Vasilyssa - L'appel de l'équilibre: Fantasy / Romance (Gyara t. 3) (French Edition)

Chapitre 37 Une immortalité contre une autre

Chapitre 37

 

Une immortalité contre une autre

 

Amenis

 

L’Autre Monde

Au même moment

 

À peine eus-je posé un pied dans l’Autre Monde qu’une poigne acérée me transperça l’épaule. Inas apparut face à moi, les lèvres pincées et le regard tranchant. Tout en lui me hurlait de fuir, pourtant je le toisai sans sourciller. Je n’avais pas prévu de m’excuser.

— Tu pensais réellement pouvoir me berner dans mon propre royaume ? cracha-t-il en enfonçant ses serres dans ma peau.

Il me plaqua contre un mur glacial. Mes poils se hérissèrent à mesure qu’il forçait sur ses griffes.

— Non, geignis-je entre mes dents. Mais avoue, tu es surpris que j’aie réussi à user de ta magie.

Il plissa ses paupières en me dominant de toute sa hauteur. Je refusais de courber l’échine. Il était hors de question que je remonte sans l’âme d’Avi. J’aurais dû me sentir aussi misérable qu’un ver de terre et ramper sur le sol pour implorer son pardon… C’était la réaction la plus sensée face à la fureur que je lisais en lui. J’avais conscience que j’outrepassais toutes les lois de l’univers en venant ici.

— Personne de vivant ne peut poser un pied en ces lieux, mais toi…

Il siffla avant de poursuivre :

— Je n’aurais jamais dû te considérer autrement qu’un simple réceptacle.

Sa pique me percuta en pleine poitrine. « Réceptacle », ce mot me donnait la nausée.

— Je suis une personne, aboyai-je en le repoussant de toutes mes forces. UNE PERSONNE !

Je n’en pouvais plus que l’on me prenne pour un objet ou que l’on m’emprisonne dans des cases toutes plus minuscules et étriquées les unes que les autres.

— Je te faisais confiance, petite créature.

— Tu m’as enfermée et torturée dans mon propre esprit, Inas ! criai-je. Encore une fois. Quand tu as fait sortir tes ailes de mon dos, j’ai cru mourir tant la douleur était atroce. Mais ce n’était pas le pire ! Oh que non ! (Un rire nerveux s’échappa de mes entrailles.) L’horreur a été cette aspiration. Tu m’as arraché mon essence, Inas. Et maintenant, tu oses me parler de confiance ?! Tu te moques de moi ? Tu as vu une occasion de te venger et tu l’as saisie.

Il colla son nez contre le mien. Sa respiration se saccadait, tout comme la mienne. Nous enragions pour des motifs différents.

— C’est toi qui m’as donné ton corps, ne l’oublie pas.

— Pour sauver mes amis, braillai-je en le giflant. Pas pour m’utiliser !

Il serra ses mâchoires en gardant son visage retourné. Inas resserra ses prises autour de mes épaules et je dus me mordre à sang pour contenir le gémissement plaintif qui poussait dans ma gorge. Il retira enfin ses griffes en soupirant. Je sentis des picotements sur ma peau. Instinctivement, je portai mes doigts à ma plaie en constatant que cette dernière se refermait.

Comment ?

Je voulus vérifier que tout ceci n’était pas un rêve et me pinçai l’avant-bras. La douleur sonna dans mon crâne.

Donc, c’est ça. Ici, Inas ne peut pas me blesser.

— Je ne peux pas te laisser le récupérer. Il en va de l’Équilibre de toute chose.

L’Équilibre, l’Équilibre… Ce terme commence à me sortir par les oreilles.

— Une âme de plus ou de moins, tu ne feras pas la différence.

Inas balaya la cité nébuleuse en contrebas du regard dans un silence bien trop long à mon goût. Je me risquai à le rejoindre, poussée par l’envie de découvrir ce monde encore inconnu. En approchant du bord de la falaise, un paysage hypnotique se dessina. Des montagnes sombres parsemées de cristaux colorés s’étendaient sous mes yeux. Je distinguai des lacs ainsi que des forêts luminescentes incrustées de particules dorées. Un léger vent chaud caressa mes joues comme pour me confirmer une dernière fois que tout ceci n’était pas une hallucination.

— C’est magnifique… balbutiai-je en tendant ma main dans le vide.

— Qu’est-ce que tu vois ?

Je fronçai les sourcils en le dévisageant, ne voyant pas où il voulait en venir.

— Ton monde… quelle question.

Il scruta mon visage comme s’il le découvrait pour la première fois.

— Vraiment ? C’est ce que tu observes vraiment ?

J’opinai, complètement perdue par sa réaction. En quoi cela était-il surprenant ? J’avais enfin accès à sa magie et par conséquent à ses capacités, du moins en partie. Je lui détaillai la plaine en contrebas dans les moindres détails, de la teinte bleutée de l’herbe à celle argentée de ce que j’imaginais être des fleurs.

— Je peux même te dire qu’il y a un lac au fond entre les montagnes. T’es content ?

Inas se rapprocha de moi et s’arrêta à un souffle de mon nez. Sa respiration se calma, chatouillant ma peau. Je déglutis sans cligner des yeux, comme happée par le néant qui habitait ses iris.

— Pourquoi faut-il que tu compliques tout, Amenis ? Explique-moi…

Pardon ?!

Un sourire de défi étira ses lèvres. Il arqua un sourcil en passant sa langue sur ses dents. En silence, il plaça son doigt sous mon menton et releva ma tête vers lui.

— Tes pupilles… murmura-t-il. Elles sont différentes. Fascinant.

En même temps, j’étais ici après avoir usé de la magie d’un dieu… Mes bras étaient intégralement recouverts d’une espèce de teinte noir bleuté semblable à la couleur de sa peau. En quoi était-ce surprenant ? Il avait bien changé la teinte de mes cheveux.

— Rends-le-moi, articulai-je. C’est tout ce que je te demande, Inas.

Il rompit le contact et s’éloigna en m’offrant ainsi un peu d’air. Il marcha de long en large, les bras croisés. Ses ailes traînaient dans son dos, à nouveau intactes. Je les admirai, émerveillée par les reflets du ciel perlé d’or sur ses plumes. À chacun de ses pas, elles laissaient dans leur sillage une empreinte noirâtre sur le sol.

— Cela ne peut pas être sans contrepartie, me lança-t-il en s’arrêtant. Je ne peux pas te laisser repartir avec une âme sans rien en échange. Si tu veux récupérer ton précieux Avichail, il faudra que tu m’offres quelque chose.

Je me mordis nerveusement l’intérieur de ma joue pour tenter de calmer la colère qui grondait au fond de mon cœur. Après tout ce qu’il m’avait fait, il avait le culot de me demander une contrepartie ? À cause de sa vengeance, j’avais déjà perdu ma famille, mon foyer et maintenant l’homme que j’aimais… Que voulait-il que j’abandonne de plus ?

— Et si je refuse ?

Il haussa les épaules en fixant la ligne de montagnes à l’horizon.

— Il restera ici.

Je serrai les poings. Cette réponse ne me convenait pas. Déterminée à obtenir ce que je désirais, je puisai en moi et m’éclipsai pour m’éloigner de lui. S’il ne comptait pas m’aider, j’allais le trouver moi-même, quitte à devoir retourner ce monde pierre par pierre. J’apparus en bas de la falaise. Mes pieds rencontrèrent une prairie semblable à celles de notre monde, et pourtant tellement différente. Les brins d’herbe bleu nuit chatouillèrent mes pieds nus. Toutefois, je ne sentais ni l’humidité ni la nature… Rien qu’une odeur neutre. J’étais déstabilisée comme s’il me manquait quelque chose pour en saisir toutes les nuances. Je secouai la tête pour chasser mes questions et partis à la recherche d’Avi. Ce monde était immense, il pouvait être n’importe où. Néanmoins, si je possédais la magie d’Inas, je devais être capable de le localiser, sauf que je n’avais aucune idée de comment réaliser un tel exploit.

Des milliers d’âmes apparurent autour de moi. Je distinguai des visages d’inconnus, rôdant un peu partout. Non, après réflexion, ils « vivaient ». Des familles entières marchaient dans la même direction tandis qu’au loin, des paysans fauchaient leurs champs. À ma droite, une petite fille cueillait des fleurs sauvages.

Où est-ce que je suis au juste ?

Je me mis à cheminer parmi les esprits en tendant l’oreille. Des murmures me parvinrent : des voix d’hommes, de femmes, même d’enfants… Tout autour de moi s’étendaient des existences achevées attendant enfin de trouver le repos. Avi ne devait pas être loin.

Un bruissement d’ailes me raidit. Après plusieurs secondes immobile, la mâchoire crispée à attendre un nouveau coup de griffe, je me retournai. Inas marchait calmement vers moi, en m’observant. Je décidai de profiter de cette parenthèse pour poursuivre mes recherches. Je le retrouverais, même si cela devait me prendre des années. J’avançais sans savoir où j’allais. Mes pas me portèrent hors de la clairière, jusqu’à un ruisseau.

— Amenis…

Papa ?

Je m’arrêtai, sous le choc. Mon cœur s’arrêta et je secouai la tête pour chasser ce souvenir.

— Mon trésor, c’est toi ?

Non c’est pas un rêve !

Mon cœur s’affolait.

— Papa !

Je courus à en perdre haleine.

— Amenis.

Mon prénom se réverbéra sur les troncs d’arbre. Je le suivis comme un phare dans la nuit.

— Amenis.

Après quelques foulées, je ralentis mon allure en apercevant son reflet. Il était là, juste face à moi…

— Pa… papa.

Je me laissai tomber à genoux sur le sol. Mon corps fut pris de soubresauts, j’haletai sans parvenir à me détourner de son visage. Un battement d’ailes m’annonça l’arrivée d’Inas.

— Amenis, tu parviens à le voir ?

J’opinai en silence. Mes mots demeuraient bloqués au fond de ma gorge. Je ne comprenais pas ce qu’il faisait encore ici… Après toutes ces années, n’avait-il pas trouvé la paix ?

— Fascinant, souffla Inas en me dépassant.

— Pour…quoi il est..là ?

— Kayis fait partie de ceux qui persistent à rester, me répondit-il d’une voix posée. Il parle souvent de toi d’ailleurs.

Je me relevai et m’approchai en tremblotant. Mon père me fixait comme s’il était capable de me voir.

Non ! Pas possible.

Je fis un pas sur le côté. Son regard suivit mon mouvement.

— Mon trésor…

Une onde de chaleur irradia mon cœur meurtri et comme si rien d’autre ne comptait, je comblai le vide qui me séparait de mon père. Je voulus le toucher, toutefois mes doigts transpercèrent son reflet.

— Je… Comment ? C’est pas possible.

— Si je dois être honnête, me confia Inas. Je n’ai aucune réponse à te donner. C’est la première fois qu’une création met un pied ici en toute conscience et survit plus de quelques secondes.

Mon père me sourit avec tendresse. La même dont il m’avait couvée toutes ces années.

— Tu peux lui parler, ajouta-t-il avec douceur. Il t’entend. 

— Papa, je... je…

Cette horrible boule m’empêchait de lui dire tout ce que je ne n’avais pas eu la chance de lui confier. Ces phrases demeuraient nouées au fond de ma gorge.

— Je sais, me confia mon père en frôlant ma joue. Je sais, mon trésor.

Le contact spectral m’arracha un sanglot. Je souhaitais me blottir dans ses bras, sentir son parfum, son haleine de thé noir et entendre le claquement de ses bottes sur le marbre du palais. Je désirais qu’il me cherche à la nuit tombée, mon épée accrochée à sa ceinture, pour aller nous entraîner. Je voulais qu’il m’apprenne à nouveau à monter à cheval et… Je réclamais de redevenir sa petite fille, juste quelques secondes.

— Je suis désolée papa, tellement, si tu savais...

Je m’effondrai, le front dans l’herbe. Mes peines, mes regrets, mes remords ainsi que ma culpabilité s’imprégnèrent dans la terre humide. Je laissai mon cœur se vider et mes larmes nourrir le sol jusqu’à tomber d’épuisement.

— Trésor, c’est à moi d'implorer ton pardon. Je n'ai pas su te protéger de ce monde. Il ne se passe pas une minute sans que je pense à tout ce que tu as dû traverser à cause de nos décisions. J'aurais dû t'écouter et t'offrir la vie que tu méritais et non celle que nous voulions.

Je relevai la tête en reniflant, à bout de souffle, et croisai son regard empli de mélancolie. Ses paroles appliquèrent un peu de baume sur mon âme en miettes. Je n’imaginais pas entendre ces mots un jour, j'avais tellement peur de l’avoir déçu, de ne pas avoir été à la hauteur...

Il a fait ce qu’il pensait être juste.

— Je te pardonne, papa. Tu as été un exemple pour moi et peu importe ce que tu as fait... Je comprends pourquoi tu as fait ces choix. Je te jure. Sache que rien ne changera l'amour que je te porte. Rien… Jamais.

Je lus sur son visage une paix qui leva un poids infini sur mes épaules.

— Merci de ne pas me haïr et de ne pas m’avoir oublié.

— Comment je le pourrais… C’est impossible. Tu devrais être encore là, papa. C’est toi qui aurais dû être là-haut à ma place.

— Aucun parent ne doit survivre à son enfant, mon trésor. Sache que tu es ma plus belle fierté et que tu le seras toujours. Suis ta propre voie.

Mais laquelle ?

— Papa, dis-moi quoi faire… Tu as toujours su.

— Écoute ton cœur comme tu l’as toujours fait, mon trésor. N’écoute que toi.

Inas s’agenouilla à côté de moi pour glisser son bras sous mes aisselles et me relever. Je me rattrapai contre lui, les jambes chancelantes. J’étais épuisée. Mon père – ou du moins son reflet – nous détailla en souriant.

— Il est temps pour moi de partir.

— Quoi ? Mais non… Papa.

Je me détachai d’Inas en lui donnant un coup d’épaule et m’avançai vers mon père. Une poigne m’arrêta pour me tirer en arrière. Inas me ramena vers lui puis enroula son bras autour de ma poitrine.

— Inas, je te confie ma fille. Prends soin d’elle.

— Kayis, pars en paix. Je te promets de veiller sur elle comme je l’ai toujours fait.

— Non !!!

Je le repoussai pour courir vers mon père. Je ne voulais pas qu’il parte… Il me restait tellement de choses à lui dire. Inas renforça sa prise en m’emprisonnant dans ses bras. J’avais beau hurler à m’en briser les cordes vocales, il me maintenait fermement, ne me laissant d’autre choix que celui d’observer le reflet de mon père se dissiper. Son visage aimant disparut dans le souffle du vent, balayant l’espoir fugace de pouvoir le revoir un jour.

— Tu comprends pourquoi tu ne peux pas jouer avec la mort ? soupira-t-il sans pour autant me relâcher.

Je lui envoyai un coup de tête dans le sternum pour le faire taire. Je ne voulais pas de ses paroles moralisatrices. La mort, la vie, tout ceci n’était qu’un jeu pour eux. Nous n’étions rien de plus que des pions suivant des règles établies par des dieux trompant l’ennui.

— Ça suffit ! gronda-t-il en me tournant de force vers lui. Arrête Amenis et ouvre les yeux.

— Ce n’est pas juste !!!

Il me dévisagea en plissant son front avant de ricaner, agacé.

— Qui a dit que c’était juste ? Tu n’aurais pas dû venir ici ou être capable de parler aux esprits errants. Rien de tout ceci n’aurait dû arriver.

— Si tu penses que ça va me faire changer d’avis, tu te mets le doigt dans l’œil. Rends-le-moi !

En redressant mon regard vers lui, mon sang se glaça. Son expression douce et avenante s’était durcie. Il déploya ses ailes en les dressant dans son dos. Je reculai lentement en cherchant un moyen de lui échapper.

— Bien, tu veux ton précieux Avichail... compléta-t-il. Le voici.

La silhouette d’Avi se dessina entre nous. Ses traits semblaient si apaisés, si calmes.

Il est ici.

— Avi, m’écriai-je. Par les dieux…

Il fixait le vide, comme s’il ne pouvait pas me voir. Je secouai ma paume devant lui, le cœur au bord de l’explosion.

— Avi… c’est moi.

— Il ne peut pas t’entendre.

Je m’éclipsai pour fondre sur Inas en frappant sa poitrine de mes poings.

— Qu’est-ce que tu lui as fait ?! Hein, c’est pour me punir, c’est ça ?

Inas glissa son index sous mon œil pour recueillir une de mes larmes sur la pulpe de son doigt.

— Amenis, Amenis… Tu veux vraiment lui parler ? Bien, vas-y. Mais que va-t-il penser de tout ça ? Est-ce que tu t’es demandé si lui avait envie de revenir ?

Je pivotai vers Avi, le souffle court. Qu’est-ce qu’il dirait ? Au fond de moi, je connaissais la réponse. Il souhaiterait que je poursuive ma route sans lui. Je savais qu’ici la paix régnait et qu’il pourrait enfin déposer les armes pour l’éternité. Avi méritait de trouver le repos, plus que quiconque. Mais la vérité était que je n’étais pas capable de le laisser partir. Si je voulais le retrouver, ce n’était pas tant pour lui, que pour moi. J’avais conscience que mon choix était égoïste.

J’espère que tu pourras me pardonner. Je refuse de vivre sans toi.

J’avais pris ma décision et peu importait l’avenir, j’étais prête à en accepter le prix. Je ravalai ma culpabilité et l’enfermai dans un coin de mon esprit.

— Inas, qu’est-ce que tu veux en échange de son âme ?

Je l’entendis sourire dans mon dos. Il saisit ma main et balaya son monde de l’autre.

— Lorsque tout sera fini, tu endosseras mon rôle ici... ce royaume deviendra le tien.

— Tu as perdu la tête ? m'écriai-je en le repoussant violemment. Non ! Jamais !

Il haussa les épaules avant de croiser ses bras.

— Amenis, tu es capable d’entrer ici, de voir les âmes et de leur parler… Tu te rappelles ce que tu as dit ? Nous nous ressemblons.

— Oui, mais pas comme ça. J’ai une existence à vivre, tu te souviens, tu m’avais promis de m’accorder ce que je désirais le plus au monde ?

Il fronça les sourcils en étirant ses ailes de jais.

— Certes, mais les choses ont changé. Tu me demandes de ramener une âme alors que notre vengeance n’est pas assouvie. Comprends que tu ne peux pas tout avoir, Amenis…

— Et toi dans l’histoire, tu vas faire quoi ? Vivre sur Terre ! C’est une blague ?!

— Peut-être, ou peut-être pas… Je ne sais pas. Il est possible que les dieux décident de se passer de mes services, voire trouvent un moyen de m’enfermer hors d’ici. Ce monde a besoin d’être dirigé et dans tous les cas, l’éternité est horriblement longue. Je ne dis pas non à un peu de compagnie.

J’écarquillai les yeux, médusée. Inas rôda autour de moi, les ailes traînantes tel un vautour devant sa prochaine proie.

— Je ne suis pas une déesse… ce… ce n’est pas possible.

Il balaya ma phrase d’un revers de main comme si cela n’avait pas la moindre importance puis s’arrêta devant moi.

— C’est un détail.

Un détail de taille. Puis non, je n’avais pas envie de passer l’éternité ici. Je voulais vivre ma vie avec Avi, voilà ce à quoi j’aspirais. Ni plus ni moins.

— Tu peux soit le récupérer une fois que tout sera terminé sans que je n’exige rien de toi en retour, ajouta-t-il, soit maintenant en acceptant mon offre. À toi de choisir.

La vie d’Avi contre la mienne, tel était donc le prix à payer. Non, correction, pas ma vie, mon éternité. Je me tournai vers son âme. Si j’acceptais et qu’il mourait à nouveau… Je perdrais mon unique chance de vivre heureuse.

— Alors, me pressa Inas. Pour ta gouverne, là-haut, c’est la pagaille. Le général et le roi se chamaillent pour te capturer, donc si j’étais toi, je ne tarderais pas.

Réfléchis…

J’étais prise entre deux feux. D’un côté, l’abandonner ici et me battre pour le retrouver plus tard pour l’éternité. De l’autre, jouir des rares moments qui nous seraient accordés. Le tout sans aucune garantie. Après tout, la promesse d’Inas n’aboutirait qu’une fois Gyara hors d’état de nuire.

L’instant présent.

— Laisse-moi une vie avec lui, Inas. Même une vie humaine, je m’en contenterai. Quelques années, je te demande quelques années.

Il inclina sa tête, méditant sur ma contre-offre. Je voulais vivre avec lui dans un monde sans menace, réaliser nos rêves et profiter de cette quiétude avant de vouer mon éternité à la mort. De là, j’attendrai qu’il me rejoigne.

— C’est honnête, complétai-je. Contre l’éternité, cela ne représente rien.

— Une vie humaine hein ? Tu es bien sûre de toi… Donc quand je viendrai te chercher…

— Je te suivrai sans faire d’histoire, lui promis-je en tendant ma main vers lui pour sceller notre accord. Et je resterai ici pour l’éternité sans demander le repos.

Si c’était le prix à payer, je l’acceptais.

 

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