All I Want Is You

Brenda Beli · Chapitre 10 sur 38

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All I Want Is You

Chapitre 10

 

 

Ely

 

– Gabie, le manteau !

Elle fait demi-tour dès qu’elle se rend compte de la température extérieure. L’hiver est bien installé. À quelques semaines de Noël, New York est totalement recouverte de neige. Ça fait quelques nuits que la neige tombe sans s’arrêter. Il est devenu difficile de circuler sur les trottoirs, puisqu’elle n’a pas le temps de fondre.

Je voulais rester tranquillement à la maison, mais j’ai senti que Gabie et les autres commençaient à perdre patience. Ils ont besoin de bouger, et Jace a eu une excellente idée, je dois le reconnaître.

– Je prends mes patins, me dit Ben.

Il retourne le cagibi pour trouver ses patins. Quand c’est fait, il ne remet pas tout en ordre et je lui jette un regard mauvais.

– Je rangerai après, promet-il en souriant.

– Évidemment, marmonné-je. Tout le monde est prêt ?

Un joli brouhaha répond à ma question. Mon regard dévie sur Jace, qui aide Janice à enfiler son bonnet. Lui-même porte un bonnet Timberland et ses mains sont recouvertes de gants noirs en cuir. Le fait de remarquer autant de détails chez lui ne devrait pas me perturber à ce point, mais je n’y peux rien : Jace attire mon regard depuis que nous nous sommes rencontrés devant l’école de Gabie. Ce n’est pas que son physique. C’est avant tout l’aura qu’il dégage. C’est une force tranquille, rien ne semble l’ébranler. Même notre rapprochement – bien qu’infime – n’a pas l’air de le perturber, contrairement à moi.

Gabie est la première à sortir de la maison. Elle court vers la voiture et monte en attendant le reste de la troupe. Je resserre mon écharpe épaisse autour de mon cou et ferme la porte à clé. Je rejoins Jace, qui s’est installé au volant. Après m’être assurée que tout le monde était bien attaché, je lui fais signe qu’il peut y aller.

– Finalement, nous n’allons pas à la patinoire, dit Jace.

– Comment ça ? l’interroge Ben.

– Aujourd’hui est une journée un peu spéciale, nous dit l’éducateur.

– Je ne comprends pas, grogné-je. Ce n’est pas ce qu’on avait prévu !

– Prévoir, prévoir ! Pourquoi toujours prévoir ? Il n’y a rien de drôle là-dedans, m’explique Jace en ignorant volontairement mon regard.

Pourquoi ne me regarde-t-il pas ?

Je jette un coup d’œil derrière moi. Ben a l’air un peu déçu de ne pas pouvoir utiliser ses patins aujourd’hui. Janice hausse les épaules avec un sourire, toujours partante pour faire des activités. Zack est enfoncé dans son siège avec ses écouteurs et Gabie sourit de toutes ses dents, ne comprenant pas tout ce qu’il se passe.

Il bouscule tout autour de lui et ne s’en offusque même pas !

– OK, monsieur le génie, où allons-nous, alors ?

J’ai le sentiment de perdre le contrôle de la situation. J’observe les alentours pour essayer de découvrir où nous allons, mais, pour le moment, ça pourrait être n’importe où ! J’ai cruellement envie de faire demi-tour.

– C’est une surprise, me répond Jace en tournant sur la grande avenue.

– Je déteste les surprises, le menacé-je.

– Tant pis pour toi.

Jace hausse les épaules, me lance un regard intense, puis se concentre sur la route jusqu’à ce que nous arrivions dans un parking souterrain. Il gare rapidement la voiture et nous sortons tous. Je ne comprends pas ce que nous faisons là, mais je le laisse nous guider jusqu’à la sortie. Il attrape la main de Gabie et passe un bras sur les épaules de Janice pour ne pas les perdre dans la foule.

L’attention qu’il porte à chacun de mes frères et sœurs me fait doucement fondre. Greg n’aime pas les enfants, donc nous passions le moins de temps possible chez Louise et Stephan. Maintenant que je me trouve avec eux, je réalise à quel point ce n’est pas normal d’être enfermé dans une bulle et de ne pas pouvoir en sortir de temps en temps. Greg avait ce pouvoir sur moi, mais la bulle a éclaté le jour où la vérité m’a explosé en plein visage.

– Ely, ne nous perds pas, me dit Ben.

La foule est de plus en plus dense et je regrette vraiment d’avoir suivi Jace jusqu’ici. Ce n’était pas le plan de départ. Perdre l’un des enfants en plein New York n’est pas non plus au programme. Je rejoins les autres en poussant quelques personnes. Jace me rattrape avant que je trébuche sur un trottoir enneigé. Je le remercie. Sa main quitte la mienne pour se placer dans mon dos. Je sens sa présence, chaude et imposante.

Nous passons devant un passage piéton et je commence à râler d’être baladée de gauche à droite sans explications. Je reconnais l’avenue et, pendant un instant, je pense que nous allons à la patinoire, comme c’était prévu, mais Jace change de direction.

– Où allons-nous ? grogné-je.

– Patience.

– Ce n’est pas dans mes qualités.

– J’avais remarqué, énonce Jace avec un sourire.

Il attrape la main de Janice, et Gabie finit sur le dos de Ben pour faciliter notre trajet. Je fais attention à ce que Zack nous suive bien. Finalement, nous arrivons près d’un poste de secours. Il n’est pas rare d’en voir quelques-uns pendant les fêtes de Noël. Avec le nombre d’habitants et de touristes, la Ville préfère être prévoyante.

Jace salue un planton et nous passons sous une bande rouge. Gabie est morte de rire quand Ben manque de tomber avec elle sur le dos. Janice s’accroche à moi et Zack enlève enfin ses écouteurs, intrigué par notre chemin.

– Nous y sommes, commente Jace.

– Et nous sommes où ? bougonné-je.

Jace pousse une porte et m’embarque en faisant attention à ce que les enfants nous suivent. Il me fait un clin d’œil, me place devant lui et pose ses doigts gantés sur mon menton. Est-ce possible de ressentir sa chaleur sans être directement touchée ? Résignée, je tourne mon visage vers le haut.

– Regarde, souffle-t-il.

Je lève les yeux, intriguée par son comportement. Finalement, je ne trouve rien à redire. Nous sommes derrière les barrières du sapin de Noël du Rockefeller Center. Il n’est pas encore allumé, mais déjà les boules et les guirlandes scintillent grâce à la lumière naturelle, réverbérée par la neige. Le sapin du Rockefeller Center est un événement à New York. Il réunit des centaines de personnes lors de son illumination chaque année et brille pendant un mois au centre de la ville.

– Pourquoi… commencé-je.

Oh, non, pas ça…

J’aurais dû reconnaître les avenues, la foule qui s’impatiente et cette euphorie qui gagne les gens autour de nous.

– Ils ont avancé la cérémonie, car une tempête de neige approche, m’explique Jace avec un sourire satisfait. Heureusement que je me suis renseigné, sinon on serait passés à côté.

– Heureusement, ricané-je, de mauvaise foi.

Il est fier de lui, alors que j’ai envie de lui hurler dessus. Je comptais justement sur cette tempête de neige pour annuler l’activité définitivement. Ça aurait été cruel pour Zack, mais plus supportable à vivre pour moi. Loin de se soucier de mon état, Jace vérifie que tout le monde est bien là, puis il se tourne vers moi. Il fronce un peu les sourcils en voyant mon visage fermé.

Je déteste être prise au dépourvu, et encore plus quand c’est pour une activité aussi clichée.

– Je ne voulais pas gâcher la surprise, donc j’ai préféré me taire et vous y emmener directement.

Comme s’il savait que j’allais reculer, Jace me pousse légèrement pendant qu’il parle. Nous avançons un peu et nous retrouvons bloqués par une barrière de sécurité.

– Bordel, marmonne Zack à côté de moi.

Son regard brillant de bonheur réchauffe mon cœur et adoucit l’amertume que je ressens pour cette surprise. Ça m’arrache la bouche de le dire, mais Jace a bien fait. Gabie n’est pas en reste, et même Ben et Janice se laissent subjuguer par la beauté du lieu. Nous sommes presque sous le sapin. Si Ben tend la main, je suis persuadé qu’il pourra attraper une épine sans difficulté.

De l’autre côté de l’arbre gigantesque, la foule se presse pour être le plus près possible.

– Comment as-tu fait pour nous faire venir jusque-là ? demandé-je.

Jace ne me répond pas tout de suite. Il se contente de me lancer un sourire énigmatique.

– Quoi ? insisté-je. Dis-moi ! Est-ce qu’on a le droit d’être là au moins ?

– Oui, Ely, me lance-t-il en riant. Disons que je connais quelqu’un qui m’a fait une faveur.

– Tu connais le maire de la ville ? demandé-je avec ironie.

Cela dit, comme son père est juge, ça ne serait pas impossible, après tout.

Un compte à rebours se déclenche dans les enceintes et nous empêche de continuer. Je retiens ma respiration. Petite, j’aurais adoré que mes parents m’emmènent ici pour vivre ce moment. Maintenant que je suis adulte, ça ne fait pas le même effet. J’ai l’impression de ne pas être capable de comprendre la magie derrière cet événement.

Je vis à New York depuis ma plus tendre enfance et je n’ai jamais pris le temps de venir voir l’illumination du sapin. Bien sûr, je passe devant chaque année, mais le fait d’être quasiment sous les épines et d’attendre que les lumières scintillent crée une certaine euphorie en moi.

Je regarde mes frères et sœurs. Ils sont impatients, leurs visages souriants tournés vers le sapin. Puis mes yeux tombent sur Jace, qui me scrutent également. Je n’affiche pas de sourire comme la plupart des gens, je ne trépigne pas d’impatience, mais ce n’est pas aussi horrible que je le pensais. Surtout en présence d’un homme aussi sexy que Jace pour me tenir compagnie.

Le décompte continue. La foule clame les chiffres au fur et à mesure.

Au zéro, nous avons les yeux grands ouverts. Mais rien ne s’allume. La foule hurle son mécontentement. Zack saute par-dessus la barrière. Mon cœur s’affole alors que mes yeux suivent mon frère.

— Zack !

Il m’ignore pour continuer sa route. Sans réfléchir une seconde de plus, je le suis. Jace crie mon prénom, mais c’est trop tard, je suis de l’autre côté de la barrière, en train de suivre mon frère, qui fait le tour de l’arbre, les yeux rivés au sol.

— Zack ! Arrête tes conneries, on doit retourner derrière.

– Je sais où est le problème.

– Très bien. Alors, allons donner l’information aux organisateurs, énoncé-je, exaspérée.

Je vois les passants lutter pour nous regarder, se demandant sûrement ce qu’on fait là alors que nous ne faisons pas partie de l’équipe technique. Nous sommes cachés par de nombreuses installations et le tronc est immense. Du coin de l’œil, j’aperçois un policier venir vers nous pour nous arrêter.

– On va finir en prison ! m’égosillé-je. Louise va me tuer.

– Viens m’aider !

– Certainement pas, ricané-je, nerveuse.

– Ely ! s’impatiente Zack.

Je panique, mais je vais aider mon frère, qui repousse un maximum de neige sur le côté pour laisser entrevoir une grosse rallonge. Je le laisse faire et intercepte le policier quand il est proche de nous.

– Vous n’avez rien à faire là !

– Merci, ça, je le sais.

– C’est vous qui avez tout saboté ?

– Quoi ? m’étonné-je. Non, justement, mon frère essaie de réparer votre sapin.

– Je vais vous demander de partir, assène le policier en jetant des coups d’œil vers Zack, qui continue à dégager la neige.

– J’ai trouvé ! s’exclame-t-il.

– Super ! Partons avant de finir en prison, répliqué-je.

Zack ne m’écoute pas. Il attrape deux câbles et, en levant les yeux vers le sapin, il connecte les deux prises. D’un coup, le sapin s’illumine. Zack lâche les câbles et se relève. Je pourrais me concentrer sur les lumières au-dessus de moi, mais le visage de mon frère suffit à m’émerveiller. Il tourne sur lui-même, oubliant un instant comment il est arrivé là. Un sourire éclatant transforme son visage.

La scène aurait pu être parfaite si le policier n’avait pas appelé du renfort. Avant que je comprenne réellement ce qu’il arrive, on me passe les menottes et on fait pareil avec Zack, qui redescend de son petit nuage.

– Ely ? s’affole-t-il.

– Attendez, m’écrié-je en avançant. On peut discuter, non ? Nous voulions simplement aider. Sans nous, vous auriez tout New York au cul, car le sapin n’aurait pas été allumé en temps et en heure. Est-ce que vous m’écoutez, au moins ?

Le policier qui me tient baragouine dans sa radio de service. Ça crépite deux secondes, puis un code est donné et ils nous embarquent sans plus rien nous dire. J’essaie de rassurer Zack du regard, mais il se contente de fixer méchamment le flic.

Au moment où nous sommes forcés de monter dans la voiture de patrouille, j’aperçois Jace, qui court vers nous. Le ton monte entre lui et le policier, mais ce dernier ne veut rien savoir : ils nous emmènent au poste, point final.

– Je suis désolée, soufflée-je à Zack. Ce n’est pas vraiment ce que j’avais imaginé pour ces vacances.

Il ne me répond pas, le visage tourné vers la ville qui défile sous nos yeux.

Son rire me surprend, alors j’essaie d’apercevoir son visage.

– Tu m’as suivi, me dit-il.

– Toujours.

Et je suis sincère. J’ai un lien avec chacun de ces gamins, mais Zack est le plus cabossé, celui qui a constamment besoin d’attention, celui qui doute à chaque instant de sa place dans cette famille recomposée. Il est aussi celui qui me brise le cœur à chaque fois qu’il se montre vulnérable.

J’imagine déjà M me Farbes débarquer au commissariat pour retirer la garde de Zack à Louise et Stephan. Il serait alors placé en foyer pour une durée indéterminée, et peut-être que ses incapables de parents en profiteraient pour lui remettre le grappin dessus. Je suis prise de panique quand nous sommes amenés dans un bureau, où nous restons seuls.

– Ça va aller, OK ? dis-je à mon frère.

– Qui essaies-tu de convaincre ? plaisante Zack.

– Nous deux, avoué-je avec une tête dépitée qui le fait rire.

Le seul point positif de cette aventure désastreuse, c’est que mon frère semble plus disposé à communiquer avec moi. Si je devais me faire arrêter tous les jours pour voir ce sourire sur son visage, je le ferais sans hésiter.

– Bonjour, les jeunes, balance un officier de police en entrant dans le bureau.

Je me redresse pour lui faire face et essayer de sauver la mise à Zack. C’est un homme d’un certain âge, pas très loin de la retraite si je me fie aux rides qui encerclent ses yeux et à ses cheveux poivre et sel. Il a une certaine prestance qui impose tout de suite le respect. Le policier nous observe calmement. Je déglutis et me décide à parler pour au moins sauver mon petit frère.

– Écoutez, commencé-je, c’est un malheureux accident. J’ai sauté par-dessus la barrière pour regarder de plus près le problème et mon frère m’a suivie. Vous savez, c’est un ado, il ne réfléchit pas toujours.

– Hé ! s’indigne Zack.

– Malheureusement, mademoiselle, vous me mentez, dit le policier. Les caméras de surveillance montrent que c’est bien votre frère qui a passé la barrière en premier, et vous l’avez suivi.

Les caméras ? Évidemment !

– Ah bon ? couiné-je, coincée.

Le policier sourit, puis se penche vers moi pour me libérer des menottes. Il en fait de même avec Zack. On frappe à la porte et Jace pénètre dans le bureau comme si c’était le sien. Il échange un regard avec l’officier pendant que je fais les gros yeux à l’éducateur. Qu’est-ce qu’il fait exactement ? Et où sont Ben et mes sœurs ?

– Salut, Sam. Comment va Ellen ? demande Jace.

– Qu’est-ce que tu fais là, gamin ?

– Je suis responsable de cet enfant pendant l’absence de ses parents adoptifs, explique Jace rapidement en m’excluant.

Je ne comprends pas à ce qu’il se passe. Zack préfère rester sagement sur sa chaise pour une fois. Je le remercie intérieurement de ne pas envenimer la situation. Je tousse pour attirer l’attention sur moi et souris à l’officier.

– Vous vous connaissez ?

Le dénommé Sam passe la main dans sa barbe, comme s’il réfléchissait à la meilleure réponse possible.

– Jace ? lui demandé-je en haussant un sourcil.

– Ce petit voyou m’a donné du fil à retordre quand il était jeune, explique Sam d’un coup.

Jace soupire en fourrant ses mains dans les poches de son manteau. Il était un délinquant ? Ça, c’est une information que je ne peux pas ignorer. J’essaie de l’imaginer dans un autre rôle que celui de l’éducateur sexy, mais je n’arrive pas à avoir une idée claire de ce qu’il était adolescent.

– Fil à retordre dans quel sens ? insisté-je.

– Ce n’est pas la peine de donner les détails, intervient Jace, visiblement ennuyé par notre conversation. Nous pouvons y aller ? Les enfants nous attendent.

Sam acquiesce, puis se tourne vers moi.

– La prochaine fois, évitez de vous approcher si près, me dit-il, un peu amusé. On va dire que ce petit incident restera entre nous pour cette fois.

– Croyez-moi, c’est la première et dernière fois que je mets les pieds là-bas, grogné-je en sortant du bureau. Je déteste ces foutus sapins et cette foutue fête.

Nous traversons le commissariat en silence, même si je me pose mille questions sur le passé de Jace, désormais. Zack rejoint les autres dans la voiture alors que je tire sur la manche de Jace pour qu’il arrête de marcher. Surpris, il se tourne vers moi et lève un sourcil pour me demander ce qu’il se passe. Je mords ma lèvre et ne manque pas le coup d’œil qu’il y jette.

– Merci, soufflé-je. Sans Sam, on aurait passé la nuit au poste et l’assistante sociale nous serait tombée dessus.

– Je n’allais pas vous laisser ici.

Il s’apprête à avancer vers la voiture, mais je le stoppe une fois encore.

– Pose-moi la question qui te brûle les lèvres, Ely, soupire Jace.

J’hésite. Au fond, ça ne me regarde pas, mais je suis vraiment curieuse de connaître son lien avec Sam. Mes iris plongés dans les siens, je fais abstraction de ce qui nous entoure, et surtout de la musique qui résonne dans la voiture.

– Tu as eu des problèmes avec la police ? demandé-je finalement.

Jace retire son bonnet pour passer une main dans ses cheveux, visiblement mal à l’aise d’aborder ce sujet. Je n’aurais pas dû insister. Après tout, il a très bien fait comprendre qu’il n’avait pas envie d’en parler dans le bureau de Sam.

– C’était il y a longtemps, me dit-il enfin. Je ne suis plus cet adolescent en colère.

– Est-ce que c’est pour ça que tu es éducateur ? Pour éviter aux jeunes d’avoir…

– On devrait y aller avant qu’ils explosent les vitres avec la musique.

Il coupe court à la conversation et je n’insiste pas. Pour le moment. Maintenant, j’ai envie de découvrir tout ce que Jace ne me dit pas.

Nous montons dans la voiture. Janice et Gabie chantent une chanson pendant que Ben les filme.

– All I want for Christmas is youuuuuuu, hurle Janice en prenant les cheveux de sa sœur pour un micro.

Je baisse le son. Je suis fatiguée émotionnellement par cette journée et entendre Mariah Carey n’est pas dans mes priorités pour l’instant. Jace fait démarrer la voiture en silence. J’entends Zack grossir la réalité quant à notre petit séjour avec les policiers de New York.

– C’était bien, la prison ? me demande Gabie, une canne à sucre dans la bouche.

Je me tourne brièvement pour voir si elle est sérieuse. Elle attend une réponse. Ses petits sourcils se froncent quand elle n’obtient pas ce qu’elle veut.

– Vous avez rencontré des tueurs en série ? insiste-t-elle.

– Quoi ? Mais non ! Et comment sais-tu ce qu’est un tueur en série ? Tu n’as que 5 ans !

Gabie sort le sucre d’orge de sa bouche pour me répondre en haussant les épaules.

– Pap’s regarde ça à la télé.

– Quand elle est censée dormir, précise Janice.

– J’ai cru qu’ils allaient vous garder toute la nuit, continue Ben. Cela dit, le sapin était magnifique. Merci, Zack.

Je tourne la tête pour apercevoir mon jeune frère rougir. J’attrape une canne à sucre, la lui lance et lui fais un clin d’œil. Il me répond par un petit sourire. Jace augmente le volume de la chanson.

– Nous sommes dans les embouteillages, autant s’amuser.

– Tu n’as que ce mot à la bouche, balancé-je rapidement.

Il se tourne vers moi et ses yeux s’attardent deux secondes de trop sur mes lèvres. Puis nos regards se rencontrent et nous partageons plus qu’un simple contact. Il est de plus en plus difficile de rester impassible lors de nos échanges. Les mains moites, j’essaie de canaliser ma respiration et détourne les yeux. Le chauffage doit être à son maximum. Il n’y a pas d’autre explication à la chaleur qui se répand dans mes veines.

– All I want is you ! reprend Gabie en oubliant des mots.

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