Vasilyssa - L'appel de l'équilibre: Fantasy / Romance (Gyara t. 3) (French Edition)
Chapitre 22 Chaque seconde compte
Chapitre 22
Chaque seconde compte
Ilyesse
Au même moment à Adreka
Le palais était enfin vide. Makel avait emmené toute sa cour avec lui, son grand mage inclus, pour célébrer ce qui portait déjà le nom de « mariage du siècle ». Et pour cause, l'union entre une Nadren et un Lancin était de loin inattendue. J'aurais adoré soutenir Prisca, cependant j'avais fort à faire. Leur retour n'était prévu que pour la fin de cette semaine, ce qui m'offrait une chance d'ouvrir la réserve privée d'Hénes. Je n’arrivais toujours pas à digérer que j’avais vécu toutes ces années à ses côtés sans me douter de rien.
S’il me fallait encore une preuve que mon ancien compagnon me connaissait par cœur, je l’avais sous mes yeux… Car je ne me faisais aucune illusion, Hénes savait très bien qui j’étais et ce constat me laissait un arrière-goût des plus amers…
— Allez, ce n’est pas le moment de se laisser abattre ! m’encourageai-je.
Cela faisait des heures que je tentais en vain de forcer cette pièce et je commençais à perdre patience. Cependant, je refusais de rentrer sans avoir le poignard de Kayis en ma possession. J’étais convaincu que cet artefact pouvait séparer Inas d’Amenis et j’en aurais besoin si par malheur tout partait à vau-l’eau. Je préférais emprisonner Inas dans un nouvel objet quitte à devoir le détruire par après plutôt que de laisser Hénes mettre la main dessus. Amenis avait beau être la femme la plus solide que je connaissais, ses faiblesses la rendaient imprévisible.
Je descendis les marches de l’escalier quatre à quatre pour revenir à mon établi. La table était sens dessus dessous, recouverte de fioles à moitié vides. Je m’affalai sur ma chaise en soupirant puis massai mes tempes. Mon regard se porta sur mon dernier échantillon contenant le sang d’Hénes. Il me narguait. Dire que j’avais usé de l’intégralité de mes fioles et que j’en étais toujours au même stade… Néanmoins, je bénissais mon ancien moi d’avoir eu l’idée de les conserver au chalet.
Je posai mes coudes sur la table en pestant. Je refusais de reconnaître ma défaite. Cette dernière était trop dure à avaler… L’élève ne pouvait dépasser son maître ! Je connaissais Hénes par cœur et la meilleure des protections restait l’union de nos deux essences. Alors pourquoi cette porte me résistait ? J'avais essayé toutes les combinaisons, tous les dosages et pourtant chacune de mes tentatives se soldait par un échec.
— Qu’est-ce que tu me caches…
Lorsque les rayons du soleil transpercèrent le fond de la fiole rougeâtre, je réalisai mon erreur. Là, au centre du liquide vermeil, miroitaient d’infimes fragments blanchâtres.
— Du divin… je n’y crois pas !
Je me redressai et me dirigeai vers le bord de la fenêtre avec mon nécessaire. Minutieusement, je versai quelques gouttes dans un flacon vide puis piquai mon index. Lorsque mon sang toucha le sien, les particules s’étiolèrent. Nos essences n’étaient plus suffisantes. À ce moment précis, une autre pensée, plus sombre, se fraya un chemin dans mon crâne.
Il a un dieu avec lui…
Il n’existait qu’un moyen de découvrir si oui ou non j'avais raison. Un seul ! Je courus en direction des étagères. Je savais que certains artefacts, les plus faibles, étaient rangés dans le fond de ce cabinet. Heureusement, celui dont j’avais besoin en faisait partie. Dans la précipitation, je me pris les pieds dans le tapis et manquai de peu de m’écrouler sur le sol. Mon pouls cognait à tout rompre dans ma poitrine tandis que mon cerveau, lui, refusait d’admettre l’impensable. Je me laissai glisser sur les genoux et entrepris mes recherches en ratissant une à une chacune des tablettes.
Après quelques minutes de fouille, je mis enfin la main sur le couteau du roi Thélyios ainsi que sur le réceptacle en or nécessaire au rituel. Ce dernier servait à déceler l’essence des Originels, mais pas que. Je me souvenais parfaitement de sa réaction au sang d’Amenis. Il s’était illuminé dans une espèce de halo blanc immaculé et si mes craintes étaient fondées, celui de son frère produirait le même effet.
Assis en tailleur, je posai la coupe entre mes jambes. J’essuyai mes paumes moites sur mon pantalon et sortis de ma poche la fiole contenant le sang d’Hénes. Je l'ouvris avec mes dents puis versai quelques gouttes sur la lame tout en débutant mon incantation.
— Aíma ton Protótypon, me ti dýnami tou theíou, dechtheíte to aíma tou
paidioú sas kai apokalýpste tin isorropía pou vrísketai mésa tou.[9]
Le sort réagit à la seconde où j’eus prononcé le dernier mot. Lorsque l’essence d’Hénes toucha la surface du bol, celui-ci se mit à luire. Je restai figé par l’effroi, impuissant face à la traînée qui glissait le long de la paroi.
Mon pire cauchemar devenait réalité : Hénes était parvenu à dompter un dieu.
Je me laissai tomber en arrière, sonné. Tandis que cette vérité continuait de s’imprimer dans mon esprit, une seule question demeurait sans réponse.
Comment avait-il accompli un tel exploit ?!
Nous pensions tous que la particularité d’Amenis faisait d’elle un vecteur parfait. Elle représentait le mélange de l’ombre et de la lumière. L’Équilibre… Pourtant, son frère avait réussi l’impossible. Cela remettait en cause toutes mes connaissances ainsi que la totalité de mes recherches sur le sujet. Si un simple Originel pouvait habiter un dieu… cela signifiait que leurs créations étaient parvenues à dompter l’intégralité de leur magie. La donne venait de changer. Non, Hénes l’avait changée.
Une vague d’excitation secoua mon corps. Je me revoyais, insouciant, jouant à l’apprenti dieu dans notre repaire dans les tréfonds de Noctrane. J’adorais cette quête de puissance et même si j’y avais renoncé, cette envie de pousser les limites de nos savoirs était plus forte que jamais.
Je me relevai, le cœur palpitant et courus à mon bureau pour saisir mon carnet. Pris d’une frénésie d’excitation, je couchai sur papier tout ce que je venais de découvrir, ainsi que les interrogations qui en découlaient. Je voulais comprendre comment il y était parvenu, la marche à suivre, les sensations que cela provoquait et surtout quel était le prix à payer pour un tel contrat.
Le prix !
Je secouai ma tête en m’assénant une gifle mentale. Il était hors de question que je replonge dans mes vieux travers. À cause de mes recherches et de nos expériences, le monde avait basculé. Jouer avec la magie divine était un danger !
Je relevai les yeux vers l’échantillon en mâchouillant le bord de ma mine. Cela aurait dû fonctionner… Le sang d’Amenis et d’Avichail était toujours compatible. Lui n’avait pas de divin, c’était une certitude.
— Sauf si tu as bougé les dosages !
À tous les coups, Hénes avait trouvé un moyen de contrer les effets du lien.
Pour ne pas que j’arrive à l’ouvrir. Malin.
Je glissai le long du dossier en fixant la fenêtre, comprenant que cette nouvelle changeait absolument tout. Non seulement il savait que j’étais là, mais en prime il s’y était préparé.
Pourquoi suis-je encore en vie ?
Rapidement, des dizaines de questions s’entrechoquèrent dans mon crâne. Le connaissant, il avait dû me laisser des indices un peu partout. Les ongles ancrés dans mon cuir chevelu, je retraçai nos derniers échanges, tentant de trouver la phrase ou le geste qui m’éclairerait. Après plusieurs minutes et un début de migraine, j’étais toujours au point mort. L’unique interrogation qui tournait en boucle était celle concernant ses intentions. Si Hénes possédait déjà un dieu, pourquoi s’évertuait-il à vouloir récupérer la puissance d’Inas ? Il aurait pu détruire le monde ou l’asservir depuis des années, voire des siècles. Cela ne tenait pas la route.
— À moins que ses plans aient changé…
Hénes désirait réduire les Originels en cendres pour détruire cette rivalité entre Noctrane et Alyrane. Il pensait qu’en tuant le problème à la source, cela réglerait le problème, sauf que la malédiction avait fait le travail à sa place.
Alors pourquoi ?
Malheureusement, il n’existait qu’une personne capable de me répondre et je n’avais aucune envie de lui faire face. Mes paumes redevinrent moites lorsque mon attention se porta sur l’escalier qui menait à la réserve. Pendant toutes ces années, je m’étais convaincu que tout ceci était derrière moi… mais à présent, je n’en étais plus si sûr.
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