All I Want Is You
Chapitre 26
Jace
Nous sommes le 23 décembre et je sens que tout va exploser dans peu de temps. Je ne veux pas lui mettre la pression, mais il me semble qu’Ely devrait préparer ses frères et sœurs à son départ plutôt que d’attendre le dernier moment. Déjà que c’est le dernier moment…
Je range la cuisine après le repas du midi. Nina et Cooper ont emmené les enfants dehors pour faire une famille de bonshommes de neige. Je les observe derrière la baie vitrée quand une sonnerie m’interpelle. Je m’essuie les mains en me dirigeant vers la table, où traînent plusieurs téléphones portables, dont celui d’Ely, qui n’est pas verrouillé.
Je sais que c’est mal, que je ne devrais pas regarder ses messages, mais le nom d’Anissa est tentant. S’il y a bien quelqu’un qui est au courant des projets d’Ely, c’est sa collègue.
J’attrape le téléphone, beaucoup trop curieux.
[Prête pour le grand départ ?
On se donne rendez-vous à L.A.,
demain, à 14 heures]
– Je peux savoir ce que tu fais ?
Je lève les yeux vers Ely, puis je lui tends son téléphone et croise les bras. Elle lit rapidement le message, puis soupire en passant une main sur son visage. Elle n’a aucune idée de ce que son départ provoque chez moi. Ça serait mentir de dire que je pense uniquement aux enfants. Je sais que c’est la meilleure chose à faire pour sa carrière, mais je ne supporte pas qu’on n’ait pas plus de temps pour voir où notre relation pourrait nous mener.
– Désolé, je n’aurais pas dû. Donc… à quelle heure est ton vol ?
– Jace, ne fais pas ça…
– Ne pas faire quoi ?
Ely commence à s’affoler. Elle regarde autour d’elle et souffle de soulagement quand elle se rend compte que nous sommes seuls dans la maison.
– Je ne sais pas encore comment gérer tout ça, bafouille-t-elle. Je veux juste prendre le temps de bien réfléchir à ce que je vais dire aux enfants, d’accord ? Ne gâche pas tout.
– Ah, non ! Ça, c’est ta spécialité, répliqué-je du tac au tac.
Je suis clairement de mauvaise foi, ou juste blessé qu’elle ne soit pas plus affectée que ça par son départ. Son visage se ferme. Elle inspire profondément et me lance un regard noir.
– Tout ça, ce n’était qu’une parenthèse, balance-t-elle en s’énervant. J’ai une vie qui m’attend !
Sa remarque me touche en plein cœur. Ça fait mal de me rendre compte que ce que je prenais pour un début prometteur n’était qu’une parenthèse pour elle. Elle fait les cent pas, prête à exploser.
– Je devais partir au retour de Louise et de Stephan, mais ton voyage improvisé a tout chamboulé. Puisque Nina et Cooper sont là, je peux partir tranquille. Vous rentrerez dans trois jours. Mon absence se verra à peine.
Le pire, c’est qu’elle est persuadée de la justesse de ce qu’elle annonce. J’aurais aimé connaître ses projets bien avant d’organiser ce voyage. Son départ aurait été plus facile à digérer.
– Louise et Stephan arrivent demain, annoncé-je en gâchant ma surprise.
– Tu les as invités aussi ?
– Évidemment ! m’exaspéré-je. Ce sont vos parents et les gamins ne pouvaient pas passer Noël sans eux. Alors, je leur ai dit de prendre un autre avion pour venir directement à Aspen.
Louise et Stephan ont adoré l’idée et ils continuent de m’envoyer des messages pour me remercier. J’ai prévu une grande réception pour le réveillon de Noël. Mes parents nous laissent la maison. Ils arrivent demain et logeront dans un appartement proche d’ici. Tout était parfait jusqu’au départ annoncé d’Ely.
– Parfait ! clame cette dernière. Tout redeviendra comme avant.
– C’est vraiment ce que tu souhaites ?
– Bon sang, Jace ! Je dois le dire combien de fois ? C’est une chance en or qu’on m’offre. Je ne renie pas ma famille. Je dois juste partir pour signer mon nouveau contrat. Je pensais que tu comprendrais ! Contrairement à toi, j’ai besoin de travailler pour gagner ma vie.
– Qu’est-ce que tu insinues ? sifflé-je.
Seule la table de la salle à manger nous sépare. Nous parlons de plus en plus fort. Je remarque que Nina est entrée dans la maison discrètement.
– On a bien compris que tu avais du fric à foison, ricane Ely. Je ne sais pas comment tu fais pour avoir un compte illimité, mais ce n’est pas mon cas. Je ne peux pas continuer à faire semblant. La vie se poursuit en dehors de ces murs. Je dois avouer que ces derniers jours ont été magiques, mais ce n’est pas la vraie vie.
Wouah !
Son côté garce me désarme. Évidemment, comme à chaque fois qu’elle sort les griffes, elle est magnifique, mais aujourd’hui, sa beauté ne suffit pas à me détourner de notre conversation.
– C’est toi qui leur as offert ce Noël magique. Ce fric ne sert à rien s’il n’y a pas un minimum d’amour, Ely. Tu vas leur briser le cœur avec ton départ subit.
– Leur cœur ou le tien ?
Elle regrette ses mots au moment où elle les prononce, je le vois, mais ça ne change rien. Mon visage se ferme. L’impassibilité qui me caractérise généralement refait surface.
– Et si c’était le mien ? sifflé-je. Si je ne supportais pas de te voir partir ?
Ely essaie de me retenir, mais je la bouscule sans m’arrêter. Avant de quitter la pièce, je balance sur la table son cadeau, qui pesait lourd dans ma veste.
– Au fait, joyeux anniversaire.
Je préfère partir plutôt que de continuer à dire des choses que je ne pense pas. Et puis elle a raison : c’est mon cœur qu’elle risque de briser.
Quand je reviens à la maison, une heure après, c’est le bordel dans le chalet. Je comprends rapidement que la bombe a explosé. Gabie pleure dans les bras de Ben. Nina essaie d’avoir une discussion avec Ely, mais elle semble fermée à toute tentative de conversation. Zack n’est pas dans les parages, et c’est ce qui m’inquiète le plus.
– Jace, pleure Janice. Tu restes, toi ?
– Évidemment, la rassuré-je en l’embrassant sur le front.
– Quel chevalier ! soupire Ely dans la cuisine.
– Au moins, il tient ses promesses.
Zack arrive avec une valise et la balance vers sa grande sœur. Il tremble de rage. Même Ely ne sait plus comment réagir.
– Je savais que tu partirais, crache Zack. C’est ce que tu fais quand tout est parfait. Tu ne supportes pas d’être simplement bien. Il faut toujours que tu gâches tout. Tu as peur de t’habituer à être heureuse et de ne plus pouvoir partir.
– Zack… bafouille Ely, les larmes aux yeux. S’il te plaît, il faut que tu comprennes.
– Je comprends, dit son frère avec véhémence. Ta carrière est importante. Tu devrais partir maintenant. Cette famille peut se débrouiller sans toi.
Ely a un mouvement de recul. Nina demande à tout le monde de regagner sa chambre.
– Je ne veux plus te voir ! crie l’adolescent en colère. Barre-toi !
Cooper accompagne Gabie et Janice. Il ne reste qu’Ely, Nina et moi dans le salon. Je ne sais pas comment gérer cette crise. Les deux sœurs ont l’air complètement abattues. Je suis mal pour Ely, mais je comprends la colère de son frère.
– Zack va se calmer, commence Nina. Il ne sait pas s’exprimer autrement que par la colère, tu le sais. Il est déçu, mais il comprendra, un jour, que tu ne fais pas ça pour les blesser.
– Qu’est-ce que tu en penses, toi ? s’inquiète Ely.
– Chérie, soupire sa sœur, je comprends leur déception. Je suis moi-même déçue que tu partes vivre à l’autre bout du pays. Mais c’est ta vie et ton avenir. Il n’y a que toi qui puisses savoir ce qu’il y a de mieux pour toi.
J’ai l’impression d’être un étranger, alors je m’éclipse discrètement. Cette discussion ne doit pas avoir lieu devant moi. J’enfile mon manteau et sors de la maison pour la deuxième fois de la journée. Mes pieds m’emmènent près du lac.
Malgré la magie du paysage, je n’arrive pas à calmer mes nerfs. La frustration de passer à côté de quelque chose de grand me met hors de moi. J’ai toujours veillé à faire passer mon travail en priorité, à m’investir à deux cents pour cent pour ces gamins que la vie n’a pas épargnés. Il ne devrait pas y avoir de chose plus importante que ça.
Mais Ely a tout chamboulé.
Et son cadeau n’a pas bougé de sa place.
– Quelle journée ! soupire Cooper en arrivant près de moi.
– Ce n’est pas du tout comme ça que je voyais cette semaine, avoué-je.
– Tu fais de ton mieux. Ils le savent tous, et Ely aussi.
– Comment ça se passe à l’intérieur ? demandé-je.
– Nina s’est lancée dans la préparation de cookies avec Janice. Ely fait ses bagages, puisque Zack s’est contenté de ne mettre que ses affaires de toilette dans sa valise.
Le silence qui s’installe est aussi merdique que la situation. Cooper est peut-être un potentiel ami, mais c’est le beau-frère d’Ely. Je ne pense pas que ce soit la bonne personne à qui livrer mes états d’âme. Nous sommes adultes, nous comprenons tous son choix, mais ça n’empêche pas ma déception.
– Elle part vraiment ? soufflé-je.
Je ne suis pas sûr que Cooper m’ait entendu. Sa grande main s’abat sur mon épaule. Je lève les yeux vers lui. Son petit sourire ne me rassure pas du tout.
– Ely est un électron libre. Elle ne nous abandonne pas, elle va vivre l’expérience de sa vie. Être avec une telle femme doit être aussi magique qu’épuisant, et je ne le dis pas méchamment. J’adore Ely, mais, avec elle, ça bouge tout le temps.
– Ça, c’est sûr !
Des branchages craquent derrière nous. On se retourne comme un seul homme et faisons face à Ely, emmitouflée dans sa doudoune, les yeux et le nez aussi rouges que Rudolph le renne. Elle renifle en silence tout en nous fusillant du regard.
– Ely… commence Cooper, gêné.
– Non, lance-t-elle en levant la main. Laisse tomber.
Cooper s’éclipse discrètement après avoir embrassé Ely sur le front. Quand je m’approche, elle recule, me faisant parfaitement comprendre que tout ce qu’il s’est produit entre nous est désormais du passé. Dans ses mains, mon cadeau semble minuscule. Le nœud est encore parfaitement serré.
– J’aurais aimé que les choses se passent autrement, me dit-elle, hésitante, en me tendant la petite boîte. Je ne mérite pas ce cadeau.
Au moment où je me décide à lui dire ce que j’ai sur le cœur, Nina sort comme une furie de la maison, avec son tee-shirt plein de farine. Cooper arrive dans son dos et l’enveloppe dans une veste alors qu’elle nous hurle de venir. Ely court en direction de sa sœur et je la suis sans réfléchir.
– Zack et Gabie ont disparu, nous annonce Nina, paniquée. Je les ai appelés pour manger la pâte à cookies, mais nous ne les avons trouvés nulle part et la porte de derrière était ouverte.
Merde !
– Pourquoi est-ce que Zack aurait emmené Gabie ? s’étonne Cooper.
– À mon avis, elle l’a suivi, râle Ely, à fleur de peau.
– Je vais aller les chercher, proposé-je. Je connais les environs. La nuit ne va pas tarder à tomber, donc il faut se dépêcher. Cooper, préviens les secouristes que deux enfants se baladent au nord de la forêt. Les filles, prévenez-moi immédiatement s’ils franchissent la porte du chalet.
– Je viens avec toi, me dit Ely.
– Non.
– Jace, gronde-t-elle. Ce sont mes frère et sœur, je viens. C’est sûrement ma faute s’ils sont partis sans rien dire. Je dois venir avec toi.
– Ce que tu peux être énervante !
Nous rentrons pour nous habiller plus chaudement. Janice et Ben restent en retrait tout en surveillant leur téléphone au cas où leur frère voudrait les contacter.
Ely me retrouve dehors, où je chausse des raquettes pour marcher plus facilement sur la poudreuse. Dans la forêt, les chemins sont vite recouverts par la neige, qui tombe pendant la nuit. Nous empruntons la porte de derrière et passons le portillon, encore ouvert. Des traces de pas sont présentes sur le sol.
Dans le ciel, le soleil s’éloigne lentement, créant un grand océan rose orangé. Ely me suit sans broncher et nous entrons dans la forêt, lampe torche à la main.
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