Vasilyssa - L'appel de l'équilibre: Fantasy / Romance (Gyara t. 3) (French Edition)

Chapitre 24 Une alliance inattendue

Chapitre 24

 

Une alliance inattendue

 

Avichail

 

Palais de Nezera

 

Après les deux heures de cérémonie incluant une lecture complète des antiques écritures par Nyrn, nous pûmes enfin sortir de la salle du trône. L'apparition d'Inas avait fait forte impression et comme la prêtresse l’avait prévu, Amenis avait choisi de répondre à sa provocation en laissant la place à Inas. Sa présence avait lancé un souffle glacial sur les convives, réveillant au passage d’anciennes angoisses. Les mêmes que nous tentions d’éteindre depuis plusieurs semaines…

Heureusement, la suite s’était déroulée sans interruption, jusqu’au sacre des nouveaux souverains de Nezera. Dans d’autres circonstances, j’aurais chaudement félicité Kievian pour son union, sauf que tout ceci n’avait qu’un but, celui de mettre Nezera en position de force. Le discours de Kievian était tourné vers l’Alliance, sans un mot pour sa nouvelle épouse et reine. Je ne comptais pas le nombre de fois où j’avais empêché Amenis d’intervenir. Elle avait rongé ses nerfs à chacune de ses allusions sur les Anciens. Pourtant, je savais que le pire restait à venir… Le banquet final était sur le point de débuter, amenant avec lui tout ce que je détestais le plus au monde : l’hypocrisie de ces rats venus se pavaner.

Amenis avait profité de la présence de Grewlin, venu me faire un rapport détaillé sur les mouvements de la suite de l’empereur, pour partir la première de la salle du trône. Suite à cela, je l’avais perdue de vue dans la foule.

J’avais hâte que cette journée s’achève afin que je puisse retirer cet accoutrement grotesque. En tant que souverain, je me devais de ressembler à Kayis, à un roi, mais rien n’y faisait, j’avais toujours cette impression de malaise qui me démangeait. Cela sonnait horriblement faux.

En pénétrant dans la salle du banquet, magnifiquement décoré, je balayai la pièce du regard à la recherche de ma femme. Je l’aperçus enfin et ce que je vis ne me plut pas le moins du monde. Amenis se trouvait avec Arguin, sans Kirila à ses côtés.

Je lui ai demandé de ne pas la quitter une seconde ! Faut-il que je donne mes ordres en divin maintenant ?

Les observer ainsi, si proches l’un de l’autre, réveillait des instincts meurtriers que je tentai d’étouffer au fond de ma poitrine. Quand il frôla son bras, mon sang ne fit qu’un tour, me rappelant une nouvelle fois que ses doigts avaient caressé sa peau nue plus d’une fois. Je rêvais de l’éliminer de la surface du monde et que son souvenir disparaisse avec lui. Sa présence faisait remonter mes pires côtés : sombres, violents, létaux. Je m’en voulais de ne pas avoir tout fait pour la récupérer sur ce maudit navire, de l’avoir laissée avec lui. À l’époque, je refusais d’admettre la vérité. Cette femme possédait un pouvoir contre lequel je ne pouvais pas lutter. Mon âme entière lui appartenait… Avec ou sans ce lien.

Une part de moi ne désirait qu’une chose, la rejoindre pour, d’une certaine façon, marquer mon territoire. C’était enfantin au possible et pourtant, je voulais qu’il sache que plus jamais il ne pourrait la toucher ou sentir son souffle au creux de sa nuque. Je dus me faire violence pour ne pas me téléporter. Il était impératif que je réapprenne à lui faire confiance, et surtout que j’accepte ce qu’elle avait vécu avec lui.

Je pressai mon pendentif, cherchant à puiser au fond de notre lien. Je tirai sur ce dernier pour ressentir ses émotions, comme si cela suffirait à m’apaiser. Incertitudes, malaise, regrets, voilà ce qui se dégageait d’elle. Ses sentiments se mélangeaient aux miens, créant un tsunami qui n’arrangea pas mon état. J’étais au bord de l’implosion. Amenis me fixa en fronçant les sourcils avant de secouer la tête. Elle aussi sentait cette colère sourde qui embrumait mes sens.

Lorsque Daryl capta ma présence, il m’adressa un rictus en coin avant de la saisir par le poignet pour l’attirer dehors. Ni une ni deux, il ne m’en fallut pas plus pour que mes résolutions partent en fumée. Je m’apprêtais à les rejoindre quand une masse de muscles me barra la route.

— Je m’en occupe. Toi, ne bouge pas ! Ne rentre pas dans son jeu.

Je contournai Grewlin pour sortir d’ici. Mon cœur cognait à tout rompre. Je ne pouvais pas rester à nouveau sans rien faire. Pas encore. Grewlin me saisit par le biceps avec fermeté.

— Si tu fais ça, il n’y aura pas de retour en arrière, Avi.

Je ne souhaitais pas apaiser la situation, ni me calmer. Je voulais simplement que cela cesse. Maintenant. Guerre ou non, après son intervention pendant le couronnement, Arguin était un danger. Danger dont Amenis était incapable de se méfier étant donné l’affection qu’elle continuait de lui porter.

— Lâche-moi, grondai-je entre mes dents.

— Si tu y vas, que vont imaginer les autres seigneurs ? Hein ! Je vais te le dire, chuchota-t-il, acerbe. Qu’elle est faible et que sans toi pour la protéger, Amenis n’est rien. Alors arrête de penser avec ce que tu as entre les jambes.

J’encaissai sa dernière pique avec difficulté. Venant de n’importe qui d’autre, cette phrase m’aurait mis hors de moi. Seulement elle sortait de sa bouche !

Bordel !

Je ravalai ma fierté et opinai. Grewlin relâcha enfin mon bras, avant de me saluer comme son rang l’exigeait et de partir en direction du hall.

Je hais ce rôle, cette couronne et cette journée !

D’un regard, je cherchai dans la foule un moyen de me distraire. Si je restais là, comme un vulgaire bibelot, cela donnerait du crédit aux paroles de mon fidèle ami.

Rentre dans le moule, au moins jusqu’à ce soir.

J’aperçus Mélia en grande discussion avec Elivio, à côté du buffet. À ma droite, Kievian et Prisca recevaient les salutations de Guédias, le seigneur des contrées montagneuses de Minerasse. Je pouvais voir d’ici que le roi de Nezera n’appréciait pas ce moment. Il était tendu, pressant les doigts de sa reine entre les siens. Ce qui n’était pas étonnant… Selon les rumeurs, Guédias avait à de nombreuses reprises tenté de négocier la main de Prisca à son père. 

— Où est Amenis ?

Le timbre clair de Mélia me surprit. Je pivotai vers ma sœur, toujours accompagnée d’Elivio. Le jeune archer arborait une tenue nezeranienne, à ma grande stupéfaction. Cependant, ce n’était pas tant la couleur bleu nuit de son uniforme qui m’interloquait que la broche de corbeau épinglée à son col. Je me demandais où il avait trouvé cette relique. Peut-être dans les affaires d’Ilyesse restées au chalet. Qu’importe, le chasseur d’Adreka affichait très clairement son soutien à nos nations.

Courageux.

L’intéressé m’adressa un sourire complice en tapotant son insigne.

— Mélia appelle Avi ! (Elle pinça mon épaule.) Tu as perdu ta langue à force de jouer au roi ou quoi ?

Je soupirai en lui donnant une petite pichenette sur le nez.

— Arguin a emporté Amenis avec lui.

— Et tu es ici ? s’étonna ma sœur en faisant les yeux ronds. Tu es malade ou…

Elle me connaissait un peu trop bien. Je haussai les épaules en pointant la salle, las.

— Il vaut mieux que je reste là pour éviter de commettre un meurtre et crois-moi, j’en suis pas loin.

Mély enroula son bras autour de celui d’Elivio et le tira vers la sortie.

— Viens Eli, on va voir ce que ça donne. Je veux être aux premières loges des joutes verbales.

Ma sœur prenait cela pour un jeu, sauf que nous en étions loin, bien loin. En les regardant disparaître à l’angle, je me sentis d’un coup très seul. Cela faisait longtemps que cette sensation ne m’avait pas pris aux tripes. Je les enviais de pouvoir aller et venir comme bon leur semblait, sans que leur attitude ne soit épiée puis décryptée par des centaines de paires d’yeux. Pour m’éviter de foncer tête baissée, je partis à la recherche de nobles ou de seigneurs. Après tout, j’étais là pour cela : nouer des liens. Même si ma réputation me devançait, il était impératif que je me fasse une petite place au sein de ce banc de requins avides de chair fraîche.

— Doit-on vous appeler Majesté à présent ? me nargua le seigneur Abren en me tendant la main.

Les dieux me haïssent-ils à ce point ?!

— Disons que « la Main de la mort » n’est plus vraiment adaptée à mon titre, lui répliquai-je froidement en serrant sa poigne molle.

Le seigneur esquissa un rictus mauvais.

— Nirakon est toujours sur mes terres, vous savez ? Je peux à tout moment priver votre village des ravitaillements que notre nouveau roi vous porte chaque semaine.

Je ressentis la pression en le tirant vers moi. Abren grimaça en fixant son poignet.

— Si vous désirez vous attirer les foudres de l’Équilibre et nous retrouver devant votre porte, faites donc.

— Je n’apprécie pas vos menaces ! tonna-t-il.

Le brouhaha se fit murmure tout autour de nous. Notre petite discussion devenait soudainement le centre d’attention. Parfait, il voulait jouer à ce petit jeu, il n’allait pas être déçu du voyage. Je connaissais les méthodes d’intimidation d’Amedéa pour les avoir subies si souvent que j’en avais perdu le compte. J’avais appris auprès de la meilleure. Même Makel ne lui arrivait pas à la cheville.

— Qui parle de menaces, mon cher Abren ? J’évoque un fait. Vous pouvez la percevoir comme une prédiction.

J’achevai ma phrase en libérant mes ombres. Elles s’enroulèrent autour de nos poignets, comme un ultime avertissement. S’il me poussait trop loin, il allait le sentir passer.

— Vous vous pensez intouchable à cause du dieu qui est en elle ! s’écria-t-il aussi blanc que les fesses d’un nouveau-né. Vous ne trompez personne ! Cette femme n’est qu’une usurpatrice, une abomination.

Abomination… Ce terme me hérissait. Je l’avais trop souvent entendu de la bouche d’Hénes. Bien trop souvent à mon goût. Peu à peu, mes ténèbres remontèrent le long de son bras pour enserrer son cou. Un gémissement plaintif s’échappa de ses lèvres fines.

— Vous parlez d’une femme ayant acquis le respect d’un dieu, alors je vous conseille vivement de mesurer vos propos. Je vais garder pour moi cette petite discussion, mais sachez que les prochaines taxes ne vous parviendront pas, ainsi que les suivantes d’ailleurs. À partir de maintenant, considérez Nirakon comme les terres de Noctrane. Osez vous aventurer sur ces dernières et vous en subirez le prix.

Je le tirai à moi et conclus froidement :

— Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?

Abren n’en menait plus large. L’homme se liquéfiait sur place, tremblant de tous ses membres. J'exultais de le voir à mes pieds. Depuis le temps que j’attendais ce moment… Jusqu’à présent, je devais me plier à ses règles, à ses lois stupides, car je n’avais pas la légitimité nécessaire pour rassembler les survivants de Noctrane. Grewlin refusait d’entrer en conflit avec ce seigneur de bas étage, et ce malgré mes heures de négociation. Mon ami avait peur des représailles, pensant que se mettre les seigneurs de Nezera à dos nous rendrait plus vulnérables.

Cependant, les choses avaient changé. Amenis avait réussi à raviver cette flamme que nous pensions tous éteinte, moi inclus. Elle nous avait ouvert les yeux sur ce que nous étions au plus profond de nous : des Éternels. Nous n'étions ni leurs serviteurs, ni leurs guerriers… En nous coulait le sang de l’espèce la plus puissante créée par les divins. Il était temps pour nous de reprendre ce qui nous revenait de droit.

Elle avait raison depuis le début…

Je relâchai ce mollusque et essuyai ma main sur ma veste. Abren jura entre ses dents avant de tourner les talons, les joues rougies par la colère. J’avais hâte de le voir poser un pied sur nos terres… Peut-être que je laisserais Kirila se charger de ses hommes. J’étais certain que cela leur donnerait une bonne leçon.

Une tape dans mon épaule s’accompagna d’un parfum de sable chaud. En pivotant, je ne fus pas surpris de découvrir Arun, le regard pétillant de malice.

— Mon vieil ami, tu aurais pu me dire que tu t’étais fait mettre les fers aux poignets… Mes filles vont être tristes d’apprendre que tu ne viendras plus leur rendre visite.

Soudainement, je fus ravi qu’Amenis ne soit pas dans les parages… Je grimaçai en lui intimant de baisser d’un ton. Il ne manquerait plus que ces vautours à l’oreille traînante entendent ses paroles.

— Arun, tu es venu pour faire du couler du sang ou juste pour ravager le buffet ?

Il rit de bon cœur en tapant sur son ventre.

— Je suis venu en paix.

Il me donna un léger coup de poing sur la poitrine et ajouta :

— Tu es un vilain cachottier. Tu aurais dû me prévenir que ta belle était cette délicieuse Amenis…

Je levai les yeux au ciel, excédé, il avait la mémoire bien courte.

— C’est vrai qu’il y a beaucoup de femmes habitées par un dieu qui foulent nos terres, Arun. Tu le savais très bien…

Il haussa innocemment les épaules en me souriant.

— Ah, comment voulais-tu que je le devine ? Elle n’était qu’une Alyranienne qui lançait des boules de lumière. J’ai fait le lien lors de sa démonstration de force à Adreka. D’ailleurs, sans toi nous serions tous morts dans cette salle.

L’image d’Arun et de sa lame à quelques centimètres de la peau d’Amenis se fraya un chemin dans mon esprit. Je serrai mes doigts discrètement pour conserver mon calme.

— J’ai failli te tordre le cou pour avoir osé la toucher, tu en es conscient… Pourtant je t’avais demandé de ne pas t’en approcher, je me trompe ?

— J’admets que je me suis laissé emporter, s’excusa-t-il. Mais le garde de Nyrn, c’était toi, je me trompe ?

— Oui et tu as eu de la chance que je ne te tranche pas la gorge.

Arun frappa dans ses mains en riant.

— Ah je savais que j’avais du flair. J’ai compris ça après le tour de passe-passe de Nyrn. Si cela avait été un véritable gardien d’Ingras, il ne m’aurait pas arrêté de la sorte, au contraire… Tu as toujours été malin, Avichail.

— Tu ne dois la vie qu’à notre amitié Arun, mais ma clémence n’est pas renouvelable. Si tu t’avises à nouveau de t’en prendre à elle, je me chargerai de ton cas personnellement.

Le seigneur du désert posa son poing sur sa poitrine en acquiesçant.

— Naturellement. Je me range toujours du côté des puissants et là, personne ne fait le poids face à vous deux. Tu peux également compter sur ma discrétion, ta belle ne découvrira pas tes petits secrets.

— J’espère bien.

Il ricana à nouveau avant de placer son bras autour de moi.

— Oui, c’est sûr que si ta belle apprenait que tu as baisé la moitié de mon harem, cela ferait tache dans ton idylle, chuchota-t-il.

Ce n’était pas ça que je préférais garder pour moi, puis Amenis serait mal avisée de me juger. À la différence d’elle, je n’avais aimé aucune de ces femmes et je n’avais pas fait vœu de chasteté pendant trois siècles. Non, ce que je voulais taire étaient ces années de commerce peu glorieux, mais ô combien lucratif. Arun était un fin collectionneur d’objets et d’artefacts et j’étais rapidement devenu son meilleur vendeur. Quoi qu’il en fût, cet argent avait permis à Nirakon d’obtenir une certaine liberté financière. Nos armes n'étaient pas gratuites et ce n’était pas avec le peu de contrats que j’acceptais des Lancin que je pouvais équiper ma milice.

— D’ailleurs, ma commande est prête ? lui demandai-je en le tirant à l’écart.

Arun opina, les yeux brillants.

— Ah c’était donc pour toi… Je me disais bien que Mélia n’avait pas changé d’arme de prédilection du jour au lendemain. Cette beauté lui est destinée, je me trompe ?

Il était temps qu’Amenis retrouve son arme ou du moins une similaire. Arun possédait de loin les meilleurs forgerons de ce monde. Je comptais lui offrir après le mariage afin qu’elle puisse reprendre les entraînements.

— Je ne peux rien te cacher. Et l’alliage, c’est bien le bon ?

— Évidemment, mes forges ne produisent que le meilleur, ne m’insulte pas, Avichail. L’épée est dans mes appartements, amène ta femme avec toi afin que je fasse amende honorable. Je pense que nous pouvons faire de grandes choses ensemble.

En effet, avoir Ancerasse dans l’Alliance était même indispensable. Sa proximité avec Alyrane et surtout l’Ilanlar pouvait nous être utile. En ayant un pied sur le continent, il nous serait possible de prendre à revers Adreka, avec la force de frappe de l’armée d’Arun. Les guerriers du feu savaient être redoutables, bien plus que la garde impériale.

— J’espère que tu as des arguments dans ton sac mon ami, car ton nom est sur sa liste.

Arun haussa les épaules innocemment en affichant une moue boudeuse.

— En même temps, c’est elle qui s’est introduite sur mes terres avec ces vermines de gardes impériaux. Arguin connaissait le prix à payer s’il remettait un pied chez moi… Je n’aime pas que l’on me roule dans la farine. Mais ne t’en fais pas, je suis certain qu’elle et moi pouvons trouver un arrangement. Après tout, ta belle est amie avec ma lionne… Je peux peut-être faire un effort et oublier que sa tête est mise à prix. Une femme contre un pays, c’est peu cher payé.

Arun acceptait de mettre sa fierté de côté ? Bien que cela puisse être surprenant, cela me confirmait que l’alliance de l’Empire était bien plus friable qu’elle ne le laissait transparaître. Ou bien avait-il compris que les plans de Makel allaient lui arracher ses terres… Ancerasse se trouvait sur l’ancien territoire d’Alyrane et sans notre soutien, le désert ne tiendrait pas dix minutes une fois la malédiction levée. Arun avait besoin de nous et nous avions besoin de lui. Fallait-il encore qu’Amenis le comprenne, ça c’était une autre histoire…

— Je viendrai avec elle, lui répondis-je, par contre ça sera à toi de jouer ! Sache que je n’ai aucun pouvoir sur cette femme.

Il m’offrit une franche accolade qui n’échappa à aucun des convives présents dans cette salle, Makel inclus. L’empereur nous fixa d’un air mauvais avant de reprendre sa conversation avec Kievian.

 

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