Vasilyssa - L'appel de l'équilibre: Fantasy / Romance (Gyara t. 3) (French Edition)
Chapitre 18 Une nouvelle alliée
Chapitre 18
Une nouvelle alliée
Amenis
Nezera
J’avais besoin de me vider la tête et surtout de chasser cette colère qui m’empêchait de respirer. La révélation d’Inas laissait un horrible goût de cendre sur ma langue… L’idée de rejoindre le camp d’entraînement de Nirakon m’avait effleuré l’esprit, seulement cela reviendrait à me retrouver face à Avi et je ne me voyais pas lui confier une telle nouvelle maintenant. Je ne savais pas moi-même ce que j’allais en faire, alors le mettre dans la confidence… Non, il venait tout juste de croire en l’histoire d’Inas, je ne pouvais pas rajouter cela, c’était trop tôt.
Je m’éclipsai en direction des cuisines situées au sous-sol du château de Nezera. Je savais que je ne trouverais personne. L’intégralité des serviteurs était sur le pied de guerre dans les quartiers royaux afin de terminer les préparatifs pour l’évènement du siècle. Ici au moins, je pourrais être tranquille, manger et réfléchir à un plan en paix.
— Alors on fuit ses responsabilités, Princesse ?
Je sursautai en entendant la voix amusée de Mélia dans mon dos. Je me retournai, le cœur au bord de l’arrêt, pour la découvrir la main dans le sac ou plutôt dans la pâte d’amande. Nous nous scrutâmes pendant un temps qui me parut interminable avant d’exploser de rire face au ridicule de la situation. Après avoir retrouvé son calme, Mélia s'essuya le bord de ses yeux avant de me lancer un morceau.
— Je plaide coupable cette fois, lui répondis-je en croquant dans la sucrerie. C’était ça ou me défouler sur une forêt innocente alors…
— J’ai entendu les bruits de couloir. Kievian peut être borné, je sais.
Avec tout ça, j’en avais presque oublié mon altercation musclée avec le prince…
— Borné est un euphémisme. Cet idiot a décidé de faire confiance à Makel.
Reparler de cela ne fit qu’accroître ma rage et, à défaut de pouvoir passer mes nerfs sur autre chose, je gobai des morceaux de pâte sucrée avec avidité.
— Inconscient, maugréa-t-elle en fourrant elle aussi un morceau dans sa bouche. Depuis que son père est mort, il fonce sans réfléchir.
Pour une fois, nous étions d’accord sur un point.
— Il a dépassé les limites, pestai-je. Franchement, il pensait réellement que j’allais accepter de laisser la milice dehors comme de vulgaires chiens galeux ?!
— Eh bien, lâcha-t-elle en essuyant ses doigts pleins de sucre sur son pantalon, quel changement Amenis… Tu te préoccupes vraiment de nous ?
Elle a d’autres questions stupides ?
— Oui, évidemment. Ça me ronge de réaliser que pour eux nous ne sommes que de simples armes prêtes à être utilisées pour leur bon plaisir. Je sais que c’est en grande partie ma faute, mais quand même… Les Alyraniens sont portés aux nues, vénérés, alors que nous sommes traités comme des pestiférés.
Elle se pencha pour récupérer un nouveau paquet dans une des caisses puis me le jeta entre les mains.
— L’histoire est du côté de ceux qui la racontent. La plupart d’entre nous ont vécu enfermés à Nidrane. Personne n’était là pour contrebalancer les propos d’Alyrane. Et ce n’était pas la parole d’Avi ou d’Ily qui allait faire la différence.
— Enfin on parle quand même de la Main de la mort, raillai-je. Ne me dis pas que personne n’a cru à son histoire.
— Avi n’a obtenu ce titre qu’une fois à Nezera… Avant ce n’était qu’un mercenaire solitaire et avant que tu me poses la question, à moi non plus il ne m’en parle jamais.
Décidément, je ne connaissais rien de son passé. Avec Avichail nous ne parlions jamais de cette époque et encore moins des trois siècles qui s’étaient écoulés. Comme si ce pan de sa vie était un secret à lui tout seul. Les rares fois où j’avais tenté d’aborder le sujet, il se renfermait sur lui-même ou trouvait un moyen de diversion. J’étais faible sous ses baisers et je ne parvenais pas à garder la tête froide. En somme, il gagnait à chaque fois.
Foutu lien.
— Tu n’as jamais cherché ? C’est ton demi-frère quand même.
Elle s’adossa contre la caisse derrière elle en soufflant.
— Non, je sais qu’il a traversé des années difficiles à retourner le monde pour te retrouver. Avi ne parle jamais de cette époque, je pense que c’est douloureux pour lui. Par contre, il sait que s’il a besoin de parler, je suis là. C’est le plus important.
Ils n’avaient pas grandi ensemble et pourtant… Leur attachement était plus puissant que la plupart des fratries que j’avais rencontrées au cours de ma vie. Je savais que Mélia était prête à tout pour lui.
J’ai été un peu dure avec elle.
Je m’assis sur un sac de farine après avoir attrapé un nouveau morceau de pâte d’amande. La poudre blanche macula ma robe, retombant sur le tissu comme des flocons de neige. Mélia me regarda, amusée, avant de faire apparaître sur une caisse de marchandises une tasse fumante de chocolat.
Ma nouvelle sauveuse !
— Heu, merci, mais comment tu as fait ?
Elle pointa le plafond du doigt.
— Alors pour le tour, on dira merci à Ily et à ses cours de magie approfondie, pour le chocolat à Elivio. Quand j’arrive à le faire sortir de sa bibliothèque, il parle beaucoup de ses années à Adreka…
J’attrapai la tasse brûlante et humai le parfum du cacao comme s’il s’agissait d’une création divine.
C’était peut-être le cas…
— Alors techniquement oui, vu que nos enfants ont construit chaque parcelle de ce monde.
— Je veux remercier son créateur en personne alors.
Il ricana avant de disparaître à nouveau dans un coin de ma tête. Je décidai de profiter de cet instant suspendu dans le temps, isolée du monde, pour en apprendre un peu plus sur Mélia, ou du moins essayer.
— Mélia, est-ce que je peux te poser une question ?
Elle s’adossa contre le mur de pierre en croisant ses bras derrière sa tête.
— Laisse-moi deviner… Tu veux savoir comment une prêtresse a fini à Nidrane et comment j’ai fait pour en sortir ?
C’était plutôt bien résumé, en effet. Je ne connaissais Nidrane que de nom. Mon père, tout comme Avi, m’avait interdit d’y mettre un pied pour ma propre sécurité. Je ne comptais plus le nombre de récits sanglants qu’Avi m’avait confiés. Lorsqu’il rentrait de ses missions à Nidrane, je le retrouvais le visage tiré par la fatigue et sa peau un peu plus marquée. Il était l’un des gardiens de Nidrane avant d’accepter d’entrer aux ordres de mon père. Il m’avait fallu des semaines, voire des mois de négociations… Je n’en pouvais plus de le voir ainsi. Je me rappelle avoir menacé de ruiner les célébrations d’Inas s’il refusait de le sortir de cet enfer.
Pourtant, Nidrane était d’une certaine manière sa demeure. Il avait fait ses classes là-bas au sein de l’unité la plus violente de mon père. Je le savais attaché à cette île ainsi qu’aux habitants qui vivaient dans les villages à proximité.
— J’admets que c’est peu commun. Ton rôle était de prier la déesse ou d’organiser des cérémonies donc…
— J’ai prêté serment à l’ombre, me corrigea-t-elle. J’ai toujours été une prêtresse d’Inas. Sauf que malheureusement, j’ai terminé à Ingras sous les ordres de Cyndra avant de passer à Nyrn. Autant te dire que la passation n’a pas été douce. Mais cela ne m’a pas empêchée d’organiser mes rituels de l’ombre en cachette. Elle détestait ça.
J’imagine.
Nyrn voulait retirer les mentions d’Inas du temple d’Ingras. Pour elle, la mort n’avait pas sa place aux côtés de la vie. Soudainement, je sentis Inas se gonfler de fierté dans mon crâne. J’avais l’impression d’entendre un chat ronronner tellement cette nouvelle le transportait de joie.
— Ne me compare pas à un animal, cingla-t-il. N’oublie pas que tes pensées n’ont aucun secret pour moi.
— Alors arrête de jubiler ! me moquai-je.
— Il est là, n’est-ce pas ?
Je sortis de ma discussion avec le dieu en secouant la tête.
— Tu avais le regard perdu dans le vide et ça t’arrive souvent.
Je remerciai Avi pour le partage d’informations.
— Oui, lui avouai-je. En réalité, Inas est toujours là. Il voit ce que je vois, ressent ce que je ressens.
— Oh, tu veux dire que… quand… Wow.
— Pour mon plus grand malheur…
Je manquai à nouveau de m’étouffer. Mélia tapota mon dos le temps que ma quinte de toux se termine en pouffant.
— On va dire qu’il peut s’enfermer, enfin c’est bizarre dit comme ça. Mais pour résumer, oui.
— Oh, et mon frère est au courant ?
J’opinai en mordant ma joue pour contenir un nouveau fou rire pendant que mes pommettes viraient au rouge. Mélia se pencha pour récupérer une bouteille de vin dans l’une des caisses et l’ouvrit avec ses dents.
— Tu sais, quand j’y repense, je devrais te remercier, enfin vous remercier, me confia-t-elle entre deux gorgées. Grâce à vous, j’ai eu l’opportunité de me venger de cette raclure d’Alyranien. Sans la tuerie d’Ingras, je n’y serais pas arrivée.
Alors si je m’attendais à ça !
— Que t’a-t-il fait, si ce n’est pas indiscret ?
— Ça l’est, mais bon, tu viens de m’avouer qu’Inas subissait vos ébats, alors je peux bien te parler de ça.
Cette femme n’avait donc aucun filtre ?
— Je change d’avis, je l’aime bien.
— Elle te priait. Tu n'es pas objectif.
— Pour la version courte, cette raclure a tenté de me violer avant de me faire passer pour une « tentatrice ». C’était un gardien d’Ingras donc autant dire qu’avec son statut, il était intouchable.
Elle m’avait énoncé ça comme si de rien n’était, avec un ton neutre et distant. J’étais décontenancée tant par sa réaction que par son histoire. Néanmoins, son récit ne m’étonnait pas outre mesure. Ces gardiens bénéficiaient d’une protection quasi totale et leurs actes, surtout envers les « usurpatrices » comme Nyrn aimait les appeler, restaient pour la plupart impunis.
— Je, je ne sais pas quoi dire, c’est…
— Du passé, Amenis, balaya-t-elle, j’ai eu ma vengeance. Même si Nidrane n’était pas drôle tous les jours… Il est mort de ma main et je peux te dire que je ne regrette absolument pas mon geste. Heureusement, Grewlin m’a rapidement pris sous sa protection.
Savoir cela me rassurait. Ce qu’elle avait vécu était atroce et je m’en voulais d’avoir été si naïve ou aveugle. Pendant toutes ces années, je m’étais efforcée à libérer les peuples d’humains réduits en esclavage, alors qu’entre nos murs les injustices s’empilaient comme ces sacs de farine. J’avais honte de ne pas avoir été capable de lire les signes.
— Laisse-moi deviner, répliquai-je, acerbe, Nyrn et mes parents étaient au courant ?
Elle pressa si fort sa pâte d’amande que cette dernière s’échappa entre ses doigts serrés. Je n’eus pas besoin de plus pour sentir mon estomac de tordre. Comment ma mère ou même mon père avaient-ils pu tolérer de tels actes ? Même Gresa ! Mon grand-père n’était pas un sain, mais tout de même…
Déchu de nom, réalisai-je soudainement.
Cela signifiait que mes parents savaient qui elle était et l’avait cachée délibérément. Je n’en revenais pas. J’avais beau avoir retrouvé ma mémoire, plus les jours passaient, plus je réalisais que je ne savais rien de ma famille. Hénes avait raison, je vivais dans une bulle…
— Bref, j’ai eu ma vengeance et j’ai été enfermée à nouveau juste après la malédiction par les gardes de Nyrn, compléta-t-elle avant de vider un bon quart de vin d’un trait. J’ai croupi dans cette prison pendant des années avant que Seifedin nous fasse sortir de là… Il a profité d’une bataille pour nous enchaîner comme des chiens. C’est là que j’ai rencontré Neven.
Là, c’était beaucoup trop d’informations d’un coup. Je tentais d’analyser tout ça : Seifedin, Nidrane, Neven… Il me manquait un lien entre tout ça.
— Quand cela s'est-il passé ?
Elle balança sa tête en arrière après avoir bu une rasade, avant de jeter le cadavre en verre sur le sol.
— Je ne sais pas… il y a quinze ans je dirais.
Soit avant que Makel monte sur le trône.
Mélia récupéra une seconde bouteille et me la tendit.
— Non merci, j’ai besoin d’avoir les idées claires. Par contre, attends, tu es en train de me dire qu’il y a eu deux batailles à Nidrane ?
— Bah oui. Seifedin et l’ancien roi sont venus une première fois pour nous récupérer. On était dans les prisons d’Adreka… (Je réprimai un nouveau frisson.) Mais vu que nous étions nombreux, beaucoup ont terminé en sacrifice à Gyara. J’ai fait partie des heureux élus à avoir été sélectionnés pour intégrer « l’étude » de Seifedin. Ce bourreau de mage s’acharnait sur nous jour et nuit. Je dois ma vie à Neven. Il demandait toujours à prendre ma place.
Quel enfer.
Je n'osais imaginer les traitements qu'ils avaient dû subir. Si Makel était un monstre, Seifedin n’était pas en reste.
— Et comment vous vous êtes retrouvés à nouveau à Nidrane ? Enfin je ne comprends pas, vous étiez déjà à Adreka. Car la « bataille » dont parlait Daryl s’est déroulée une fois Makel sur le trône… Donc il y a quelque chose qui m’échappe.
J’étais complètement perdue dans la temporalité et regrettais de ne pas avoir pris le temps de fouiller l’histoire avant. Je m’étais focalisée sur l’Empire et Nezera sans analyser ce qu’il s’était passé avant.
— Nous avons réussi à nous enfuir d'Adreka quand Nadren s'est emparé du pouvoir grâce à Seifedin. Malheureusement, Nyrn et ses gardiens nous ont rattrapés à quelques mètres du palais.
Jamais Nyrn ne sympathiserait avec un demi-Alyranien, elle préférerait encore se trancher la langue. À moins que Seifedin ne soit pas un métis… Dans ce cas-là, cela changerait beaucoup de choses.
Je sentis un violent mal de tête pointer le bout de son nez, mes tempes commençaient à me lancer.
— Attends, dis-moi si je me trompe : Seifedin vous a sortis de Nidrane puis vous avez réussi à vous libérer d’Adreka avant de rejoindre à nouveau Nidrane à cause de Nyrn.
Mélia opina en baragouinant quelques phrases inintelligibles en vidant le fond de la bouteille.
— Exact. J’étais à nouveau avec Neven et quelques Noctraniens… Grewlin n’était déjà plus là, il avait réussi à s’enfuir, le petit malin.
Plus de magie et plus vieux. Neven aurait pu en faire de même, cependant lui avait décidé de rester.
— Ou il n’était peut-être pas en état, souligna Inas.
— Possible. S’il a pris la place de Mélia à chaque fois, je n’ose pas imaginer dans quel état le pauvre a terminé.
— Donc tu y étais trois fois et non deux, compris-je en essayant de relier les points entre eux. Désolée, j’essaie de te suivre.
Mélia débouchonna une nouvelle bouteille avec ses dents. À ce rythme, elle allait finir ivre avant la fin de notre conversation.
— Oui, sauf que je ne compte pas la troisième. On n’est restés qu’une ou deux années à casser des cailloux. On s’ennuyait comme des rats morts.
Toujours était-il que si Seifedin et Makel étaient revenus à Nidrane, c’est qu’ils avaient besoin de quelqu’un sur place. C’était la seule explication logique. Je refis le fil des évènements en fouillant dans ma mémoire. Le premier morceau avait été découvert quelques mois après que Makel eut pris le pouvoir… Et cela ne pouvait pas être un coup de chance. Nous parlions là du fragment d’Ilyesse.
Cela signifiait que la recherche des fragments avait déjà débuté.
— Réfléchis, petite créature, s’indigna Inas. Tu avais le second morceau… Qui savait où tu te cachais ?
Neven et Cyndra… Ou Eleonore. Sauf qu’elle était partie du palais suite à la découverte du premier… Donc, la seule personne qu’il restait était Neven. Mais oui ! C’était lui qu’ils recherchaient. Mais cela ne tenait pas la route. Mon existence avait bel et bien disparu des livres d’histoire.
J’avais l’impression que ma tête allait exploser pour de bon et je me remerciais de ne pas avoir bu une goutte d’alcool.
Mon frère est au palais d’Adreka !!!
C’était la seule et unique explication possible. Hénes avait survécu à la malédiction, il avait été aperçu aux ruines du temple de Gyara quelques semaines après. Cet évènement avait accéléré les choses, me forçant à dissimuler les objets et à disparaître plus rapidement que prévu.
J’étais sous son nez depuis le début et Ilyesse aussi. Oh, par les dieux.
J’avais besoin de réponses et vite. Seulement il n’y avait qu’une personne capable de me les apporter : Neven lui-même. Ne le voyant nulle part, je le pensais mort, mais visiblement il était toujours de ce monde.
Je levai les yeux vers Mélia qui venait de vider d’un trait sa nouvelle bouteille de vin. J’arrachai cette dernière de ses mains et lui saisit les épaules.
— Où est Neven aujourd’hui ?
La jeune femme se tourna brusquement vers moi. Son regard brillait et ses globes étaient injectés de sang. Si j’ajoutais à cela les lourdes marques de fatigue sur son visage, il ne faisait aucun doute que Mélia était saoule.
Ah c’est pas le moment !
— C’est un secret, chuchota-t-elle en plaquant ses mains sur sa bouche. Chuuuut.
Elle agissait comme une enfant, ce qui n’arrangeait pas mes affaires. Néanmoins, cela me donnait la réponse à ma question : Neven était toujours en vie.
— Melia…
Elle agrippa une nouvelle bouteille. J’arrêtai son mouvement juste à temps.
— Non, tu as assez bu, ça suffit. (Elle m’adressa une moue boudeuse.) Écoute, j’ai besoin de savoir où est Neven. C’est très important.
— Il va me gronder, hoqueta-t-elle en laissant sa tête partir en arrière. Je dois pas le dire !
Elle est complètement ivre…
Je fis mon possible pour garder mon calme, pourtant je mourais d’envie de la ballotter dans tous les sens pour délier sa langue.
— Je te promets de ne le répéter à personne.
Mélia me lança une grimace avant de froncer les sourcils. Elle me faisait penser à son frère… Lorsque nous étions enfants, il réagissait de la même manière quand il essayait de me cacher quelque chose.
— Avi va me gronder.
Évidemment.
Là, j’eus une idée. Si Mélia agissait comme une enfant, j’allais en faire de même. Avec un peu de chance, cela fonctionnerait.
— Serment du petit doigt. Avi n’en saura rien, je te le jure. Cela restera notre secret à toutes les deux, d’accord ?
Pourvu que ça marche.
Elle gloussa puis enroula son auriculaire autour du mien. Soulagée, je m’approchai d’elle, tendis mon oreille.
— Il est ici dans la prison… Au sous-sol. Avi veut pas que tu l’saches.
Pardon ! Il a enfermé son propre père !!!
Inas mugit à son tour dans mon crâne. Je serrai les mâchoires, accusant sa colère. Après quelques secondes, le dieu retrouva son calme, me laissant ainsi reprendre mes esprits. Je me relevai et tendis ma main vers Mélia.
— Emmène-moi à lui. J’ai besoin de le voir.
— Non ! Avi va pas être content. J’ai pas le droit.
Pourquoi fallait-il qu’elle termine dans un état pareil ?
Je jetai un œil à l’extérieur. La journée s’achevait lentement et Avi serait bientôt de retour. Il allait d’abord faire le point avec Kievian, cela me laissait donc quelques heures, tout au plus.
— Mélia, s’il te plaît. C’est important. Si on fait vite, ton frère n’en saura rien et on sera de retour avant qu’il ne rentre.
Elle croisa les bras en boudant.
— Non.
— Mely, s’il te plaît.
Elle gonfla ses joues en plissant les paupières avant de soupirer longuement.
— Tu promets de ne rien dire ?
— Je te le jure sur Inas.
— Ah sur moi, tu n’avais rien de mieux ?
— Elle te priait, alors non.
Je devais comprendre pourquoi Avi avait choisi d’enfermer son père. Je savais qu’il nourrissait une rancune tenace envers lui, sauf que ce n’était pas une raison valable.
— Trois siècles, ça change un homme… Il n’est peut-être pas si doux et gentil que tu l'imagines. Lui aussi est couvert d’ombres, petite créature.
— Non ! Ce n’est pas son genre. Il doit y avoir une explication.
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