Une suspecte trop parfaite - Un allié aux yeux d'émeraude (Black Rose) (French Edition)

Chapitre 13

13

 

Après le départ de Matt, Elena essaya de se concentrer sur les multiples tâches qu’elle devait accomplir pour faire tourner le ranch. Mais, en dépit de ses efforts, elle ne cessait de gamberger, de ressasser ce que lui avait dit Matt au sujet de sa mère.

Et si sa mère ne l’avait pas abandonnée, finalement ? D’un côté, elle se sentirait rassurée de savoir que contrairement à ce qu’elle avait toujours cru elle n’avait pas été mal aimée mais, de l’autre, cela impliquerait qu’il était arrivé quelque chose à sa mère, et ça, c’était plutôt inquiétant. Du coup, elle ne savait pas ce qu’il valait mieux. Devait-elle prier pour que ce soit vrai, pour que ce soit faux, ou ne rien faire du tout ?

Elle en était encore à se le demander lorsqu’elle entendit arriver une voiture. Qui était-ce ? Que lui voulait-on, encore ?

Le cœur battant, elle se précipita dehors.

Ouf ! Ce n’était que Matt. Il n’avait pas traîné.

Il se gara dans la cour, devant la maison, mais ne descendit pas tout de suite de sa camionnette. La tête tournée dans sa direction, il semblait la fixer. Elena sentait son regard de braise posé sur elle. Que fabriquait-il, assis au volant de sa camionnette arrêtée ?

Qu’attendait-il pour la rejoindre ?

Intriguée, elle s’apprêtait à aller le lui demander lorsqu’il se décida enfin à bouger. Il ouvrit sa portière, sortit lentement du véhicule et s’avança vers elle d’un pas lourd et la tête baissée, comme s’il était plongé dans de sombres pensées. Il avait l’air accablé. On aurait dit qu’il portait le poids du monde sur ses épaules.

Gravissant une à une les marches du perron, il se retrouva face à Elena.

— Tout va bien ? s’enquit-elle aussitôt.

— Oui, oui, assura-t-il.

En le voyant aussi peu loquace, Elena sentit croître son inquiétude.

— Tu as parlé à Jack ?

Matt acquiesça.

— Cela n’a rien donné, dit-il. Comme il fallait s’y attendre, il a nié farouchement.

— Ce n’est pas étonnant.

— J’ai aussi parlé à Lynda Clayton. C’est elle qui m’a envoyé la coupure de journal.

— Quoi ? s’exclama Elena. Lynda Clayton ?

La femme du maire était bien la dernière personne qu’elle aurait soupçonnée d’avoir contacté Matt. Elena la connaissait de vue, bien sûr, mais il y avait des lustres qu’elle ne lui avait pas adressé la parole — à supposer même qu’elle l’eût fait un jour.

Il hocha de nouveau la tête.

— C’était une amie d’enfance de ta mère, expliqua-t-il. Sa meilleure amie, d’après ce que j’ai compris. Ayant fait un bon mariage, il semble qu’elle ait préféré couper les ponts avec ta mère, qui avait eu moins de chance qu’elle et qui lui rappelait un peu trop ses origines. Après que ta mère est… partie, bredouilla Matt en regardant ailleurs, comme si cela le gênait de faire référence à cet événement maintenant sujet à caution, Lynda a été prise de remords. Regrettant d’avoir mal agi vis-à-vis de ta mère, elle a cherché à se rattraper en veillant discrètement sur toi, et en t’aidant de différentes manières tout au long de ces années. Après le meurtre, elle a pensé qu’elle n’arriverait pas à te tirer de ce pétrin toute seule et… voilà pourquoi elle a fait appel à moi.

Elena en resta muette de stupéfaction. Elle se sentait dépassée par cette avalanche de nouvelles, toutes plus sidérantes les unes que les autres. D’abord sa mère, qui ne l’avait peut-être pas abandonnée, et à qui il serait peut-être arrivé quelque chose. Et maintenant, Lynda Clayton, qu’Elena avait toujours cru être une vague connaissance et qui se révélait en fait avoir joué les bonnes fées pendant toutes ces années…

Elena n’aurait jamais imaginé que Lynda avait été à une époque la meilleure amie de sa mère. Elle ne pouvait pas le deviner, et comme son père parlait rarement de sa mère, et n’entrait jamais dans les détails, elle ignorait à peu près tout du passé de Teresa Reyes. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’un jour elle était partie et qu’elle n’était jamais revenue.

Et voilà maintenant que même ce départ était remis en question !

Secouant la tête, elle s’apprêtait à questionner Matt plus avant lorsqu’elle s’aperçut qu’il la fixait d’un air abattu, comme s’il était plongé dans une profonde affliction.

Pourquoi était-il si triste ? se demanda-t-elle, de nouveau terriblement inquiète. Qu’avait-il appris d’autre qu’il n’osait lui dire ? Que lui cachait-il ?

Elle se prépara psychologiquement à recevoir une mauvaise nouvelle.

Mais lorsque, enfin, il prit la parole, ce fut pour dire :

— Je suis désolé.

— Désolé ? Mais pour quoi donc ?

— Pour ce qu’il s’est passé il y a huit ans. Pour avoir eu l’audace de croire que tu allais tout quitter pour me suivre Dieu sait où, alors que je n’avais ni travail ni maison, que je n’étais qu’un simple cow-boy et, que toi, tu étais étudiante. Je me rends compte que je n’avais pas le droit d’exiger de toi un tel sacrifice. Et que tu méritais beaucoup mieux que ça, bien sûr.

Elle en resta coite, une fois de plus. Elle ne s’attendait pas à ce que Matt fasse un jour son mea culpa, et se demandait ce qui avait pu le pousser à prononcer ces paroles. Des paroles si déconcertantes qu’elle ne savait quoi répondre.

— Tu n’as jamais été un simple cow-boy, murmura-t-elle spontanément.

C’était ce qu’elle avait déjà essayé de lui dire. Elle l’avait toujours admiré et elle ne comprenait pas pourquoi il passait son temps à se déprécier. Cette fois, il ne protesta pas, cependant. Une vive contrariété se lisait sur ses traits.

— N’empêche que j’ai eu tort de te demander de venir avec moi. Pour toi, c’est sûr que ce n’était pas une vie. Je m’en veux encore plus de ne pas avoir compris les raisons de ton refus. Un refus que j’aurais dû accepter, ou du moins que je n’aurais pas dû prendre aussi mal.

Il déglutit et ajouta un ton plus bas :

— Je n’aurais jamais dû m’en aller.

— N’en parlons plus, Matt. Tu es parti sur un coup de tête. Tu étais déçu et blessé dans ton amour-propre. Je regrette pour ma part de ne pas avoir eu assez de cran pour partir avec toi. Si j’avais su que les choses tourneraient aussi mal…

Il fit un pas vers elle, s’approchant si près qu’elle pouvait sentir la caresse de son souffle sur son visage.

— Il ne faut pas que tu aies des regrets, dit-il d’une voix douce. Tu ne pouvais pas savoir, évidemment. On ne peut jamais savoir. Pour toi et moi, ce n’était pas le bon moment, tout simplement.

Et si ce n’était effectivement qu’une erreur de timing ? songea Elena en sondant le regard de Matt. Ce n’était ni sa faute à elle, ni celle de Matt, personne n’avait rien à se reprocher. Leurs attentes, à l’époque, étaient différentes. Leurs vies ne pouvaient que diverger. Il n’y avait aucune chance, à ce moment-là, pour que ça marche entre eux.

— Et maintenant ? murmura-t-elle.

— Je ne sais pas si c’est le bon moment ou pas. Tout ce que je peux te dire, c’est que, cette fois, je vais faire ce qu’il faut pour te garder.

— Je compte sur toi, dit Elena d’une voix enrouée par l’émotion.

Elle n’eut pas besoin d’ajouter quoi que ce soit d’autre. Matt la prit dans ses bras et la serra contre lui.

Dieu que c’était bon ! Et Dieu que les bras de Matt lui avaient manqué ! Elena déglutit pour essayer de se débarrasser de la boule qui s’était formée dans sa gorge. Elle pressait ses lèvres l’une contre l’autre pour ne pas éclater en sanglots. Cela faisait si longtemps qu’elle ne s’était pas blottie contre lui… C’était encore mieux que dans son souvenir. Matt avait aujourd’hui une musculature plus développée, mais quand il la serrait contre lui, ses gestes étaient toujours aussi tendres, aussi enveloppants.

Elle se sentait rassurée.

Après toutes ces épreuves, elle savait que plus rien de fâcheux ne pourrait lui arriver. Matt était là pour la protéger.

Elle était si bien dans ses bras que pendant plusieurs minutes, elle se contenta de se blottir contre lui. Mais peu à peu, la chaleur qui émanait du corps de Matt irradia jusqu’à elle et se diffusa dans son propre corps, l’éveillant lentement au désir. Un premier frémissement naquit au creux de son ventre, se propagea le long de sa colonne vertébrale pour remonter jusqu’à sa nuque. Ses sens se firent soudain plus aiguisés. Elle sentit contre sa joue le torse puissant de Matt, respira au creux de son cou l’odeur grisante de sa peau, vit son regard chaviré, et comprit qu’elle avait terriblement envie de lui.

La flamme était toujours aussi vive. Il fallait se rendre à l’évidence. Le désir l’avait embrasée comme une torche. Et ce désir si ardent, Matt l’éprouvait aussi.

Ses yeux noirs brillaient d’un éclat étrange. Son cœur battait à coups sourds qui se répercutaient dans la poitrine d’Elena. Son souffle s’affolait.

Et soudain, il se pencha et l’embrassa.

Son baiser était doux, tendre, presque timide. Ses lèvres sensuelles caressèrent celles d’Elena, les taquinèrent, les incitèrent à s’ouvrir. Elle répondit à son invite avec ardeur et, fermant les yeux, elle lui offrit sa bouche. Il s’enhardit et se fit plus pressant, glissant sa langue entre les lèvres d’Elena, la mêlant à la sienne, explorant voluptueusement sa bouche. Tantôt fougueux, exigeant, impérieux, tantôt léger, frivole, malicieux, ce baiser transporta Elena. Elle avait oublié ce que cela faisait d’embrasser Matt. C’était à la fois excitant et amusant. Il n’était jamais à court d’imagination et semblait prendre un malin plaisir à la surprendre, ce qui ajoutait encore au trouble qu’elle ressentait.

Se détachant soudain des siennes, les lèvres de Matt se mirent à tracer un sillon de baisers brûlants le long de sa mâchoire et de son cou. D’instinct, Elena renversa la tête en arrière, savourant sur sa peau la chaleur de sa bouche vorace, le contact de sa langue gourmande.

Dans un sursaut de lucidité, elle ouvrit brièvement les yeux et vit le ciel au-dessus de leurs têtes. Ils étaient sur le perron, devant la maison. Tout le monde pouvait les voir. Ce qui la gênait le plus, cependant, ce n’était pas tant le risque d’être surprise par d’éventuels visiteurs, que l’idée de faire l’amour avec Matt sous ce toit qui avait abrité plusieurs générations de Weston. Elle ne se sentait pas à l’aise dans cette maison. Il leur fallait un endroit bien à elle, si tant est qu’il y en eût un quelque part.

Collant sa bouche à l’oreille de Matt, elle murmura :

— Et si nous montions ?

Il releva la tête pour la regarder dans les yeux.

— Tu es sûre ?

— Sûre et certaine.

Jamais décision ne lui avait paru aussi facile à prendre.

Un sourire au coin des lèvres, Matt la lâcha. Elle lui prit la main et le fit entrer dans la maison.

Montant à l’étage, ils se dirigeaient vers la chambre, Elena ouvrant le chemin, lorsque Matt se figea sans crier gare. Voyant qu’il ne suivait pas, elle se retourna. Sur le pas de la porte, Matt lorgnait la chambre d’un air gêné.

— Est-ce la chambre où… ?

Elena comprit tout de suite ce qui le tracassait. Elle s’empressa de le rassurer.

— Mais non, ne t’inquiète pas. Quand notre relation de couple s’est dégradée, Bobby et moi avons décidé de faire chambre à part. C’est ici que je me suis installée.

Matt hocha la tête, tout à la fois soulagé par sa réponse et confus d’avoir posé la question. Elle n’aimait pas quand il avait ce regard de chien battu. Elle voulait voir briller dans ses pupilles le feu sombre du désir. Elle voulait qu’il la dévore des yeux, qu’il la prenne avec fougue.

Elle entreprit de le débarrasser de ses vêtements et s’attaqua aux boutons de sa chemise.

— D’autres questions ? murmura-t-elle en libérant le premier bouton.

— Non, ce sera tout pour l’instant.

— Parfait.

Tout en le déboutonnant, elle le tirait par sa chemise à l’intérieur de la chambre. Il ne fallait pas que ça aille trop vite. Elle tenait à prendre son temps, à savourer chaque instant. Il y avait si longtemps qu’elle ne l’avait pas vu nu, qu’elle ne l’avait pas caressé… Et dire qu’elle avait cru tout cela perdu !

Lorsque, écartant les pans de sa chemise, elle découvrit son torse musclé, son ventre plat, sa peau hâlée, elle en eut le souffle coupé. Il s’était beaucoup développé en huit ans. Mais il était toujours aussi beau et aussi incroyablement sexy.

Comme elle cherchait à lui ôter sa chemise, Matt sortit son revolver de la ceinture de son jean, et le posa sur la table de nuit. Puis ils se déshabillèrent l’un l’autre, lentement, méthodiquement. Au fur et à mesure qu’ils se dénudaient, ils en profitaient pour explorer et caresser de nouvelles parties de leurs corps. Celui de Matt, elle le connaissait sur le bout des doigts. Ses contours, ses reliefs et ses méplats n’avaient aucun secret pour elle. Seuls ses muscles avaient changé. Avec une pointe d’inquiétude, Elena se demanda ce que Matt pensait de ses formes à elle, un peu plus rondes qu’autrefois.

Mais le regard émerveillé qu’il promenait sur ses seins, sur ses hanches, sur ses cuisses suffit à la rassurer. Il avait l’air d’aimer ce qu’il voyait.

Lorsque, enfin, ils furent tous deux complètement nus, Matt se pencha vers Elena pour l’embrasser de nouveau, mais cette fois il s’empara de sa bouche avec fougue. Refermant ses bras sur elle, il la saisit par les hanches et la souleva de terre. Blottie contre sa large poitrine, elle noua ses bras autour de son cou tandis qu’il la transportait jusqu’au lit. Lorsque ses jambes butèrent contre le sommier, Matt se baissa et la déposa doucement sur le lit. Puis il s’allongea à côté d’elle.

Soudain, alors qu’il commençait à la caresser et à l’embrasser, Elena songea que c’était la première fois qu’ils faisaient l’amour dans un lit. Un vrai lit.

Huit ans plus tôt, ils n’avaient jamais eu l’occasion de se retrouver ensemble dans le même lit. Ils faisaient l’amour où ils pouvaient : dans un champ à la belle étoile, ou à l’arrière de la camionnette. Cela leur allait très bien comme ça. Le manque de confort ne les avait jamais gênés. Ils étaient jeunes et amoureux.

Mais il fallait bien reconnaître que, dans un lit, c’était quand même mieux. Et puis, ils avaient l’impression de faire l’amour pour la première fois. D’autant que, depuis leurs retrouvailles, c’était effectivement la première fois.

Ils prirent tout leur temps, n’en finissant pas de se redécouvrir l’un l’autre, s’émerveillant de leur complicité physique retrouvée. Puis vint le moment où ils ne purent prolonger plus longtemps les préliminaires. Se soulevant sur un coude, Matt sortit un préservatif de son portefeuille.

Elena le lui prit des mains et, domptant son impatience, le fit doucement glisser sur son sexe. Puis Matt s’allongea sur elle et l’embrassa avec fougue. Hagarde, éperdue de désir, Elena s’accrocha à lui en gémissant. Le poids de son corps sur elle, la pression insistante de son érection entre ses cuisses l’excitaient au plus haut point. Lorsque, enfin, il la pénétra, elle s’arqua contre lui pour l’inciter à s’enfoncer en elle au plus profond.

Unis l’un à l’autre, ils restèrent quelques instants sans bouger, savourant la sensation merveilleuse de s’être enfin retrouvés après toutes ces années. Le cœur gonflé de bonheur, Elena ne put s’empêcher de sourire. Elle se demandait comment, pendant tout ce temps, elle avait pu vivre sans lui.

Comment avait-elle pu oublier à quel point il était séduisant ? Surtout quand il souriait, comme maintenant, lui qui était si économe de ses sourires…

Adoptant un rythme atavique, ils commencèrent à bouger en cadence, lentement tout d’abord, puis de plus en plus vite. Elena avait agrippé Matt aux épaules et noué ses jambes autour de ses hanches. Haletante, frémissante, elle planta ses ongles dans son dos tandis qu’il allait et venait en elle. A chaque coup de reins, il la pénétrait plus profondément et lui arrachait des gémissements rauques. Les yeux rivés sur lui, elle scrutait les émotions qui passaient sur son visage viril et témoignaient de la montée du plaisir. Lorsqu’elle fut au bord de l’extase, elle vit se crisper ses mâchoires, saillir les muscles de son cou et de ses épaules. Les yeux dans les yeux, ils sombrèrent en même temps dans un abîme vertigineux de sensations merveilleuses.

Lorsqu’elle toucha de nouveau terre, ce fut pour s’émerveiller ce qu’il lui arrivait. La magie de cet instant, ses retrouvailles avec Matt, cette seconde chance qui lui était donnée de construire quelque chose avec lui : tout cela lui semblait trop beau pour être vrai.

Et pourtant, elle ne rêvait pas.

Matt était bel et bien là.

Comme s’il ne l’avait jamais quittée.

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