Une suspecte trop parfaite - Un allié aux yeux d'émeraude (Black Rose) (French Edition)
Chapitre 6
6
Au moment où il allait sortir son téléphone de sa poche, Evan entendit un petit sifflement et sentit quelque chose lui frôler l’oreille. D’instinct, il plongea à plat ventre pour être à l’abri. Quelqu’un lui tirait dessus.
Il se débarrassa de son sac à sandwichs et rampa au sol pour se mettre à l’abri derrière la petite haie qui délimitait le parking de Cooper Security.
Il n’y eut pas de nouveau tir, malgré son téléphone qui continuait de sonner et trahissait sa position. A tâtons, il parvint à interrompre la sonnerie en s’efforçant de ne pas se redresser pour éviter de dépasser de la haie.
Il s’immobilisa et prêta l’oreille, tous les sens en alerte. Il avait déjà connu ce genre de situation au Kaziristan quand les rebelles lançaient des raids nocturnes. En tant que civil, il devait rester à l’abri, protégé par des hommes armés qui eux affrontaient le danger. C’était une expérience qu’il avait mal vécue.
Et qu’il avait espéré ne jamais avoir à revivre.
Il changea de position pour prendre le revolver qu’il portait à la cheville. Son arme en main, il se sentit un peu rassuré et osa se rapprocher du bâtiment pour disposer d’un meilleur angle de vue.
Il devait prévenir Megan.
Alors qu’il allait se saisir de son téléphone, il le sentit vibrer contre sa hanche. Il le sortit de sa poche et consulta l’écran. C’était Megan, justement.
Il prit le risque de répondre.
— Megan, il y a des hommes armés aux abords de Cooper Security.
— Je sais, répondit-elle. Vous allez bien ?
— Je suis caché derrière la haie tout près de l’entrée. D’où je suis, je ne vois pas ces types.
— Restez à l’abri. Jesse arrive et je suis sûre qu’il va venir avec des renforts.
— On m’a déjà tiré dessus une fois.
— Etes-vous blessé ? lui demanda-t-elle.
Si le contexte avait été différent, il aurait été touché d’entendre l’inquiétude percer dans sa voix.
— Non, mais je ne peux pas bouger et, si on me repère, je vais avoir de sérieux ennuis.
Il l’entendit pousser un soupir oppressé.
— De quel côté de la porte êtes-vous ? demanda-t-elle.
— Je suis sur votre droite.
— Je vais ouvrir la porte à distance. Cela va déclencher l’alarme. Avec l’effet de surprise, si vous ne traînez pas, vous aurez le temps de vous glisser à l’intérieur. Qu’en dites-vous ?
— D’accord, on tente le coup.
Il redressa prudemment la tête de quelques centimètres pour voir par-dessus la haie, prêt à faire feu si on le visait de nouveau. Il repéra plusieurs hommes vêtus de noir rassemblés le long du bâtiment, à l’opposé d’où il était.
— Je vois plusieurs types. Ils sont en train de trafiquer quelque chose sur le côté du…
— Je parie qu’ils veulent couper le courant, l’interrompit Megan. Mais nous disposons d’un générateur de secours. Tenez-vous prêt, je vais ouvrir la porte.
Quelques secondes plus tard, il entendit un bruit de verrou et vit la porte s’entrebâiller. Au même moment, une sirène déchira le silence nocturne. Les hommes en noir levèrent la tête mais restèrent tétanisés, pris de court.
Evan sauta la haie, fonça droit sur la porte et entra à l’intérieur en roulant au sol.
— Ils arrivent ! s’exclama-t-il alors qu’il se relevait.
Megan referma brusquement la porte, courut vers lui et lui tendit la main pour l’aider à se relever. Puis, elle le tira à sa suite vers l’escalier. Derrière eux, ils entendirent des coups frappés contre la porte vitrée pour tenter de la forcer.
— Le verre résiste aux balles, déclara Megan dans un souffle. Mais s’ils continuent à frapper dessus, elle va finir par céder.
Génial, songea-t-il.
Ils gravirent deux étages puis empruntèrent un couloir uniquement éclairé par les boîtiers de sécurité indiquant les sorties de secours.
— Par là, dit Megan en serrant sa main.
Au bout du couloir, ils s’arrêtèrent devant une porte métallique.
— Retournez-vous, dit-elle.
Il obtempéra et l’entendit taper un code sur un pavé numérique. Il y eut un claquement sec et la lourde porte s’entrouvrit.
Megan lui saisit le bras.
— Allez, entrez.
Il la suivit et ils se retrouvèrent dans un espace réduit, cernés par des étagères remplies d’objets de toutes sortes : boîtes d’archives, bandes vidéo étiquetées, mais aussi quelques œuvres d’art.
— Vous n’avez rien vu, d’accord ? l’avertit-elle. Vous ne savez pas où se trouve ce coffre ni ce qu’il contient. Nos clients comptent sur notre entière discrétion.
Il acquiesça.
Ils avaient tout juste la place de se retourner. Il devait même éviter de respirer à fond pour que son torse ne vienne pas effleurer la poitrine de Megan.
— Les portables passent, ici ? s’enquit-il, dubitatif, en observant l’épaisseur des parois.
Elle fit non de la tête.
— On ne peut pas nous joindre mais c’est ici que Jesse m’a dit de me réfugier. Il viendra donc me chercher.
— Et on ne risque pas de manquer d’air ?
— Pas avant un bon moment. Il y a un système de ventilation qui marchera tant qu’il y aura de l’électricité et tant que les types dehors n’auront pas coupé le générateur auxiliaire qui…
Les lampes de sécurité au plafond s’éteignirent avant qu’elle ait le temps de finir sa phrase.
— Vous disiez ?
Megan lui prit la main et la serra.
— Attendez.
Il y eut un bourdonnement et les lampes se rallumèrent. Evan sentit un léger courant d’air sur son visage et soupira de soulagement.
— C’est le générateur auxiliaire qui s’est déclenché ?
— Oui, répondit-elle sans lâcher sa main. Mais comment ces types ont-ils appris qu’ils devaient venir chercher ici ?
— Je l’ignore.
— Après être parti de chez moi, vous n’avez parlé à personne, n’est-ce pas ?
— En retournant au chalet, j’ai fait un crochet par la marina pour acheter de quoi grignoter, mais je n’ai évidemment fait aucune allusion à vous.
— Et pourtant, ils sont venus directement ici, reprit-elle en fronçant les sourcils. Or, à part moi, il n’y a que ma famille qui sait que j’avais mis les lettres dans le coffre-fort.
— Et vous avez une entière confiance en vos collègues ? Parce que, s’ils vous ont vu avec une boîte…
— Non, ça n’a rien d’extraordinaire car ils sont au courant que nous mettons des objets dans le coffre à la demande de nos clients.
— Oui, mais s’ils savaient d’avance que vous étiez susceptible de mettre ces lettres en sûreté…
Elle leva la tête pour le fixer droit dans les yeux.
— Non, jamais les gens qui travaillent avec nous ne feraient cela. Nos méthodes de recrutement sont très spécifiques et nous avons tous partagé des expériences qui nous ont rendus extrêmement solidaires.
— Bien, alors si la fuite ne vient pas de Cooper Security, d’où vient-elle ?
Elle plissa les yeux et lâcha sa main.
— Vous, vous saviez.
Cette remarque le mit dans une colère noire.
— Alors je redeviens suspect ? Vous y croyez réellement ?
Elle soupira et baissa les yeux.
— Non.
Les sirènes du système d’alarme, qu’ils entendaient encore malgré l’épaisseur du blindage, s’arrêtèrent subitement. De nouveau, Megan lui prit la main.
— J’espère que cela signifie que vos frères sont là, soupira-t-il.
— Moi aussi.
Elle lâcha sa main pour sortir son arme et en vérifia la sécurité. Il l’imita.
Il entendit alors des bruits étouffés de l’autre côté de la porte. Megan lui fit signe de se poster sur la gauche tandis qu’elle prenait place sur la droite.
Le verrou électronique s’ouvrit et la porte s’entrebâilla de quelques centimètres.
— Ils sont partis, déclara la voix grave de Jesse Cooper depuis l’extérieur. Tout va bien ?
— Ont-ils réussi à forcer la porte d’entrée ? demanda Megan en ouvrant grand.
Jesse Cooper et un autre homme apparurent.
— Ils ont coupé le courant et ont mis la porte en piteux état mais ils ont disparu dans les bois à notre arrivée. J’ai des hommes qui les recherchent. Quant à J.D., il est déjà en train d’essayer de rétablir le courant.
Jesse écarquilla les yeux quand il vit Evan sortir à la suite de Megan.
— C’est votre voiture sur le parking ?
Il acquiesça.
— Et si vous retrouvez un sac avec deux sandwichs, c’est notre dîner, ajouta-t-il.
Megan partit d’un petit rire.
— Vous avez une idée de qui étaient ces types ? demanda l’autre homme.
Evan se rappela l’avoir vu à l’hôtel. Ce devait être un autre frère de Megan.
— Des hommes armés avec des silencieux. Tout à fait le profil de membres du SSU. En revanche, je ne sais pas combien ils étaient.
— J’en ai vu au moins trois avant de parvenir à pénétrer dans l’immeuble, dit Evan.
— Nous, à notre arrivée, nous en avons vu filer cinq, déclara Jesse.
— Je suis étonnée que tu sois venu ouvrir le coffre au lieu de partir à leur poursuite, intervint Megan.
Jesse lui ébouriffa les cheveux.
— Je t’ai dit que je viendrais te chercher et j’ai eu peur que, si j’envoyais quelqu’un d’autre, tu lui tires dessus.
Megan esquissa un demi-sourire, rangea son arme et serra son frère dans ses bras.
— Merci.
— En tout cas, ils semblaient bien décidés à rentrer par tous les moyens, reprit Jesse. Que diable pensaient-ils trouver dans ces lettres ?
— Je les ai toutes relues, répondit Megan, et le seul détail surprenant c’est que, dans la dernière, Vince fait allusion à un paquet qu’il m’aurait envoyé mais que je n’ai jamais reçu.
— Et tu ne t’en étais pas préoccupée auparavant ?
Megan retourna un regard malheureux à son frère et Evan en eut le cœur serré.
— J’ai reçu cette lettre quelques jours après la mort de Vince. Tu sais dans quel état j’étais à l’époque.
— Dit-il ce que ce paquet était censé contenir ? s’enquit Evan.
Megan fit non de la tête.
— Je me demande ce que ce colis a bien pu devenir, maugréa-t-elle.
— Ce serait peut-être bien de chercher à le découvrir, suggéra Evan.
— L’un de vous deux a-t-il parlé de ces lettres à quelqu’un ? demanda Megan à ses frères.
— Non, à personne en dehors de la famille. Et tu te doutes qu’aucun de nous n’aurait commis l’impair d’évoquer ce sujet avec le premier venu.
— Je crois que ce serait judicieux de passer ma maison au détecteur de micros, déclara Megan.
Evan n’y avait pas songé, et pourtant, c’était logique. Quelqu’un avait pénétré chez elle. Un micro avait donc parfaitement pu être placé quelque part dans la maison.
Et dire qu’ils avaient eu peur que les flics qui effectuaient des prélèvements surprennent leur conversation…
— Les lettres sont-elles en sécurité ? voulut savoir l’autre frère de Megan qui, Evan s’en souvint soudain, se prénommait Wade.
— Oui, j’ai eu le temps de les remettre dans le coffre. Et puis, je les ai scannées sur mon ordinateur. J’en ai également archivé une copie sur notre serveur et une autre sur une clé USB.
— Sage précaution, remarqua Jesse.
Megan lui retourna un regard malicieux.
— Il est temps que tu te rendes compte que je ne suis pas complètement incapable.
— Tu ne me feras pas culpabiliser de m’inquiéter pour toi, rétorqua Jesse. Je n’ai pas encore alerté la police. Je le fais ou pas ?
— Eh bien, tout dépend si les hommes que tu as envoyés à la poursuite de ces intrus parviennent à les rattraper ou pas, répliqua Megan.
Rick Cooper fit alors son apparition et leur expliqua ce qui s’était passé.
— Ils avaient un véhicule en planque près de la route de Ridge View. Apparemment, ils avaient envisagé l’éventualité de devoir détaler au plus vite.
— J’ai besoin d’un peu de monde pour monter la garde ici le temps que le courant soit rétabli, déclara Jesse. Des volontaires ?
— Compte sur moi, répondit Wade. Et au sujet de la police, on fait quoi ?
— Je ne pense pas que ce soit judicieux d’alerter les autorités de Maybridge, reprit Jesse. C’est un petit service et ils n’ont pas les moyens d’affronter le SSU. Ce serait les mettre inutilement en danger.
Il se tourna vers Evan et Megan.
— Et vous, vous rentrez tout seuls ?
Megan interrogea Evan du regard. Il répondit d’un petit signe affirmatif de la tête. Si la maison de Megan avait bel et bien été placée sur écoute, les anciens agents de MacLear Security ne prendraient pas le risque d’y revenir. Le micro ferait le boulot pour eux.
— J’aurais besoin d’un détecteur de micros, dit Megan.
— Je vais t’en chercher un, répondit Wade.
Il revint quelques instants plus tard avec un petit appareil de la taille d’un portable.
— Si vous détectez des micros, je vous conseille de ne pas les arracher, dit-il. Laissez-les en place et évitez seulement de tenir des propos sensibles quand vous êtes dans la maison. Si nous nous débrouillons bien, nous pourrions nous servir de ces micros pour tendre un piège à ces types.
— Oui, bonne idée, confirma Evan.
Megan, elle, semblait moins enthousiaste.
— Je n’ai pas très envie de rester chez moi en sachant qu’on peut entendre tout ce que je dis ou fais. Je reviendrai peut-être vous aider à monter la garde, au moins cette nuit.
— Assurons-nous d’abord que votre maison est bien sur écoute, lui suggéra Evan.
Il lui posa une main en bas du dos pour l’inciter à partir et elle lui jeta un regard plein de tendresse qui suffit à raviver son désir pour elle. Il baissa les yeux et se dirigea vers la porte pour garder la tête froide.
Sur le parking, il retrouva les sandwichs, bien enveloppés et encore chauds. Il les ramassa.
— Si vous avez faim, ils sont sans doute encore mangeables, dit-il à Megan avec un sourire.
— Si ma maison n’est pas sur écoute, nous préparerons un vrai dîner, répondit-elle en lui retournant un sourire crispé.
Mais, à leur arrivée, ils avaient à peine franchi la porte que le détecteur s’affolait déjà.
Megan s’arrêta net et observa Evan, le regard plein de colère.
— Bande de fourbes, chuchota-t-elle.
Puis elle redressa la tête et avança d’un pas résolu.
Evan garda le silence et lui emboîta le pas.
* * *
Une heure plus tard, ils étaient de retour à Cooper Security et Megan fit le point avec les membres de sa famille présents.
— Nous avons détecté cinq micros, dit-elle. Ils ne souhaitaient vraiment pas perdre une miette de ce que nous dirions ! Ils en avaient mis un dans la cuisine et c’est là que j’ai dit à Evan que j’avais rangé les lettres ici, dans le coffre.
— Mais pourquoi pensent-ils que ces lettres sont si précieuses ? demanda Ben, le mari d’Isabel.
— Parce que, moi, je crois qu’elles contiennent des indices importants, répondit Evan.
— A qui avez-vous confié votre intention de venir parler à Megan ? s’enquit Jesse.
— A deux de mes anciens supérieurs au Pentagone, avoua Evan avec un air coupable. Des hommes que je considérais dignes de confiance.
— Rien ne dit que vos supérieurs vous ont trahi de leur plein gré, tempéra Isabel. Où étiez-vous quand vous leur avez parlé de vos projets ?
— Dans le bureau du major Kinsley.
— Qui pourrait très bien être lui aussi sur écoute, intervint Megan. Et vous avez précisément déclaré que vous comptiez me demander de vous laisser lire les lettres de Vince ?
— Absolument. Vince passait la majeure partie de son temps libre à vous écrire. Je me suis dit que, s’il avait des soupçons sur des agissements troubles autour de lui, il vous en aurait peut-être fait part, ne serait-ce qu’indirectement.
— Et vous n’avez pas songé que, s’il avait écrit à Megan qu’il était inquiet de ce qui se passait autour de lui, ma sœur aurait réagi ? lui demanda Wade avec un brin de colère, comme si Evan avait accusé sa sœur d’avoir fait obstruction à la justice.
— Je pensais plutôt qu’il aurait pu tenir des propos que Megan n’aurait pas forcément su interpréter.
— Mais vous si ? insista Wade.
— Peut-être. Désormais, je pense que, si nous réussissons à déterminer ce qu’est devenu le paquet dont parle Vince dans sa dernière lettre, nous aurons fait un pas supplémentaire vers la vérité.
— Et si nous découvrons qu’il m’avait envoyé un foulard qu’il avait acheté dans une échoppe de Tablis ? contra Megan en agitant la tête. Moi, je suis sûre que, si Vince avait vraiment eu des soupçons, il m’en aurait parlé directement.
— Tant que nous ne saurons pas ce que contenait ce paquet, nous ne serons pas plus avancés, insista Evan. C’est pourquoi il faut essayer de le retrouver.
— Je ne dis pas le contraire, acquiesça Megan. Seulement, ne nourrissons pas trop d’espoirs sur le fait que ce paquet réponde à toutes nos interrogations.
Evan soupira.
— S’il pouvait déjà répondre à une ou deux, ce serait très bien.
— Mais vous savez où débuter vos recherches, au moins ? voulut savoir Jesse.
— Oui, moi j’ai une idée, dit Megan.
Elle y avait déjà songé au cours du trajet entre chez elle et le bureau.
— Si Vince souhaitait envoyer un paquet, il y a forcément un ou plusieurs hommes de son unité qui étaient au courant, d’autant qu’il n’en expédiait pas fréquemment.
— Oui, tu as sûrement raison, renchérit Jesse. Et tu comptes essayer de retrouver certains de ces hommes ?
C’était effectivement son intention et elle savait par où commencer.
— Il faut que je me rende à fort Benning pour savoir ce qu’est devenue l’ancienne unité de Vince.
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