Une suspecte trop parfaite - Un allié aux yeux d'émeraude (Black Rose) (French Edition)
Chapitre 2
2
Evan attendit sa réaction, prêt à se jeter au sol si par malheur elle levait son arme. Mais, dans son regard, c’était de la curiosité plus que de la colère qu’il décela.
— MacLear, dit-elle finalement, le prenant complètement de court.
Comme il ne répliqua pas, elle le fixa intensément et reprit :
— C’est bien à eux que vous faites allusion, n’est-ce pas ? L’unité des services spéciaux de sécurité de MacLear, qu’on appelle communément le SSU.
— Oui, répondit-il, abasourdi. Vous le saviez déjà ?
Lentement, elle fit non de la tête.
— Je ne sais rien. MacLear n’avait aucune raison de s’en prendre à Vince. Il n’a jamais côtoyé ces hommes, même pendant sa mission au Kaziristan.
Ça, il n’en était pas si sûr mais, comme Megan acceptait enfin de lui parler, ce n’était pas le moment de lui dévoiler ses soupçons à ce sujet.
— Cependant, reprit-il, des agents de MacLear étaient bien là-bas.
— Et les hommes du SSU travaillaient depuis des années en sous-main pour Barton Reid.
— Il semblerait, oui.
Dès le départ, Barton Reid lui avait semblé impliqué de près ou de loin dans ce qui s’était passé. Mais le prouver s’était avéré beaucoup plus compliqué que prévu.
— Il semblerait, répéta Megan d’un ton où se mêlaient colère et dégoût. Et vous pensez que c’est Barton Reid qui a donné l’ordre d’abattre mon mari ?
Y croyait-elle ou pas ? Il n’aurait pas su le dire. Mais au moins, elle ne balayait pas immédiatement cette hypothèse.
— Pour le moment, poursuivit-il, ce que je crois, c’est que quelqu’un l’a fait abattre. S’il s’agit de Reid et si je parviens à en apporter la preuve, alors les accusations déjà portées contre lui trouveront une justification.
— Alors là, bon courage, commenta-t-elle d’un ton plus que sceptique.
— Si nous ne parvenons pas à le coincer, il continuera à vivre en toute impunité alors que nous savons tous deux qu’il est nuisible. Et jamais il ne paiera pour les torts qu’il a causés à votre famille il y a quelques années.
Elle inclina la tête et plissa les yeux.
— Vous paraissez très bien renseigné sur mes proches.
— Je me suis fait un devoir d’en apprendre le plus possible.
Il se redressa, la fixa droit dans les yeux et ajouta :
— Bien, je suppose que mes dix minutes sont écoulées. Alors, je reste ou je pars ?
Pendant de longues secondes, elle resta silencieuse. Enfin, elle fit un petit signe de tête, tourna les talons et repartit vers la maison.
Tandis qu’elle montait les marches du perron, il poussa le portail, entra dans la cour, referma derrière lui et consacra quelques instants à Patton pour lui faire fête. Quand il releva la tête, Megan l’observait depuis le seuil. Elle avait rangé son téléphone dans la poche de son pantalon mais tenait toujours son arme en main.
Avec ses cheveux flamboyants et son regard pénétrant, elle avait une allure à la fois dangereuse et extrêmement attirante ; cette pensée lui donna des frissons dans le bas-ventre.
Oh oui, elle était dangereuse. A bien des égards.
* * *
Tout ce que Megan savait d’Evan Pike, elle l’avait lu dans les lettres de Vince. Elle s’était fait de lui l’image d’un homme revêche, obsédé par la loi et les règles, et ne s’était jamais demandé à quoi il pouvait bien ressembler. Or, elle avait devant elle un homme grand, large d’épaules, à la silhouette impeccable. Selon Vince, il n’avait jamais été militaire mais, au milieu d’un groupe de soldats, il ne devait pas déparer.
Il avait manifestement remarqué qu’elle le scrutait en détail : un léger sourire étirait ses lèvres.
— Ai-je réussi l’examen de passage ?
— Ça reste à voir.
Elle dissimula du mieux possible sa confusion et alla poser son arme sur le meuble près de la porte de sa chambre. D’habitude, elle ne la laissait jamais en évidence et la gardait dans un tiroir fermé à clé quand il y avait des enfants dans la maison. Gossamer Ridge n’était pas un endroit dangereux, mais ces dernières années, de par son activité, sa famille avait affronté des gens peu recommandables et elle préférait rester prudente.
Elle retourna dans le hall où Evan restait docilement sur le seuil, attendant qu’elle l’invite franchement à entrer. Patton était assis à ses pieds avec un air idiot qui, pour un chien, devait s’apparenter à un sourire.
— Jolie maison, dit-il.
Elle regarda autour d’elle. Ces quatre dernières années, elle s’était désintéressée de l’environnement dans lequel elle vivait. Vince et elle étaient censés résider provisoirement dans cette petite maison. Ils avaient tous deux mis de l’argent de côté et auraient dû faire construire tout près de Gossamer Lake après son retour de mission. Vince avait l’intention d’effectuer lui-même la majeure partie des travaux.
Depuis la mort de Vince, cette maison était devenue son purgatoire, un endroit où elle restait jusqu’à ce qu’elle parvienne à décider ce qu’elle allait faire de sa vie, alors qu’elle n’avait pas de projets précis.
— Merci, répondit-elle, embarrassée.
L’avait-il complimentée par pure politesse ? Ou avait-il sincèrement trouvé du charme à son salon au mobilier purement fonctionnel ?
Au moins, la maison était propre et rangée. Elle n’avait jamais été désordonnée mais Patton, en plus de perdre ses poils, avait la manie d’éventrer ses jouets et d’éparpiller un peu partout leur rembourrage. Elle devait fréquemment faire le ménage.
— Si vous n’êtes pas rassurée de vous retrouver seule ici avec moi, nous pouvons aller ailleurs, madame Randall. Que diriez-vous d’aller prendre un petit déjeuner tardif en ville ? suggéra Evan.
— Je ne suis pas mal à l’aise, protesta-t-elle d’un ton peu convaincant. Cependant, si vous avez faim, j’ai des œufs et du jambon au réfrigérateur.
Elle ne pouvait pas lutter contre son sens de l’hospitalité, hérité de sa jeunesse passée dans une petite ville du Sud.
— Ne vous sentez pas obligée de m’inviter…
Elle avait déjà formulé son invitation, elle ne pouvait donc pas revenir en arrière.
— Patton et moi n’avons pas encore pris le petit déjeuner. Si vous voulez vous joindre à nous, vous êtes le bienvenu.
Il prit un air amusé.
— Décidément, j’adore le Sud. Les gens se sentent toujours forcés de vous offrir à manger, même s’ils ne peuvent pas vous voir en peinture.
Elle ne fit aucun commentaire. Que pouvait-elle dire ? Qu’elle appréciait sa compagnie ? Cela restait encore à déterminer, non ?
Elle indiqua le petit comptoir de la cuisine et réprima un sourire quand il tenta de s’installer sur un des tabourets, malgré sa grande taille. Il ressemblait à un géant dans une maison de poupée.
Patton traversa la pièce pour venir une fois de plus s’installer aux pieds d’Evan. Celui-ci se pencha pour le caresser entre les oreilles avec familiarité.
— Vous aviez déjà vu Patton au Kaziristan ? lui demanda-t-elle en se lavant les mains dans l’évier.
— En fait, c’est moi qui l’ai trouvé. Pas vrai, mon grand ? répondit-il en souriant au chien.
— Vince m’avait dit qu’il l’avait trouvé au cours d’une patrouille.
Evan l’observa d’un air curieux, comme pour déterminer si elle l’accusait d’être un menteur. Mais ce n’était pas le cas. Vince ne lui avait jamais expliqué en détail les circonstances dans lesquelles il avait recueilli Patton.
— Il était tout petit, reprit Evan. Il s’était réfugié sous un camion pour se réchauffer. Si je ne l’avais pas vu, il se serait sans doute fait écraser.
Megan réprima un frisson. Sans Patton, ces quatre dernières années auraient vraiment été très dures.
— Pourquoi ne l’avez-vous pas envoyé chez vous, auprès de votre femme ?
— Je ne suis pas marié, répondit-il. Et Vince m’avait dit que vous aimiez beaucoup les chiens. C’était donc naturel que je le laisse vous le faire parvenir.
Elle se sécha les mains.
— Je suis heureuse de l’avoir avec moi.
— Lui aussi a l’air heureux. Et il est beaucoup mieux élevé que quand il était avec nous à la base.
A ces mots, son sourire s’agrandit et illumina son visage. Elle en fut touchée, sans comprendre pourquoi.
Etait-elle attirée par Evan Pike ? Mince alors, ce n’était vraiment pas le moment que les émotions qu’elle avait enfouies au fond d’elle-même se rappellent à son souvenir. De toute façon, puisqu’on lui avait enlevé Vince, le seul homme qu’elle ait jamais aimé, il ne lui restait plus qu’à être sa veuve pour le restant de ses jours.
Et cela, quoi qu’elle pût éprouver pour un autre homme.
Elle ignora la contrariété que cette réflexion lui procurait et sortit une boîte d’œufs du réfrigérateur.
— Brouillés ou au plat ?
— Faites au plus simple, répondit-il. Puis-je également me laver les mains dans l’évier ?
— Bien sûr, répliqua-t-elle spontanément.
Mais elle ne mit pas longtemps à regretter de ne pas l’avoir envoyé à la salle de bains. L’espace cuisine de son côté du comptoir était réduit et, une fois qu’il eut fait le tour, avec sa carrure imposante, il prenait quasiment toute la place.
Quand elle passa près de lui pour prendre une poêle, leurs bras s’effleurèrent et ce simple contact suffit à la mettre dans tous ses états.
Ces derniers mois, ses sœurs l’encourageaient à sortir, à chercher à faire de nouvelles rencontres, mais elle avait toujours repoussé cette idée, convaincue qu’elle serait toujours la femme d’un seul homme. Elle avait déjà connu une fois le grand amour, alors quel intérêt de chercher à se lancer dans une nouvelle histoire qui ne pourrait jamais être qu’une pâle copie de ce qu’elle avait vécu ?
Toutefois, si elle avait eu un petit ami, elle n’aurait certainement pas été aussi troublée.
Evan s’essuya les mains avec une serviette en papier et baissa les yeux sur elle. Elle se sentit minuscule et vulnérable. Elle n’aimait vraiment pas cette impression.
— Où se trouve la poubelle ?
— Là, sous le plan de travail, dit-elle en l’indiquant du doigt. Tenez, donnez-moi votre serviette, je vais la jeter. Retournez vous asseoir, je vous en prie.
Et éloignez-vous de moi avant que je fasse quelque chose que je pourrais regretter.
— Vous êtes sûre que je ne peux pas vous aider ?
Tiens, pourquoi pas ? S’il était occupé, elle pourrait garder ses distances avec lui.
— Si vous voulez, vous pouvez couper le pain et nous faire griller des toasts, suggéra-t-elle en désignant le grille-pain.
— D’accord.
Elle prépara les œufs, en mit une petite part de côté pour Patton puis disposa le reste sur deux assiettes qu’elle posa sur le comptoir. Il ajouta deux tranches de pain grillé sur chaque assiette.
Plutôt que de s’asseoir sur le tabouret à côté du sien, elle resta de l’autre côté du comptoir, face à lui, et mangea debout.
— C’est excellent, commenta-t-il après la première bouchée. Merci beaucoup.
— De rien.
Un silence pesant s’installa. Au bout de quelques minutes, elle se sentit obligée de le briser.
— Qu’est-ce qui vous fait croire que MacLear a un rapport avec la mort de Vince ? L’armée a déjà mené une enquête interne, autant que je sache. Insinuez-vous que la vérité aurait été dissimulée ?
— La version officielle selon laquelle votre mari se serait fait tuer au cours d’une patrouille ne colle pas avec les preuves, répondit-il. Il n’y a pas eu volonté d’étouffer l’affaire mais plutôt un manque d’approfondissement de l’enquête, comme s’il y avait eu des questions qu’on n’avait pas voulu se poser. Moi, je me les suis posées et je vous jure que j’ai tout fait pour obtenir des réponses. Mais j’ai vite compris que je n’y parviendrais pas, même si je suis persuadé que ce ne sont pas les enquêteurs de l’armée qui font obstruction.
— Et vous agissez sur requête du Pentagone ?
Il fit non de la tête.
— Je ne travaille plus au Pentagone.
Cette nouvelle l’étonna.
— Selon Vince, vous étiez marié avec cette institution.
— Eh bien nous avons divorcé, rétorqua-t-il avec le même sourire qu’un peu plus tôt, mais cette fois teinté d’amertume. A cause de différends insurmontables.
Un peu perturbée, Megan ne termina pas son assiette. Elle versa le reste dans la gamelle de Patton et le caressa brièvement entre les oreilles.
— Vous avez été renvoyé ? s’enquit-elle.
— C’est ce qui serait arrivé si je n’avais pas démissionné avant.
— Parce que vous posiez des questions sur la mort de Vince ?
— Oui.
— Mais aucun de ses hommes ne s’est jamais manifesté pour déclarer que sa mort était due à autre chose qu’à une action des rebelles. Ne croyez-vous pas que, si ç’avait été le cas, l’un ou l’autre seraient venus me voir ?
— Mais peut-être n’ont-ils jamais su qu’il y avait matière à s’interroger !
Elle secoua la tête : elle ne comprenait pas son insinuation.
— Vince est décédé il y a quatre ans. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour remettre le sujet sur la table ?
Il baissa les yeux d’un air coupable.
— J’ai repoussé mes doutes parce que je ne voulais pas faire de vagues.
Devait-elle se sentir désolée pour lui ou lui en vouloir de son attitude ? Elle ne savait pas trop.
— Combien de temps avez-vous fait taire vos doutes ?
— C’est difficile à dire. En fait, quand c’est arrivé, c’était une période très compliquée. Nous passions notre temps à protéger les civils des exactions des rebelles et…
— Vous voulez dire que Vince et ses hommes passaient leur temps à protéger les civils, le corrigea-t-elle, avec plus de véhémence qu’elle ne l’aurait souhaité.
Il eut une expression contrite.
— En effet. Et, parmi les rebelles, il n’y a jamais eu de tireurs d’élite. Leur méthode consistait plutôt à organiser des raids surprise, à l’emporte-pièce.
— Vous vous êtes donc demandé pourquoi ils avaient décidé d’éliminer un soldat précisément par l’intermédiaire d’un tireur d’élite ?
— Oui, et je me suis également demandé comment ils avaient pu organiser leur coup. A l’époque, j’ai posé la question à droite et à gauche dans les villages, mais personne n’avait jamais entendu parler de la présence d’un tireur d’élite parmi les rebelles.
— Mais rien ne dit que l’homme qui a éliminé Vince était un tireur aguerri. Il y a une première fois pour tout, lui fit-elle remarquer.
Elle commençait néanmoins à comprendre pourquoi Evan Pike avait été troublé.
— Réussir un tel tir pour une première fois, c’est impossible, répliqua-t-il. Votre mari a été tué par une seule balle en plein cœur. Il n’avait aucune chance d’en réchapper.
— Et si le tireur avait été assez près pour être certain de ne pas le rater ?
Il secoua négativement la tête.
— L’unité de votre mari a immédiatement fouillé la zone, à la recherche du tireur, mais sans succès. Ce qui signifie que c’était un tir à longue distance. Et, encore une fois, rien de ce que nous savons sur les méthodes d’entraînement des rebelles au Kaziristan et les armes qu’ils utilisent ne confirme qu’ils sont en mesure de réussir pareille prouesse.
— D’accord, concéda-t-elle, il est donc possible que les rebelles ne soient pas responsables de la mort de Vince. Mais pourquoi croyez-vous que l’unité spéciale de MacLear est derrière cette affaire ? Ce pourrait très bien être des renégats de l’armée régulière du Kaziristan ou…
— L’arme qui a servi à tuer votre mari était de calibre 7.62, très répandu parmi les forces des pays de l’Otan. L’armée kazirie n’est pas équipée de ce type d’armes.
— Mais des Kaziris peuvent très bien avoir mis la main sur un stock d’armes de l’Otan, insista-t-elle. Le marché noir est florissant dans cette partie du globe.
Evan resta dubitatif.
— Cela n’explique pas la précision du tir. Je me suis renseigné sur place auprès des agents de la CIA et de l’Intelligence militaire. Aucun n’avait connaissance de la présence d’un tireur d’élite dans les troupes de l’armée régulière du Kaziristan, pas plus que parmi les rebelles. Or, celui qui a tué votre mari savait ce qu’il faisait.
Megan fronça les sourcils. Elle était de plus en plus perturbée.
— Bien, alors imaginons que vous ayez raison. Vince ne peut-il pas avoir été victime d’un « tir ami » ?
— Le jour du drame, la position de l’ensemble des unités déployées dans le secteur était parfaitement connue, répondit-il. Et, dans un rayon de trente kilomètres autour de la zone où votre mari a été tué, aucun coup de feu n’a été tiré.
Megan devait encore poser une question qui lui coûtait.
— Et le responsable ne peut pas être un des hommes de Vince ?
— Non, car alors, il aurait fallu que l’ensemble de l’unité soit complice.
Il repoussa son assiette, qu’il n’avait pas terminée non plus, et il se pencha en avant.
— Vous connaissiez bien les hommes de l’unité de votre mari ?
— Non, pas tous. Quand Vince était cantonné aux Etats-Unis, nous ne vivions pas à l’intérieur de la base, mais il nous arrivait quand même de fréquenter certains de ses hommes et leurs familles. En revanche, je n’ai plus revu personne depuis le retour de l’unité. Ce jour-là, j’étais allée les saluer.
— Vraiment ? Est-ce vous qui avez souhaité y aller ou bien était-ce à leur demande ?
— Je souhaitais y aller, répliqua-t-elle. Je me suis rendue à fort Benning et je me suis mêlée aux familles qui les attendaient. J’avais besoin de parler aux derniers hommes à avoir vu Vince vivant.
— Et comment ça s’est passé ?
Elle chercha à se remémorer cette journée de la manière la plus précise possible.
— J’ai parlé à Rafe Delgado en premier. Sa mère était venue l’accueillir, mais il m’a accordé quelques minutes. Il m’a remerciée d’être venue et a ajouté que Vince aurait apprécié ma démarche.
— C’est tout ?
— Oui, nous en sommes restés aux formules de politesse. Je ne voulais pas que ma présence rende ces hommes mal à l’aise. C’était sans doute une erreur de ma part d’y aller, mais j’avais besoin de…
Etreinte par l’émotion, elle ne put terminer sa phrase. Elle battit des paupières pour retenir ses larmes, inspira, puis reprit :
— Vince aurait voulu que je sois là pour les accueillir à leur retour.
Evan acquiesça.
— Le tir venait de loin, aucun de ses hommes n’a pressé la détente. Même si je ne peux pas vous assurer qu’aucun d’eux ne l’a piégé.
— Vous ne pouvez être sûr de rien, n’est-ce pas ?
Elle redressa les épaules :
— Etes-vous au moins certain que vous ne faites pas tout cela par culpabilité parce que, en tant qu’agent de liaison du Pentagone, vous étiez chargé d’encadrer les faits et gestes de l’unité de Vince sur le terrain, au risque parfois de mettre la vie de ces hommes en danger ? Mais, ce n’est pas vous qui avez tiré sur mon mari. Et vous ne faisiez que votre travail.
— Je sais, répondit-il d’un ton sombre.
Il laissa passer quelques secondes, puis reprit :
— Je vous mentirais si je vous affirmais que je ne me sens pas coupable. Je sais que les restrictions que nous imposions à nos soldats leur rendaient la vie plus difficile et les exposaient davantage au danger. Mais notre but était d’éviter que le pays ne tombe entre les mains de fanatiques, et il ne fallait surtout pas…
— … que vous vous mettiez la population locale à dos, finit-elle pour lui. Je sais.
— Il n’y avait pas de solution idéale. Nous étions obligés d’opter pour le moindre mal. Quand j’en parle, je peux parvenir à trouver les mots pour me justifier. En revanche, je ne peux pas me débarrasser de l’image du corps sans vie de votre mari, qui me hante sans cesse.
Megan haussa les sourcils.
— Vous avez vu Vince après son décès ?
— J’étais à la base quand on l’a ramené, dit-il tout bas. Ses hommes n’étaient pas ravis de me voir.
Ça, elle l’aurait deviné.
— Donc, vous pensez avoir une dette envers Vince et ses hommes, lança-t-elle. Mais pourquoi venir me faire part de vos soupçons alors que vous n’avez aucune preuve formelle de ce que vous avancez ? Qu’attendez-vous de moi ?
— Je sais que Vince rédigeait beaucoup de courrier. Il passait la majeure partie de son temps libre à écrire. Et je suis certain que la grande majorité de ses lettres vous était destinée. Je souhaiterais pouvoir consulter ces lettres.
Megan fut scandalisée par sa requête.
— C’est non.
— Je suis conscient qu’une partie du contenu est intime et que vous n’avez pas envie que je lise des…
— Tout le contenu est intime, l’interrompit-elle. Je ne vous laisserai pas les voir.
— Il n’évoquait jamais la situation au Kaziristan ?
Bien sûr que si, mais cela ne changeait rien.
— Ces lettres sont tout ce qui me reste de lui. Je refuse de les montrer à qui que ce soit.
Il lui adressa un regard dépité.
— Dans ce cas, acceptez-vous au moins de les relire afin de vérifier si, après ce que je viens de vous dire, un détail ne prend pas une autre…
Une sonnerie dans la poche de son jean l’interrompit. Il baissa les yeux et poussa un petit grognement agacé. Puis, il sortit son téléphone de sa poche et, quand il consulta l’écran, fronça les sourcils.
— Que se passe-t-il ? ne put-elle s’empêcher de lui demander, intriguée par sa réaction.
— Je crois que c’est l’hôtel où je suis descendu.
Il répondit et elle vit son expression changer à mesure qu’il écoutait son interlocuteur.
— A quelle heure ? demanda-t-il, visiblement inquiet.
Il écouta la réponse, puis reprit :
— Très bien, j’arrive dans dix minutes. Merci de votre appel.
— Un souci ? s’enquit-elle quand il eut raccroché.
— Quelqu’un s’est introduit dans ma chambre ce matin et l’a fouillée. C’est la femme de ménage qui a découvert le désordre.
— Mais comment a-t-elle su qu’il y avait eu effraction ? Il y a des gens qui sont naturellement désordonnés et qui…
— Il semblerait qu’un message ait été laissé sur le miroir de la salle de bains, répliqua-t-il en se dirigeant vers la porte. Merci de m’avoir accordé du temps, ainsi que pour le petit déjeuner.
Patton se dressa pour le suivre. Megan leur emboîta le pas, habitée par un mauvais pressentiment. Elle retint Evan par le bras au moment où il allait descendre les marches du perron.
— Que disait ce message ?
Il la regarda avec des yeux pleins de colère, une colère qui n’était pas dirigée contre elle.
— « Rentre chez toi ou elle le regrettera. »
OceanofPDF.com