Une suspecte trop parfaite - Un allié aux yeux d'émeraude (Black Rose) (French Edition)

Chapitre 16

16

 

 

Megan se pencha pour repérer en contrebas la voiture d’Evan. L’appareil vira alors sur la droite, les éloignant de la route.

— Que faisons-nous ? demanda-t-elle dans son casque.

— Il y a un autre hélicoptère dans le secteur et nous sommes trop près de lui, répondit J.D.

— Tu vois ce second hélico ? s’enquit Luke en regardant de tous côtés.

— Pas à l’instant mais, il y a une minute, je l’ai aperçu qui se dirigeait vers le sud, répondit J.D. Je crois que c’était un S-76.

— Tu connais ce modèle ? demanda Megan à Luke, qui paraissait troublé.

— MacLear utilisait ce type d’appareils, répondit-il. Normalement, tous les biens de la société ont été revendus quand elle a été démantelée mais…

— Il faut prévenir Evan, le coupa Megan. S’il entend ce second hélico et pense que c’est nous, il sera en danger.

— Si ce sont des hommes du SSU qui se trouvent dans cet hélico, tu crois qu’ils pourraient avoir intercepté l’appel que Megan a reçu sur le téléphone satellite ? demanda Gabe à Luke.

— Non, je ne pense pas que ce soit possible. Vas-y Megan, appelle Evan.

Elle ne se fit pas prier. A peine eut-il décroché qu’elle l’avertit de la présence de ce second hélicoptère.

— Bien, donc, même si j’entends un bruit, je ne m’arrête pas.

— Nous allons continuer jusqu’à proximité de votre point de rendez-vous, reprit Megan. J.D. a déjà repéré un endroit où se poser.

Elle lui expliqua comment s’y rendre.

— Retrouvez-nous là-bas. Ensuite, nous irons à la rencontre de Gantry.

— Nous aurions dû aller à fort Bragg à l’improviste, dit Evan. Je suis désolé, j’ai été stupide de l’appeler.

— En effet, ce n’était pas malin, renchérit-elle, sans pour autant hausser le ton. Mais tout le monde commet des erreurs, alors n’en parlons plus. A tout à l’heure.

Elle raccrocha et, immédiatement, se sentit démunie de ne plus entendre la voix d’Evan.

En seulement quatre jours, il était devenu un véritable repère dans sa vie. Comment était-ce possible ?

— Nous arriverons dans vingt minutes, déclara J.D. Vous feriez mieux de vérifier les armes. Nous ne savons pas ce qui nous attend une fois que nous serons posés.

Son cousin J.D. n’était pas du genre à laisser quoi que ce soit au hasard. Il n’était pas non plus du genre à perdre son calme.

Megan aurait aimé pouvoir en dire autant. Mais désormais, elle était elle aussi convaincue que le SSU était responsable de la mort de Vince. Quelqu’un — peut-être Gantry — avait alerté Barton Reid de ce que Vince avait vu à Tablis, au Kaziristan. D’ailleurs, le connaissant, ce n’était pas impossible que Vince se soit mis en tête d’épier personnellement Reid pour savoir ce qu’il manigançait. Ce qui expliquerait pourquoi il se rendait fréquemment dans la capitale au cours des semaines précédant sa mort.

Mais si le SSU n’avait pas hésité à éliminer de sang-froid un soldat américain au cours d’une mission de maintien de la paix, hésiteraient-ils à tuer un civil au beau milieu de nulle part ? Il ne fallait pas y compter.

— Evan n’est pas un simple civil, tu sais, Megan, intervint Luke. Je me suis un peu renseigné sur lui et j’ai appris que, avant son départ pour le Kaziristan, il avait suivi une formation militaire. Et j’ai un ami au Pentagone qui m’a affirmé qu’il avait effectué ce stage avec le plus grand sérieux et qu’il s’était montré très habile au tir.

Megan parvint à lui sourire.

— En gros, tu veux me dire qu’il est capable de se débrouiller tout seul ?

— On ne peut jamais tout faire seul, mais Evan a la chance de t’avoir, toi. Et toi, tu as la chance de nous avoir.

Elle tendit le bras pour serrer sa main, touchée par ses propos.

— Je suis vraiment contente de pouvoir autant compter sur vous.

— Je t’en prie, c’est normal, répondit-il avec un sourire.

Le terrain d’atterrissage à l’est de Pilot Mountain n’était guère plus qu’un champ aplani. L’ami de J.D. à Wytheville en connaissait le propriétaire et avait tout arrangé pour qu’ils puissent s’y poser sans encombre.

A peine les pales de l’hélicoptère s’arrêtèrent-elles de tourner qu’un homme vint les accueillir et se présenta :

— Salut, je suis Duncan McElroy. Vous avez un bien bel appareil.

J.D. lui serra la main et fit les présentations.

— Cody Bollinger m’a dit que vous pourriez peut-être tous nous emmener à Pilot Mountain.

McElroy acquiesça.

— Oui, j’ai un Explorer, donc je peux vous conduire où vous le souhaitez.

* * *

Megan observait McElroy. Celui-ci les regardait un par un, l’air perplexe. Il semblait avoir deviné les armes qu’ils portaient sous leurs vêtements.

— Je connais bien Bollinger, reprit McElroy, je sais qu’il ne m’aurait pas envoyé une bande de voyous. Cependant, je dois dire que vous me paraissez étrangement équipés pour des touristes.

Megan sentit alors le regard de J.D. sur elle. Manifestement, il lui laissait décider ce qu’elle souhaitait révéler à McElroy.

— A Pilot Mountain, nous nous attendons à tomber dans une embuscade, déclara-t-elle.

McElroy haussa les sourcils, interloqué.

— Dans ce cas, pourquoi tenez-vous à y aller ?

— Parce qu’il y a quatre ans, quelqu’un a assassiné mon mari. Et nous pensons que la personne que nous allons rencontrer peut nous apprendre l’identité de l’assassin et ses motivations.

McElroy l’observa avec encore plus de perplexité.

— Et pourquoi n’avez-vous pas alerté la police ?

— Parce que, en dehors de nous, personne ne croit que mon mari a été victime d’un meurtre.

— Et, vous, vous êtes persuadés que c’en était un ?

— Oui.

McElroy l’observa en silence quelques secondes.

— Où a-t-il été tué ?

— Au Kaziristan. Mon mari était sergent dans l’armée.

— Et sa mort n’est pas liée à un accrochage avec l’ennemi ?

Elle songea aux certitudes d’Evan, à ce qu’ils avaient appris les jours précédents.

— Nous avons obtenu la preuve que non.

McElroy resta silencieux encore quelques secondes.

— C’est bon, je vais vous emmener. Mais je refuse de vous laisser en plan au milieu de la forêt. Alors laissez-moi quelques minutes, le temps que j’aille chercher ma carabine.

— Je ne sais pas si…, commença J.D.

McElroy l’interrompit d’un geste.

— J’ai passé quatre ans chez les marines et je connais la forêt mieux que vous. Je sais ce que je fais, n’ayez crainte. Mais j’aimerais bien que vous me fassiez un petit topo sur ce qui nous attend.

Tandis que J.D. commençait les explications, Megan s’éloigna de quelques mètres pour appeler Evan.

— Vous êtes au sol ? lui demanda ce dernier après avoir décroché.

— Oui, nous nous sommes posés il y a quelques minutes et nous avons un renfort supplémentaire, répondit-elle.

Elle lui parla de Duncan McElroy.

— Il connaît les bois et il a insisté pour nous accompagner, précisa-t-elle.

— Il a vraiment conscience de ce à quoi il s’expose ?

— J.D. est en train de le lui expliquer. Avez-vous vu un autre hélicoptère ?

— Oui, j’en ai aperçu brièvement un qui volait en direction du sud.

— Vers Pilot Mountain ?

— Oui, c’était la direction.

— Ce n’est peut-être qu’une coïncidence.

— Vous y croyez vraiment ?

— Non, admit-elle. Où êtes-vous maintenant ?

— J’ai quitté la nationale et je m’approche moi aussi de Pilot Mountain. Je viens de passer Flat Rock.

Elle ne s’attendait pas à ce qu’il soit déjà là-bas. Il avait dû rouler à vive allure.

— Si vous remarquez le moindre détail suspect le long de la route, mettez-vous à l’abri et appelez-nous.

— Je n’y manquerai pas.

Il hésita une seconde, puis reprit :

— Megan, à propos d’hier soir…

Il y eut un grésillement et elle n’entendit plus sa voix.

— Evan ? appela-t-elle, le cœur battant.

Après de longues secondes interminables, il revint en ligne et déclara, le souffle court :

— On me tire dessus. La lunette arrière a volé en éclats. Je crois que le piège vient de se refermer sur moi.

— Fichez le camp au plus vite !

— Je fais de mon mieux, mais il va peut-être falloir que j’abandonne la voiture.

— Non, vous êtes plus en sécurité dans la voiture !

— Je dois raccrocher. Je vous rappelle dès que possible.

Plus terrorisée que jamais, Megan rangea son téléphone et rejoignit ses cousins en courant.

— Nous devons partir, Evan a été pris pour cible !

* * *

Devant lui, Evan aperçut un Hummer qui lui barrait la route. Il repéra presque en même temps un chemin forestier sur sa droite et, d’instinct, donna un brusque coup de volant pour s’y engager.

Il roula aussi vite que possible, espérant ne pas croiser de cyclistes ou de piétons. Mais il soulevait un épais nuage de poussière qui l’empêchait de voir s’il y avait un véhicule derrière lui. Et puis, si ses poursuivants voulaient le retrouver, ils n’auraient qu’à suivre ce nuage de poussière, justement.

Il devait donc abandonner sa voiture et continuer à pied.

Dans l’Alabama, Megan leur avait permis d’échapper à ceux qui les traquaient en s’engageant brusquement sur des chemins secondaires. Là, aucun sentier ne coupait le chemin sur lequel il roulait et il redoutait même de déboucher dans un cul-de-sac. Un bruit de moteur résonna derrière lui. On était bel et bien à ses trousses.

Soudain, sur sa gauche, il aperçut un sentier herbu à peine assez large pour une voiture. Mais il n’avait pas le choix. Il s’y engagea au tout dernier moment, roula pendant quelques mètres puis freina brutalement. Sans attendre, il sortit de voiture et s’enfonça dans les bois en courant en zigzag.

Le terrain était pentu et, devant lui, il vit s’élever un gros rocher saillant. Quand il l’atteignit, il se réfugia derrière et prêta l’oreille. Il entendit des bruits de pas et des craquements. Les hommes à sa poursuite ne prenaient même pas la peine d’être discrets. Sans doute étaient-ils convaincus de disposer de l’avantage du nombre et de mieux connaître la région que lui. En quoi ils n’avaient pas tort.

Il sentit son téléphone vibrer dans sa poche, ce qui le fit sursauter. Il sortit l’appareil de sa poche : c’était Megan, évidemment.

— Je ne vais pas pouvoir vous parler longtemps, dit-il à voix basse.

— Vous êtes blessé ? lui demanda-t-elle d’une voix étranglée.

Il fut touché de cette inquiétude.

— Non, je vais bien. Du moins pour le moment. Mais j’ai dû abandonner la voiture.

— Bon sang, je vous avais dit…

— Je n’avais pas le choix.

Elle poussa un soupir.

— Où êtes-vous ?

— Dans la forêt à l’est de Flat Rock. J’ai quitté la route à proximité d’une tour de télécommunication. Peut-être pourrez-vous la repérer ?

Il entendit Megan s’adresser à quelqu’un.

— Avez-vous une idée du nombre d’hommes qui sont à votre poursuite ? lui demanda-t-elle quand elle revint en ligne.

— Non, mais il y avait au moins deux voitures derrière moi. Plus un Hummer qui venait dans l’autre sens et m’aurait coupé la route si j’avais continué.

A ce moment-là, il aperçut un homme en tenue de camouflage qui sortait de la végétation, un fusil équipé d’un silencieux en main, et tournait la tête vers le rocher derrière lequel il se dissimulait.

Il se recroquevilla pour ne pas risquer d’être repéré.

— Evan ? appela Megan dans le téléphone, certainement inquiète de ne plus entendre sa voix.

Mais il ne pouvait pas répondre.

Après quelques secondes, il se redressa avec une extrême prudence. L’homme lui tournait désormais le dos et partait dans la direction opposée.

— Evan ! appela de nouveau Megan.

— Désolé, chuchota-t-il en réponse. Un de mes poursuivants est passé tout près de l’endroit où je me cache. Il ne m’a pas vu mais je ne peux pas bouger. Tôt ou tard, ils vont me trouver.

— Il faut que nous vous sortions de ce mauvais pas.

— Je ne suis pas contre, en effet.

Encore une fois, il l’entendit s’entretenir avec quelqu’un à côté d’elle. Puis elle lui annonça :

— Nous venons vous chercher.

— Non ! Vous, Megan, vous ne venez pas ! répliqua-t-il d’instinct.

— Vous n’êtes guère en mesure de décider, rétorqua-t-elle sans hausser le ton. Mes cousins vont tenter de détourner l’attention des types qui vous cherchent. Nous disposons déjà de votre position précise.

— Comment ?

— Les téléphones qu’on nous a remis à notre départ de Gossamer Ridge venaient de Cooper Security et ils sont équipés d’un GPS. Jesse voulait savoir où nous étions à tout moment au cas où nous aurions besoin d’aide d’urgence. Là, il vient de nous appeler pour nous transmettre votre position.

Evan en resta bouche bée. Devait-il être reconnaissant à Jesse Cooper de ne rien avoir laissé au hasard ou se sentir trahi de ne pas avoir été mis dans la confidence ? Pour le moment, il devait surtout laisser ses états d’âme de côté.

— Bien, reprit-il. Comment comptez-vous vous y prendre ?

— Luke a à peu près la même corpulence que vous. Il va essayer d’attirer ces types pour les détourner de vous.

— C’est de la folie !

— C’est Luke, répliqua-t-elle d’un ton fataliste. Tenter de le raisonner ne servirait à rien.

— Bien, puisque c’est comme ça… Merci ! Faites vite !

— Nous ne sommes pas loin, je vois déjà l’antenne de télécommunication dont vous m’avez parlé. Nous allons nous arrêter pour que Luke prenne position.

Evan en était malade : quelqu’un allait risquer sa vie pour lui. Mais il n’avait pas d’alternative et cela le mettait encore plus en rage.

— Gabe et J.D. vont couvrir Luke au cas où il se retrouverait en mauvaise posture, indiqua Megan. Vous êtes toujours là, Evan ? Vous avez besoin de raccrocher pour changer de cachette ?

— Pas pour le moment, répondit-il en regardant néanmoins autour de lui à la recherche d’un meilleur abri.

Il repéra alors deux autres hommes en tenue de camouflage et équipés de talkies-walkies. Ils s’approchaient. Mais soudain, ils tournèrent la tête et partirent en courant dans la direction opposée.

— On dirait que votre stratagème de distraction fonctionne, murmura-t-il dans le téléphone. Je viens de voir deux types détaler.

— Parfait. Je vous rejoins dans quelques minutes.

— Quoi ? Attendez…

Mais elle avait raccroché.

Il jura en silence et se plaqua contre son rocher. Pourquoi fallait-il que Megan soit une tête brûlée et pas du genre à rester prudemment en retrait ?

Si elle était différente, tu ne serais pas tombé amoureux d’elle, lui répondit sa voix intérieure.

* * *

Megan progressait lentement à travers les bois. Elle consulta la carte GPS sur son téléphone. Elle n’avançait pas aussi vite qu’elle l’aurait souhaité mais se rapprochait néanmoins de l’endroit où était Evan.

Elle entendit des éclats de voix, assez loin d’où elle était. Peut-être étaient-ce les agents du SSU qui pensaient avoir retrouvé la piste d’Evan, sans savoir qu’au contraire ils s’éloignaient de lui. Mais elle n’en était pas certaine et devait redoubler de prudence.

Elle aperçut le sommet de la colline qu’elle gravissait et s’arrêta un instant. Elle devait avancer encore plus lentement pour ne pas risquer de se faire surprendre quand elle serait à découvert.

J.D. et Duncan McElroy avaient insisté pour l’accompagner mais elle avait refusé leur aide : à deux ou trois, ils seraient plus facilement repérables qu’une personne seule.

Elle reprit sa progression, pas à pas. Elle était tout près du sommet quand elle entendit un craquement derrière elle. Elle s’immobilisa et, quelques secondes plus tard, il y eut un nouveau craquement. Elle porta la main à sa hanche pour dégainer son arme, mais trop tard. Une main se referma sur son poignet et l’immobilisa, une seconde se plaqua sur sa bouche pour l’empêcher de crier.

Pitié, faites que ce soit Evan.

— Pas un bruit, sinon on va vous entendre.

L’homme qui la tenait prisonnière s’empara de son arme et l’obligea à se retourner pour lui faire face. Malgré les rides sur son visage et le regard plein de peur qu’elle découvrit, elle le reconnut immédiatement. Elle l’avait déjà vu sur la photo où Vince posait en compagnie de l’ensemble de son unité, prise peu de temps avant son départ pour le Kaziristan : c’était le capitaine Elmore Gantry.

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