All I Want Is You
Chapitre 9
Ely
– Combien de temps encore ? pleure faussement Anissa.
– Jusqu’à Noël, soufflé-je avec un sourire.
– Je ne vais jamais tenir ! s’exclame mon amie soudainement. Non, Carl ! Je refuse de sortir avec toi. J’aime les minous, bon sang !
J’éclate de rire. Jace me jette un coup d’œil curieux, alors je pars dans la cuisine en retenant mon fou rire. Carl est un stagiaire qui court après toutes les femmes célibataires du journal, mais il n’a toujours pas compris qu’il n’était clairement pas le genre d’Anissa.
– Je reviens après les fêtes. Tu vas réussir à survivre.
– Non, Ely, tu ne comprends pas, s’énerve Ani.
– C’est quoi, le problème ?
– Je passe sous un pont. Adios amigos !
Et elle raccroche. La surprise passée, je retourne dans le salon avec mon ordinateur portable. Tout le monde est installé sur le canapé et dans les fauteuils. C’est la première activité de notre gros planning de vacances. Gabie a réussi à faire céder Zack pour que nous regardions Raiponce.
– Ely, éteins ton ordinateur, ça fait de la lumière, me dit Janice.
– Et le sapin ? m’étonné-je.
– Ce n’est pas pareil, me répond ma sœur.
Cinq regards haineux me forcent à fermer mon PC. Je travaillerai plus tard. Je laisse simplement les guirlandes lumineuses et cherche une place.
C’est une blague ?
La seule place disponible est sur le canapé, contre Jace, juste à côté de l’accoudoir. Il lève les yeux vers moi, brûlant au passage mes terminaisons nerveuses. Je passe le plus clair de mon temps à l’observer en secret, mais, quand c’est lui qui le fait, je ne sais plus où me mettre. Une chaleur délicieuse passe dans mon ventre quand il me fait un signe de la tête. C’est un geste bref, peut-être même que je l’ai inventé. Une invitation silencieuse que je n’ai pas envie de refuser.
– Dépêche-toi, Ely ! me presse Gabie.
Je m’installe avec hâte, et Jace lance le film, comme si de rien n’était. Sa chaleur se répercute sur moi. Je rougis sans pouvoir me contrôler et essaie de me concentrer sur l’écran.
– Plaids ! crie Ben.
Il se lève pour lancer des plaids à tout le monde. Je me vois contrainte de partager le mien avec l’éducateur. Les premières minutes du film passent rapidement sous le rire des filles. Mon téléphone vibre à plusieurs reprises et Zack me lance des coups d’œil nerveux à chaque fois. Je le cache sous mes fesses en essayant d’oublier le nombre de vibrations à la minute. Je pioche dans les M&M’s et les guimauves.
Une heure après le début du film, Janice se lève pour faire des chocolats chauds à tout le monde.
– Chaud devant, dit-elle.
– Chut ! intervient Gabie.
Nous rions devant sa frimousse mécontente. Je me redresse pour boire ma boisson chaude. Je me brûle la langue et tousse derrière ma main. Jace attrape ma tasse afin de la poser sur la table basse. Sa main vient se poser dans le creux de mes reins pour me soutenir alors que je suis prise d’une quinte de toux. La douceur de son geste me fait frissonner. Je me concentre dessus pour arrêter de tousser et essuie une larme qui s’est logée au coin de mon œil.
– Merci, chuchoté-je en m’adossant contre le canapé.
Mon épaule est collée à la sienne. Je me rends compte qu’il n’a pas bougé sa main dans mon dos. Elle incendie la petite parcelle de peau libérée par mon tee-shirt remonté. Ce simple toucher provoque une vague de chaleur qui n’a rien à voir avec de la gêne. Bien plus profond et déroutant, c’est du désir qui s’infiltre dans mes veines. Jace se penche légèrement pour atteindre mon oreille.
– Je peux récupérer ma main ?
Son souffle chatouille mon lobe. Quand je me tourne pour le regarder dans les yeux, nos nez s’effleurent et ma respiration se coupe. Je remonte doucement mon regard, de sa bouche fine à son nez parsemé de minuscules taches de rousseur, pour plonger dans ses iris. Ils ont la couleur du café, celui que j’aime savourer chaque matin.
– Bien sûr, chuchoté-je.
Je me redresse. Jace caresse ma peau, si légèrement que je ne suis pas sûre qu’il s’en soit rendu compte, et récupère son bras pour le replacer correctement. Discrètement, je ferme les yeux pour prendre une petite inspiration.
Je me cale contre le dossier et regarde Maximus libérer Flynn Rider. Gabie est à fond dans le film. Elle bouge en même temps que les images et Janice lutte pour la maintenir en place.
Jace bouge un peu et sa main se retrouve à quelques centimètres de la mienne. J’ai de nouveau conscience de notre proximité. Son odeur m’englobe. Nos bras sont collés l’un à l’autre et je ressens sa respiration comme si c’était la mienne. Je n’arrive pas à suivre ce qu’il se passe à l’écran. Les images s’enchaînent alors que je ne parviens pas à me concentrer sur autre chose que la présence de Jace. Les enfants sont tellement dans le dessin animé qu’ils ne remarquent rien. Même Zack ne me regarde plus.
Je manque de sursauter quand Jace effleure mon doigt. D’abord, j’imagine qu’il n’a pas fait attention, mais il réitère son geste doucement. Je jette un coup d’œil à nos mains. Pour le provoquer, je lui pince la chair du pouce. Un sourire furtif passe sur ses lèvres. L’instant d’après, Jace joue avec ma main, et j’en fais de même avec la sienne. Un mélange de caresses et de bataille, comme deux adolescents dans une salle de cinéma. Sous le coup de la surprise ou parce que j’apprécie le moment, je ne le rejette pas et mon corps se détend à ses côtés.
Le générique de fin me surprend quelques minutes plus tard. Gabie applaudit et Ben se lève pour allumer. Je sursaute et enlève ma main brusquement. À moitié éblouie, je me lève à mon tour pour débarrasser un peu la table basse et tout déposer dans la cuisine.
Mon iPad se met à vibrer sur la table de la cuisine. Je l’attrape et réponds à l’appel sans faire attention.
– Qu’est-ce qui t’arrive ?
Le visage rieur de ma sœur Nina apparaît à l’écran.
– Tu as maigri, gronde-t-elle.
– Oui, oui, je sais. Je suis à la limite de mourir de faim, plaisanté-je.
– Comment vont les monstres ?
Je souris, un mélange de nostalgie et de grimace. Ce surnom ne me concerne plus, mais il me plonge dans de nombreux souvenirs que je voudrais effacer si je le pouvais.
J’essaie de caler l’iPad pour que ma sœur adoptive continue de me voir alors que je me fais couler un café en ignorant le raffut dans le salon. Nina et moi sommes très proches, même si nous ne nous voyons pas autant qu’on le voudrait.
– Ça se passe plutôt bien pour l’instant, expliqué-je. Quand venez-vous nous voir ?
Nina et son mari, Cooper, habitent à quelques kilomètres de la ville de New York. Ils préfèrent le calme de la campagne, à l’inverse de moi. J’aime quand ça bouge. Le silence m’angoisse.
– Il faut que nous passions voir les parents de Cooper la semaine prochaine. Nous en profiterons pour venir.
Ils se sont rencontrés quand elle a été accueillie par les parents de ce dernier. Ils sont tombés amoureux avant de finir le lycée et ils ne se sont plus jamais quittés.
– Mam’s m’a dit que l’éducateur était plutôt mignon, continue ma sœur en faisant bouger ses sourcils.
Je m’étouffe avec mon café.
– Vous avez décidé de me tuer ou quoi, aujourd’hui ? marmonné-je en essuyant mon menton.
– Alors ? s’impatiente ma sœur.
– Il n’est pas si mignon que ça, asséné-je en levant les yeux. Il est plus du genre taciturne aux yeux noirs.
– Genre Sasuke 1 ? me demande Nina.
– Il faut vraiment que tu arrêtes de regarder des mangas avec Cooper, soupiré-je.
– Tu vois de qui je parle ou pas ? rigole-t-elle.
– Oui, évidemment ! Tu me prends pour qui ?
Elle éclate de rire et mes lèvres forment un sourire.
– J’ai hâte de te voir, murmuré-je, gênée.
– Tu travailles trop, me gronde Nina. Toi aussi, tu me manques. Tu sais, j’aurais pu venir garder les monstres, Cooper les adore. Mais c’était aussi un bon prétexte pour te faire rentrer à la maison.
– Je ne suis pas si débordée que ça. Vous exagérez beaucoup trop dans cette famille. Vous adorez les mélodrames.
Je vois alors apparaître le visage souriant de Cooper et lui fais un signe. En plus d’être beau, il est incroyablement gentil, ce qui est très énervant.
J’aperçois Nina en train de faire de gros yeux et me retourne d’un coup. À quelques centimètres de moi, Jace lève la main pour saluer ma sœur et son mari. Il baisse le regard vers moi et je me sens toute petite. Son sourire est un appel au péché. Un simple rictus qui me donne envie de me lever pour le regarder de plus près, mais je reste à ma place, consciente que je ne dois pas céder à la tentation. Jace est là pour les enfants, et non pas pour assouvir mes envies.
– Salut, dit-il avec sa voix grave. Je suis Jace.
Nina éclate de rire et se présente à son tour. Puis, comme si elle chuchotait à mon oreille, elle me fout la honte de ma vie.
– Ah, ouais ! Cette année, le père Noël ne plaisante pas, il envoie du lourd !
Et elle raccroche.
Traîtresse !
1. Sasuke est un personnage taciturne de l’univers Naruto.
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