Une suspecte trop parfaite - Un allié aux yeux d'émeraude (Black Rose) (French Edition)

Chapitre 15

15

 

A l’aube, le ciel était gris et bas sur les collines qui entouraient le motel. Megan était habituée à ce temps et au brouillard mais, quand Evan insista pour prendre le volant, elle ne protesta pas.

Ils dirent au revoir à Del et Nola Meade. Ceux-ci avaient mis un point d’honneur à être levés pour les saluer, Evan les ayant rappelés la veille au soir pour les prévenir de leur départ.

— Promets-moi de revenir très vite, dit Nola à Evan en le serrant dans ses bras.

Elle se tourna vers Megan et fit de même avec elle, comme si c’était une amie de longue date.

— Passez-nous un coup de fil quand vous voulez et il y aura toujours une chambre pour vous. Et, la prochaine fois, si vous pouviez rester un peu plus longtemps, ce serait génial.

Megan se tourna vers Evan. Il avait les yeux baissés. Cherchait-il à éviter son regard ?

Arrête de tout ramener à toi.

Pourtant, le comportement d’Evan avait certainement un rapport avec elle, ou plutôt avec ce qui avait failli se passer entre eux la veille.

Et il avait verrouillé sa porte pour que justement il ne se passe rien.

Depuis leur réveil, il prenait soin de ne pas la toucher et s’adressait à elle de manière formelle et polie, comme lors de leur première rencontre, trois jours plus tôt. Un peu comme s’ils étaient redevenus l’un pour l’autre M. Pike et Mlle Randall.

Elle aurait dû lui en être reconnaissante. La veille, elle avait cédé à un sentiment de solitude et fait preuve de faiblesse. Sans doute aurait-elle regretté ensuite. Evan l’avait donc sauvée d’elle-même.

Toutefois, elle avait envie de le gifler pour avoir réveillé chez elle sa féminité et son désir, qu’elle croyait taris, puis la repousser.

Elle songeait à tout cela, pendant qu’il conduisait. La route sinuait à travers un paysage sauvage et saisissant.

— Jamais je n’aurais cru que cette partie du pays était aussi belle, déclara-t-elle pour briser le silence qui régnait dans la voiture.

— La beauté peut parfois être trompeuse, répondit Evan sans tourner la tête.

Cette réponse l’agaça.

— Vous êtes déterminé à tout voir en noir. Votre vie ici a-t-elle été si pénible que cela ?

Il serra un peu plus fort le volant et sa mâchoire se contracta.

— Tout le monde ne peut pas avoir grandi au sein d’une grande famille heureuse, vous savez.

Il ne mit pas longtemps à prendre conscience de l’aigreur de ses propos.

— Désolé, reprit-il avec un regard gêné. Je sais que votre mère a quitté le foyer et j’imagine que ça n’a pas dû être un moment facile pour vous.

— Non, en effet.

— Mais vous aviez encore votre père, ainsi que vos frères et sœurs. Et vous m’avez également dit que vos oncles et tantes avaient comblé le manque affectif laissé par votre mère. Moi, je n’ai jamais eu qu’un seul oncle que je voyais rarement et des cousins que je n’ai jamais connus. Et, après la mort de Nate, mon père n’a plus pris la peine de rester en contact avec moi. Tout cela fait que, chaque fois que j’entends le mot « Kentucky », je pense à la façon dont mon frère s’est laissé aspirer par la spirale de la drogue, très présente ici. Mon père souhaitait d’ailleurs que nous partions vivre ailleurs, dans un endroit plus ouvert, plus dynamique, mais ma mère est née ici et elle était déterminée à y rester sa vie entière.

Megan eut un pincement au cœur. Elle avait la sensation de mieux comprendre sa mère que lui. Elle éprouvait un attachement similaire à Gossamer Ridge. L’endroit où elle vivait faisait partie d’elle. Elle avait parfois vécu ailleurs qu’à Chickasaw County et elle avait toujours éprouvé l’envie d’y retourner. C’était d’ailleurs un point que Vince et elle avaient en commun.

— Vous n’arrivez pas à pardonner à votre mère, murmura-t-elle.

— Je n’ai pas dit cela.

C’était inutile. L’amertume se lisait sur son visage.

De nouveau, elle contempla le paysage autour d’eux, la végétation luxuriante, les pins dont la cime semblait toucher le ciel, les collines qui ondulaient et formaient de longues étendues pourpres. Elle décida d’insister :

— Vous ne voyez vraiment aucune beauté autour de vous ? Vous n’arrivez pas à comprendre pourquoi votre mère était aussi attachée à cette région ?

— Bien sûr que si ! rétorqua-t-il, visiblement sur la défensive. En revanche, j’ai du mal à digérer qu’elle m’ait fait passer après l’endroit où elle vivait.

Elle ne put réprimer un petit sourire fataliste.

— Ma mère a fait à peu près pareil. Sauf qu’elle, c’est sa carrière qu’elle a choisie. A notre détriment.

— Et vous ne lui en voulez pas ? lui demanda-t-il d’un ton de défi.

— Vous me demandez si je regrette qu’elle n’ait pas été une mère affectueuse et très impliquée ? Si, bien sûr. Mais, en grandissant, quand j’ai vu les dégâts que pouvait causer une mauvaise mère, j’ai compris que la mienne avait pris la bonne décision. Elle n’était pas faite pour ça, c’est tout. Si elle était restée auprès de nous, elle aurait certainement eu la sensation d’étouffer, elle aurait été malheureuse, et elle aurait fini par nous en tenir responsables. Et alors, c’est nous qui aurions été malheureux.

— D’accord, mais alors pourquoi a-t-elle souhaité avoir des enfants ?

— Parce qu’elle était amoureuse de mon père et que lui souhaitait plus que tout avoir une grande famille. Elle s’est pliée à son désir.

— Pour ensuite rompre avec lui ?

— Mais mes parents n’ont jamais divorcé.

Evan lui adressa un regard surpris.

— Mon père et ma mère n’ont ni l’un ni l’autre envie de vivre avec quelqu’un d’autre sans pour autant être capables de vivre ensemble au quotidien. En revanche, ma mère appelle régulièrement mon père et il leur arrive de bavarder pendant des heures.

— Et vous, et vos frères et sœurs, elle ne vous appelle pas ?

— En fait, c’est davantage notre faute que la sienne. Après son départ, nous étions tellement blessés que, quand elle téléphonait, nous refusions systématiquement de lui parler.

— Et votre père l’a laissée partir sans protester ?

— Non, au départ il l’a lui aussi très mal vécu. Mais il a fini par accepter que leur relation s’écarte des sentiers battus. Autant que je sache, ma mère et mon père sont toujours restés fidèles l’un à l’autre.

— Vraiment ?

— Oui, vraiment. Et quand ils se voient, ils ont toujours une vie intime, comme je l’ai découvert accidentellement, à ma grande confusion, d’ailleurs.

— Ah oui, j’imagine, sourit-il.

— Bref, ils ont fini par trouver un modus vivendi qui leur convient. Evidemment, pour nous, les enfants, ce n’était pas idéal, mais, au final, c’était un mal nécessaire. A bien y réfléchir, je trouve cela romantique, ajouta-t-elle avec un léger sourire.

— C’est tout à votre honneur de dire cela.

— Je pense qu’avoir été mariée à un soldat m’a permis de prendre suffisamment de recul pour comprendre la relation de mes parents. Avant de nous marier, Vince et moi, nous avons passé plusieurs années à sortir ensemble par intermittences. Pas parce que nous voyions d’autres personnes, mais parce que Vince était militaire.

— Je suppose qu’il était aussi souvent loin de vous qu’auprès de vous.

— Il était plus souvent loin, précisa-t-elle, traversée par une réminiscence de son rêve de la nuit précédente. Ce qui fait que, parfois, je me demande…

Elle laissa sa phrase en suspens, hésitante.

— Vous vous demandez quoi ?

— Je me demande comment nous aurions vécu s’il avait été là au quotidien.

— Vous pensez que ç’aurait été différent ?

— Oui, je suppose.

Evan semblait intéressé par ses confidences et elle décida de se confier davantage.

— Peut-être que nous aurions eu une vie encore meilleure, que les bons côtés de notre relation auraient été multipliés. Ou alors…

— Vous auriez fini par vous taper mutuellement sur les nerfs, suggéra-t-il comme elle cherchait ses mots.

— Oh, ça ! C’était déjà le cas, répliqua-t-elle avec un nouveau sourire. Mais peut-être aurions-nous découvert que nous nous aimions suffisamment pour passer de très bons moments mais pas assez pour rester ensemble toute notre vie.

Evan secoua négativement la tête.

— Non, vous auriez trouvé votre équilibre.

— De toute façon nous ne le saurons jamais.

A sa grande surprise, après avoir gardé ses distances toute la matinée, il tendit le bras et lui caressa affectueusement la joue du revers de la main.

— Vous êtes une femme superbe, Megan, et je suis sûr que vous avez énormément d’amour à offrir à un homme qui aura la chance de vous plaire. Il faut simplement que vous soyez ouverte à une nouvelle histoire.

— Comme vous, par exemple ?

Elle regretta immédiatement son sarcasme.

— Excusez-moi, s’empressa-t-elle d’ajouter.

Il retira sa main et la reposa sur le volant.

— J’ai une vie compliquée.

— Vous avez trop d’ambition pour songer à vous engager dans une relation ?

Il avait travaillé plusieurs années pour le Pentagone, ce qui suggérait qu’il y avait chez lui une volonté de monter haut dans la société, songea-t-elle. Se mesurer à une telle ambition était certainement une bataille perdue d’avance.

— Ouais, ça doit être ça.

Manifestement, il n’avait pas envie de s’étendre davantage sur le sujet. Elle se cala dans son siège et fit de son mieux pour ne pas laisser le silence qui s’installait de nouveau dans la voiture affecter son humeur.

Mais, deux heures plus tard, quand un panneau leur indiqua que Wytheville n’était plus très loin, ce fut un soulagement.

* * *

Evan s’appliqua à garder une respiration calme et régulière alors qu’ils avaient quitté la route nationale pour s’engager sur un axe secondaire. Celui-ci les mènerait au terrain d’atterrissage où J.D. Cooper et ses frères les attendaient. J.D. leur avait envoyé un message pour leur donner toutes les indications afin qu’ils ne se perdent pas.

Il faisait de son mieux pour se convaincre qu’il avait pris la bonne décision. La seule possible.

— Voici la pancarte, déclara soudain Megan d’une voix morose.

Il était responsable de son humeur maussade, il le savait. Cela faisait une bonne heure qu’il n’avait plus décroché un mot. Mais il n’avait pas su quoi faire d’autre.

Quand elle lui avait demandé s’il avait trop d’ambition pour songer à s’engager dans une relation durable, il avait eu la sensation de recevoir un direct à l’estomac. Pourtant, il savait depuis longtemps qu’il avait fait passer son travail avant tout le reste et il l’avait toujours assumé.

Mais pour la première fois il prenait réellement conscience que la vie qu’il menait ne lui convenait plus.

Les questions et réflexions de Megan sur l’existence l’avaient forcé à prendre du recul sur lui-même.

Et, à bien y réfléchir, il ne menait pas la vie à laquelle il aspirait, mais celle que son frère aurait souhaité avoir s’il avait été encore vivant. C’était son frère qui voulait étudier le droit, s’installer à Washington et accéder à un poste important dans une grande administration, pas lui. C’était Nate qui attendait avec impatience le moment de quitter le Kentucky.

Lui, avant la mort de son frère, il n’avait jamais sérieusement songé à vivre ailleurs. Il aimait la nature, il aimait faire la cuisine avec sa mère.

Il avait appris à jouer de la mandoline sur les genoux de son oncle et à monter à cheval avec Delbert Meade, un cousin de Nola.

Ces dernières années, il s’était tellement appliqué à donner vie aux rêves de son frère qu’il en avait oublié les siens. Mais, grâce à Megan, il avait pris conscience de tout ce qu’il avait délaissé. De tout ce qu’il voulait retrouver.

Et de tout ce dont il n’allait pas tarder à se débarrasser.

— Voilà, nous y sommes, intervint de nouveau Megan.

Elle désigna un hélicoptère gris posé au milieu d’un terrain tout simple. Un petit groupe d’hommes étaient rassemblés au pied de l’appareil.

Il inspira doucement et s’arrêta à une trentaine de mètres de l’hélicoptère. Avant même qu’il eût coupé le moteur, Megan s’empara de son sac, ouvrit sa portière et partit en direction du petit groupe.

C’était l’occasion qu’il attendait. Elle avait ses affaires, ses cousins l’attendaient et veilleraient sur elle.

C’était maintenant ou jamais.

Il la regarda un peu plus longuement que nécessaire, incapable de détourner les yeux de sa silhouette et de ses beaux cheveux roux qui scintillaient dans la lumière du matin.

Elle ne comprendrait pas ce qu’il allait faire. A sa place, il ne comprendrait pas non plus.

Il ferma les yeux, prit une nouvelle inspiration.

Brusquement, il enclencha la marche arrière, fit demi-tour et démarra sèchement dans un nuage de poussière qui lui dissimula la vue de Megan et de ses cousins dans son rétroviseur. Ce n’était pas plus mal.

A peine eut-il rejoint la route qu’il sortit son portable et composa le numéro du major Gantry. Celui-ci répondit à la première sonnerie.

— Vous êtes déjà en Caroline du Nord ? lui demanda le major.

— Presque.

Par précaution, il n’avait pas mentionné à Gantry que Megan était avec lui. Il ne lui avait pas non plus parlé de leur intention de faire un crochet par Wytheville.

— Combien de temps vous faudra-t-il pour arriver à notre point de rendez-vous ? s’enquit le major.

— Environ une heure, répondit-il en jetant un regard dans son rétroviseur.

Il s’attendait presque à découvrir que Megan s’était lancée à sa poursuite. Mais, pour le moment, il était tout seul sur la route.

— Vous n’avez révélé à personne où vous alliez, n’est-ce pas ?

— Non.

D’ailleurs, pour Megan et ses cousins, il allait à fort Bragg.

— Et vous ?

— Bien sûr que non, je ne suis pas fou ! rétorqua Gantry.

Ce n’était pas une réponse particulièrement rassurante, songea Evan.

— Vous avez vraiment des informations sur les circonstances de la mort de Vince Randall ou vous me faites venir en Caroline du Nord pour m’apprendre ce que je sais déjà ?

— Oh ! N’ayez crainte, Evan ! Je détiens toutes les infos qui vous manquent et que vous recherchez, et plus encore.

Plus Evan s’éloignait de Megan, plus il doutait d’avoir pris la bonne décision en partant rencontrer Gantry seul.

— Et comment pouvez-vous savoir ce que je recherche ? insista-t-il.

— Vous croyez que ce qui se passe au Pentagone ne revient pas aux oreilles des officiers ? répondit le major. Je sais que vous nourrissez de nombreux soupçons. Et je dois dire que les questions que vous avez posées ne m’ont pas particulièrement fait bien voir de mes supérieurs.

— Pourtant, vous êtes monté en grade.

— Parce que j’ai été blessé en opération. Ecoutez, venez me rencontrer à l’endroit convenu et je répondrai à toutes vos questions, déclara Gantry avant de raccrocher.

Evan regarda droit devant lui, plein d’appréhension. En allant rencontrer Gantry tout seul, il prenait un énorme risque. En plus, il avait volontairement laissé en plan des hommes qui lui auraient été d’une aide précieuse et une femme qui, encore plus que lui, avait un besoin ardent de découvrir la vérité sur la mort de Vince Randall.

Cinq minutes plus tôt, il était convaincu d’avoir pris la meilleure, ou la moins pire des décisions possibles. A présent, il en doutait.

Qu’est-ce que tu fuis exactement, Pike ?

* * *

Bouche ouverte, abasourdie, Megan regarda la voiture s’éloigner dans un nuage de poussière. Qu’éprouvait-elle au juste ? De la colère ? Oui, pas mal. Etait-elle blessée ? Oui, elle avait l’impression d’avoir pris un coup en pleine figure. Se sentait-elle trahie ?

Oh que oui. C’était le sentiment le plus prégnant.

— Euh, est-ce que…

Elle se retourna vers ses cousins Gabe et Luke, luttant contre les larmes.

— Il nous a plantés, soupira-t-elle.

— Mais pourquoi ? demanda Luke.

La seule raison concevable, conclut Megan, c’était qu’il avait voulu lui éviter le risque de tomber dans une embuscade. Une embuscade dans laquelle il fonçait peut-être tout droit. C’était de la folie.

Mais était-il réellement capable d’aller aussi loin pour la tenir hors de danger ?

Bien sûr qu’il en est capable, lui dit sa voix intérieure, ce qui atténua sa colère.

L’atténua seulement.

Car il fuyait peut-être aussi l’attirance qui, jour après jour, s’était faite de plus en plus forte entre eux.

Peut-être l’avait-il plantée là pour ne pas avoir à lui avouer ce qu’il ressentait pour elle.

— Que veux-tu faire ? lui demanda J.D. Le réservoir de l’hélico est plein. Alors, soit nous rentrons, soit nous partons à sa poursuite.

— Nous partons à sa poursuite, répondit-elle sans hésiter. Cet imbécile risque de foncer droit dans un piège.

Et si quelqu’un doit le tuer, ce sera moi.

— Tu penses qu’il est bien parti pour fort Bragg ? lui demanda J.D., tandis qu’ils rejoignaient l’hélicoptère.

Elle réfléchit quelques instants.

— Non, ça m’étonnerait, répondit-elle enfin. Mais il pense que c’est là-bas que nous croyons qu’il va.

Gabe haussa les sourcils.

— C’est un raisonnement un peu retors.

— Possible, acquiesça-t-elle, mais c’est certainement ce qu’il pense.

— Nous allons essayer de le localiser depuis les airs, suggéra J.D. en s’installant au poste de pilotage.

Ils montèrent tous dans l’appareil et s’attachèrent pour se préparer au décollage.

Le téléphone de Gabe sonna alors. Il le sortit de sa poche et consulta l’écran.

— C’est Alicia, ma femme, annonça-t-il en prenant la communication. Allô ? Quoi de neuf ?

Alors que Gabe écoutait ce que son épouse avait à lui apprendre, Megan sortit elle aussi son téléphone.

Si elle appelait Evan, est-ce qu’il répondrait ?

— O.K., je vais leur dire tout ça, déclara Gabe.

Puis, il raccrocha, la mine sombre.

— Alicia a approfondi ses recherches sur le major Gantry, à la demande de ton frère, reprit-il en s’adressant à Megan. C’est comme cela qu’elle a découvert que, au cours de son séjour au Kaziristan, Gantry avait une mission spécifique.

— Laquelle ?

— Il était chargé de coordonner sur place la liaison avec les agents de MacLear Security.

Megan sentit l’appréhension la gagner.

— Ce qui signifie qu’il pourrait très bien être de mèche avec le SSU, soupira-t-elle.

Et, pendant ce temps-là, Evan faisait route pour aller rencontrer Gantry dans l’espoir qu’il lui fasse justement des révélations sur le rôle du SSU et de Barton Reid.

— Evan Pike pourrait-il être au courant de ce lien entre Gantry et MacLear ? demanda-t-elle, s’interrogeant à voix haute.

Gabe fit non de la tête.

— Selon Alicia, l’information était bien gardée car on ne voulait pas que les hommes de Gantry soient au courant de son rôle et pensent qu’il privilégiait les intérêts de MacLear aux leurs.

— Mais c’était le cas ? insista Megan.

Elle réfléchissait à toute vitesse. Gantry n’aurait-il pas piégé Vince pour le compte de MacLear ?

Personne n’avait de réponse à cette question. Paniquée, elle composa le numéro d’Evan. Comme elle s’y attendait, il ne répondit pas et la messagerie se déclencha.

— Evan, c’est Megan. Je vous en supplie, si vous écoutez ce message, rappelez-moi immédiatement, c’est capital.

Elle fit signe à Gabe de lui donner le numéro du téléphone satellite de l’hélicoptère, le répéta puis reprit :

— Le major Gantry était en liaison permanente avec Maclear Security sur le terrain au Kaziristan. C’est MacLear qui avait demandé à ce qu’on lui confie cette mission. N’allez pas le rencontrer, sinon, vous allez foncer tout droit dans une…

Un bip indiquant qu’elle avait atteint la limite d’enregistrement d’un message retentit.

— … embuscade, finit-elle malgré tout, la peur au ventre.

* * *

Evan regarda le téléphone posé sur le siège passager. Avait-il de nouveau commis une erreur en ne répondant pas à l’appel de Megan ? Cela faisait près d’une heure qu’elle avait essayé de le joindre et il n’avait pas encore trouvé la force d’écouter ce qu’elle lui disait.

Et si ses cousins et elle avaient eu des ennuis et avaient besoin de son aide ?

Il poussa un soupir d’agacement, s’empara de l’appareil et appela sa messagerie. Il entendit la voix de Megan : elle lui parlait d’un rapport entre Gantry et MacLear Security.

Cette information rendait sa décision de rencontrer Gantry encore plus stupide.

Elle lui avait laissé un numéro à rappeler, apparemment le numéro du téléphone satellite de l’hélicoptère. Il le composa, et elle répondit à la première sonnerie.

— Evan ?

— Vous êtes en vol ?

— Oui. Ecoutez, Evan, vous ne…

— Je dois le rencontrer, Megan, la coupa-t-il. C’est peut-être notre dernière chance de connaître la vérité.

— Evan, il y a de fortes chances que vous fonciez tout droit dans un piège ! rétorqua-t-elle d’une voix terrorisée.

— C’est possible. Probable, même, admit-il. Mais je dois y aller quand même. Sinon, tout ce que nous avons entrepris ces derniers jours n’aura servi à rien.

— Laissez-nous au moins vous venir en aide.

Il réfléchit quelques secondes. Sur le fond, rien n’avait changé. Les raisons pour lesquelles il avait voulu la tenir à l’écart de cette entrevue étaient toujours valables.

Mais, d’un autre côté, au nom de quoi agissait-il ainsi alors que Gantry avait peut-être joué un rôle dans la mort de son mari ?

En dépit du danger, Megan avait le droit de se retrouver face à Gantry et de pouvoir lui demander les yeux dans les yeux s’il était, ne serait-ce qu’en partie et indirectement, responsable de la mort de Vince.

— D’accord, dit-il finalement. Je dois rencontrer Gantry à l’est de Pilot Mountain, en Caroline du Nord. En ce moment, je suis sur la route 74. Vous pensez pouvoir me localiser ?

Dans le téléphone, il entendit Megan converser avec ses cousins.

— Nous devons être à une vingtaine de minutes de vous, répondit-elle enfin. Gardez le même itinéraire et nous vous rejoindrons. Quand vous entendrez le bruit de l’hélicoptère, garez-vous sur le bas-côté de la route et sortez de voiture pour que nous sachions qu’il s’agit bien de vous.

— Très bien, à plus tard, répliqua-t-il.

Il espérait de tout cœur ne pas avoir à regretter son revirement. Mais, que cela lui plaise ou pas, il avait besoin de Megan. Avec elle, il se sentait plus fort, ils étaient complémentaires.

Serait-ce suffisant pour que tous deux aient la vie sauve ?

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