Vasilyssa - L'appel de l'équilibre: Fantasy / Romance (Gyara t. 3) (French Edition)

Chapitre 17 Par-delà le voile

Chapitre 17

 

Par-delà le voile

 

Amenis

 

Quelque part à la frontière de Noctrane

 

Le vent balayait la falaise, fouettant mon visage. Les embruns me chatouillaient le nez tandis que l’iode remplissait mes poumons. Je bouillonnais de rage et de colère. Cette altercation m’avait mis les nerfs à vif. Je m’étais téléportée à la frontière de Noctrane, au sommet des montagnes. À ma gauche, dominait l’épais nuage de la malédiction. Je décidai pour la première fois de l’approcher. Je disparus à nouveau pour me retrouver cette fois, à la limite du dôme. Hypnotisée, je tendis mon bras pour frôler sa surface quand je sentis une résistance dans mon esprit.

— Ne le touche surtout pas, petite créature !

Surprise, je laissai mon geste en suspens dans le vide. Là, me revint l’une de ses phrases en mémoire : « La vie prend, la mort arrache. » La magie provenant d’Alyrane était blanche alors en toute logique, ce que j’avais face à moi aurait dû être laiteux… À moins que…

— Inas, pourquoi le voile est noir ?

Mon cœur cogna dans ma poitrine sans que je parvienne à l’expliquer. Une vague de panique me saisit à la gorge et mes jambes tremblotèrent.

— Inas, réponds-moi…

Après de longues minutes de silence, je décidai de trouver la réponse par moi-même. Je fis un pas en avant pour m’approcher de la barrière. En plissant les paupières, j’observai, médusée, les infimes particules blanchâtres, dorées, pourpres et bleutées qui tapissaient cette dernière.

Qu’est-ce que…

Du bout du doigt, je m’apprêtais à toucher la surface lorsqu’Inas se réveilla enfin. Il gronda dans mon crâne jusqu’à me faire tomber à genoux sur la roche. Je m’écorchai contre la pierre, à quatre pattes, haletante.

— C’est une punition, m’avoua-t-il enfin d’une voix lointaine. Pour moi, pour nous, pour eux. Si tu la touches…

— Quoi ? Il se passe quoi ?

— Elle m’aspirera et je disparaîtrai pour toujours. C’est une prison, la même qu’elle a utilisée pour me condamner à Triane.

Je me laissai tomber sur les fesses, adossée contre un rocher. Le vent m’arracha un frisson. Je rapprochai mes genoux contre ma poitrine pour tenter de conserver ma propre chaleur.

— Inas, si tout cela est vrai… Comment Ilyesse t’a libéré ? Ne me dis pas qu’il a réussi à la détruire, c’est impossible !

— Petite créature, certaines choses ne sont pas faites pour…

— Plus de cachotteries ! le coupai-je. Non ! ça suffit. Dis-moi la vérité.

Je l’entendis siffler dans ma tête à m’en percer les tympans. Je serrai les dents.

— J’ai encore des alliés au mont Hyrphan. Les dieux sont scindés en deux camps : ceux qui souhaitent détruire ce monde et ceux qui souhaitent le sauver. Si le sort qui me condamnait à l’exil éternel a été levé, ce n’était que dans un but…

— La mort arrache, compris-je en sentant l’air se bloquer dans mes poumons. Ils voulaient que tu détruises notre monde, c’est ça ? C’est pour cette raison que personne n’a tenté d’arrêter mon frère…

Si même les dieux étaient contre nous, ce combat était perdu d’avance.

— C’est sans espoir alors, marmonnai-je en levant les yeux vers le dôme. Même si j’arrive à récupérer toute ta magie… comment veux-tu que je lutte contre eux.

Je me sentais partir dans les abysses. La malédiction ne provenait pas de Gyara, mais de tous les dieux. Voilà pourquoi le voile était parsemé d’autant d’essences différentes. Ils s’étaient associés pour nous isoler… Pensant ainsi réparer les erreurs de Noctrane et d’Alyrane.

Depuis le début, il ne s’agissait que d’un stratagème supérieur pour amener notre existence à sa perte. Il n’avait jamais été question de nous laisser une chance… Après tout, pourquoi l’auraient-ils fait ? Nous avions réduit une partie de la population en esclavage, ravagé ces terres à coups de guerre de pouvoir en allant jusqu’à nous entretuer pour des querelles idéologiques sans fondement. Sauf que ces décisions n’étaient pas prises par la majeure partie de la population, simplement six familles.

— Inas, existe-t-il une seule chance pour que tout rentre dans l’ordre ? Et je t’en supplie, sois honnête. Je ne veux pas me bercer d’illusions…

Ma gorge se nouait pendant que mon pouls, lui, s’emballait. Je venais de réaliser que nous étions tous condamnés.

— Nous devons leur prouver que ce monde vaut la peine d’être épargné.

Mes épaules s’écrasaient sous le poids de cette vérité qui me lacérait les omoplates. Comment pouvais-je continuer d’avancer en sachant que demain, tout pouvait s’arrêter ? À quoi cela servait-il au juste ?

— Petite créature, tu peux le faire. J’ai confiance en toi.

— Ce que tu me demandes est beaucoup trop grand, Inas. Je suis une paria et tu veux que j’arrive à convaincre douze divinités que notre monde a le droit d’exister ! Tu as perdu l’esprit, ma parole.

Une étreinte froide et réconfortante m’enveloppa. Je relevai la tête pour découvrir d’immenses ailes noires translucides autour de moi.

— Amenis, prouve-leur que c’est possible. Non, prouvons-leur… Je t’ai promis de rester à tes côtés et je le ferai. Ensemble nous pouvons y arriver. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour eux.

Je ravalai un sanglot en essayant de calmer mon angoisse. Je n’avais aucune idée de comment parvenir à un tel résultat… Le temps de la paix était si loin. Il n’existait plus personne de cette ère-là, du moins pas ici. Les rares de cette époque résidaient au sein des temples reculés d’Alyrane ou de Noctrane.

— Ils sont encore en vie là-dedans ?

— Ils ne sont pas dans mon royaume, si telle est ta question. Ils ont continué de vivre…

Fantastique !

C’était de loin le pire scénario. Tout ce que je faisais ne servait à rien, absolument rien.

— Pourquoi tu ne me dis ça que maintenant, Inas ? m’écriai-je. Vraiment, je ne comprends pas.

— Tu n’étais pas prête, petite créature. Si je t’avais appris la vérité avant, qu’aurais-tu fait ? Et sois honnête envers toi-même.

La vérité ? Me connaissant, j’aurais trouvé un moyen de m’enfuir en attendant la fin, peut-être aurais-je menti à Avi pour qu’il me suive.

— Inas, si tu peux tout détruire…

— Non ! Je t’arrête tout de suite, cette solution n’est pas envisageable.

Ils jouaient avec nous et peut-être avec d’autres du haut de leur tour d’argent… Si nous avions le pouvoir de retourner la situation, pourquoi nous en priver ? Après tout, ce n’était qu’un juste retour des choses. Aucun d’entre eux ne s’était révolté contre les crimes de Gyara, acceptant son coup de sang. La déesse avait tout de même assassiné l’une des leurs avant d’emprisonner son alter ego pendant des millénaires entiers. Finalement, elle était peut-être ici la solution à nos problèmes : les divins.

— Nous avons créé ce monde, petite créature.

— Et ?! Inas, aucun d’eux n’a bougé le petit doigt pendant tout ce temps. Ne me dis pas que cela ne te met pas hors de toi !!! Cette colère que tu retiens, elle n’est pas dirigée qu’envers Gyara.

— On parle de ma famille, Amenis ! Mes parents ainsi que mes enfants sont là-haut. Je ne te laisserai pas faire une chose pareille.

Une force s’enroula autour de ma gorge, serrant ma trachée jusqu’à ce que l’air se raréfie dans mes poumons.

— C’est bon, j’ai compris…

La pression se relâcha immédiatement. Je toussotai, la gorge en feu, toujours adossée contre la roche. De toute manière, avant de penser à Hyrphan, je devais déjà mettre Adreka hors d’état de nuire. Elle était là ma priorité. Cependant, je gardais à l’esprit que les dieux allaient, eux aussi, devoir répondre de leurs actes. Je refusais de les laisser anéantir ce monde et si pour cela je devais devenir un monstre : qu’il en soit ainsi.

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