Une suspecte trop parfaite - Un allié aux yeux d'émeraude (Black Rose) (French Edition)
Chapitre 4
4
— Parle-moi du shérif, dit Matt sans quitter la route des yeux.
Elena tourna la tête vers lui, soulagée qu’il ait pris l’initiative d’engager la conversation. Jamais le trajet entre le ranch et le centre-ville ne lui avait paru aussi long.
— Que veux-tu savoir, au juste ?
Elle ne le voyait que de profil mais il semblait préoccupé.
— Que vaut-il comme shérif ? demanda-t-il.
Elena réfléchit quelques instants avant de répondre.
— Il m’a toujours semblé qu’il faisait du bon travail. Cela doit faire six ans qu’il est shérif et, avant cela, il a longtemps été adjoint.
— Il risque donc de se souvenir de moi, tu ne crois pas ?
— Oui, c’est possible, admit Elena en fronçant les sourcils.
— Bah ! On verra bien. Il sera toujours temps de s’en faire le moment venu. Avant le meurtre, il t’avait déjà cherché noise ?
— Non, jamais. Je n’ai pas souvent eu affaire à lui, en fait, et les rares fois où c’est arrivé, il a toujours été gentil avec moi. Quand j’étais adolescente, il a ramené mon père à la maison deux ou trois fois. Il n’en faisait pas tout un plat et se montrait bienveillant à mon égard.
Un peu trop, songea la jeune femme avec ressentiment. La gentillesse que lui témoignait Walt était dictée par la compassion. Comme beaucoup de gens à l’époque, il la plaignait et cela se voyait.
Pauvre petite. Sa mère a fichu le camp et son père est un ivrogne.
Aujourd’hui, elle ne suscitait plus la pitié mais l’hostilité des gens. C’était encore pire, songea-t-elle. Si on lui avait dit un jour qu’elle regretterait le temps où elle était considérée comme un cas social… A moins que d’une certaine façon, cette évolution n’ait été dans l’ordre des choses. Elle ne pouvait que mal tourner avec un père alcoolique et une mère absente !
— On peut donc raisonnablement supposer qu’il ne t’en veut pas personnellement. Et qu’il essaie seulement de faire son travail.
— C’est possible. Walt n’est pas le plus acharné contre moi.
— Qui l’est plus que lui ? s’enquit Matt. Son adjoint ?
— Oui. Travis est, ou plutôt était, rectifia Elena, le meilleur ami de Bobby. Ils se connaissaient depuis qu’ils étaient tout petits.
— Pas étonnant qu’il ait juré ta perte, s’il pense que c’est toi qui l’as tué.
— D’autant qu’il ne m’a jamais aimée.
— Ah bon ? Pourquoi ?
— Il trouvait que je n’étais pas assez bien pour Bobby. Mais il n’était pas le seul à le penser. Un Weston méritait mieux qu’une fille comme moi. La famille de Bobby jouissait d’un très grand prestige. Son arrière-arrière-grand-père était l’un des fondateurs de la ville. Tout le monde disait d’ailleurs que la ville aurait dû porter son nom et s’appeler « Weston’s Bluff. » Bobby était donc un excellent parti. Il aurait pu avoir n’importe quelle fille.
— Mais il n’en a pas voulu d’autre que toi.
Elle garda le silence un instant puis répondit d’une voix sans timbre :
— Oui. Du moins au début.
Ces derniers mots lui avaient échappé. Elle s’en voulut d’avoir poussé la confidence aussi loin. Il y avait des choses qu’elle préférait garder pour elle.
Mais Matt eut la délicatesse de ne pas lui demander ce qui avait changé par la suite. Peut-être n’avait-il pas envie de savoir… Ouf ! songea Elena, soulagée. Elle l’avait échappé belle.
— Et si l’un de ces deux policiers avait une autre raison de vouloir à tout prix te coller le meurtre sur le dos ?
— Que veux-tu dire ?
— Qu’est-ce qui prouve que l’un d’eux n’est pas le meurtrier ?
Cette hypothèse lui parut si saugrenue qu’elle faillit éclater de rire.
— C’est impossible, voyons ! Ils n’ont de mobile ni l’un ni l’autre.
— Comment peux-tu en être aussi sûre ? demanda Matt. A t’entendre, personne n’avait de mobile pour tuer ton mari. N’empêche que quelqu’un l’a tué. Et que ce quelqu’un, si ce n’est pas toi, avait forcément un motif, que tu le veuilles ou non.
Il avait raison. Elle avait passé des nuits entières à se demander qui avait bien pu tuer Bobby. Et pourquoi. Trouver le mobile du crime lui aurait probablement permis d’identifier le coupable, mais tous ses efforts étaient restés vains. Elle ne voyait vraiment pas. Et la conclusion de tout cela, c’était qu’elle était dans le pétrin.
Elle avait beau réfléchir, elle n’imaginait pas Walt ou Travis tirer sur Bobby à bout portant. Cela n’avait aucun sens.
— Walt ou Travis auraient abandonné l’arme sur place, ou l’auraient cachée et auraient prétendu l’avoir trouvée quand ils ont fouillé la maison. Ils s’en seraient servis comme pièce à conviction pour essayer de me faire porter le chapeau. De simples présomptions ne suffisent pas quand on veut arrêter quelqu’un. Donc si l’arme n’a pas été retrouvée, c’est parce que le meurtrier l’a gardée.
Visiblement pensif, Matt ne répondit pas tout de suite.
— Peut-être, murmura-t-il. Aussi improbable qu’elle puisse paraître, c’est une éventualité que nous ne devons pas écarter. Si nous voulons faire la lumière sur toute cette affaire, nous avons intérêt à ne rien négliger. Tout le monde est suspect et rien n’est impossible.
Absolument, songea Elena. C’était le seul moyen de découvrir la vérité. Car si a priori, Bobby n’avait pas d’ennemis, quelqu’un l’avait bel et bien tué. Et jusqu’à preuve du contraire, le meurtrier pouvait être n’importe qui.
Juste revanche, se dit-elle. A son tour de suspecter ses voisins, ses amis et ses connaissances !
* * *
— Voilà, dit Matt en se redressant. Tu vas pouvoir rentrer.
Elena considéra les roues qu’il venait de changer. Son pick-up avait retrouvé son aplomb.
— Merci. Allons-nous-en. Je ne tiens pas à m’éterniser ici.
Matt la comprenait. Il s’était concentré sur les roues à changer mais il avait bien remarqué que les gens les observaient comme des bêtes curieuses. Personne ne s’était approché. Personne n’avait dit un mot. N’empêche qu’ils étaient là, à les épier, et que pour Elena et lui, c’était extrêmement désagréable.
Pour autant, Matt n’était pas pressé de s’en aller. Il s’était acquitté de sa première tâche, mais s’il était revenu en ville, ce n’était pas seulement pour changer les roues du pick-up.
— Ne m’attends pas, dit-il. Je vais traîner un peu et essayer d’apprendre quelque chose.
De nouveau occupée à scruter la rue, Elena fit volte-face, visiblement surprise. Il n’y avait pas de quoi, pourtant. C’était pour enquêter sur le meurtre que Matt avait rappliqué à Western Bluff.
Comme si elle venait de s’en souvenir, Elena acquiesça.
— D’accord.
— A tout à l’heure, alors.
Il crut qu’elle allait monter dans son pick-up, mais elle n’en fit rien. Plantée au milieu du trottoir, elle le dévisageait d’un air un peu perdu et semblait hésiter à lui dire quelque chose.
Subitement, il comprit.
Ils se séparaient déjà alors qu’ils venaient à peine de se retrouver, après une très longue absence. C’est vrai que cela faisait bizarre. Chaque fois qu’il avait dû quitter Elena, il avait ressenti ce petit pincement au cœur. Pourtant, il allait la retrouver tout à l’heure. Peut-être pensait-elle qu’il ne viendrait pas et voulait-elle lui dire au revoir, en y mettant un peu plus les formes que la dernière fois, juste au cas où ils ne se reverraient pas.
En fait, cela ressemblait étrangement à la dernière fois. Ils s’étaient quittés dans la rue, pas très loin d’où ils se trouvaient maintenant. Sauf qu’il faisait nuit.
Et que ni l’un ni l’autre ne soupçonnaient qu’il reviendrait un jour.
Mais il était revenu, avait-il envie de lui dire pour la rassurer. Cela n’aurait sans doute pas changé grand-chose. Elena n’aimait décidément pas le quitter. Lui non plus ne la laissait pas partir de gaieté de cœur. Car il était toujours très attaché à elle, quoi qu’il en dise.
En huit ans, ses sentiments auraient pu s’émousser. Mais quand il contemplait ce visage adorable tourné vers lui, il se sentait aussi troublé qu’autrefois et savait que, au fond de lui, rien n’avait changé.
Renonçant finalement à ajouter quoi que ce soit, Elena se décida à monter dans son pick-up après lui avoir adressé un bref hochement de tête.
Matt s’écarta et la regarda démarrer. Quand elle sortit en marche arrière, il était toujours là. Incapable de se mettre en route, il avait l’impression de s’être transformé en statue. Le pick-up s’éloigna lentement et disparut.
— C’est le genre de femme dont il vaut mieux se tenir à l’écart.
A sa voix, et plus encore à son ton sarcastique, Matt reconnut immédiatement Travis, le shérif adjoint qui était passé chez Elena tout à l’heure.
Sa remarque déplut à Matt, d’une part, parce qu’il la trouvait désobligeante à l’égard d’Elena et, de l’autre, parce qu’il ne partageait pas l’avis de Travis.
Impassible, cependant, il se tourna vers le shérif adjoint.
Le sarcasme se lisait sur son visage. Il scrutait Matt avec des yeux de fouine, comme s’il cherchait à le percer à jour. Mais il en fut pour ses frais.
— Ah bon ? dit Matt aimablement.
— C’est une meurtrière. Elle a tué son mari de sang-froid. Avez-vous vraiment envie de travailler pour elle ?
— Je suppose que si vous aviez la preuve de sa culpabilité, elle serait déjà sous les verrous.
— Cela ne saurait tarder, riposta Travis hargneusement. Tout le monde sait qu’elle est coupable. Elle n’a aucune chance de s’en tirer.
— En attendant, il faut que le ranch tourne et elle n’a personne pour l’aider. J’ai donc décidé de lui donner un coup de main.
— Une fois qu’elle sera en prison, vous aurez le plus grand mal à vous faire payer vos jours de travail.
— Je m’en inquiéterai le moment venu.
Le shérif adjoint afficha un rictus déplaisant.
— Vous avez tort de fréquenter cette femme. Même si vous ne la croyez pas coupable du meurtre de son mari, c’est une bonne à rien. Mais avec ses ascendants, ça n’a rien d’étonnant…
Il avait laissé sa phrase en suspens, sans doute pour piquer la curiosité de Matt et le pousser à le questionner. C’était le genre de détails dont raffolaient la plupart des gens. Mais Matt était déjà au courant. Elena lui avait souvent parlé de sa famille et il connaissait son père, Ed Reyes. Travis ne pouvait donc rien lui révéler qu’il ne sache déjà. Elena lui avait tout raconté et lui aussi lui avait fait des confidences.
Mais cela, bien sûr, il n’était pas question de le dire à Travis. De toute façon, ce type lui déplaisait. Matt avait toujours détesté les abrutis dans son genre. Travis Gerard était le type même de la brute épaisse qu’il méprisait au plus haut point. Et dire que cet imbécile avait été le meilleur ami du mari d’Elena ! Bobby Weston descendait encore un peu plus dans son estime.
Comme le silence se prolongeait, Travis, frustré, finit par cracher le morceau.
— Son père était un ivrogne, dit-il. Quant à sa mère, elle a fichu le camp quand Elena était encore toute petite. Tu parles d’un exemple ! Après ça, on ne pouvait pas s’attendre à ce qu’elle soit une épouse modèle.
— Où voulez-vous en venir ?
— Je pensais que vous auriez envie d’en savoir un peu plus sur celle pour qui vous allez travailler.
— Je me moque pas mal de ce qu’était sa famille. Mon employeur, c’est elle, que je sache !
Travis Gerard le scruta avec des yeux étrécis.
— Je vois, dit-il d’une voix chargée de mépris. Vous êtes prêt à travailler pour n’importe qui. Y compris pour une criminelle.
— Si vous cherchez à me faire revenir sur ma décision, vous perdez votre temps. Je ne sais pas ce que vous a fait Elena, mais vous la détestez, apparemment.
— Son mari était un ami d’enfance. J’enrage de la savoir en liberté, vaquant tranquillement à ses occupations, alors qu’elle l’a tué de sang-froid.
— En ce cas, prouvez-le. Ce n’est pas en essayant de me dissuader de travailler pour elle que vous allez la faire inculper.
Le shérif adjoint devint écarlate et son corps tout entier se raidit. Une fraction de seconde, Matt crut qu’il allait lui envoyer son poing dans la figure.
Il s’obligea à ne pas bouger. Ce crétin prétentieux ne le ferait pas reculer. Quitte à prendre des coups, si jamais il lui sautait dessus, Matt était déterminé à lui tenir tête. Et à ne surtout pas riposter. Car s’il portait la main sur le shérif adjoint, il risquait de s’attirer des ennuis. Comment pourrait-il aider Elena s’il se retrouvait en prison dès le premier jour ?
Travis Gerard se contenta finalement de lui lancer d’un air vindicatif :
— Je vous aurai prévenu ! Si ça tourne mal, il ne faudra pas venir vous plaindre.
— Ne vous en faites pas, répliqua calmement Matt. J’ai reçu le message cinq sur cinq.
Avec un petit sourire crispé, l’homme tourna les talons et s’éloigna d’un pas de grenadier.
Matt le regarda s’en aller, de plus en plus inquiet. Il n’était même pas soulagé que l’adjoint se soit finalement retenu de lui casser la figure, comme il brûlait visiblement de le faire. Tout ce qu’il voyait, c’était que sa mission s’annonçait encore plus difficile que prévu.
S’il fallait en croire Travis Gerard — et les pneus lacérés du pick-up semblaient hélas confirmer ses dires — Elena avait tout le monde contre elle. En aucun cas Matt ne pouvait la laisser se battre seule contre tous ceux qui avaient juré sa perte. Mais il n’était pas sûr de lui être d’un très grand secours. A eux deux, ils ne faisaient pas le poids. Par chance, Matt connaissait quelqu’un qui allait peut-être pouvoir leur donner un coup de main.
Grimpant dans sa camionnette, il prit un stylo dans la boîte à gants, sortit l’enveloppe de sa poche et composa sur le clavier de son téléphone un numéro abrégé.
Au bout de quelques sonneries, une voix familière répondit :
— Triple C, j’écoute.
— Salut, Piper. C’est Matt, à l’appareil.
— Matt ? Où es-tu ? Tout va bien ?
— Oui, ça va, répondit-il en éludant sciemment la première question. J’aimerais que tu me donnes le numéro de téléphone de Pam.
A son silence, Matt devina que son interlocutrice n’était pas dupe et qu’il n’arriverait pas à noyer le poisson très longtemps.
— Si tu veux parler à un agent du FBI, ça ne doit pas aller si bien que cela, fit-elle remarquer.
— Je suis confronté à un petit problème pour lequel j’aurais besoin de son aide. J’espère qu’elle sera d’accord.
— Y a-t-il quelque chose que Cade et moi puissions faire ?
Matt savait qu’il n’avait qu’un mot à dire pour que Cade et elle rappliquent dare-dare à Western Bluff. Jamais ils ne le laisseraient tomber. Ils étaient ses employeurs, certes, mais aussi ses meilleurs amis.
— Donne-moi le numéro de Pam, c’est tout ce que je te demande.
Il y eut un nouveau silence puis Piper énonça lentement le numéro. Matt s’empressa de le griffonner au dos de l’enveloppe.
— Tu veux que je répète ? demanda-t-elle obligeamment.
— Non, c’est bon. Je l’ai noté. Je te remercie.
— En cas de besoin, n’hésite pas, Matt. Nous sommes là.
— Oui, je sais. Ça me touche beaucoup. Merci.
— Prends soin de toi, recommanda Piper avant de couper la communication.
S’armant de courage, Matt composa le numéro qu’il venait de noter et attendit anxieusement que quelqu’un veuille bien répondre.
A la troisième sonnerie, ce fut Pam elle-même qui répondit. Elle avait presque la même voix que Piper mais, à son ton, on devinait qu’elle n’était pas commode.
— Pam, c’est Matt Alvarez.
Comme sa sœur, elle laissa le silence s’installer.
— Matt, dit-elle enfin. Quelle surprise !
Bonne ou mauvaise ? Impossible à dire. Rien, dans la voix de Pam, ne permettait de le savoir.
— Pardonnez-moi de vous déranger mais j’ai un problème. Je me demandais si vous ne pourriez pas m’aider.
— De quoi s’agit-il ?
Il lui expliqua dans quelle situation se trouvait Elena.
— Cette affaire ne relève pas de la juridiction fédérale, dit Pam lorsqu’il eut terminé. Officiellement, je ne peux rien faire.
— Je sais. Mais si vous pouviez me donner quelques renseignements, cela m’aiderait beaucoup.
— Quel genre de renseignements ?
— J’aimerais en savoir un peu plus sur Western Bluff, sur Elena et son mari, sur le shérif et ses états de service. Ces renseignements, j’imagine que vous n’aurez aucun mal à les trouver. Je ne vous demande rien d’autre pour l’instant. Je ne voudrais pas vous attirer des ennuis. Mais il est possible que je fasse de nouveau appel à vous dans quelques jours, quand je serai un peu plus avancé.
Il y eut un long silence, puis Pam déclara :
— Cette femme doit beaucoup compter pour vous.
La première réaction de Matt fut de la détromper. Il y avait belle lurette qu’Elena ne comptait plus.
Mais il se ravisa. Pam ne comprendrait pas. Elle chercherait à savoir pourquoi il tenait tant à aider Elena. Et comme il ne le savait pas lui-même…
Alors il répondit :
— C’est une amie.
Elle ne dit rien pendant quelques secondes puis demanda d’un ton sec :
— Envoyez-moi par sms un numéro où je puisse vous joindre. Je vais voir ce que je peux faire.
— Merci, dit Matt qui se rendit compte, à la tonalité, qu’elle avait déjà raccroché.
Il n’en prit pas ombrage. Il connaissait Pam. Elle était directe et ne perdait pas son temps en palabres inutiles. Mais elle avait accepté de l’aider, et c’était tout ce qui comptait. Le reste, il s’en fichait.
Comme il s’apprêtait à rempocher son téléphone, il croisa le regard d’une femme qui semblait l’observer.
Elle était dans la rue, un peu plus loin, immobile. Sans doute l’épiait-elle depuis un petit moment. Absorbé par sa conversation téléphonique, il n’avait rien remarqué. Lorsqu’il la surprit en train de le fixer, elle eut l’air décontenancée. Mais curieusement, elle ne baissa pas les yeux. Intrigué, Matt soutint son regard sans ciller. A en juger par le nombre de personnes qui les avaient dévisagés, Elena et lui, en l’espace de trente minutes, il en conclut qu’il allait falloir qu’il s’habitue. Pas question de se laisser intimider par toute cette animosité.
Cette femme ne semblait pas, cependant, lui vouloir du mal. Aucune hostilité ne filtrait dans son regard. Agée d’une cinquantaine d’années, brune aux yeux marron, elle avait un joli visage et une expression bienveillante. Elle le scrutait avec une attention particulière, un peu comme si elle cherchait quelque chose dans ses traits. Il se demanda ce qu’elle pouvait bien lui vouloir, mais ne s’y intéressa pas plus que cela. Peut-être était-ce simplement de la curiosité. Rien de bien méchant, en somme. Tant qu’elle se contentait de le regarder, il n’avait rien à craindre.
Brusquement honteuse, peut-être, de le fixer avec tant d’insistance, la femme se détourna d’un coup et partit dans la direction opposée.
Matt secoua la tête, perplexe. A Western Bluff, les gens étaient décidément bizarres, songea-t-il. Mais il n’avait pas le temps de se pencher sur leur cas ; il avait d’autres chats à fouetter.
Pam allait très certainement lui fournir tout un tas de renseignements qu’il n’aurait pu glaner seul, mais il avait l’intention d’enquêter de son côté, comme il le lui avait dit. Avec un peu de chance, toute la ville ne savait pas encore qui il était et ce pour quoi il était là. Il pouvait donc raisonnablement espérer trouver quelqu’un qui accepte de lui parler. Et ce quelqu’un, il savait où il avait le plus de chances de le trouver.
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