Vasilyssa - L'appel de l'équilibre: Fantasy / Romance (Gyara t. 3) (French Edition)

Chapitre 16 Une souveraine

Chapitre 16

 

Une souveraine

 

Amenis

 

Nezera – Quelques jours plus tard

 

Ces interminables conseils allaient avoir ma peau. Cela devait faire trois ou quatre heures que nous étions là et je peinais à rester éveillée. Le couronnement avait lieu le lendemain et nous étions encore là, assis autour de cette table à nous regarder dans le blanc des yeux. Chacun y allait de son petit commentaire sur les décisions de Prisca, sur le déroulement des cérémonies ou encore sur la liste des invités. La situation était tellement sous tension que les moindres détails devaient être approuvés. Si je comprenais l’importance de cette journée, pour moi le choix de la couleur des fleurs était le cadet de nos soucis.

Ce soir, Makel débarquait et nous étions là, à valider les plats pour le banquet. Je rongeais mes nerfs comme un chien dévorait son os. Je regrettais l’absence d’Avichail. J'aurais bien eu besoin de son aide pour recentrer la discussion. Malheureusement, il avait été appelé par Grewlin pour gérer quelques affaires courantes à Nirakon. J’avais tenté de mettre en jeu un échange… et j’avais perdu.

En même temps, avec trois siècles d’entraînement aux cartes, ça aide !

— Mauvaise perdante ! Je t'avais dit quelle carte poser et tu ne m'as pas écouté.

— Tu parles, ton idée était de loin pire que la mienne.

Inas pouffa dans mon crâne. Lui aussi subissait cette torture psychologique et j’avouais que sans nos discussions, je me serais déjà endormie sur ma chaise.

— Pour te servir, petite créature.

— Au sujet de la défense du royaume, que faisons-nous ? questionna le seigneur de Jyza.

Je remerciai intérieurement Granden d’aborder enfin le sujet. Il était temps de parler de la protection de l’évènement.

— L’armée de Nezera sera mobilisée pendant la durée des évènements, expliqua le futur roi. Des unités seront déployées pour garantir la sécurité des dignitaires.

Comme si chaque seigneur n’arrivait pas déjà avec sa petite milice privée.

— Vasilyssa, m'interpella Kievian, je souhaite que les Noctraniens restent en périphérie du château afin de veiller à ce que rien ne vienne troubler les cérémonies. Je ne voudrais pas que leur présence perturbe ou inquiète nos invités.

Pardon ?!

C’était l’affront de trop. Je voulais bien faire un effort et être compréhensive, mais ma patience avait ses limites. Ce prince en papier me demandait de laisser les miens dehors, comme des malpropres sous la pluie ?! Et puis quoi encore ? La prochaine fois, ils serviraient le repas ?

— J’espère que c’est une mauvaise blague ?!

Je venais, encore une fois, d’écraser leurs règles protocolaires. Enfin, ce n’était pas une nouveauté et je commençais même à en faire une de mes spécialités.

Je ne tiens vraiment pas de ma mère...

Prisca me lança un regard assassin que je décidai d'ignorer. Ils ne pouvaient pas annoncer au monde entier qu'ils reconnaissaient Noctrane comme un allié pour ensuite nous traiter tels de vulgaires subordonnés. Kievian passa sa langue sur ses dents. Lui non plus n’avait pas apprécié ma petite familiarité… Et pour le coup, Avichail n’était pas là pour me tempérer.

— Quel dommage, s’amusa Inas. On va enfin avoir un peu d’action !

— Pardon, je crois ne pas avoir bien entendu, Amenis.

Oh j’ai envie de lui arracher ce petit air narquois de son visage et le lui faire manger.

— Tu demandes à mon armée de rester dehors, alors que ses souverains sont la cible de l’empereur Nadren (Je me retins d’ajouter « fou furieux » même si je n’en pensais pas moins.) ainsi que de la grande prêtresse Nyrn… Donc je répète, est-ce une blague de mauvais goût ?

Kievian souffla, excédé, en se redressant.

— L’empereur ne vous fera rien. Cesse de te placer comme le centre du monde.

Son toupet n’avait donc aucune limite ?!

— Mais tu es aveugle ou plus idiot qu’un âne de trait !!! Tu penses réellement que Makel vient ici pour serrer des mains et qu'il ne tentera rien ? Je te savais utopiste, non pas stupide. Nous sommes là avec le dernier morceau et ça ne te fait absolument pas frémir !

Je me levai en faisant tomber ma chaise en arrière et plaquai mes paumes sur la table pour m’éviter de l’attaquer de plein fouet. Makel n'allait pas rester les bras croisés. Il allait agir d'une façon ou d'une autre. Ce monstre avait déjà réussi à bloquer ma magie une fois et je ne savais toujours pas comment il avait accompli cet exploit. Je ne pouvais pas prendre le risque de ne compter que sur celle d'Inas… Le néant ne faisait aucune distinction entre alliés et ennemis. C’était bien trop risqué.

Et c’est exactement ce qu’il recherche.

— C’est malin, souligna Inas.

— Prisca, s’il te plaît, dit quelque chose… la suppliai-je. Tu étais là à la cérémonie et tu connais ton père !

La princesse parut hésiter, fixant le bout de ses ongles. Je pensais trouver chez elle un soutien, même infime. Pourtant, elle savait que j’avais raison !

— L’empereur ne mettrait pas en péril une coalition aussi importante, clama Abren à côté de moi.

— Vous avez la mémoire courte, ma parole. Makel était contre ce mariage, contre une alliance… Et c’est moi qui ai terminé amnésique ?! Réveillez-vous ! Il vous déteste tous et pour lui, la mort de Drius est une aubaine. Cessez de le sous-estimer.

Tous les regards se tournèrent vers moi. Certains levèrent les yeux au ciel, certainement agacés de me voir remettre cela sur le tapis. Mais je n’en avais que faire. Ils prenaient sa présence à la légère, oubliant qu'il n’y avait pas si longtemps, Makel n'avait qu'un objectif : annexer Daaryrona. Depuis quand cette menace avait-elle disparu ?!

— Les choses ont changé, Amenis. L’empereur et moi avons d’ores et déjà échangé sur le sujet.

— Pardon ? s’écria Prisca en se levant brusquement. Et tu comptais m’en parler un jour ?

Enfin je la retrouve ! Merci !

— Pas maintenant, pesta le prince en la foudroyant sur place. Assieds-toi !

Prisca, les lèvres pincées, serrait les pans de sa robe avec une telle force que d’ici j’apercevais ses articulations blanchir.

C’est officiel, c’est un sombre crétin !

— Je suis d’accord avec toi…

— Note-le dans un coin de notre esprit. C’est rare.

Savoir qu’Inas était là me permettait de garder confiance en moi. Avec lui, je me sentais protégée. Sauf que cela ne changeait pas le problème. Je voulais que Grewlin soit à nos côtés ainsi que la milice. C’était un symbole fort… Noctrane ne faisait plus partie des mercenaires à la botte des Lancin. Ce temps était révolu !

— Je te pensais plus intelligent Kievian, vraiment, ajoutai-je. Makel est un joueur, il a toujours des coups d’avance et…

— Qui te dit que je n’en ai pas ? me coupa-t-il en se redressant de toute sa hauteur.

Il débordait d’assurance et cela allait lui être fatal. Kievian ne connaissait pas son adversaire aussi bien que Prisca ou moi… Sauf s'il y avait un accord tacite entre les deux hommes.

— Tu as prévu de faire de nous la dote de Prisca peut-être ? grondai-je

en haussant la voix.

Je regrettai immédiatement mes propos. Kievian était bien des choses,

mais il ne trahirait pas Avi. Le nouveau roi se raidit, les mâchoires crispées. Je le sentais au bord de l'implosion.

— Comment oses-tu ! Après ce que j'ai fait pour toi et ce que j'ai

concédé !

— Je suis désolée, mes mots ont dépassé ma pensée, m’excusai-je en

levant les mains en l’air.

— En vérité, ce ne serait pas une mauvaise idée, s'écria Abren. Si c'est le

prix de la paix, pourquoi s'en priver ?

Je foudroyai ce porcinet du regard en luttant contre mes propres

pulsions.

— Seigneur Abren ! cingla Prisca, dois-je vous rappeler où est votre

place ?

Le seigneur siffla entre ses dents en s'enfonçant dans son siège et en

marmonnant dans sa barbe.

— Kievian, avec tout le respect que je te dois, ajouta-t-elle, tu n'as

jamais joué contre mon père. Ne le sous-estime pas.

Le prince hocha les épaules avant de passer sa langue sur ses lèvres.

— Si elle a été assez stupide pour tomber dans ses pièges, ce n’est pas mon problème. L'empereur m'a affirmé qu'il viendrait uniquement pour notre mariage par navire, et non par portail. Il a par ailleurs accepté de laisser le grand mage et son apprenti au palais.

Là, mon sang se givra et mon instinct primaire s'éveilla. Makel ne se déplaçait jamais sans Seifedin ! Il était son plus proche conseiller... cela n'avait pas le moindre sens...

Prisca me fixa avec une expression où s'entremêlaient la panique et la désolation. Makel refusait cette union, il ne venait pas en « ami », encore moins en « père ». Non, en acceptant de venir sans lui, l’empereur brossait simplement Kievian dans le sens du poil pour mieux le poignarder après.

— Kievian, le mis-je une dernière fois en garde, Adreka n'est pas une alliée.

Le futur roi frappa sur la table avec ses poings. Je serrai mes dents pour

contenir ma colère en regrettant amèrement qu'Avi ne soit pas présent. Lui aurait pu trouver les mots justes, ou du moins essayer.

— Mon royaume, mes décisions ! Je le répète : si cela ne te convient pas, tu sais où est la porte.

Non vraiment, je ne comprenais pas comment Avi pouvait considérer cet homme comme un ami. Cela me dépassait ! Il était imbuvable et arrogant au possible… J’étais toutefois déterminée à ne plus me laisser marcher sur les pieds. Il m'avait certes ouvert son château, mais cela ne l'autorisait pas pour autant à me traiter de la sorte. Je ne pouvais pas travailler avec lui, c'était impensable.

— Bien. Je considère alors que notre alliance prend fin à partir de maintenant, répliquai-je en contournant la table pour quitter les lieux. Ne compte plus sur mon peuple pour courir à ton secours, c'est terminé ! En tant que Vasilyssa, j'annonce officiellement que Noctrane n’est plus à la solde de Nezera et devient indépendant. Seigneur Abren, si vous osez à nouveau poser un pied sur mon territoire, vous en paierez le prix. Est-ce bien clair ?

Ce dernier se leva en m'insultant de tous les noms. Je balayai ses injures d'un revers de main en me dirigeant vers la porte.

— Ta demande n’est pas recevable, Amenis ! gronda Kievian. Noctrane est sur mes terres !

Je me retournai en lâchant un rire amer.

— Tes terres ?! TES TERRES ! Ce château a vu le jour car j'ai aidé tes ancêtres à sortir de leurs camps d'esclaves. Ces terres sont les miennes et je ne fais que vous y tolérer. Vous avez oublié votre histoire... 

— Amenis, s'écria Prisca en courant autour de la table. Attends.

J'arrêtai mon amie en levant ma main. Elle se figea à quelques mètres de moi en secouant la tête. Je lisais dans ses yeux toute la tristesse qu'elle ressentait, ainsi que son désarroi. J'aurais aimé que cette alliance fonctionne... de tout mon cœur. Mais pas à ces conditions, je ne supportais plus de regarder mon peuple se faire traiter de la sorte.

— Nous nous reverrons à la cérémonie du mariage, car je compte être présente pour toi, Prisca. Je viendrai avec la milice, que cela vous plaise ou non. Par contre, je vous préviens... si l'un d'entre vous décide de nous attaquer, vous en paierez le prix fort et je me chargerai moi-même de vous retrouver. Est-ce bien clair ?

Un vent de fureur retourna l’assemblée du conseil. Tous tremblaient de peur en me promettant mille tourments. Lorsqu’un nuage sombre m'enveloppa, j'entendis que Kievian hurlait mon nom. Avi pouvait bien m’en vouloir, me faire une scène ou une énième leçon de morale, je n’en avais que faire. Son « ami » venait de dépasser la ligne rouge. J’avais tenu tête à Makel en refusant de me plier à ses exigences et ce n’était pas aujourd’hui que j’allais commencer !

 

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Partie 2

 

À la croisée des chemins

 

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