Une suspecte trop parfaite - Un allié aux yeux d'émeraude (Black Rose) (French Edition)

Chapitre 10

10

 

 

— Isabel et Ben vont au cinéma ce soir, dit Megan à Evan en rangeant son téléphone. Mais nous pouvons laisser Patton dans la cour arrière de leur maison. Ils prendront soin de lui jusqu’à ce que je revienne le chercher.

— Vous avez vraiment une famille dévouée, répondit-il, la tête ailleurs.

Il ne cessait de repenser au baiser qu’ils avaient échangé. Qu’est-ce qui avait poussé Megan à se jeter dans ses bras ? A vrai dire, il s’en fichait un peu. Du moins tant qu’il avait l’espoir de pouvoir l’embrasser de nouveau.

Le plus tôt possible.

Ils se rendirent chez Isabel et Ben, laissèrent comme convenu Patton dans la cour arrière avec son jouet et sa laisse sur les marches du perron, puis retournèrent à la voiture.

— Nous allons au chalet ? proposa Evan.

— Oui, d’accord, acquiesça Megan, en sortant de sa poche les notes de Vince.

Elle alluma le plafonnier de la voiture et tenta de déchiffrer l’écriture minutieuse de son mari.

— Quasiment tout est rédigé en abréviations, dit-elle, sourcils froncés. Son but, c’était de tout remettre au propre à son retour, je pense.

Son ton mélancolique toucha Evan.

— Si tout s’était passé normalement, il serait rentré, dit-il.

Megan releva la tête avec résolution.

— Hélas, il n’est plus là. C’est donc à nous de remettre ses notes au propre.

Il fut touché par son emploi du pluriel. Il avait toujours aimé le travail d’équipe, et il avait envie d’aider Megan. Pas seulement à cause de la culpabilité qu’il éprouvait, mais parce qu’elle le fascinait et l’attirait comme aucune femme auparavant ne l’avait fait. Ce n’était peut-être pas une bonne chose, mais il ferait avec.

Quand ils arrivèrent au chalet, tout semblait calme. Il se gara, coupa le moteur et observa la façade avec méfiance.

— Je ne vois rien bouger, dit Megan.

— Nous allons quand même commencer par faire le tour des lieux avant de sortir nos sacs de la voiture.

— Au cas où nous devrions prendre la fuite d’urgence ?

— Exactement.

Il sortit de voiture et le grincement de la portière le rendit nerveux. Il avait conscience d’être un peu parano, mais il n’y pouvait rien.

Il s’avança vers la porte et sortit son arme.

Avoir le réflexe de dégainer un revolver à tout moment était une sensation étrange et désagréable, mais, avant-même de venir à Gossamer Ridge, c’était, à son corps défendant, devenu une seconde nature chez lui. Depuis que des menaces planaient aussi sur Megan, ça ne risquait pas de s’arranger.

Il tourna la tête. Megan avait également sorti son arme pour couvrir ses arrières. Elle lui adressa un petit signe de tête puis désigna la porte d’entrée.

Lentement, il la déverrouilla puis l’ouvrit. Rien ne bougea, rien n’indiquait la présence d’un intrus. Il resta sur le seuil et tendit le bras pour actionner l’interrupteur. La lumière inonda la pièce principale. Tout était comme ils l’avaient laissé, il n’y avait personne.

Néanmoins, ils entrèrent en se déplaçant avec prudence, côte à côte, et passèrent de pièce en pièce.

Tout était en ordre.

Quand ils revinrent dans le salon, il rangea son arme et fit face à Megan.

— Apparemment, ceux qui nous épient n’ont toujours pas découvert que je me suis installé ici. C’est étrange, non ?

— Eh bien, il faut croire qu’ils n’ont pas été capables de vous repérer par le biais du GPS qui était sur votre voiture de location.

— Oui, mais ils savent que je travaille avec vous. Et, ici, nous sommes pour ainsi dire sur le territoire des Cooper, ajouta-t-il en faisant un grand geste pour désigner les lieux autour d’eux.

Megan haussa les épaules.

— Je ne sais pas… Peut-être n’ont-ils pas encore fait le lien entre les deux branches de ma famille.

— Pourtant, vos cousins semblent aussi prêts à vous venir en aide que vos frères et sœurs.

— Oh, ça oui ! Mais, vous savez, mon père a deux frères qui ont respectivement sept et huit enfants, alors il y a de quoi s’y perdre, dit-elle avec un sourire.

Effectivement, même pour une famille du Sud, ça faisait beaucoup de cousins au premier degré, songea Evan. Lui aussi avait cependant de nombreux cousins du côté de sa mère, dans le Kentucky. Mais, à la différence de Megan, il les connaissait à peine et ne les avait pas vus depuis des années.

— A quoi pensez-vous ? lui demanda-t-elle, l’air inquiet.

Il la regarda et remarqua les cernes de fatigue sous ses yeux. Il s’en voulut de l’avoir entraînée dans cette histoire. S’il avait pu l’éviter…

Mais non, c’était impossible. En deux jours, il avait davantage progressé dans son enquête qu’en deux ans.

— Je me disais simplement qu’il est tard, que nous avons eu une dure journée et que nous devrions nous coucher.

Elle fronça les sourcils avec scepticisme.

— Non, il y a autre chose.

— Je me disais également que je devrais me sentir désolé de vous avoir embrassée, reprit-il avec sincérité. Mais ce n’est pas le cas.

Elle lui retourna un petit sourire.

— En même temps, vous avez été un peu aidé.

Son sourire narquois raviva son désir.

— Vous êtes consciente qu’à l’instant, j’ai encore envie de vous embrasser, n’est-ce pas ?

— Oui, j’avoue.

Il leva la main et lui caressa le visage avec tendresse.

— Et pourtant, il y a tellement de raisons pour que nous ne fassions rien.

Elle soupira et s’écarta.

— A commencer par cela.

Elle sortit les papiers qu’elle avait découverts à l’intérieur du renard en peluche.

— Ce serait plus sage d’essayer de dormir un peu avant de nous attaquer à ces notes. Elles seront toujours là demain matin.

— Non, je suis trop agitée pour dormir. Mais, vous, allez vous reposer.

Elle traversa la pièce pour aller s’asseoir sur le canapé et tira la table basse vers elle.

Il vint s’asseoir à côté d’elle et lui prit les mains.

— Megan, n’en faites pas trop. Vince n’aimerait pas vous voir vous épuiser comme vous le faites. Je ne le veux pas.

Elle avait les mains tremblantes.

— Mais nous avons déjà perdu tellement de temps !

Il l’attrapa par les épaules pour qu’elle le regarde en face.

— Ecoutez, j’ignore pourquoi Gates ne vous a pas fait parvenir ce paquet et j’en suis désolé. Même en admettant qu’il était de mèche avec le SSU, quand il l’a ouvert et s’est aperçu qu’il ne contenait qu’un simple jouet, il n’avait aucune raison de ne pas vous l’envoyer.

— Et, désormais, nous ne pouvons plus lui demander d’expliquer son comportement.

Il écarta une mèche de cheveux de son visage.

— Je sais que vous souhaitez obtenir des réponses, mais personne n’a dit que vous deviez vous charger de les chercher vous-même. J’irai jusqu’au bout, je le ferai pour vous, Megan. Laissez-moi les notes de Vince et je m’en débrouillerai. Rentrez chez vous, restez auprès de vos proches pour être en sécurité et…

Elle lui adressa un regard qui le déchira.

— Non, Evan, tout le monde veut me protéger, et j’en ai assez. Je dois le faire moi-même. Ç’aurait été tellement facile de me réfugier dans le déni, de faire comme si Vince était encore vivant et allait revenir un jour ou l’autre. C’est la douleur qui m’a empêchée de sombrer et qui m’a raccrochée à la réalité.

Il lui prit la main et la posa contre son torse. Sentait-elle combien son cœur battait fort ?

— Donc, vous devez lire ces notes vous-même, susurra-t-il.

Elle acquiesça.

— C’est à moi qu’il les a envoyées, c’est moi qui étais censée les lire.

Il lâcha sa main.

— Mais vous ne voulez pas que, moi, je les lise.

— Je souhaite les lire la première. Seule.

Elle reposa la main sur son torse.

— S’il vous plaît, Evan, comprenez-moi.

Un frisson lui parcourut l’échine et une nouvelle interrogation le parcourut : nourrissait-elle les mêmes doutes que lui au sujet de Vince ? Redoutait-elle les aveux que son mari pourrait faire dans ces notes ? Craignait-elle qu’il y avoue avoir frayé avec les mauvaises personnes et ainsi avoir causé sa perte ?

Et alors chercherait-elle à dissimuler les erreurs de Vince ?

Il lui faudrait prendre ce risque car c’était bien à elle que ces notes étaient destinées.

— Je vais chercher nos affaires dans la voiture, dit-il.

* * *

Au bout de la troisième lecture, Megan dut se l’avouer : elle ne pourrait pas interpréter toute seule l’ensemble des notes de Vince. Quand il avait rédigé ces petits papiers, il pensait être de retour sur le sol américain quelques mois plus tard. Sa mission touchait à sa fin et rien n’indiquait que son unité serait maintenue plus longtemps que prévu au Kaziristan. Et, effectivement, ses hommes étaient rentrés à la date prévue.

Mais Vince n’était pas parmi eux.

Il avait souvent recours à des abréviations cryptées et elle avait la sensation que quelqu’un qui aurait vécu à ses côtés au Kaziristan aurait davantage été en mesure de comprendre de quoi il parlait. Mais Evan était allé se coucher une heure auparavant. Ne pouvait-elle pas attendre le lendemain matin ?

Soudain, le bruit d’une porte qui s’ouvrait la fit sursauter. Elle leva la tête et découvrit Evan appuyé contre le montant de la porte de sa chambre. Il portait un caleçon moulant et un T-shirt blanc qui mettait en valeur son torse musclé. Elle ne put s’empêcher de le détailler des pieds à la tête d’un air appréciateur.

— Je n’arrivais pas à dormir. Du nouveau ? dit-il en désignant du menton les rouleaux posés devant elle.

— Je ne saurais dire, avoua-t-elle. Il y a sans doute des infos importantes, mais ces notes sont rédigées dans un jargon que je ne maîtrise pas.

Il s’approcha lentement d’elle et le voir s’avancer ainsi, débordant de virilité, lui procura une sensation de douce chaleur. Il se pencha par-dessus son épaule pour lire et elle inhala son parfum, qui agit tel un philtre d’amour.

— Voyons ce que nous avons, dit-il d’une voix dans laquelle transparaissait la fatigue.

— En gros, ce que j’ai compris, c’est que Vince avait découvert qu’il y avait d’étranges tractations entre certains agents de MacLear Security et les rebelles. Il pensait qu’un homme en particulier agissait en tant qu’intermédiaire. Un homme qu’il mentionne sous le sigle BRDE.

— Barton Reid du Département d’Etat ? suggéra Evan.

Megan sentit sa respiration sur sa joue. Il était tout près d’elle et, quand elle bougea, son front vint frotter contre sa joue.

Elle éprouva un désir si fort qu’elle détourna la tête et s’écarta légèrement pour garder une contenance.

— C’est bien ce que je pensais.

Elle s’éclaircit la gorge et reprit :

— Vince dit également qu’il a essayé de s’entretenir sur le sujet avec son supérieur mais qu’à son arrivée le CHP était dans la tente de son commandant. Que peut bien être un CHP ?

Evan partit d’un petit rire.

— Je crois qu’il veut parler d’un Crétin Haut Placé.

C’était en effet plausible, pensa Megan. Si Vince avait découvert son commandant en conversation avec Barton Reid, il avait pu en conclure que les plus hautes autorités négociaient secrètement avec les rebelles.

— Si Vince a cru que le gouvernement était impliqué dans des négociations secrètes avec les types que ses hommes et lui avaient pour ordre de combattre, je comprends qu’il ne soit pas resté sans rien faire, avança-t-elle.

— Officiellement, il n’y a jamais eu de négociations avec les rebelles, je peux vous le certifier.

Evan tira une chaise et s’assit à côté d’elle.

— Je regrette que Vince ne m’ait pas fait part de ses soupçons. Cela aurait pu tout changer.

— Quoi, par exemple ? demanda-t-elle.

— Déjà, je serais venu vous voir plus tôt.

— Vous n’auriez pas attendu quatre ans ?

— Oui, car je n’ai cessé de repousser ce moment…

Il pinça les lèvres, comme si ce qu’il allait dire lui coûtait.

— En fait, je pensais que Vince était lui-même impliqué.

Il fallut quelques secondes à Megan pour comprendre ce qu’il voulait dire.

— Vous pensiez qu’il était en cheville avec le SSU ?

— Je ne m’expliquais pas la soudaine fréquence de ses trajets à Tablis. Et…

Il n’avait clairement pas envie de continuer.

— Et quoi ? le pressa-t-elle.

— Eh bien, en règle générale, les gens qui n’ont rien à se reprocher sont moins fréquemment victimes d’assassinats prémédités que des personnes compromises.

Megan s’empourpra de colère.

— En gros, vous considériez que Vince avait précipité sa propre fin, c’est ça ?

Avant qu’il ne puisse répondre, un grincement au-dessus d’eux attira leur attention. Evan lui posa une main sur l’avant-bras pour lui indiquer de ne pas faire de bruit et alla se placer au centre de la pièce, les yeux levés au plafond.

— Un animal ? se demanda-t-il tout haut.

Un nouveau bruit se fit entendre. Etouffé. Furtif. Mais ça ne ressemblait pas à un animal.

Megan secoua la tête, sortit son arme et le rejoignit au milieu de la pièce.

— Ça vient du toit ou du grenier ? lui demanda-t-elle à voix basse.

— Du grenier.

— Allez vous habiller, Evan, il faut être prêt à filer.

Elle ramassa son sac, qu’elle n’avait pas vidé et qui était resté posé sur le canapé.

Il lui passa un bras autour des épaules.

— D’accord, mais nous restons ensemble, compris ?

Elle acquiesça.

Il la tira à sa suite vers la chambre. Lui non plus n’avait pas sorti beaucoup d’affaires de son sac.

— Je crains que nous ne puissions pas nous servir de la voiture pour filer, soupira-t-il.

Elle n’y avait pas pensé.

— Mes cousins vivent à quelques centaines de mètres d’ici, au bord du lac. Ils possèdent un bateau et une camionnette qu’ils pourront nous prêter.

Evan enfila un jean et un T-shirt noir alors que, au-dessus d’eux, les bruits se faisaient de plus en plus insistants. Il termina de mettre le reste de ses affaires dans son sac et, avant de le refermer, en extirpa un second revolver, plus puissant que celui qu’il gardait à la cheville.

— Que croyez-vous qu’ils attendent ? lui demanda Megan.

Elle devenait de plus en plus nerveuse.

— Peut-être attendent-ils que nous allions au lit pour nous surprendre plus facilement, répondit-il tout bas. Quoi qu’il en soit, nous ne devons pas traîner, ils ne vont sans doute pas tarder à passer à l’offensive.

— Mais comment allons-nous sortir ? Le chalet doit être encerclé.

— Oui, c’est probable, répliqua-t-il, le visage fermé.

— Je peux essayer d’appeler des renforts, suggéra-t-elle.

— Si vous faites cela, le chalet va se retrouver assiégé et nous allons nous retrouver en position d’otages. Nous devons trouver un moyen de nous échapper par nous-mêmes. Pour cela, il faut tenter de savoir à combien d’hommes nous avons affaire. Vous avez une idée de la taille du grenier ?

— Attendez une minute.

Megan sortit son portable et composa le numéro de sa cousine Hannah. Elle répondit à la troisième sonnerie d’une voix endormie.

Megan lui expliqua rapidement la situation.

— A ton avis, combien de personnes peuvent tenir dans le grenier ?

— Pas plus de trois car il y a un grand ventilateur. Quand il fait très chaud, nous incitons d’ailleurs les locataires à l’utiliser plutôt que la climatisation.

Megan regarda alors Evan, traversée par une idée.

— Où se trouve l’interrupteur du ventilateur ?

— Dans la chambre principale, à côté du placard, répondit Hannah. Oh ! Megan, c’est une brillante idée !

— Espérons-le.

Elle n’était pas certaine de ce qui allait se passer mais, au moins, les intrus qui se trouvaient dans le grenier n’allaient pas pouvoir jouer plus longtemps la discrétion.

— Et si nous venions à la rescousse ? reprit Hannah.

— Je te charge d’alerter mes frères, mais dis-leur de faire preuve de la plus grande prudence car nous n’avons aucune envie de nous retrouver assiégés ici.

Après avoir raccroché, elle traversa la pièce et repéra l’interrupteur dont lui avait parlé sa cousine.

— Vous allez mettre le ventilateur en marche ? lui demanda Evan.

Elle acquiesça.

— Ça devrait quelque peu surprendre nos invités, vous ne croyez pas ?

— Et ensuite ?

— Les renforts arrivent. Si nous parvenons à les tenir en respect suffisamment longtemps, nous…

— Non, attendez.

Il éteignit la lumière. Dans l’obscurité, elle l’entendit se diriger à pas de loup vers les fenêtres aux rideaux tirés. Il souleva lentement un coin de rideau et une faible lueur baigna la pièce.

— Ces fenêtres peuvent s’ouvrir ? lança-t-il.

— Je n’en sais rien.

Elle vint se poster à côté de lui.

— Souhaitons-le, reprit-il. Sinon nous allons avoir du mal à sortir d’ici.

Il était si près d’elle qu’elle sentait sa chaleur, et cette sensation l’apaisa. Malgré l’urgence de la situation, c’était comme si rien ne pouvait lui arriver. Elle n’avait plus ressenti cela depuis la mort de Vince.

— Je vois quelque chose bouger, chuchota-t-il.

Elle risqua un regard par la fenêtre et aperçut une silhouette qui s’approchait lentement du chalet. Puis une autre qui allait prendre position un peu plus loin.

— Il faudrait créer une diversion pour les attirer vers l’avant de la maison, reprit Evan qui cherchait visiblement une idée. Vous avez déjà confectionné des pétards avec de la poudre de cartouches ?

Elle lui sourit et désigna son arme.

— Oui, je l’ai déjà fait.

Il ne leur fallut que quelques minutes pour ouvrir cinq douilles de balles et récupérer la poudre à l’intérieur. Dans la cuisine, Megan trouva du sparadrap avec lequel ils confectionnèrent une trentaine de boulettes de poudre, une cordelette et de l’essence à briquet.

— Voilà comment nous allons faire, lui proposa-t-il. Nous allons placer une dizaine de boulettes devant la porte d’entrée, une dizaine d’autres à la porte arrière, le reste dans la pièce principale, et nous servir de la cordelette imbibée d’essence à briquet comme mèche.

— Mettons-les dans des casseroles pour que ça fasse encore plus de bruit, ajouta Megan.

Malgré sa peur, elle ne pouvait s’empêcher de sourire.

— Si les types qui sont dans le grenier rappliquent, tout cela n’aura servi à rien, nuança Evan en enroulant un morceau de cordelette autour des boulettes.

— Nous devrions faire plus de bruit pour leur laisser penser que nous ignorons leur présence, en allumant la télévision, par exemple, suggéra Megan.

— Bonne idée. Ne bougez pas.

Il disparut dans le couloir et, quelques secondes plus tard, elle perçut le son de la télévision, pas très fort mais audible. Il revint et déclara :

— Voilà, ça devrait contribuer à les faire hésiter encore quelques instants.

— Pourquoi n’iriez-vous pas faire couler de l’eau dans la baignoire pour leur faire croire que vous vous apprêtez à prendre un bain ?

Il l’observa silencieusement pendant quelques secondes.

— Ils seraient plus émoustillés s’ils pensaient que c’est vous qui vous apprêtez à entrer dans la baignoire.

— Puisque nous n’allons ni l’un ni l’autre véritablement prendre un bain, c’est vous qui vous y collez, rétorqua-t-elle. Moi, pendant ce temps, je mets en place la seconde mèche. Quand j’aurai terminé, je vous enverrai un message sur votre téléphone et nous nous rejoindrons dans la pièce principale. Nous allumerons toutes les mèches en même temps puis nous reviendrons ici. Et dès que le premier pétard éclatera, je mettrai le ventilateur en route pour prendre les types dans le grenier par surprise. D’accord ?

— Oui, d’accord. Toutefois, si par malheur les pétards n’attirent pas les hommes qui gardent les fenêtres à l’avant du chalet, nous allons devoir les affronter directement. Vous voulez tenter le coup quand même ?

La perspective de devoir éventuellement tirer sur un homme ne l’enchantait pas, loin de là. Mais quel choix avaient-ils ? Elle releva donc la tête et répondit :

— Oui, on y va.

Elle alla chercher des casseroles dans les placards de la cuisine pour y déposer les boulettes explosives, revint vers la pièce principale et en donna une à Evan. Il partit vers la salle de bains.

Elle l’entendit ouvrir l’eau puis entrebâiller la porte arrière pour poser sa casserole sur le seuil. Tout doucement, elle entrouvrit la porte avant et déposa également une casserole. Elle déroula la mèche jusqu’au centre de la pièce puis s’empara du briquet et envoya un bref message à Evan : go !

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