Une suspecte trop parfaite - Un allié aux yeux d'émeraude (Black Rose) (French Edition)

Chapitre 17

17

 

 

— Ne faites pas un bruit, répéta Gantry tout bas.

Megan obtempéra et s’efforça de reprendre une respiration normale.

— Vous savez qui je suis, n’est-ce pas ? s’enquit-il.

Elle acquiesça.

— Vous nous avez piégés, maugréa-t-elle.

— Ce n’était pas mon intention, se défendit-il. Où est Pike ?

— Ne comptez pas sur moi pour vous le dire.

— Je dois le retrouver avant eux.

— Eux ? De qui parlez-vous ?

Elle était persuadée de connaître la réponse. Tout laissait à penser que les hommes qui les chassaient avaient été engagés par quelqu’un, probablement Barton Reid, pour effacer systématiquement toute trace de ses méfaits. Mais elle voulait entendre Gantry l’admettre de vive voix.

— Barton Reid a réuni des anciens de MacLear Security, précisa-t-il. Vous deviez bien vous en douter, d’ailleurs, sinon vous ne seriez pas là. Ecoutez, je peux aider Pike, mais vous devez me dire où il est.

— Je suis là.

Megan tourna la tête et découvrit Evan. Il s’était approché sans qu’ils l’aient entendu et braquait un revolver sur Gantry. Elle profita de l’effet de surprise pour se dégager de l’étreinte de ce dernier et s’écarter de la ligne de mire d’Evan.

Gantry leva les mains en l’air.

— Je ne souhaite blesser personne, s’écria-t-il.

— Lâchez votre arme, ordonna Evan, et poussez-la vers Megan.

— Ecoutez, nous n’avons pas le temps de jouer ! répliqua Gantry.

Néanmoins, il obtempéra et poussa du pied le revolver qu’il avait laissé tomber. Megan se baissa pour le ramasser. Elle entendit alors un claquement sec suivi d’un grognement de douleur. Gantry vacilla et lui tomba dessus.

Elle eut tout juste le temps de saisir son revolver. Gantry gisait sur elle, le visage déformé par la souffrance.

— Ne vous relevez pas ! s’exclama Evan.

Lui aussi avait plongé au sol et il venait vers elle en rampant.

— Il s’est fait tirer dessus, déclara Megan, le souffle court, en désignant Gantry.

— C’était un tir de sniper, répliqua Evan. Il faut que nous nous mettions à l’abri au plus vite.

Il saisit la main de Megan pour la tirer derrière lui, mais elle résista.

— Nous ne pouvons pas le laisser…

— Il nous a tendu un piège, il a eu ce qu’il méritait.

— Reid…, geignit Gantry. Il m’a forcé…

— Il peut témoigner contre Reid, intervint Megan, il représente notre meilleure chance d’envoyer enfin ce type en prison. Nous ne pouvons pas le laisser là.

Evan poussa un soupir d’exaspération.

— Ne vous relevez surtout pas, Megan. Rampez jusqu’au sommet de la colline et mettez-vous à l’abri. Je m’occupe de Gantry.

— Portez-moi sur votre dos, dit Gantry avec difficulté. J’ai… un gilet pare-balles.

Evan échangea un bref regard avec Megan, puis se tourna de nouveau vers Gantry.

— Mais vous êtes blessé ou pas ?

— L’impact de la balle a dû me… casser une côte. J’ai… peut-être même un poumon perforé.

— Allez-y, Evan, portez-le, lança Megan. On se retrouve en haut.

Elle se mit à gravir la colline en rampant, sans se retourner. Elle ne se releva que lorsqu’elle fut à quelques mètres du sommet. Elle avait repéré de gros rochers derrière lesquels elle pourrait se réfugier.

Une fois à l’abri, elle risqua un regard en contrebas pour savoir où en étaient Evan et Gantry. Ils approchaient assez vite, s’étonna-t-elle, Gantry sur le dos d’Evan. Une balle siffla tout près d’eux. Mais, malgré le poids de Gantry, Evan parvint à parcourir les derniers mètres à grandes enjambées et tous deux furent à leur tour à l’abri des rochers.

Gantry était pâle comme un spectre et avait une respiration sifflante.

— Il est au plus mal, dit Megan à Evan.

— Je pense qu’il a effectivement un poumon perforé, répliqua Evan, en regardant à droite et à gauche avec méfiance.

— Dans ce cas, nous devons trouver un moyen de l’évacuer au plus vite. Il faut absolument qu’il ait la vie sauve et témoigne contre Barton Reid.

— Notre seule chance, c’est d’appeler vos cousins à la rescousse, parce que, là, nous sommes coincés.

— La route…, intervint Gantry qui avait toujours autant de mal à parler.

— Quoi, la route ? demanda Evan.

— Par là, en bas… il y a… une route.

Megan regarda dans la direction indiquée. Elle crut en effet distinguer de l’asphalte à travers les arbres.

— Je ne sais pas si nous parviendrons à le tirer jusque là-bas sans aggraver ses blessures, soupira-t-elle.

Son téléphone vibra et elle le sortit de sa poche.

— C’est un message de Luke, dit-elle en le lisant. Selon lui, les agents du SSU se replient.

— Vous croyez qu’ils pensent que Gantry est mort ? demanda Evan.

Elle observa l’impact de la balle dans la veste du major, juste au niveau du cœur.

— S’il ne portait pas de gilet pare-balles, il le serait bel et bien.

Et si Vince avait lui aussi porté un gilet pare-balles, serait-il encore de ce monde ?

Mais pourquoi ne portait-il pas de gilet pare-balles ce jour-là ?

Elle leva les yeux vers Evan.

— Une pensée vient de me traverser. Pourquoi Vince ne portait-il pas de gilet pare-balles quand il était en patrouille ?

Evan soupira.

— Au Kaziristan, dans la journée, il pouvait faire quarante degrés à l’ombre. Et puis, il pouvait se passer deux semaines sans que nous entendions un seul coup de feu. Et, à l’époque où Vince a été tué, le secteur où nous étions était quasiment pacifié.

— Je leur ai dit qu’ils n’étaient pas obligés de faire cela, intervint Gantry.

Le sang de Megan ne fit qu’un tour. Elle saisit Gantry par le col, ce qui arracha un nouveau cri de douleur au major.

— Vous saviez qu’on allait tirer sur Vince ?

— Megan ! intervint Evan. Ne le brusquez pas, c’est dangereux.

Elle était tellement en colère qu’elle dut lutter pour recouvrer son calme et lâcher Gantry.

— Vous saviez, oui ou non ? insista-t-elle néanmoins.

— Non, je… n’ai compris qu’après.

Gantry tendit la main vers elle et lui serra faiblement les doigts.

— Si j’avais été au courant, je n’aurais pas laissé faire.

Elle libéra sa main brutalement et regarda Evan.

— Pouvez-vous courir jusqu’à la route ?

Il acquiesça et leva la main pour lui caresser la joue.

— Et vous, êtes-vous bonne tireuse ?

— Plutôt, oui.

— Alors couvrez-moi, mais ne faites feu qu’en cas d’extrême nécessité.

Puis, sans autre forme de procès, il se redressa et dévala la pente en direction de la route, prenant soin de rester recroquevillé. Elle regarda de tous côtés, à l’affût du moindre mouvement, mais tout était calme.

Elle sortit donc son téléphone pour appeler ses cousins et leur préciser l’endroit où ils trouveraient Evan. Mais Luke lui avait envoyé un nouveau message.

 

Plus aucun véhicule dans les bois à part la voiture d’Evan. Pneus crevés.

Une précaution pour éviter qu’il puisse rejoindre son véhicule et s’enfuir, songea Megan.

Elle répondit en donnant à Luke la position d’Evan et en lui demandant d’appeler les secours pour le major Gantry.

Celui-ci était faible mais son état ne semblait pas empirer. Il l’observait avec un regard grave et solennel.

— Je suis vraiment désolé, vous savez. Sincèrement.

— Désolé pour quoi ? Pour avoir fait tuer mon mari ou pour vous être fait prendre ?

— J’ai couvert le meurtre, mais je n’en suis pas à l’origine.

— Pourquoi l’avez-vous couvert ? Vous étiez impliqué dans le scandale qui a éclaboussé le SSU ? Vous travailliez avec Barton Reid ?

— Je ne travaillais pas avec lui mais… Il avait quelque chose contre ma femme.

— Votre femme ?

— A l’époque, nous avions des problèmes financiers et, pendant que j’étais en mission, elle a détourné de l’argent de son entreprise.

— Et Barton Reid était au courant ?

— Il sait tout sur tout le monde. Pour lui, c’est primordial.

— Il vous a fait chanter pour vous pousser à couvrir le meurtre de Vince ?

Le major acquiesça.

— Ma femme avait remboursé l’argent, personne en dehors du vice-président ne s’est aperçu de quoi que ce soit. Mais, d’une manière ou d’une autre, Reid a appris ce qui s’était passé et m’a menacé de tout révéler au P.-D.G. de la société. Ma femme risquait de perdre son emploi et même d’être poursuivie en justice. J’ai quatre enfants, je suis très peu à la maison, je les vois très rarement…

— Donc, votre rôle, c’était d’appuyer la version officielle de la mort de Vince ?

— Et de ne dire à personne que j’avais vu Reid avec un des chefs rebelles.

— Et désormais, vous témoignerez, vous révélerez tout cela ?

Il acquiesça de nouveau.

— J’ai eu tort de céder aux pressions. A cause de cela, mon mariage bat de l’aile, ma femme et moi, nous osons à peine nous regarder tellement nous avons honte de…

— La vérité vous libérera.

— Ou causera votre perte.

L’intervention de cette voix masculine derrière elle la fit sursauter. Elle fit volte-face. Un homme en tenue de camouflage tenait un fusil braqué sur elle.

* * *

Alors qu’il descendait avec précaution vers la route, Evan sentit son téléphone vibrer. C’était un message de Jesse Cooper. A sa lecture, il se sentit pris d’effroi et se retourna pour regarder vers le sommet de la colline. Il aperçut alors un individu en tenue de camouflage qui approchait discrètement vers l’endroit où étaient Megan et Gantry.

C’était un homme jeune, fin et musclé, comme la plupart des agents du SSU. Il progressait avec agilité, sans faire de bruit.

Grâce au message qu’il venait de recevoir, Evan était persuadé de connaître l’identité de cet homme.

Il n’y avait pas un instant à perdre. Megan, la femme qu’il aimait, était là-haut, ignorant le danger qui risquait de s’abattre sur elle.

Il sortit son revolver et remonta la pente.

* * *

Il fallut quelques secondes à Megan pour trouver la force de quitter le fusil du regard et relever la tête. Elle était complètement à la merci de cet homme.

— Je ne suis pas là pour vous tuer, dit-il.

— Vous voulez tuer Gantry ?

— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? Ça fait quatre ans qu’il vous ment.

D’un geste, il lui ordonna de s’écarter de la ligne de tir.

— Et vous, vous voulez à tout prix continuer à faire en sorte que la vérité n’éclate pas ? lança-t-elle.

— Vous savez, dans tous les pays, il y a des responsables qui prennent parfois des décisions contestables.

— C’est votre seule justification ?

— Tout ce que je dis, c’est que c’est partout pareil. Et que la seule chose importante, c’est de savoir quel profit on peut tirer de tels comportements à titre personnel.

— Voilà la morale du SSU !

— Nous ne sommes pas le SSU ! protesta l’homme, visiblement en colère. Nous n’appartenons qu’à nous-mêmes.

— J’ai plutôt l’impression que vous appartenez à Barton Reid. Il vous a achetés et il continue de vous payer pour nettoyer ses traces.

Le tueur prit une expression blessée, comme si son commentaire avait mis droit dans le mille.

— Ecartez-vous, je vous prie. Je ne souhaite pas vous faire de mal. Je n’en ai jamais eu l’intention.

— Non, bien sûr, vous préférez tirer de sang-froid sur un homme à terre.

— Il nous a trahis.

— Il a trahi Barton Reid, contra-t-elle. Et Barton Reid a trahi son pays.

— Oh, mais son pays l’avait trahi longtemps avant cela !

Megan le fixa silencieusement pendant quelques secondes.

— Mais qui êtes-vous exactement ?

Pour toute réponse, il se contenta de pointer son fusil sur elle de manière encore plus menaçante.

— Si vous m’y obligez, je vous éliminerai également.

Soudain, dans la végétation, elle perçut un mouvement.

Evan était revenu.

— Je ne plaisante pas, reprit l’homme. Ecartez-vous !

Elle rassembla son courage, ne bougea pas et fixa l’individu face à elle droit dans les yeux.

— Vous faisiez partie de l’armée ? Vous étiez au Kaziristan, n’est-ce pas ?

— Merriwether, murmura Gantry derrière elle. Il s’appelle Scott Merriwether.

— Merriwether ? répéta-t-elle, horrifiée. Alors vous n’êtes pas mort dans un accident de la route ? Comment avez-vous fait ? Vous vous êtes emparé d’un pauvre bougre que vous avez mis au volant de votre voiture avant de la précipiter dans un ravin ? Mais comment avez-vous fait pour que les tests ADN concluent que c’était vous dans la voiture ?

Merriwether ne put s’empêcher de sourire.

— Personne n’est mort. L’histoire a été montée de toutes pièces.

— Le SSU a le pouvoir de faire cela ? s’écria Megan.

— Je vous ai déjà dit que nous n’étions pas le SSU !

— Qui êtes-vous alors ?

— Des patriotes.

— Connaissez-vous seulement le sens de ce mot ?

— Et vous, vous pensez le connaître ? Le gouvernement se moque bien de ce qui peut arriver aux hommes qu’il envoie se battre à l’étranger, soi-disant pour défendre la démocratie alors qu’il ne s’agit que de protéger des intérêts !

— Et Barton Reid se soucie du sort des soldats, peut-être ? répliqua-t-elle.

Merriwether lui retourna un sourire mauvais.

— Barton Reid n’est qu’un rouage.

* * *

Evan avait le cœur qui battait à tout rompre. Il devait au plus vite trouver un angle de tir sans se faire repérer de Merriwether.

Dès qu’il avait reçu le message de Jesse Cooper, il avait flairé le danger.

 

Merriwether est encore en vie.

Il y avait urgence. Il reprit sa progression en rampant.

Il distinguait désormais Merriwether. Celui-ci portait un gilet pare-balles. Ce qui lui compliquait encore la tâche. Mais il devait intervenir, il n’avait pas le choix.

— Reid a toujours travaillé pour quelqu’un d’autre. Comme nous tous, entendit-il Merriwether déclarer.

— Quelqu’un de haut placé ?

— Pour provoquer le changement, il faut forcément infiltrer le système.

Evan était stupéfait. S’il n’avait pas déjà été fou amoureux de Megan, son courage l’aurait fait succomber. Malgré le danger, elle restait calme et s’employait parfaitement à faire parler Merriwether pour gagner du temps.

— Est-ce vous qui avez tué Vince ? lui demanda-t-elle soudain.

Merriwether ne répondit pas.

Megan fit alors un pas vers lui. Le canon du fusil n’était plus qu’à quelques centimètres d’elle. Evan était terrorisé : il ne pouvait pas faire feu sans risquer de la blesser.

— Avez-vous tué mon mari ? insista-t-elle, le regard embrasé de fureur.

Merriwether abaissa le canon de son arme de quelques centimètres.

— Pourquoi ? Parce qu’il a vu Reid en compagnie d’un responsable des rebelles ? Parce qu’il s’est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment, c’est ça ?

Merriwether ne répondait toujours pas mais releva de nouveau son arme. Il était sur le point de faire feu, comprit Evan. Il ne pouvait plus attendre. Il brandit son arme. Mais alors, un coup de feu déchira l’atmosphère.

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