Réception funeste à Oxford

Faith Martin · Chapitre 30 sur 35

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Réception funeste à Oxford

Chapitre 28

28

 

Geoffrey Thorpe n’était pas un homme heureux. En réalité, il n’avait jamais été plus mal de toute sa vie. Il se sentait intimidé, misérable et inquiet, et le simple fait de contempler sa mine défaite mettait en joie le sergent Michael O’Grady.

Lorsque celui-ci s’était traîné jusqu’au commissariat ce matin-là, plus en forme que depuis plusieurs jours, il avait été accueilli par le visage maussade du capitaine Jennings, qui l’avait informé qu’il devrait prendre la charge d’une enquête actuellement menée par l’agent Loveday et son coroner de compagnie. (Même si Jennings n’aurait jamais osé comparer le vieux vautour à un quelconque animal « de compagnie » si le bon docteur s’était trouvé à portée d’ouïe.)

Toutefois, O’Grady pouvait comprendre le mécontentement de son supérieur. Depuis que ce fouineur de Ryder avait pris sous son aile la seule femme agent du commissariat, tous deux avaient résolu un nombre étonnant d’affaires de meurtre particulièrement épineuses. Ce qui, sans réellement ridiculiser le capitaine, avait tendance à l’irriter. Quant à la mort de ce Terrence Parker, elle semblait suivre le même chemin, ce qui le contrariait au plus haut point.

En écoutant le très bref résumé des circonstances que lui dressa Jennings, le sergent comprit très vite que ce qui semblait à l’origine n’être qu’un accident de la route mortel commençait à prendre une vilaine tournure. Et, apparemment, il lui incombait désormais de tirer tout ça au clair. Ce qui convenait à O’Grady, même si Jennings lui avait intimé d’appliquer strictement le règlement. Trop de libertés avaient été prises jusqu’alors – y compris l’emploi du vieux vautour comme « expert médical ».

Certes, les conditions climatiques exceptionnelles, couplées au virus qui décimait les effectifs, avaient imposé de prendre certains raccourcis, ce qui n’était possible que tant que l’affaire semblait dépourvue de complexité – ainsi, les entorses au protocole ne risquaient pas de faire se lever trop de sourcils. À présent, O’Grady avait conscience que le capitaine redoutait surtout – en cas d’intervention criminelle – de se prendre un savon de la part des pouvoirs constitués à cause de son laxisme. Ce qui serait un peu sévère, car nul n’était doté de prescience, pas même les inspecteurs en chef – mais la vie était ainsi faite, philosophait O’Grady. Même si cela ne lui simplifiait pas l’existence.

On lui avait demandé de prendre la suite, ce qui supposait que le Dr Clement Ryder devait regagner ses pénates et l’agent Loveday recommencer à faire ses rondes ou à remplir de la paperasse, à sa juste place.

Tout semblait donc rentrer dans l’ordre, à cela près que Mike O’Grady avait à peine eu le temps d’entamer la lecture du dossier Terrence Parker que l’accueil l’avait appelé pour lui signaler la capture d’un suspect de cette même affaire, surpris en train de manipuler une preuve.

Profitant du temps qu’il fallait pour incarcérer le suspect, il avait essayé de parcourir aussi vite que possible les rapports de l’agent Loveday, mais il avait conscience d’être atrocement mal préparé et informé pour interroger cet homme. Il n’avait même pas encore eu l’occasion de prendre connaissance des grandes lignes de l’affaire.

Découvrir, en pénétrant en salle d’interrogatoire, que Mr Geoffrey Thorpe était déjà abattu l’avait donc ragaillardi. Au moins ne semblait-il pas avoir la volonté ni les capacités d’essayer d’embobiner un officier de police. Néanmoins, le sergent fut profondément soulagé, presque aussitôt après qu’il eut établi l’identité, l’adresse et le lieu de travail du suspect, d’entendre frapper et de voir apparaître le visage de l’agent Loveday.

O’Grady réprima un sourire en constatant qu’elle le regardait avec une forme d’appréhension.

— Bonjour, sergent. Je, euh… J’ai appris que Mr Thorpe était ici, et je me demandais si…

— Venez vous asseoir, lui lança le sergent d’un ton bourru.

Mike était mieux disposé que le capitaine envers Trudy. Il la trouvait intelligente, consciencieuse et volontaire, trois qualités précieuses. S’il partageait l’avis de son supérieur quand celui-ci la jugeait trop inexpérimentée pour diriger seule une affaire, il n’allait pas non plus délaisser un si précieux atout. Et, pour l’heure, elle en savait beaucoup plus que lui sur ce qui se tramait.

— Mr Thorpe, vous connaissez l’agent Loveday ? demanda-t-il sèchement.

Geoffrey Thorpe considéra Trudy d’un air misérable et opina du chef.

Trudy hocha la tête avec un petit sourire en s’installant près du sergent et ouvrit son calepin.

— Agent Loveday, peut-être aimeriez-vous conduire cet interrogatoire ? proposa Mike à la grande stupéfaction de sa subordonnée.

La lueur de surprise sur son visage, suivie d’une joie profonde, se mua aussitôt en anxiété. Il comprenait bien sûr la raison de chacune de ces émotions, mais n’afficha pas lui-même la moindre expression. Elle était étonnée de se voir offrir l’occasion d’interroger un suspect capital en la présence d’un supérieur hiérarchique. Elle était heureuse de cette chance, mais craignait de faillir à cette tâche. Peut-être se demandait-elle aussi pourquoi il faisait preuve d’une telle mansuétude ? Elle travaillait désormais depuis assez longtemps pour douter même des motivations de ses propres collègues.

Il aurait pu la rassurer en lui expliquant que, n’ayant pas la moindre idée des questions à poser, il n’avait d’autres choix que de lui laisser la main, et qu’elle n’avait pas à chercher quelque raison obscure. Par ailleurs, il aurait davantage le loisir d’écouter et d’observer le suspect s’il ne parlait pas.

Hors de question, bien sûr, d’avouer tout cela devant les personnes présentes.

Il courait un risque en laissant faire une novice, mais il était curieux de découvrir ce que l’ennemie jurée du capitaine avait dans le ventre !

Trudy, pour sa part, inspira un grand coup et tâcha de mettre de l’ordre dans ses idées. Quand elle avait appris, à son arrivée au commissariat, que le sergent se trouvait déjà avec le témoin, elle avait simplement espéré pouvoir assister à l’échange. Et prendre quelques notes.

À présent qu’il lui incombait officiellement de diriger l’interrogatoire, et sur une affaire si importante, elle sentait son cœur tambouriner tellement fort qu’elle en était un peu nauséeuse. Si elle échouait, il lui faudrait peut-être des années avant de regagner la confiance du sergent. Si elle y parvenait un jour !

Cela n’arriverait pas ! Pourquoi échouerait-elle ? Elle interrogeait sans cesse des témoins depuis qu’elle collaborait avec le Dr Ryder.

Elle considéra longuement le vendeur de voitures, tout en lui adressant un sourire d’encouragement. Il n’existait que deux façons de mener un interrogatoire officiel – la manière dure et la manière douce. Or, cet homme, estimait-elle d’instinct, réagirait mieux à la seconde.

— Si j’ai bien compris, commença-t-elle doucement, vous avez été appréhendé en train de forcer la voiture dans laquelle Mr Parker est mort. C’est bien cela, monsieur ?

Elle ignorait si c’était la question que le sergent aurait posée et n’osa pas le regarder de crainte de lire la désapprobation sur son visage.

— Je ne l’ai pas forcée, déclara aussitôt Geoffrey. J’avais la clé. C’est l’un des jeux de passe-partout que nous conservons à la salle d’exposition. Cela nous permet d’accéder à tous nos véhicules. Nous sommes tenus d’en avoir un.

— Vous pinaillez, Mr Thorpe, le réprimanda doucement Trudy.

Elle ne s’y prenait peut-être pas de la même manière que le sergent, mais elle possédait l’avantage certain d’avoir déjà rencontré cet homme. Elle lui avait parlé chez lui, l’avait vu dans un contexte familial. Elle avait entendu des enfants jouer dans la pièce voisine et savait qu’il avait bon fond, qu’il s’était seulement retrouvé mêlé à une fâcheuse situation. Et elle avait la conviction qu’il souhaiterait confesser ce qu’il avait à confesser si elle l’encourageait dans ce sens.

— Vous deviez pourtant savoir que vous aviez pénétré dans une enceinte réservée à la police, Mr Thorpe, insista-t-elle.

Il rougit de contrition. Elle se pencha alors en avant, posa la main sur la table, non loin de celle du témoin. Elle ne le toucha pas, mais cela suffit à donner une impression de soutien et d’encouragement.

— Ne pensez-vous pas qu’il serait plus simple de nous expliquer directement ce que vous faisiez ? Pourquoi vouliez-vous revoir le véhicule endommagé, monsieur ? Vouliez-vous vous assurer que les sabotages que vous aviez perpétrés ne se verraient plus après l’accident ?

Geoffrey Thorpe, jusque-là apaisé par la douce présence de Trudy, blêmit soudain et se redressa d’un bond.

— Quoi ? Quels sabotages ? Que voulez-vous dire ? glapit-il.

Il paraissait épouvanté et se tourna vers le sergent, comme pour lui demander silencieusement s’il avait bien entendu la même chose que lui. Mais le sergent, avec ses cheveux blond roux et ses yeux clairs, lui retourna à peine un regard distant.

— Avez-vous saboté la voiture de votre associé, monsieur ? insista Trudy. Nous savons déjà qu’il vous avait substitué une somme considérable, il est logique que cela vous ait mis en colère.

O’Grady écoutait les échanges avec un intérêt profond, découvrant cet élément du dossier. Il se mit à espérer boucler cette affaire en un temps record. Son vieux sergent-instructeur lui répétait toujours qu’il n’existait que deux véritables motifs pour commettre un meurtre : le sexe et l’argent. Et voilà qu’un mobile financier leur tombait du ciel.

— Quoi ? Non, il était en train de me rembourser, je vous l’ai déjà dit, argua Geoffrey. Vous avez oublié ?

— Non, je me souviens parfaitement de ce que vous nous avez raconté, monsieur, mais je ne suis pas obligée de vous croire. Peut-être a-t-il refusé de vous payer ? Ou peut-être doutiez-vous qu’il vous rende tout l’argent ? Après tout, puisqu’il vous avait déjà trahi une fois, il pouvait très bien recommencer. Peut-être avez-vous découvert qu’il comptait en détourner davantage – ou que, à l’aide d’un complice, il allait dérober lui-même les voitures ? Il aurait pu faire couler votre affaire et disparaître du jour au lendemain grâce au montant des recettes, non ?

— Non, non, ce n’est pas ça du tout.

Plus Geoffrey paniquait, plus sa voix montait dans les aigus. Il les dévisagea tour à tour, désespéré.

— Nous avions tout réglé. Je vous l’ai dit !

— Nous comprenons bien que vous en ayez eu assez, monsieur, enchaîna Trudy comme s’il n’avait pas parlé. De votre propre aveu, vous saviez que Mr Parker se rendait à ce réveillon du nouvel an. Le temps était horrible, et vous saviez qu’il avait l’habitude d’utiliser les véhicules plus lourds et plus anciens par des conditions pareilles. Vous avez très facilement pu le convaincre d’opter pour la Riley. Peut-être aviez-vous trafiqué les freins, juste pour l’effrayer, sans penser que…

— Non ! Je vous le jure, je n’ai pas touché à la voiture !

Geoffrey faillit se relever pour mieux se faire entendre, mais un geste du solide sergent suffit à le faire retomber aussitôt sur sa chaise.

— Je ne suis pas mécanicien, insista le suspect pour changer d’approche. Je ne fais que vendre les voitures, je n’ai pas la moindre idée de la manière dont elles fonctionnent ! Un mécano à l’atelier s’occupe de ce genre de choses. Je ne saurais même pas ce qu’on peut faire à une voiture pour provoquer un accident !

— Dans ce cas, pourquoi avez-vous pris le risque de pénétrer dans une enceinte protégée pour aller fouiller le véhicule, monsieur ? demanda Trudy d’un ton pragmatique. Si vous ne cherchiez pas à effacer vos traces, alors quoi ?

— Je voulais juste retrouver la lettre ! s’exclama Geoffrey Thorpe dans un mélange d’énervement et de panique.

Il devint subitement livide. Lentement, il se pencha en avant, prit son crâne entre ses mains en coupe et poussa un long et bas gémissement.

— Oh ! grand Dieu, marmonna-t-il en secouant la tête, je regrette tellement de l’avoir écrite !

Trudy, désarçonnée par cette confession inattendue, ne put s’empêcher de couler un regard interrogatif à son sergent. O’Grady, en réaction, désigna d’un simple geste du menton l’homme brisé assis en face d’eux pour l’encourager à poursuivre.

— De quelle lettre parlez-vous, Mr Thorpe ? reprit-elle avec douceur.

Geoffrey soupira longuement et se frotta la figure d’une main tremblante.

— C’était quand j’ai appris ce qu’il fabriquait. J’étais tellement furieux que je lui ai envoyé une lettre officielle, le menaçant de l’envoyer au tribunal et de détruire sa réputation en ébruitant le scandale dans les journaux…

Geoffrey soupira une fois de plus et redressa la tête, clairement inquiet.

— Bien sûr, une fois calmé, j’ai changé d’avis. Mais vous le savez déjà, je vous en ai parlé quand vous êtes venue chez moi. Le dénoncer publiquement nous aurait forcés à mettre la clé sous la porte, je n’avais donc aucun intérêt à le faire. Au lieu de quoi, nous avons mis au point l’échéancier de remboursement déjà évoqué. Mais à la mort de Terry, quand vous m’avez interrogé avec insistance, je me suis dit que l’accident n’était peut-être pas… si accidentel. Et j’ai pris peur.

Il prit une inspiration tremblante, secoua la tête derechef.

— Puis cette fichue lettre m’a obsédé, admit-il d’une voix accablée. Je me suis dit que si vous mettiez la main dessus et que quelque chose de « non accidentel » était arrivé à Terry, vous – la police – me désigneriez vite comme responsable. Mais ce n’est pas moi ! Je n’ai rien fait, ni à Terry ni à sa voiture.

Il braqua sur Trudy ses grands yeux fatigués, puis se tourna vers O’Grady.

— Mais je fais un suspect évident, non ? Comme vous l’avez souligné, il m’a volé beaucoup d’argent. Étant donné que je n’ai pu retrouver cette lettre ni au bureau ni chez lui, je me suis dit qu’elle devait être dans la voiture.

Trudy le considéra d’un air pensif.

— Reconnaissez-vous donc être aussi entré par effraction chez le défunt, Mr Thorpe ?

— Quoi ? Non, il laissait un double de sa clé dans sa remise… Oh ! à quoi bon ?

Il reposa la tête sur ses mains, désormais à plat sur la table. Il rappelait à Trudy un petit garçon tombant de sommeil et s’efforçant de se convaincre que ces choses horribles ne lui arrivaient pas à lui.

Trudy contempla le crâne de leur suspect, puis lui demanda d’un ton doux, presque chargé de reproche :

— Mr Thorpe, pourquoi pensez-vous que Mr Parker ait conservé cette lettre ? Le plus logique pour lui, après que vous avez cessé de le menacer, n’aurait-il pas été de la détruire, tout simplement ?

— Bien sûr que cela l’obsédait, déclara Mike O’Grady une vingtaine de minutes plus tard, de retour derrière son bureau.

Mr Thorpe était accusé d’entrave à une enquête de police, et il incombait désormais à Trudy de taper le rapport.

— Cela arrive souvent, poursuivit-il. Quand quelqu’un se met une idée en tête… (Il haussa les épaules.) De son point de vue, la lettre se trouvait quelque part, et il devait nous empêcher de mettre la main dessus. Il a dû se mettre dans tous ses états en se convainquant qu’il risquait d’être arrêté d’une minute à l’autre.

Trudy acquiesça.

— Mais cet idiot avait un alibi pour le réveillon du nouvel an ! s’exclama-t-elle, exaspérée. Maintenant qu’un expert-mécanicien est enfin en train d’analyser la voiture, il va pouvoir nous dire si oui ou non l’auto a été trafiquée.

— Qu’en pensez-vous ? l’interrogea O’Grady, sincèrement curieux d’entendre son opinion.

Il estimait qu’elle avait mené l’interrogatoire de main de maître et souhaitait exploiter au mieux le moindre de ses avis.

Trudy y réfléchit quelques instants, puis secoua la tête de mauvaise grâce.

— Non, je ne crois pas. Je pense que le tueur comptait plutôt sur la surdose de somnifères.

O’Grady opina du chef en attrapant le dossier.

— Bon, je ferais mieux de poursuivre ma lecture…

Mais il n’avait pas fini sa phrase que l’agent Swinburne déboula et les interrompit.

— Désolé, sergent, marmonna-t-il avant de se tourner vers Trudy. Tu es décidément très populaire, aujourd’hui, déclara-t-il avec une grimace. On te demande à Summertown. Est-ce que le Raven’s Rest te dit quelque chose ? Parce que la propriétaire te connaît ! Elle vient de téléphoner pour te demander de venir au plus vite. Apparemment, la locataire sur qui tu menais l’enquête fait du grabuge, et elle n’est pas ravie.

Trudy cilla.

— Qui ? Phyllis Raynor ?

— Ouais, c’est bien ça.

— Mais ça n’a aucun sens…, commenta Trudy avant de se tourner vers le sergent. Vous voulez que j’aille voir de quoi il retourne ?

— Qui est cette femme et quel est son lien avec l’affaire ? l’interrogea sèchement O’Grady.

— C’est celle qui s’est incrustée à la soirée, répondit-elle, à la grande perplexité de son sergent, qui n’en était pas non plus arrivé à cet endroit-là du dossier. Mais elle a nié s’être invitée au réveillon. Je ne vois pas pourquoi elle attirerait l’attention sur elle maintenant. Au contraire, j’aurais pensé qu’elle ferait profil bas. Vous voulez que j’aille voir ce qui se passe, sergent ? insista-t-elle avec enthousiasme.

O’Grady soupira. Mince alors, il allait vraiment falloir qu’il mette les bouchées doubles pour combler ses lacunes dans cette affaire ! Comment était-il censé en prendre les rênes s’il n’en connaissait pas les tenants et aboutissants ?

— Oui, il vaut sans doute mieux. Mais allez-y avec Broadstairs, ajouta-t-il après coup.

Trudy sentit son cœur se serrer. Pas Rodney ! Elle ne voulait surtout pas s’encombrer de son air supérieur ni de son visage railleur.

— Mais, sergent…, protesta-t-elle.

— Emmenez Broadstairs, gronda O’Grady. S’il y a véritablement du grabuge, il va vous falloir une deuxième paire de bras.

Si le sergent ne partageait pas toujours l’opinion du capitaine concernant la présence de femmes au sein des forces de police, il était d’avis qu’il ne fallait jamais volontairement les mettre en danger. De plus, la jeune agent Loveday, quoique intelligente et consciencieuse, n’avait pas la carrure nécessaire pour interrompre une rixe.

Et le capitaine serait pris de convulsions si elle était blessée dans l’exercice de ses fonctions !

Rodney Broadstairs avait peut-être une très haute opinion de lui-même, mais c’était un grand costaud qui saurait se servir de ses poings le cas échéant.

— Oui, sergent, répondit Trudy en remarquant son regard impérieux et déterminé.

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