Une suspecte trop parfaite - Un allié aux yeux d'émeraude (Black Rose) (French Edition)
Chapitre 7
7
Les membres de la famille de Megan la regardèrent comme si elle avait perdu la tête.
— Toute seule ? lui demanda Jesse d’un ton sévère.
Megan s’efforça de ne pas ciller.
— Je me disais qu’Evan pourrait m’accompagner.
Evan l’observa avec méfiance.
— Je ne suis pas très populaire auprès de ces types, vous savez.
— J’en fais mon affaire, répliqua Megan en ignorant le regard sceptique de ses frères.
Elle se tourna vers sa sœur Isabel.
— Peux-tu te charger d’aller chercher Patton demain à la clinique ? Je les préviendrai en route qu’ils peuvent te le confier.
— Oui, bien sûr, répondit Isabel. Je le laisserai gambader dans le potager. Comme ça, il pourra chasser les lapins qui viennent manger nos plants de laitue.
— Il pourrait bien les arracher lui-même, l’avertit Megan.
Puis, elle s’adressa à Evan :
— Allez, venez, je vais vous suivre jusqu’au chalet et vous aider à préparer vos affaires.
Jesse les suivit dans l’escalier.
— Tu es consciente que vous allez poser des questions qui risquent de causer beaucoup de remous. Es-tu certaine que c’est une bonne idée ?
— Quelqu’un veut à tout prix nous empêcher de poser ces questions, répondit-elle avec le plus de conviction possible, même si elle éprouvait elle aussi de l’appréhension.
— Je peux y aller seul, proposa Evan.
Jesse acquiesça et Megan en fut vexée.
— Evan, vous avez dit vous-même que vous n’étiez pas en odeur de sainteté auprès des hommes de Vince, lança-t-elle. Ce qui signifie qu’ils ne vous parleront pas de la même façon qu’à moi.
Evan et son frère échangèrent un long regard, et elle eut envie de les gifler tous les deux.
— Je ne suis ni fragile ni stupide. Je connais le danger et je ferai donc preuve de prudence, d’accord ? Vous voulez quoi ? Que je vous fasse une demande d’autorisation écrite ?
— Je crois qu’il faut la laisser faire, dit Evan à Jesse.
Il parut encore plus contrarié.
— Moi, je ne suis toujours pas certain que ce soit une bonne idée.
— Allons-y, Evan, dit Megan avec autorité.
Elle descendit l’escalier sans se retourner.
— Donnez des nouvelles régulièrement ! entendit-elle Jesse lancer.
— Nous n’y manquerons pas, se chargea de répondre Evan, en la rattrapant en bas de l’escalier.
Il marcha à côté d’elle jusqu’à sa Jeep.
— Vous êtes sûre de vouloir y aller ? Ici, vous êtes entourée de votre famille qui peut vous aider en toutes…
— Si je les appelle, ils viendront à mon aide là-bas aussi, le coupa-t-elle.
Pour elle, c’était une initiative radicale car, depuis la disparition de Vince et l’époque où elle avait rejoint Cooper Security, elle s’était habituée à être entourée de ses proches et à pouvoir compter sur leur soutien et leur réconfort. Elle ne devait pas trop réfléchir, mais plutôt foncer.
— Ne venez pas avec moi si vous n’en avez pas envie, reprit-elle.
— Non, vous ne me tiendrez pas à l’écart de cette affaire, répliqua-t-il d’un ton définitif.
Les reflets de la lune venaient souligner les contours de son visage et elle eut envie d’y porter la main pour le caresser.
— D’accord, dit-elle d’une voix incertaine. Puis-je dormir au chalet ?
Il écarquilla les yeux.
— Cette nuit ?
— Si nous partons très tôt, nous serons à fort Benning en milieu de matinée. En nous y prenant bien, nous pouvons même mener l’enquête sur place et être de retour demain dans la soirée. Si je dors au chalet cette nuit, nous gagnerons du temps.
Il semblait toujours troublé par cette perspective.
— Vous n’êtes pas un lève-tôt, c’est ça ? lui demanda-t-elle comme il ne disait rien.
Il prit une expression vexée.
— Je vous rappelle que j’ai vécu auprès d’une unité militaire pendant trois ans. Me lever à l’aube n’est donc pas un souci pour moi.
— Alors quel est le problème ?
Il la regarda d’un air songeur sans rien dire.
— Il n’y a pas de problème, assura-t-il. S’il n’y en a pas pour vous, il n’y en a pas pour moi.
Il recula d’un pas pour la laisser ouvrir sa portière de voiture.
Bien sûr que non il n’y a pas de problème pour moi, chercha-t-elle à se convaincre même si elle commençait déjà à visualiser où elle allait coucher et à imaginer qu’elle allait avoir bien du mal à s’endormir en sachant Evan tout près d’elle.
Sur le chemin jusqu’au chalet, elle se força à penser à Vince, à sa présence, à ses caresses. Une sensation familière de manque commença à lui comprimer la poitrine mais elle la laissa enfler et s’emparer totalement d’elle.
Quand elle se gara sur le petit parking devant le chalet de Gossamer Mountain, elle était au bord des larmes.
Evan se gara derrière elle et la rejoignit à sa portière.
— Je n’ai vu personne vous suivre.
Elle s’éclaircit la gorge.
— Oui mais, vous, vous a-t-on suivi ?
— Je ne pense pas, mais nous ferions mieux de ne pas rester dehors trop longtemps.
Elle sortit son sac de couchage de sa voiture et il l’en débarrassa.
— Vous devriez prévoir quelques affaires, au cas où nous ne pourrions pas rentrer demain soir, lui dit-elle tandis qu’ils montaient les marches du chalet.
Il déverrouilla la porte mais, au moment où elle allait la pousser, il la retint par le poignet.
— Assurons-nous d’abord que nous n’avons pas de visiteurs indésirables.
Elle s’en voulut de ne pas y avoir pensé elle-même. Elle acquiesça et sortit son arme.
— Prêt ? lui demanda-t-elle.
Il sortit lui aussi son revolver et lui adressa un petit signe de tête.
Ils entrèrent sans faire de bruit, passèrent de pièce en pièce. Il n’y avait personne et rien n’avait bougé. Le détecteur leur permit également de vérifier qu’il n’y avait pas de micros.
Evan alla refermer la porte pendant qu’elle portait ses affaires dans la plus petite des deux chambres. Celle-ci était équipée d’un lit pliant et d’une petite salle de bains. Il n’y avait pas de quoi se plaindre.
Un quart d’heure plus tard, ils s’installèrent pour dîner.
— A quelle occasion avez-vous dû dormir dans des conditions difficiles ? s’enquit Evan.
— Quand je travaillais pour la Sécurité intérieure, on nous avait envoyés en stage de survie dans le Montana. Nous devions dormir par terre et je crois que jamais je n’ai eu aussi froid de ma vie.
— Vous travailliez à la Sécurité intérieure ? répéta-t-il d’un air surpris.
— Vous ne l’avez pas découvert au cours de votre enquête sur ma famille ?
Il fit non de la tête.
— Je suppose que c’est parce que la première règle de la Sécurité intérieure, c’est…
— … qu’on ne parle pas de la Sécurité intérieure, finit-elle pour lui. Cependant, je ne travaillais pas sous couverture. J’étais analyste, je devais donc éplucher toutes sortes de données et éventuellement détecter des liens possibles entre toutes les informations collectées. C’était avant tout du travail de bureau, le stage dans le Montana était une exception.
— Combien de temps avez-vous travaillé pour ce service ?
— J’ai commencé peu de temps avant d’épouser Vince, à ma sortie de l’université. Pendant un an, j’ai vécu à Washington. Après notre mariage, j’ai obtenu une mutation dans l’Alabama. Vince était alors cantonné à fort Benning, je travaillais donc à environ deux heures de route.
Ce souvenir la fit grimacer.
— Je passais la majorité de la semaine dans un motel près de mon bureau et je rentrais à la base le week-end.
— Ce ne devait pas être facile à vivre pour des jeunes mariés.
— Nous nous en sommes accommodés. Vince était souvent en mission. Alors que je sois dans l’Alabama ou ailleurs n’avait pas tant d’importance que cela.
Evan secoua la tête, dubitatif.
— Je me demande vraiment comment vous avez fait. De nos jours, beaucoup de gens divorcent pour un oui ou pour un…
— Nous nous aimions, le coupa-t-elle. Nous avions envie d’être mari et femme, alors nous nous sommes adaptés.
Evan froissa l’emballage de son sandwich dans sa main.
— C’est aussi simple que cela, vraiment ?
— Je n’ai pas dit que c’était simple, répliqua-t-elle avec un sourire.
— Je crois que nous ferions mieux d’essayer de dormir un peu, suggéra-t-il en rassemblant les reliefs du dîner.
— Merci.
Il leva les yeux vers elle, surpris.
— Merci pour quoi ?
— Pour le dîner. Et pour avoir accepté de m’accompagner demain.
— Je vous rappelle que c’est moi qui ai décidé de lancer cette enquête. C’est donc à moi de vous remercier de votre coopération.
Il fit un pas vers elle et ajouta d’une voix plus douce :
— Je sais que je vous fais revivre des moments douloureux et, ça, j’en suis sincèrement désolé.
— Si on a assassiné Vince, le responsable doit payer, répliqua-t-elle laconiquement.
Elle sentait des fourmillements la parcourir. A cause de la colère ? Ou parce que Evan était si près qu’elle sentait la chaleur de son corps ?
Elle s’empressa d’aller prendre une douche rapide pour ne pas avoir à le faire le lendemain matin. Elle régla la température de l’eau un peu moins chaude qu’à son habitude, mais c’était une pure coïncidence.
* * *
Une fois qu’ils eurent atteint la route nationale en direction de la Georgie, la conduite fut plus facile, au grand soulagement d’Evan. La nuit précédente, il n’avait pas beaucoup dormi.
Savoir que Megan était dans la pièce d’à côté l’avait mis dans tous ses états et, même quand il était parvenu à s’assoupir, elle était venue hanter ses rêves comme une sirène. Il ne cherchait plus à se cacher qu’elle l’attirait énormément, c’était inutile.
Elle était assise sur le siège passager, ses pieds nus posés sur le tableau de bord, le regard rivé sur la tablette numérique posée sur ses genoux. Plus tôt dans la matinée, elle était apparue vêtue d’un short et d’un simple T-shirt en coton qui soulignait impeccablement sa poitrine : il allait être soumis à rude épreuve, s’était-il alors dit.
— Les noms qui reviennent le plus fréquemment dans les lettres de Vince sont ceux de Delgado, Raines et Gates, dit Megan à haute voix sans lever les yeux de son écran.
Rafe Delgado, Tyrone Raines et Donald Gates, songea Evan. Il se souvenait très bien de ces trois hommes, puisqu’il avait vécu plusieurs mois à leurs côtés. Des mois au cours desquels il s’était évertué à gagner leur confiance. Avec un succès mitigé.
Il s’était plutôt bien entendu avec Raines, un peu moins avec Delgado, et Gates s’était toujours montré hostile.
— Comment pouvons-nous être sûrs qu’ils sont toujours à fort Benning ? demanda-t-il.
— A vrai dire nous n’en savons rien, admit Megan. J’aurais dû appeler la base avant notre départ.
— Vous pouvez appeler maintenant, répliqua-t-il en consultant l’heure sur la pendule du tableau de bord.
Il était 8 h 45. A cette heure-ci, le bureau du personnel était sans doute déjà ouvert depuis un bon moment.
A son grand étonnement, Megan lui retourna un regard plein d’appréhension. Il s’était fait d’elle l’image d’une femme déterminée, au caractère en acier trempé. Il en avait oublié que la perspective de reprendre contact avec des gens avec lesquels elle avait vécu, et dont certains étaient certainement devenus plus que des amis, devait être douloureuse. Pourtant, les liens que les familles de soldats tissaient étaient toujours très particuliers, car elles étaient unies par l’idée que le pire pouvait survenir à tout moment et que la vie ne tenait qu’à un fil.
Megan prit une grande inspiration, redressa les épaules et sortit son téléphone. Elle eut rapidement quelqu’un en ligne et échangea quelques minutes avec son interlocuteur tout en prenant des notes sur sa tablette numérique. Quand elle raccrocha, elle se tourna vers lui avec un sourire triomphant.
— J’ai parlé à Allie Dawson. Elle était notre voisine quand nous vivions à la base. C’est une chance que je sois tombée sur elle car elle m’a parlé sans réserve. Delgado et Raines sont toujours dans l’armée et toujours cantonnés à fort Benning. En revanche, elle ne sait pas ce qu’est devenu Gates.
— Peut-être que Delgado et Raines le sauront, eux.
— Absolument, répliqua-t-elle sans se départir de son sourire. C’était vraiment bon de parler avec Allie. Nous avions perdu contact après la mort de Vince.
Il lui jeta un regard du coin de l’œil. Quatre ans plus tôt, elle avait certainement voulu couper les ponts pour essayer de passer à autre chose.
— Allie va nous attendre à l’entrée et nous fournir des laissez-passer visiteurs. Elle m’a dit que nous devrions pouvoir parler à Rafe et Tyrone à l’heure du déjeuner.
Son sourire s’évapora brusquement.
— Un souci ? demanda-t-il.
Elle lui retourna un nouveau petit sourire crispé.
— Non, c’est juste que je ne pensais pas retourner un jour à fort Benning.
— Ne vous forcez pas à y aller si c’est trop dur.
Elle secoua la tête et se redressa.
— Je vous accompagne. Nous menons l’enquête ensemble.
Elle avait beau afficher une détermination farouche, elle devait énormément prendre sur elle, comprit-il.
* * *
Allie Dawson était toujours aussi avenante et jolie que dans le souvenir de Megan. Seulement un peu plus ronde, peut-être.
— J’essaie encore de perdre du poids après la naissance de mon deuxième bébé, dit Allie avec un sourire.
— Deuxième bébé ? répéta Megan, en repoussant une pointe d’envie. Félicitations, c’est génial.
Tandis qu’elles continuaient à bavarder, Allie jetait régulièrement des coups d’œil intrigués en direction d’Evan, nota Megan. Sans doute se demandait-elle ce qu’il y avait entre eux.
— Et toi, tu fais quoi, maintenant ? Tu es toujours à la Sécurité intérieure ?
— Non, je travaille pour mon frère, qui a lancé sa société de sécurité il y a quatre ans. Il m’a embauchée comme analyste et je fais aussi un peu de travail de terrain.
— Ça a l’air intéressant !
— C’est beaucoup plus rébarbatif que ça peut le paraître, répondit Megan dans un éclat de rire.
A côté d’elle, elle vit Evan changer de position avec impatience. Il n’aimait pas les bavardages de filles ? Elle ne lui en voulait pas : elle-même ne s’y adonnait qu’avec parcimonie.
Heureusement, l’heure du déjeuner approchait et mit fin à son supplice.
— Delgado et Raines mangent souvent ensemble dans un des restaurants de la base, reprit Allie. Moi, j’ai rendez-vous avec mon mari pour aller manger italien en ville.
Elle sortit du bureau avec eux puis les salua et fit promettre à Megan de lui donner plus fréquemment des nouvelles.
Fort Benning était en soi une véritable ville avec tout ce dont les soldats pouvaient avoir besoin au quotidien, d’un bureau de poste à un cinéma. Ils passèrent une vingtaine de minutes à se rendre d’un restaurant à l’autre, à la recherche de Delgado et Raines.
Après deux essais infructueux, ils repérèrent Rafe Delgado installé seul près de la porte dans un restaurant mexicain. Il croisa le regard de Megan, écarquilla les yeux de surprise puis lui adressa un grand sourire, visiblement heureux de la revoir. En revanche, quand il remarqua la présence d’Evan, son expression se fit beaucoup plus méfiante.
Megan poussa un soupir mais Evan, lui, ne semblait pas étonné.
— Quel bon vent vous amène, madame Randall ? lança Delgado.
— Nous sommes venus vous parler, à vous et à Tyrone. Il est dans les parages ?
— Oui, il attend son plateau. Tyrone ! appela Delgado en faisant signe à son collègue.
Tyrone Raines tourna la tête et fut tout aussi ébahi quand il aperçut Megan et Evan. Mais il ne montra aucun signe d’hostilité. Il s’avança vers la table, posa son plateau et fit une bise à Megan pour la saluer.
— Alors, fort Benning vous manquait, Megan ?
Tous quatre prirent place autour de la table.
— En fait, j’ai besoin de quelques informations et j’espérais que Rafe et vous pourriez m’aider.
Elle leur parla brièvement du paquet dont Vince faisait mention dans sa dernière lettre.
— Est-ce que ça vous dit quelque chose ? Avez-vous souvenir d’un colis que Vince souhaitait m’envoyer ?
Les deux hommes échangèrent un regard.
— Quoi ? voulut savoir Megan.
— Il a confié un paquet à un homme de l’unité la veille de sa mort, répondit Raines.
Delgado observait toujours Evan d’un air renfrogné, remarqua Megan. C’était sans doute pour cela qu’Evan la laissait poser les questions, même si elle le sentait bouillir à côté d’elle.
— Vous vous rappelez qui était censé envoyer ce colis ? reprit-elle.
— Gates, répondit Delgado.
— Exactement, renchérit Raines. Le sergent Randall était persuadé que Gates avait toutes les qualités pour devenir officier en charge du matériel, mais il était très renfermé. Le sergent lui confiait donc régulièrement de petites tâches supplémentaires pour l’aider à prendre confiance en lui et à assumer de nouvelles responsabilités.
— Et Gates a bien envoyé le paquet ? s’enquit Megan.
— C’est ce qu’il a prétendu, répondit Raines.
— Mais vous ne l’avez pas vu faire ? intervint Evan pour la première fois.
Les deux hommes le fixèrent et, cette fois, même Raines parut sur la défensive.
— Oh, c’est bon, Pentagone ! tonna Delgado. Tu sais que nous n’avions pas l’habitude de jouer les nounous les uns pour les autres. Quand quelqu’un se voyait confier une tâche, on partait du principe qu’il l’effectuait.
— Qui était l’officier en charge du courrier à l’époque ? demanda Megan.
— Le caporal Donegan, répondit Evan. C’est le capitaine de l’unité qui l’avait assigné à cette fonction.
— Oui, car c’était un réserviste qui, dans le civil, travaillait chez FedEx, ajouta Delgado.
— D’ailleurs, il est originaire de Georgie, intervint à son tour Raines. Je crois qu’il habite du côté de LaGrange. Il s’est définitivement retiré du service actif, mais vous devriez pouvoir le retrouver.
— J’ai son numéro de portable, reprit Delgado en cherchant dans sa poche pour sortir son portefeuille. Je l’avais noté car il envisageait de vendre sa voiture et j’étais intéressé pour la racheter.
Evan sortit son portable et enregistra le numéro que Delgado lui donna.
— Merci.
Delgado prit une expression intriguée.
— Votre but, c’est seulement de savoir ce qu’est devenu ce paquet ?
Megan adressa un regard interrogateur à Evan. Il acquiesça d’un mouvement de tête.
— L’un de vous deux a-t-il entendu des rumeurs au sujet des circonstances de la mort de Vince ? interrogea-t-elle.
Delgado et Raines échangèrent un nouveau regard.
— Quel genre de rumeurs ? demanda Raines.
— La possibilité qu’il ait été tué par un tireur d’élite, par exemple.
Raines baissa les yeux sur son assiette, clairement mal à l’aise.
— Ce qu’il y a de sûr, répondit-il, c’est que les rebelles ne maniaient pas assez bien les armes pour réussir un tel tir.
— C’est ce qu’on m’a dit, répliqua Megan sans s’étendre.
Petit à petit, la méfiance des deux soldats à l’égard d’Evan s’était muée en indifférence, ce n’était donc pas le moment de leur révéler que c’était justement lui qui avait relancé l’enquête, pensa-t-elle.
Cependant, les deux hommes tournèrent la tête vers Evan.
— Alors finalement vous avez trouvé la force de regarder les choses en face ? lui lança Delgado.
Evan prit un air contrit.
— Il m’a fallu du temps. J’admets que j’aurais dû davantage écouter ce qui se disait dans l’unité après le drame.
— Je me rappelle qu’alors, vous disiez que nous laissions notre chagrin prendre le pas sur notre bon sens, déclara Delgado d’un ton amer.
— Mais, si vous aviez des doutes, pourquoi ne m’en avoir pas parlé à moi ? s’offusqua Megan. A votre retour du Kaziristan, je suis venue ici même pour vous accueillir. Vous auriez pu alors vous confier.
— A quoi bon ? répliqua Raines d’un ton résigné. Le Pentagone et les officiers avaient déjà rendu leurs conclusions : mort au combat.
Mort au combat. Entendre cette expression rappela à Megan le jour où des officiers étaient venus la voir pour lui apprendre la terrible nouvelle. Elle avait toujours su que le pire pouvait arriver à tout moment, mais y être confronté, ce n’était pas pareil.
— Nous ne pouvions rien prouver, poursuivit Raines, et nous avions tous peur que, si nous vous en parlions, cela ne fasse qu’ajouter à votre chagrin.
— Et vous, vous le lui avez dit, après toutes ces années ? demanda Delgado à Evan en le fixant d’un regard noir.
— Il y a de bonnes raisons de penser que vos soupçons étaient justifiés, le coupa Megan. Et j’apprécie qu’Evan m’en ait fait part et m’ait laissé décider quoi faire.
— Y a-t-il de nouvelles preuves ? demanda Raines.
Megan jeta un œil à Evan et celui-ci crispa légèrement les lèvres : elle ne devait pas trop entrer dans les détails.
— Disons plutôt que de nouvelles interrogations ont été soulevées, reprit-elle. Suffisamment importantes pour que ça vaille le coup de chercher des réponses. Au cours de la dernière patrouille de Vince, vous étiez avec lui, ainsi que Gates, n’est-ce pas ?
— En effet, confirma Raines.
— Et qui y avait-il encore ?
Delgado regarda Raines.
— Il y avait ce type qui était là en renfort. Il ne faisait pas partie de l’unité. Il s’appelait Merriwether.
— Il y avait un homme en renfort ? intervint Evan, que cette nouvelle parut surprendre.
— Oui, mais il n’était pas là au moment de la fusillade. Il était avec nous plus tôt dans la journée.
— Et vous savez ce qu’il est devenu ?
— Il est mort, répondit Delgado d’un ton sombre. Scott Merriwether s’est tué dans un accident de la route, il y a deux mois.
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