusez-moi d’être entré sans crier gare, commença Riley en amenant une chaise à côté du lit. Comment vous sentez-vous ?

— Comme si on m’avait donné un coup de pied dans la tête et trempée dans un bain d’acide.

— Le spray au poivre est très douloureux…

Il y avait été exposé quelques fois, surtout lors de sa formation de policier.

— Et un traumatisme crânien aussi. J’en ai eu un au lycée, en jouant au foot. Je crois que j’ai demandé à l’entraîneur ce qui s’était passé toutes les deux minutes pendant la demi-heure qui a suivi.

Son aveu lui valut un léger sourire. Il en eut le souffle coupé. Pansements et yeux rougis disparurent, révélant combien elle était jolie. Les pupilles de ses yeux verts étaient cerclées d’ambre — des yeux de chat, brillants et un peu mystérieux. Son petit nez droit et ses lèvres sensuelles auraient pu paraître fragiles n’eût été sa mâchoire carrée, volontaire. C’était une battante. Il en avait connu quelques-unes dans sa vie.

Son sourire s’effaça presque aussitôt, et il en éprouva une curieuse déception.

— Vous disiez qu’il y a eu un cas semblable dans votre juridiction ?

Il s’éclaircit la gorge.

— A vrai dire, il y a plusieurs affaires auxquelles je m’intéresse depuis trois ans. La méthode est toujours la même — des femmes qui roulent seules sur la nationale, et qui sont attaquées à l’aide de spray au poivre.

Il s’abstint d’ajouter qu’elles finissaient en général mortes, au fond d’un lac ou d’une rivière, enroulées dans une bâche en plastique.

Le visage d’Hannah s’assombrit.

— Combien ont réussi à s’enfuir ?

Riley s’humecta les lèvres sans répondre.

Elle acquiesça lentement.

— J’ai eu de la chance, n’est-ce pas ?

— Oui.

Elle prit de nouveau une profonde inspiration, toussant un peu, la gorge encore irritée par le spray. Sa lèvre inférieure trembla un moment, mais elle se ressaisit et leva les yeux pour rencontrer son regard.

— Il a essayé de me faire descendre de la voiture, mais je n’arrêtais pas d’entendre la voix de mon frère dans ma tête : « Ne les laisse pas te faire descendre de voiture. » Alors j’ai écrasé mon coude sur sa main posée sur l’encadrement de la vitre et je suis partie aussi vite que je pouvais.

— C’était un bon réflexe, et courageux.

— Courageux, je ne sais pas, avoua-t-elle dans un murmure rauque. C’est juste que je ne voulais pas mourir aujourd’hui.

L’émotion qu’il entendait dans sa voix émut Riley au plus profond de lui-même. Emily avait-elle éprouvé la même chose, capturée par un monstre sur la nationale venant de Casper ? Il savait par l’autopsie qu’elle s’était défendue — certains de ses ongles étaient arrachés, et il y avait des marques sur son corps. Le spray au poivre l’avait-il affectée plus gravement qu’Hannah Cooper ? N’avait-elle pas eu la possibilité de s’enfuir ?

Luttant contre les images paralysantes que ces questions suscitaient dans son esprit, il se massa le front.

— J’ai lu votre déposition. Vous n’avez pas vu le visage de votre agresseur ?

— Non, j’ai à peine vu sa taille par la vitre avant qu’il m’asperge de spray. Après ça, je n’ai plus vu grand-chose. Tout était flou.

— Vous avez mentionné une boucle de ceinturon. Vous souvenez-vous de ce qu’il y avait dessus ?

De petites rides lui plissèrent le front alors qu’elle se concentrait.

— Je sais qu’elle était en argent et qu’il y avait un motif, mais je ne peux pas me souvenir de ce que c’était. Peut-être que je n’ai pas bien regardé…

L’instinct de Riley lui soufflait d’insister, mais il s’abstint de le faire. C’était frustrant de ne pas avoir toutes les réponses tout de suite, mais il se dit qu’il avait la chance d’avoir un témoin vivant. Peut-être, une fois passés les effets du traumatisme, se souviendrait-elle d’autres détails.

— Vous semblez fatiguée, observa-t-il.

— Oh ! Merci, marmonna-t-elle, ce qui le fit sourire.

Derrière eux, on frappa à la porte, et celle-ci s’ouvrit juste assez pour que la silhouette d’un homme se découpe sur le seuil. Les cheveux de Riley se dressèrent sur sa nuque. Instinctivement, il se plaça entre Hannah et le visiteur.

— Désolé de vous déranger. Je suis un des gardiens de l’hôpital ; j’ai pensé que je devrais venir vérifier que tout va bien.

Il attendit, les épaules bien droites, les bras le long du corps, la main proche du holster à sa ceinture.

— Tout va bien, dit Hannah d’une voix ferme. Je vous remercie.

L’homme hocha la tête et referma la porte derrière lui.

— Le shérif de Teton County a-t-il proposé de placer un garde devant votre porte ? demanda Riley.

— Pourquoi ? Le type qui m’a attaquée ne me connaissait pas. J’étais… comment appelez-vous ça ? Une cible de circonstance ?

Elle avait raison, mais il était tout de même troublé à l’idée de la laisser seule à l’hôpital. Bien que les membres du personnel aient prouvé qu’ils étaient attentifs à son bien-être, il ne pouvait se défaire de l’idée que le tueur qu’il cherchait depuis trois ans ne tenait certainement pas à laisser derrière lui une victime en vie. Plus Hannah aurait de temps pour se remémorer les détails de l’attaque, plus elle serait utile à la police — et dangereuse pour lui.

Sentant qu’elle avait épuisé ses réserves d’énergie, il se leva. Elle avait besoin de se reposer ; ils pourraient reprendre leur conversation demain matin.

— Je vais partir. Dormez bien et ne vous inquiétez pas. D’accord ?

Les paupières déjà lourdes, elle hocha vaguement la tête et ferma les yeux.

Il sortit de la chambre et se rendit au bureau des infirmières, où celle qu’il avait vue plus tôt rédigeait des notes dans un classeur. Elle leva la tête et lui décocha un regard sévère.

— Vous ne lui avez pas fait peur, j’espère ?

— Y a-t-il une salle d’attente à cet étage ?

L’infirmière lui désigna une porte un peu plus loin.

Après l’avoir remerciée, Riley entra dans la pièce où une femme manifestement épuisée somnolait, allongée sur un banc qui paraissait inconfortable.

Il s’installa sur une chaise non loin de l’entrée, de manière à pouvoir garder l’œil sur le couloir. Il n’avait pas voulu inquiéter Hannah Cooper, mais le fait est que, « crime de circonstance » ou pas, elle avait vu le tueur et survécu.

Et sûrement à ce salaud.

* * *

Elle rêva de sa maison natale, avec ses vues splendides sur les eaux bleues, les montagnes vertes, les cieux ponctués de nuages. Elle avait été construite par son père, avec de la pierre et du bois de la région, à Gossamer Ridge, en Alabama. Bien qu’elle vive seule depuis huit ans, la maison du lac demeurait son foyer, son refuge, une source de force.

Tout d’abord, elle n’eut pas l’impression de rêver, tant le cadre et ses compagnons étaient familiers. Sur l’eau, son frère Jake emmenait un pêcheur pour une visite guidée des meilleurs coins. Non loin de là, son frère J.D. réparait le moteur d’une barque, pendant que son fils de onze ans, Mike, lançait son ballon de basket dans le vieux panier rouillé fixé aux bardeaux du hangar à bateaux.

Etendue au soleil au bout du ponton de bois délavé, elle respirait avec plaisir les odeurs de la forêt. Ses orteils nus jouaient dans l’eau tiède, attirant à la surface des crapets arlequins curieux qui se hâtaient de retourner en lieu sûr au fond du lac.

Soudain, le ponton grinça et vibra sous l’effet de pas décidés qui approchaient. Lorsqu’elle tourna la tête pour voir qui venait, elle rencontra le regard bleu de Riley Patterson.

— Réveillez-vous ! lui dit-il. Vous êtes en danger.

Les images du rêve se brisèrent, comme un reflet dans une flaque où tombe une pierre. Elle s’éveilla dans l’obscurité d’une chambre d’hôpital remplie d’odeurs étranges et de mouvements furtifs. Une ombre bougea à côté d’elle, et elle entendit le son léger d’une respiration.

Ravalant le gémissement effrayé qui montait dans sa gorge, elle se figea.

« C’est une infirmière, se dit-elle. C’est seulement une infirmière. Dans une minute, elle va allumer la lumière et vérifier mon pouls. »

Mais pourquoi n’avait-elle pas laissé ouverte la porte de la chambre ?

Hannah sentit un léger frémissement au niveau du cathéter posé sur le dessus de sa main. Scrutant la pénombre, elle distingua un mouvement près de sa potence à perfusion.

L’intrus introduisait quelque chose dans sa perfusion !

La panique la gagna. Elle déglutit avec peine et s’efforça de continuer à respirer régulièrement, malgré son envie de hurler. Lentement mais fermement, elle tira sur la tubulure reliée au cathéter jusqu’à ce qu’elle sente un liquide froid couler sur sa main. Elle n’avait aucune idée de l’endroit où se trouvait le bouton d’appel de l’infirmière, mais peu importait — elle était trop terrifiée pour esquisser un autre mouvement. La dernière chose qu’elle voulait faire était révéler à l’intrus qu’elle était consciente.

Elle se concentra donc sur sa respiration, la maintenant lente et régulière. Son cœur battait à tout rompre et elle avait affreusement mal à la tête, mais elle continua à respirer calmement jusqu’à ce que l’intrus s’éloigne de son lit. Un instant plus tard, la porte s’ouvrit et une silhouette se découpa brièvement dans le faisceau de lumière qui se déversa dans la chambre. C’était un homme, d’une stature imposante, mais il disparut avant qu’elle ait eu le temps d’en voir davantage.

La porte se referma avec un léger déclic. Hannah se redressa aussitôt, cherchant à tâtons le bouton qui pendait à un cordon à côté du lit. En même temps qu’elle allumait la lumière, elle appuya frénétiquement sur la sonnette.

Une voix métallique lui parvint presque immédiatement.

— Oui ?

— Quelqu’un vient d’entrer dans ma chambre et a essayé de mettre quelque chose dans ma perfusion, expliqua-t-elle d’une voix tremblante.

— J’arrive tout de suite.

Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit et une infirmière entra en hâte. Elle alluma le plafonnier, inondant la chambre d’une lumière crue. Les sourcils froncés, elle regarda la tubulure qu’Hanna avait arrachée du cathéter.

— Vous êtes sûre que quelqu’un est venu ? demanda-t-elle en inspectant la poche à perfusion.

— Il était là où vous êtes, affirma Hannah. Il a mis quelque chose là-dedans.

La porte s’ouvrit de nouveau à la volée sur Riley Patterson. Ses yeux bleus rencontrèrent ceux d’Hannah.

— Que se passe-t-il ? J’ai vu l’infirmière se précipiter…

Troublée par la joie qu’elle éprouvait à le revoir, Hannah le regarda s’approcher de son lit. Son rêve lui revint brusquement à la mémoire, et elle eut l’envie aussi soudaine que ridicule de se jeter dans ses bras et de le remercier de lui avoir sauvé la vie.

Au lieu de quoi, elle murmura :

— Je croyais que vous étiez rentré chez vous.

— Vous vous trompiez. Que s’est-il passé ?

Elle lui relata l’incident et vit avec inquiétude son visage s’assombrir.

— Je ne l’ai pas imaginé ! ajouta-t-elle, sur la défensive.

Il la dévisagea.

— Je n’ai rien suggéré de tel.

— Je vais alerter les services de sécurité, annonça l’infirmière en se dirigeant vers la porte.

Riley tendit la main vers le téléphone.

— Je crois que nous devrions aussi avertir le shérif de Teton County.

— Alors, vous me croyez ? insista Hannah.

— Quelle raison aurais-je de ne pas vous croire ?

Tandis qu’il composait le numéro, elle se laissait aller contre les oreillers, en proie aux tremblements qu’elle avait réprimés jusque-là. Quand il raccrocha et se retourna, elle claquait des dents.

— Ça va aller, dit-il en s’asseyant sur le bord du lit et en prenant sa main dans les siennes. N’ayez pas peur.

Il avait des yeux d’un bleu éclatant, aussi lumineux qu’un ciel d’été, qui se détachaient sur son visage mince et hâlé aux traits énergiques. Avec ses cheveux coupés court, ses larges épaules, il donnait une impression de force, de solidité rassurante.

Hannah se rendit compte qu’elle l’observait et baissa les yeux sur les mains qui enveloppaient la sienne. Elles étaient larges et fortes, rendues calleuses par le travail.

Il portait une alliance à l’annulaire gauche.

Douloureusement consciente de l’absence d’une alliance à son propre doigt, elle se dégagea doucement.

— J’aurais dû crier… Je l’ai laissé s’enfuir.

— Il y a sans doute des caméras de surveillance, répondit Riley. Il a pris un gros risque en vous attaquant ici.

— Il était si calme…

Elle s’agrippa au drap pour ne pas céder à la tentation de remettre sa main entre les siennes.

— Ses gestes étaient furtifs, mais il ne semblait pas nerveux.

— Avez-vous pu le voir ?

— Non. Il faisait trop sombre. J’ai aperçu sa silhouette quand il est sorti. C’était un homme, j’en suis certaine.

— De ma taille ?

Elle laissa son regard s’attarder un peu trop longtemps sur lui et secoua la tête, se réprimandant intérieurement.

— Plus corpulent. Peut-être un peu plus grand, aussi.

Elle soupira.

— J’aurais dû faire du bruit, inciter l’infirmière à entrer…

— Cet homme est venu dans l’intention de vous tuer. Si vous aviez fait du bruit, il aurait agi plus vite, voilà tout.

Il lui effleura brièvement la main.

— Vous avez fait ce qu’il fallait en enlevant l’intraveineuse. Vous vous êtes sauvée, et personne n’aurait pu vous en demander davantage.

Ses paroles étaient réconfortantes, mais elle décelait de la déception dans sa voix. Il était évident que cette affaire n’était pas pour lui une enquête de routine, qu’il tenait vraiment à arrêter l’homme qui l’avait attaquée.

Hannah avait toujours été curieuse, et ses frères ne manquaient pas une occasion de la taquiner à ce sujet. Pourtant, quelque chose l’empêcha de questionner Riley Patterson. Elle sentait confusément que, si elle insistait, il ne ferait que prendre ses distances avec elle.

Et elle ne voulait pas que cela se produise.

Un homme avait essayé de la tuer à deux reprises en moins d’une journée, et elle avait le sentiment que Patterson était peut-être la seule personne capable de l’empêcher de recommencer.

Joe Garrison arriva peu après les policiers envoyés par le shérif de Teton County.

— Le shérif de Teton County veut la mettre sous surveillance, mais elle refuse, lui expliqua Riley après l’avoir entraîné à l’écart. Elle dit qu’elle préfère écourter son séjour et rentrer chez elle pour oublier toute cette histoire.

— Et toi, tu ne veux pas qu’elle s’en aille.

Riley soutint le regard de son ami.

— Elle a vu son agresseur. Même si elle n’a pas vu son visage, c’est le seul témoin en vie, et elle est sur le point de s’envoler pour l’Alabama.

— Tu ne peux pas la forcer à rester ici.

— Je ne peux pas la laisser partir, répondit Riley avec un soupir las.

— Alors prends-la en otage, répliqua Joe d’un ton sec.

Riley lui lança un regard de biais.

— Tu es venu jusqu’ici pour me compliquer la vie ou pour m’aider à trouver un moyen de la faire rester ?

— Tu veux que je l’arrête sous un prétexte quelconque ?

— Ce serait possible ?

Riley ne plaisantait qu’à moitié. Il jeta un coup d’œil en direction d’Hannah. Elle semblait calme, à présent, plus intriguée qu’inquiète. Ses doigts fins jouaient machinalement avec le col de sa chemise d’hôpital.

— Peut-être devrais-tu lui expliquer pourquoi tu es si résolu à trouver le coupable.

Riley tressaillit.

— Tu voudrais que je lui parle d’Emily ?

Joe acquiesça.

Le regard de Riley se porta de nouveau sur Hannah. Leurs yeux se rencontrèrent. Au bout de quelques secondes, elle se détourna.

— Peut-être que si elle savait combien il y a eu de victimes et comment elles ont été tuées…, murmura-t-il.

— Tu veux lui faire peur pour qu’elle reste ?

— Il est possible qu’elle accepte de nous aider.

— Au risque de sa propre vie ? demanda Joe sans chercher à cacher son scepticisme.

— Tu es une fontaine d’optimisme, toi, marmonna Riley.

— Si tu veux un type qui dise « amen » à tout, tu t’es trompé de client, rétorqua Joe en lui donnant une tape dans le dos. Cela dit, tu as peut-être raison. Les gens de Teton County ne savent pas tout ce que nous savons au sujet de ces meurtres ; ils ne lui ont pas fait un tableau complet. Je suppose que tu pourrais lui dire la vérité et la laisser prendre sa décision.

A cet instant précis, un homme de haute taille, à l’allure dégingandée, entra dans la chambre.

— Ah, voilà Jim Tanner.

Joe alla saluer son homologue de Teton County tandis que Riley s’approchait du fauteuil où Hannah était assise. Elle leva vers lui un regard plein d’interrogation. Il lui adressa un sourire légèrement crispé et s’accroupit à côté d’elle.

— C’est un peu le cirque…

— J’ai hâte d’en avoir terminé, avoua-t-elle. J’ai l’impression que les policiers ne me prennent pas très au sérieux, qu’ils pensent que je suis paranoïaque.

— Il ne faudra pas très longtemps pour savoir quelle substance ce type a mise dans votre perfusion. Le labo y travaille déjà.

— Ils veulent prouver que ce n’était rien pour pouvoir me dire que j’ai rêvé.

Riley se dit qu’elle avait sans doute raison.

— Je ne crois pas que vous ayez rêvé, assura-t-il.

Elle lui adressa un regard reconnaissant.

— Je ne dormais pas. Je sais ce que j’ai vu.

— Vous n’avez pas besoin d’essayer de me convaincre.

Observant le technicien debout non loin d’eux, elle baissa la voix.

— Aucun des policiers de Teton County ne m’a parlé d’une série de meurtres.

Il ne put réprimer un petit sourire.

— Je sais.

— Mais vous n’êtes pas d’accord ?

— Je mène l’enquête depuis trois ans, répondit-il en baissant la voix à son tour. Il y a eu des meurtres dans tout le Wyoming, six au total. Des femmes seules, qui ont disparu sur la route. Leurs corps ont été repêchés dans des lacs ou des rivières, enroulés dans des bâches en plastique. On a retrouvé des traces de spray au poivre sur trois d’entre elles. Les autres corps étaient restés trop longtemps sous l’eau pour qu’on puisse prélever des échantillons.

Hannah pâlit, mais soutint son regard.

— Si je ne m’étais pas enfuie…

Elle se tut, et il ne termina pas sa phrase à sa place. C’était inutile.

La porte s’ouvrit et une femme en blouse blanche entra, un classeur à la main. Elle se dirigea droit vers Jim Tanner et Joe, qui froncèrent les sourcils à mesure qu’elle parlait. Le visage sombre, Joe regarda en direction de Riley qui sentit un nœud se former dans son estomac.

Joe et Tanner vinrent les rejoindre.

— Nous avons le rapport du labo, annonça le shérif.

— Et ? demanda Hannah.

Le visage du policier se durcit.

— Il y avait assez de digoxine dans cette perfusion pour vous tuer en quelques minutes.

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