Soumise

Christine Orban · Chapitre 49 sur 60

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Soumise

Accident ou légende ?

 

Il fait glacial en ce début de mois de novembre, il y a bien une cheminée

dans sa chambre, mais pas de bois. L’escalier de la maison de la rue des

Francs-Bourgeois-Saint-Michel est abrupt, l’immeuble étroit, mais proche

de Port-Royal.

La maison est peu meublée, le strict nécessaire. Dans sa chambre, un lit,

une tapisserie, un tableau représentant le Christ qui appartenait à son père et

une table de travail. Le dernier modèle de la machine arithmétique, la

pascaline, est posée dessus. Il n’y a pas si longtemps, Jacqueline tapait à sa

porte pour l’avertir que le repas était servi. Plus personne ne lui apporte une

boisson tiède. Alors, un soir de tristesse, il décide d’aller une fois encore se

réchauffer chez son ami le duc à l’hôtel de Roannez situé près du cloître

Saint-Merri. Depuis quelque temps, celui-ci a mis à sa disposition un

carrosse. Pascal s’habille et l’emprunte pour une promenade, avant le dîner.

Le cocher traverse la Seine quand soudain, sur le pont, les chevaux

s’emballent, le sol devient glissant sous les sabots ferrés, les animaux

trébuchent et tombent, par-dessus le parapet, dans le fleuve. Par chance,

l’attelage rompt, le carrosse demeure sur le bord, les roues tournent dans le

vide. Blaise est projeté à l’avant du véhicule, le cocher parvient à s’extraire

et à dégager son passager juste à temps. Trois des six chevaux sont noyés.

Cet accident aurait eu lieu « quelques années avant sa mort ». La date

exacte n’est pas mentionnée. L’événement aurait précipité sa seconde

conversion, avant « la Nuit de feu ».

Pour l’abbé Boileau, connu pour ses sarcasmes, « ce grand esprit croyait

toujours voir un abîme à son côté gauche, et faisait mettre une chaise pour

se rassurer ». Ses amis, son confesseur, son directeur avaient beau lui dire

qu’il n’y avait rien à craindre, que « ce n’était que les alarmes d’une

imagination épuisée par une étude abstraite et métaphysique », Pascal en

convenait sur le moment et, un quart d’heure après, « il se creusait de

nouveau le précipice qui l’effrayait ».

L’accident a-t-il eu lieu ? S’il n’a pas eu lieu, pourquoi inventer une telle

mésaventure ? Pascal n’avait pas besoin de frôler un précipice pour prendre

conscience de la fragilité de la vie, sa santé était mise à l’épreuve depuis

son plus jeune âge. Il est peu logique de réduire la conversion pascalienne à

un accident de carrosse. L’accident a peut-être eu lieu, mais c’est Jacqueline

qui l’entraîne vers ce chemin, pas la peur de la mort.

En se rapprochant de Port-Royal, il se rapproche d’elle.

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