Une suspecte trop parfaite - Un allié aux yeux d'émeraude (Black Rose) (French Edition)
Chapitre 18
18
Pour Megan, ce fut comme si les événements se télescopaient. Elle avait aperçu un nouveau mouvement derrière Merriwether. Ce dernier avait alors relevé le canon de son fusil et, d’instinct, elle avait saisi son revolver et fait feu.
Heureusement, elle avait eu le réflexe de se jeter au sol pour éviter que Merriwether, en s’effondrant, ne l’atteigne.
Elle avait les yeux fermés et mit quelques instants avant de trouver la force de les rouvrir. Elle découvrit alors le corps inerte de Merriwether à côté d’elle puis entendit des bruits de pas.
— Megan ? entendit-elle alors Evan l’appeler d’une voix pleine d’inquiétude.
Elle s’empressa de relever la tête pour le rassurer.
— Je vais bien.
Ce n’était pas tout à fait vrai. Lentement, elle prenait conscience de ce qui venait de se passer et en éprouvait une affreuse nausée.
Il s’agenouilla et lui caressa affectueusement le visage.
— Vous n’avez rien, vous êtes sûre ?
Elle fit non de la tête.
— Pourquoi êtes-vous revenu, Evan ?
— J’ai reçu un message de Jesse me disant que Merriwether était encore en vie.
Elle se frotta les yeux.
— Oui, finalement, il n’était pas mort dans cet accident de la route.
— Comment s’y est-il pris pour faire croire à son décès ?
— Il m’a dit que quelqu’un s’était chargé de tout, mais il est resté évasif.
Dans sa poche, elle sentit son téléphone vibrer. Elle le sortit et lut le message qu’elle venait de recevoir.
— J.D. est toujours à votre recherche, Evan.
Elle leva la tête vers lui. Il paraissait bouleversé.
— Evan ?
Il caressa son visage en silence, puis l’attira à lui et la serra fort. Ils restèrent longtemps enlacés, jusqu’à ce que, derrière eux, un long soupir rauque leur rappelle la présence du major Gantry. Ils se retournèrent vers lui et ce dernier leur adressa un regard contrit.
— Désolé, mais je crois que je vais vraiment avoir besoin d’une ambulance.
Megan prit son téléphone et s’empressa d’appeler ses cousins pour leur demander d’appeler les secours. Ils étaient déjà en route, lui apprit J.D.
Quelques minutes plus tard, ils entendirent un bruit de sirènes au loin.
— Eh bien, nous allons avoir de sérieuses explications à donner, soupira Evan.
Megan s’assit au sol à côté de Gantry. Elle était trop épuisée pour s’en préoccuper.
* * *
Comme il s’y attendait, Evan dut s’expliquer pendant de longues heures auprès de la police de Caroline du Nord. Toutefois, alors que la nuit tombait, il fut autorisé à s’en aller.
Gabe, un des cousins de Megan, l’attendait dans le vestibule du poste de police.
— Pas de menottes, déclara-t-il en le regardant s’approcher. C’est bon signe.
Evan se laissa tomber sur une chaise à côté de lui.
— Vous avez des nouvelles de Megan ?
Gabe fit non de la tête.
— J.D. et Luke ne sont pas encore sortis non plus.
— Et les agents qui ont pris la poudre d’escampette, vous savez ce qu’ils sont devenus ?
— Peu après la fuite des types en tenue de camouflage, nous avons vu un hélico s’éloigner, répondit Gabe. Ils doivent donc être loin depuis un sacré bout de temps.
Un bruit de pas dans le couloir leur fit tourner la tête à tous deux. Megan apparut, le visage pâle et les traits tirés, accompagnée du sergent Blalock, un des premiers policiers arrivés sur les lieux. Ce dernier paraissait en colère.
— Je vous assure que nous allons passer tout l’Etat au peigne fin pour mettre la main sur ces voyous, dit-il sans préambule.
Evan ne doutait pas de sa détermination mais il y avait peu de chances que la police parvienne à intercepter les agents du SSU. Et puis, pour le moment, son souci premier était de savoir comment allait Megan.
Elle paraissait fatiguée et encore sous le choc. C’était normal. Même si Merriwether était certainement le meurtrier de Vince, elle avait tué un homme, et on ne s’en remettait pas facilement. Sans doute serait-elle hantée encore longtemps par ce terrible souvenir.
Elle le regarda brièvement mais détourna très vite les yeux.
— Pouvons-nous nous en aller ? demanda-t-elle au sergent Blalock.
— Oui, répondit le policier. Nous avons pris votre déposition à tous et tous les récits concordent.
Luke Cooper fit alors son apparition. Il leur jeta à tous un bref coup d’œil et demanda en écho :
— On peut partir, c’est bon ?
— Oui, vous pouvez y aller, répéta Blalock.
— Où est J.D. ? voulut savoir Luke.
— Il est dehors avec Duncan McElroy, répondit Megan. Il faut que nous allions à l’hôpital. Si jamais on apprend où est Gantry…
— J’ai envoyé deux hommes veiller sur lui, intervint Blalock.
Cela ne suffirait peut-être pas, pensa Evan.
— Serait-il possible de prendre une douche ? s’enquit-il.
Il n’avait aucune envie de débarquer dans un hôpital avec des vêtements couverts de boue.
Blalock les passa rapidement en revue.
— J’imagine en effet qu’une douche vous ferait du bien à tous. Je vais arranger ça.
Finalement, ils furent conduits au vestiaire des officiers, sauf Megan qui fut accompagnée par un agent féminin au vestiaire des femmes. Tandis qu’elle s’éloignait, elle tourna la tête et croisa brièvement le regard d’Evan.
Il la regarda s’éloigner avec dépit. Il éprouvait une ardente envie de se retrouver seul avec elle. Hélas, tant que ses cousins seraient avec eux, ils n’auraient guère d’intimité.
* * *
Quand Duncan McElroy les déposa à l’hôpital, Gantry était sorti du bloc opératoire et récupérait dans une chambre de l’unité de soins intensifs. Deux policiers étaient en faction devant sa porte. Mais Megan n’était pas pour autant rassurée. Si par malheur Barton Reid apprenait où était Gantry, il enverrait ses hommes l’éliminer et deux policiers ne suffiraient certainement pas à les arrêter.
— Il faudra prendre sa déposition le plus tôt possible et l’enregistrer devant témoins, murmura-t-elle en passant devant la chambre.
— Au cas où il trouverait brutalement la mort ? demanda Gabe.
— Chut, pas si fort, sa femme est probablement là, répliqua-t-elle en dévisageant son cousin d’un air sévère.
Quelques personnes patientaient dans la salle d’attente où Evan, ses cousins et elle pénétrèrent. Ils ne mirent pas longtemps à repérer l’épouse de Gantry : elle avait les yeux humides et serrait deux jeunes enfants contre elle.
Quand elle les vit approcher, ses yeux s’agrandirent.
— Je vous attendais. Elmore m’a dit que vous viendriez.
— Vous avez pu lui parler ? lui demanda Megan en s’installant à côté d’elle. Comment va-t-il ?
— Selon les médecins, il est hors de danger. Je n’ose même pas imaginer ce qui serait arrivé s’il n’avait pas porté de gilet pare-balles.
— Il vous a tout raconté ?
Elle acquiesça avec une expression pleine de honte.
— Tout est ma faute. C’est moi qui l’ai mis dans une position…
— Non, c’est Barton Reid le responsable, la coupa Megan avec conviction. Il doit payer. Vous le comprenez, n’est-ce pas ?
— Oui, répondit-elle, au bord des larmes. Quelles que soient les conséquences, j’assumerai.
— Sur ce point, nous vous aiderons, intervint Evan. Je connais du monde parmi les avocats et je vous conseillerai le meilleur.
— J’ai déjà avoué ce que j’avais fait à mon patron. Comme j’ai rendu l’argent, il a accepté de ne pas porter plainte. En revanche, il veut que je démissionne et il ne me fera pas de lettre de recommandation.
— Vous parviendrez à vous en passer, n’est-ce pas ? demanda Megan en jetant un bref regard à Evan.
Depuis qu’ils avaient quitté les bois, elle ne lui avait quasiment pas parlé. Et, maintenant, elle ne savait toujours pas quoi lui dire.
C’était comme si ce qui s’était passé ces derniers jours n’était pas réel. Elle avait dû échapper à des hommes lancés à sa poursuite, elle s’était cachée dans un motel du Kentucky, elle avait tué un homme pour éviter que ce soit lui qui l’élimine…
Et elle était tombée amoureuse de l’homme que, depuis quatre ans, elle croyait responsable de la mort de son mari.
Cette dernière réflexion la plongea dans la plus grande perplexité. Avait-elle perdu la tête ?
Evan la fixait intensément, avec dans les yeux un mélange de désir et de tendresse infinie, et elle se sentit répondre à ces sentiments. De manière tellement forte qu’elle dut détourner les yeux pour garder une contenance.
— Vous êtes inquiets pour la sécurité de mon mari, n’est-ce pas ? demanda Mme Gantry.
— Nous ferons tout ce qu’il faut pour le protéger, répliqua Megan avec détermination. Ma famille… enfin, c’est notre travail.
Elle n’avait pas encore appelé ses frères et sœurs, et devait le faire au plus vite. Elle serra affectueusement la main de Mme Gantry, se leva et traversa la pièce pour aller parler à Gabe.
— Tu as des nouvelles de Jesse et Rick ? Tu sais si on les surveille toujours ?
— J’ai eu Jesse au téléphone. Apparemment, les types qui rôdaient autour de chez eux depuis deux jours ont disparu dans la nature.
— Je ne sais pas s’il faut s’en réjouir.
— Moi non plus, intervint Evan.
Il vint se poster à côté d’elle et la frôla de l’épaule. A ce simple contact, elle eut envie d’être dans ses bras, tout contre lui.
— Ce que nous savons, reprit-il, c’est que c’est l’argent qui motive les agents du SSU. Alors s’ils apprennent que Reid est en mauvaise posture…
— Mais Merriwether semblait sincèrement convaincu de la cause que Reid prétendait servir, contra Megan. Comment pouvons-nous être certains que ses hommes vont le lâcher du jour au lendemain ?
— Tous ne sont pas forcément comme ce Merriwether. Mais nous allons néanmoins redoubler de prudence, répondit Gabe. Luke et J.D. vont rester là pour le moment et je vais rappeler Jesse.
Il quitta la pièce pour aller téléphoner et, enfin, Megan se retrouva seule avec Evan. Ils se regardèrent longuement, sans savoir quoi dire. Finalement, elle brisa le silence.
— Je crois qu’il est temps que je vous remercie.
— Pour quoi ?
— Pour m’avoir forcée à vous écouter. Quand vous êtes venu à Gossamer Ridge, je ne voulais pas savoir ce que vous aviez à me dire, mais vous avez insisté et vous avez eu raison. Je vous remercie de ne pas avoir abandonné Vince. Il méritait la justice.
— J’espère de tout cœur qu’il l’obtiendra, lui répondit-il, visiblement ému. Et j’espère aussi que ça vous aidera, vous. Car je sais qu’il vous manque énormément.
— Oui, il me manque.
A cet aveu, il prit une moue fataliste et baissa les yeux.
— Mais maintenant, je pense que je peux enfin le laisser partir en paix, ajouta-t-elle.
Il releva brusquement la tête.
— Vraiment ?
— Oui. Vous savez, depuis sa mort, je rêve fréquemment de lui. Et, ces derniers jours, dans mes rêves, il m’exhortait à aller de l’avant.
— Vous êtes sûre que c’était lui qui disait cela ?
— Oui, j’en suis sûre. Et il a raison. Il est décédé, mais moi je suis là et je dois admettre que la vie continue, même sans lui.
— Ce doit être une réflexion douloureuse, commenta-t-il sur un ton plein d’empathie qui la toucha droit au cœur.
— Pas autant que je l’aurais cru.
Il poussa un long soupir, sembla rassembler son courage et déclara :
— Ecoutez, Megan, je sais que ce n’est ni l’endroit ni le moment, mais…
Il hésita et lui adressa un regard qui brillait d’une telle passion qu’elle en eut le souffle coupé.
— … je ne crois pas que je serai capable de vous dire au revoir et de vous quitter, termina-t-il.
— Alors tant mieux. Enfin, je crois.
— Vous croyez ? répéta-t-il, troublé.
— Vous savez, je n’ai jamais aimé qu’un seul homme dans ma vie. Jusqu’à aujourd’hui.
— Jusqu’à aujourd’hui ? répéta-t-il de nouveau.
Il avait une expression pleine d’espoir, il semblait suspendu à ce qu’elle allait ajouter, et elle en fut à la fois bouleversée et intimidée.
— Je vous préviens, je n’ai aucune expérience de ce que peut être une relation normale, je vais probablement être une catastrophe, mais…
Il l’interrompit en prenant ses mains entre les siennes, le regard rayonnant de bonheur.
— Megan, je ne vous demande pas d’être douée ou pas dans un domaine ou l’autre, je vous demande seulement d’être vous.
Des larmes lui piquèrent les yeux et elle ne put pas les retenir.
— Ça, je pense que je peux le faire, dit-elle dans un petit rire.
Il porta ses mains à ses lèvres et lui déposa de petits baisers sur les phalanges.
— Vous êtes certaine que c’est ce que vous voulez ?
— Oui, s’empressa-t-elle de répondre.
— Tant mieux, dit-il en déposant de nouveaux baisers sur ses mains.
— Alors, comment allons-nous faire ? Dois-je venir vivre en Caroline du Nord ?
Malgré sa détermination, des doutes venaient s’insinuer en elle, mais elle les repoussa. S’il le fallait, elle déménagerait, elle ne devait plus laisser d’obstacles se dresser entre elle et son bonheur. Elle devait donner une chance à la relation qui était en train de se nouer entre Evan et elle.
— Franchement, rien ne me retient en Caroline du Nord, désormais, répliqua-t-il.
— Nous pourrions nous installer dans le Kentucky. Peut-être verrez-vous cet endroit avec un regard différent maintenant que…
Il secoua négativement la tête.
— Je le vois d’ores et déjà différemment, grâce à vous. Mais aujourd’hui, ce n’est tout simplement plus chez moi.
Il lui passa un bras autour des épaules et reprit :
— En fait, je comptais parler à Jesse et lui proposer ma candidature pour entrer chez Cooper Security. Je pourrais intégrer le département légal une fois que…
— Bien sûr que vous pourriez, le coupa-t-elle, enthousiaste. Et moi je pourrais glisser un petit mot favorable à mon frère. J’ai quand même un peu d’influence sur lui, vous savez.
Il eut un petit rire.
— Je me dois de vous prévenir pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté : je crois que je suis amoureux de vous, Megan.
— A vous entendre, on dirait que c’est un drame.
— Ça le serait si mes sentiments n’étaient pas réciproques.
Elle ne répondit pas spontanément, elle devait lui livrer le fond de son cœur.
— Je crois que moi aussi je vous aime, Evan, déclara-t-elle solennellement.
Il la prit dans ses bras et l’embrassa avec passion, oubliant qu’ils se trouvaient dans la salle d’attente d’un hôpital.
— Il y a peut-être un placard à balais dans les parages…, commença-t-il, d’un ton plein de sous-entendus.
Elle était animée du même désir que lui mais se força à la raison.
— Patience, répondit-elle. Je vous promets que nous allons très rapidement trouver un moyen d’être seuls.
Au regard qu’il lui retourna, il ne manquerait certainement pas de lui rappeler cette promesse, comprit-elle.
OceanofPDF.com