Une suspecte trop parfaite - Un allié aux yeux d'émeraude (Black Rose) (French Edition)
Chapitre 11
11
Evan déroula la mèche de ses pétards de fortune et faillit entrer en collision avec Megan au moment où il arrivait dans la pièce principale. Elle avait un briquet en main. Il lui adressa un signe de tête et, sans hésiter, elle enflamma les mèches. Il y eut un crépitement et tous deux s’empressèrent de retourner dans la chambre. Il se posta à la fenêtre tandis qu’elle se préparait à actionner l’interrupteur du ventilateur. Ils attendirent en retenant leur souffle.
Même s’il s’y attendait, Evan ne put s’empêcher de sursauter quand une première explosion retentit. Il entendit Megan pousser un halètement de surprise, puis il y eut un grondement.
D’autres pétards explosèrent à différents endroits de la maison tandis qu’au-dessus d’eux des bruits sourds retentirent. Apparemment, les types dans le grenier ne s’attendaient pas à sentir passer les pales d’un ventilateur à quelques centimètres de leur tête. Megan se saisit alors de leurs deux sacs et regarda dans sa direction, attendant apparemment ses instructions.
Il jeta un regard au-dehors et vit deux silhouettes partir au pas de course vers l’avant du chalet.
— Maintenant, chuchota-t-il.
Puis, il actionna la poignée de la fenêtre. A son grand soulagement, elle s’ouvrit sans résistance.
Il fit signe à Megan de passer la première, l’aida à sortir et lui tendit les sacs. Puis il sortit à son tour, ramassa son sac et se redressa prestement.
— Allez, on fonce !
Tous deux partirent en courant et s’enfoncèrent dans les bois. Leur petite diversion leur avait donné un peu d’avance et Megan connaissait parfaitement le terrain. Mais les hommes qui encerclaient le chalet n’avaient pas mis longtemps à comprendre qu’ils avaient été piégés et des éclats de voix retentirent.
— Par là, dit Megan en lui saisissant la main.
Ils s’élancèrent dans une pente et, à un moment, il marcha sur une racine et se tordit la cheville. Heureusement, quelques secondes plus tard, Megan lui indiqua de se plaquer dos contre un rocher.
— S’ils n’ont pas de chiens, nous devrions nous en sortir, dit-elle. Avez-vous entendu ou vu des chiens ?
— Non, répondit-il en se penchant pour masser sa cheville douloureuse. Mais nous ne pouvons pas rester tapis ici.
Elle leva la main, comme pour lui faire comprendre qu’elle avait tout prévu, et sortit son portable. Elle s’activa sur les touches. Quelques secondes plus tard, elle avait un interlocuteur en ligne.
— Vous êtes sur place ? Oui, nous sommes à l’est du chalet et on nous poursuit. Vous pouvez nous couvrir ?
Quelques instants plus tard, ils entendirent des coups de feu retentir. Ils restèrent sans bouger pendant un temps qui parut interminable à Evan. Puis, le téléphone de Megan vibra. Elle venait de recevoir un message. Elle en prit connaissance puis, sans lui indiquer ce qu’il disait, remit l’appareil dans sa poche.
— On peut y aller ? s’enquit-il.
— Oui, mais l’un après l’autre au cas où d’autres types seraient à l’affût.
— J’y vais le premier, dit-il résolument.
Mais elle le retint fermement par le bras.
— Non, vous êtes plus grand et plus fort que moi, vous serez donc plus en mesure de venir à mon secours si je tombe dans une embuscade que l’inverse.
Elle serra brièvement sa main puis partit dans la nuit. Dès qu’elle sortit de son champ de vision, il sentit l’anxiété le gagner. Mais, très vite, elle fut de retour.
— Tout semble indiquer qu’ils ont été repoussés. Allons-y.
De nouveau, ils dévalèrent la pente. Megan progressait avec l’habileté d’un chat, alors que lui butait sans cesse et manquait de tomber tous les dix mètres. Il décida de se poster derrière elle pour la laisser ouvrir le chemin.
Mais, alors que devant eux il apercevait le reflet de la lune sur les eaux du lac, il entendit un sifflement qu’il identifia immédiatement.
— Baissez-vous et avancez en zigzaguant ! lança-t-il à Megan.
Elle se mit à slalomer dans la végétation et il eut bien du mal à la suivre, surtout avec sa cheville douloureuse. Il sentit une nouvelle balle fuser tout près de lui mais ne prit pas le temps de se retourner.
— Nous y sommes presque ! entendit-il Megan s’exclamer.
Il vit un petit hangar à bateau, voulut accélérer, buta contre une racine et s’étala. Heureusement, Megan l’aida à se relever. Elle le prit par la main et le tira derrière elle, à l’intérieur du hangar.
— Et maintenant ? demanda-t-il, le souffle court.
— Il faut mettre cette embarcation à l’eau, répondit-elle en désignant le petit canot à moteur qu’abritait le hangar.
Sans attendre, elle poussa le canot, qui glissa sur l’eau, et monta dedans.
— Pouvez-vous détacher le lien d’amarrage ?
Il s’exécuta et monta également à bord.
Elle sortit deux rames du fond du bateau et lui en tendit une pour qu’il la mette en place.
— Nous allons nous éloigner discrètement à la rame pour ne pas indiquer notre position et je mettrai le moteur en marche quand nous serons hors de portée, d’accord ?
Il acquiesça, mit sa rame en place et, ensemble, ils commencèrent à s’activer pour faire avancer le bateau, qui n’était pas très lourd mais assez large. Ils devaient déployer beaucoup d’énergie pour le garder en ligne.
Mais alors qu’ils s’éloignaient du rivage, Evan vit deux silhouettes sortir des bois.
— Baissez-vous, chuchota-t-il à Megan.
Tous deux cessèrent de ramer et s’aplatirent au fond du bateau. Celui-ci avait encore de l’élan et continua à avancer. Mais après quelques secondes, l’embarcation commença à ralentir, et ils durent prendre le risque de se remettre à ramer. Ils redoublèrent d’efforts pour mettre le plus de distance entre le rivage et eux. Evan commençait à sentir ses muscles se tétaniser. De son côté, Megan haletait : elle ne tiendrait plus longtemps non plus.
Soudain, le bruit de moteur de deux vedettes rapides en approche déchira la nuit. Il y eut ensuite des éclats de voix, comme si les occupants des bateaux s’adressaient les uns aux autres. D’instinct, Evan porta la main à son revolver, mais Megan l’arrêta d’un geste. Il la fixa droit dans les yeux et la vit sourire.
— Ce sont Aaron et Jake, mes cousins. Ils couvrent notre fuite.
Sans autre explication, elle rejoignit l’arrière du canot et lança le moteur. Quand les deux vedettes arrivèrent à leur hauteur, elles décrivirent un arc de cercle et se mirent bord à bord de façon qu’ils ne soient plus visibles du rivage et puissent s’éloigner en toute sécurité. Puis, quand ils furent suffisamment loin, les deux vedettes les rejoignirent, et les trois bateaux traversèrent le lac côte à côte. L’une des deux vedettes se rapprocha et, quand elle fut tout près, un homme brun leur lança une petite sacoche qu’Evan attrapa au vol. Puis l’homme fit un signe de la main à Megan, et la vedette s’éloigna, tout comme la seconde un peu plus tard.
Megan ralentit et, après quelques instants, le bateau glissa lentement sur l’eau.
— Il doit y avoir une lampe torche dans le caisson sur votre droite, lui dit-elle. Voyons ce que contient cette sacoche.
Il sortit la lampe torche et la lui tendit pour qu’elle la tienne pendant qu’il ouvrait la sacoche. Celle-ci contenait des documents pliés. Le premier était une carte du lac avec une croix au stylo qui indiquait un endroit précis.
— C’est Beaver Creek Dam, dit Megan. Nous allions souvent là-bas avec mes cousins quand nous étions ados.
Les autres documents étaient des instructions à suivre.
— Votre frère Jesse dit que des hommes ont été repérés en faction devant chez lui, chez Rick et les locaux de Cooper Security. En revanche, apparemment, vos cousins ne sont pas surveillés pour le moment. C’est pour cela qu’ils ont été envoyés pour nous aider. Cependant, il pense que nous devrions quitter la région le temps qu’ils déterminent ce qui se passe vraiment.
— Heureusement que nous avons nos sacs avec nous, commenta Megan.
— Il dit également que votre cousine Cissy nous attend à Beaver Creek Dam avec Shane Mason, son petit ami, qui a accepté de nous prêter sa voiture. Ils s’occuperont également de ramener le canot à son hangar.
Il leva la tête, incrédule.
— Mais vous êtes quoi, en fait, les Cooper, un groupe d’agents secrets ?
Elle lui retourna un sourire malicieux.
— Pas par choix, croyez-moi.
Beaver Creek Dam était à un peu moins de deux kilomètres, et ils lancèrent donc de nouveau le bateau à pleine vitesse pour l’atteindre le plus rapidement possible. Quand ils arrivèrent en vue du rivage, ils repérèrent deux silhouettes au bord de l’eau : une jeune femme brune d’une vingtaine d’années et un garçon aux cheveux clairs qui portait une veste en jean. La fille fit de grands signes à Megan, puis les aida à accoster quand ils furent à hauteur du ponton.
— La voiture est en haut de la colline, dit-elle une fois qu’ils eurent mis pied à terre. C’est une Ford bleue garée à l’écart des autres voitures. A l’intérieur, vous trouverez deux téléphones portables à cartes prépayées. Ils sont indétectables. En échange, ce serait plus sage que vous nous laissiez vos téléphones.
Megan serra sa cousine contre elle.
— Merci beaucoup, Cissy. Et à toi aussi, Shane.
Le jeune homme sourit à Megan et adressa un petit signe de tête à Evan.
— Prenez bien soin de ma voiture. C’est un peu mon bébé.
— Nous ferons notre possible pour vous la rapporter intacte, lui promit Evan.
Après avoir laissé leurs téléphones, Megan et lui s’engagèrent sur le sentier qui menait au sommet de la colline. Comme le lui avait conseillé Cissy, il prit Megan par la main, car l’endroit était très fréquenté par les amoureux en quête de discrétion. A vrai dire, ce n’était probablement pas nécessaire, mais il n’allait pas se plaindre de tenir Megan par la main.
Alors qu’ils allaient atteindre le bout du chemin, elle se serra davantage contre lui.
— Je ne crois pas qu’on nous observe, dit-elle, mais, au cas où…
Elle se mit sur la pointe des pieds et lui donna un petit baiser.
Cela suffit à déclencher chez lui un ardent désir et il ne put s’empêcher de la retenir pour l’embrasser à son tour, avec beaucoup plus de vigueur et de passion. Seul le bruit d’une voiture sur la route les fit s’interrompre et ils s’empressèrent de rejoindre l’endroit où Shane avait garé son véhicule. Ils posèrent leurs sacs sur la banquette arrière et s’installèrent.
— Attendons un peu avant de partir, ce sera plus discret, suggéra-t-il.
Malheureusement, la boîte de vitesses entre les deux sièges l’empêchait d’enlacer Megan. Mais celle-ci ne se laissa pas décourager, enjamba le levier de vitesses et s’installa sur ses genoux.
— Reculez votre siège, dit-elle, le volant me rentre dans les côtes.
Il s’exécuta et eut l’impression d’avoir seize ans tant il était excité et troublé.
Elle s’inclina et effleura doucement ses lèvres.
— Pour passer inaperçus…, dit-elle en prenant son visage entre ses mains.
Puis, elle l’embrassa de nouveau.
En réponse, il passa ses mains dans ses cheveux, la serra contre lui. Il était dans un drôle d’état, à la fois détendu et parcouru d’adrénaline. Et il éprouvait un sentiment très fort qu’il n’osait pas nommer.
Megan brouillait ses repères, lui faisait perdre le contrôle de ses émotions, et cela lui faisait peur.
— Non, dit-il d’une voix rauque après avoir mis fin à leur baiser. Ce n’est pas le moment de nous égarer.
Megan émit un grognement de frustration qui le déchira. Elle appliqua son front contre le sien.
— Je suis désolée.
Il couvrit ses mains, qui étaient toujours appliquées contre son visage.
— Nous devrions partir, maintenant, murmura-t-il.
Elle reprit sa place sur le siège passager et se laissa tomber contre l’appuie-tête.
— Avez-vous une idée d’où nous pourrions aller ?
Il n’y avait qu’un seul endroit possible, un endroit où même les gens qui le connaissaient ne viendraient pas le chercher.
Un endroit où il n’était plus allé depuis bien longtemps.
— Oui, j’ai une idée, dit-il en se tournant vers elle.
Il boucla sa ceinture et démarra. L’heure de faire son retour dans le Kentucky était venue.
OceanofPDF.com