All I Want Is You

Brenda Beli · Chapitre 19 sur 38

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All I Want Is You

Chapitre 19

 

 

Ely

 

J’enfile mes gants, arrange mon écharpe une dernière fois et sors de la maison en silence. Il est encore tôt – à peine huit heures –, mais je n’arrivais plus à dormir. Je me suis habillée rapidement et discrètement pour ne pas réveiller toute la maisonnée.

Louise et Stephan ont investi dans cette maison dès qu’ils se sont mis en couple, car le quartier de Tribeca est plus calme et familial que certains autres à New York. Je prends le temps de regarder autour de moi alors que le soleil pointe à l’horizon pour réchauffer un peu ce 17 décembre.

Le réveillon de Noël est dans quelques jours et j’esquive volontairement les appels du bureau. M me Hawkings est persuadée que je serais à Los Angeles le 25 au matin, mais je n’ai encore rien décidé. J’en viens même à ignorer les appels en visio d’Anissa… Jace a raison : je culpabilise déjà pour une décision que je n’ai pas encore officiellement prise.

Et puis une ombre s’est ajoutée au tableau, comme si ce n’était pas encore assez : Jace part de son côté pour le réveillon. Je ne sais pas à quoi je m’attendais, mais j’imaginais qu’il serait à la maison pour le fêter avec nous. Je ne devrais pas être si déçue. Dans tous les cas, peu importe ce que je ressens, je ne serai pas là non plus.

Quelle hypocrite je fais !

Arrivée à la boulangerie, je prends un assortiment de viennoiseries et deux cafés. Je reviens sur mes pas, remercie une voiture qui me laisse traverser et relève la tête avec un sourire.

– Oh, putain !

Le bus de la ligne 2 passe sous mon nez. Il s’arrête à un arrêt. Tout son flanc droit est envahi par mon visage. La publicité du New York Times va de l’entrée du bus jusqu’aux portes arrière. Le logo de « Love&Ely » est mis en avant avec un relief doré, et mon visage souriant est coupé par les portes du milieu. Elles s’ouvrent pour laisser sortir des voyageurs : on a littéralement l’impression que je dégueule sur le trottoir. Mes yeux sont plus clairs sur la photo que dans la réalité.

Je remarque tout de suite que certains passants me regardent curieusement.

– Excusez-moi, vous êtes Ely ?

Je me tourne, un peu perdue par l’agitation qui se crée autour de moi et dans ma tête. La femme porte un tailleur professionnel sous un manteau long. Elle a un café dans la main. Elle me sourit gentiment, alors je fais de même, toujours un peu crispée.

– Encore merci pour vos conseils de la semaine dernière. Ça va beaucoup mieux avec mon mari depuis que nous avons inauguré des petits jeux…

Elle hésite, se penche vers moi et me confie son secret en chuchotant.

– Le petit ensemble de soubrette a fait son effet. Cette semaine, j’essaierai la mère Noël, pour rester dans le thème.

OK !

Je n’ai jamais conseillé à cette dame de se déguiser pour rallumer la flamme entre elle et son mari – ni à aucune femme, en réalité. Je lui souris rapidement, attrape mon téléphone et prends une photo du bus avant qu’il ne tourne dans une autre rue. J’envoie la photo à Anissa, avec une montagne de points d’exclamation.

La minute d’après, elle m’appelle.

– C’est quoi, ça ? gueulé-je.

– Bonjour à toi, jolie tourterelle.

– Tourterelle mon cul ! Ani, pourquoi mon visage est placardé sur un bus ?

Je suis tellement en colère que je traverse la rue sans regarder. Une voiture pile devant moi en me faisant sursauter de peur. Je lâche les cafés, qui se fracassent sur le capot. Le conducteur descend et crie après moi.

– Vous êtes complètement cinglée !

– Oh, ne commencez pas, répliqué-je, mauvaise. C’est moi qui viens de perdre mes cafés. Je n’ai pas abîmé votre voiture et vous n’aviez qu’à rouler moins vite ! Donc, ne me chauffez pas ! Remontez et passez une bonne journée.

Je continue ma route en rageant. Anissa éclate de rire dans mon oreille.

– Tu lui as refait sa journée, à celui-là.

– Ne change pas de sujet. Explique-moi.

Je déteste employer ce ton avec mon amie, mais là, j’ai besoin d’une réponse digne d’une assistante. Elle était censée être mes yeux et mes oreilles pendant mon absence. J’aurais dû être prévenue avant de tomber sur ma tronche sur un bus.

– Ça fait partie des accords que tu as signés avant de partir en vacances, me dit-elle finalement.

– Impossible.

Je n’arrive pas à avoir une pensée cohérente. J’ai signé tellement de documents… Mais je m’en souviendrais s’il était question de mon visage sur un bus !

– J’ai été prévenue par mail au dernier moment, le bus circulait déjà. J’espérais que tu serais trop occupée avec les monstres pour le voir.

– Génial, marmonné-je. Je perds totalement le contrôle, Ani.

En temps normal, cette publicité pour mon blog et ma rubrique m’aurait enchantée. Il n’y a pas beaucoup de personnes qui peuvent se vanter d’être mises en avant de cette manière à New York. Mais j’aurais au moins dû être prévenue, choisir la photo, le slogan, les couleurs… À mon goût, le rose est trop dominant, ma tête n’est pas naturelle, et le « Avec Ely, l’amour vous sourit ! » n’est pas du tout représentatif de ce que je fais en réalité.

– Allo ? m’appelle Ani.

– Est-ce que c’est toi qui as conseillé à une dame de s’habiller en soubrette pour exciter son mari ?

Son silence me suffit.

– Bon sang, Anissa ! Nous ne sommes pas sexologues, grogné-je.

– Je déteste quand tu m’appelles Anissa, boude mon amie.

– C’est ton prénom.

– Oui, mais dans ta bouche, il sonne comme si j’avais fait une connerie. Comment es-tu au courant ? C’était une lettre.

– J’ai rencontré la femme par hasard. Elle m’a reconnue grâce à ce magnifique portrait de moi qui se balade dans New York.

Anissa se retient deux secondes, puis elle éclate de rire. Malgré moi, un sourire se forme sur mes lèvres. Je ne sais plus si j’ai envie de pleurer ou d’exploser de joie.

– Merde, reprend mon amie. J’aurais aimé voir ta tête quand tu es tombée sur ce bus.

– Est-ce que tu te rends compte que tout le monde me regarde ? C’est affreusement gênant. Je me sens comme Will Smith dans Hitch, quand tout le monde découvre que c’est lui, D r Love.

– Il est canon, Will Smith, me coupe Ani.

– Là n’est pas la question, même si je suis d’accord avec toi.

Nous continuons à discuter pendant que je rentre à la maison. J’hésite à laisser Jace s’occuper seul des enfants pendant quelques heures pour aller au journal et faire stopper tout ce merdier. Mme Hawkings n’apprécierait pas mon intervention, mais il faut qu’elle comprenne qu’elle ne peut pas prendre toutes les décisions sans me consulter, même si nous avions un accord sur papier.

On parle de mon image, de mon blog, de ma création !

– Je t’interdis de venir au bureau. Ce sont les fêtes de Noël et tu as besoin de prendre du temps pour toi, me dit Anissa. De toute façon, tu ne reprends pas le travail tant que tes parents ne sont pas rentrés.

Stephan et Louise sont censés revenir pour le matin du réveillon. J’arriverai peut-être à prendre un dernier vol pour Los Angeles et à ne pas être en retard à la grande réunion.

– Ta famille n’a rien dit pour le réveillon de Noël ? demandé-je, inquiète.

– Non, tu les connais, pouffe Ani. Tout ce qu’ils ont retenu, c’est que je déménage à L.A. et qu’ils pourront venir surfer cet été.

Arrivée devant la porte de la maison, je me mords la lèvre, consciente de ce que tout ça implique.

– On va vraiment le faire, alors ? murmuré-je.

– Il semblerait, me dit doucement la brune.

 

***

 

Macy’s Santaland est un grand parc intérieur installé dans les locaux de Macy’s Herald Square pour faire rêver les petits et les grands. Les décorations brillent de tous les côtés et il y a plus de monde que prévu. Nina et Cooper nous ont rejoints pour cette journée. Je suis persuadée que ma sœur est là uniquement pour que je ne perde pas un seul enfant.

Il est plus de dix-sept heures quand nous débarquons à l’entrée de Santaland. Gabie est intenable, encore plus que d’habitude – donc, imaginez ma fatigue ! J’ai passé l’après-midi à réfléchir à une façon d’aborder les choses avec Jace. Il sait que je dois me rendre à Los Angeles pour lancer l’application et développer « Love&Ely », mais j’ai volontairement caché la vérité. Même si Stephan et Louise reviennent pour le réveillon de Noël, je dois décoller au plus tard le 24 décembre pour être sûre d’arriver à temps.

Quelle idée d’organiser une réunion pendant les fêtes de Noël !

Évidemment, pour ceux qui habitent à L.A., c’est une broutille. Il y a huit heures d’avion entre New York et Los Angeles. Même si je le voulais, je ne pourrais jamais être là pour le réveillon, et encore moins pour l’ouverture des cadeaux au réveil. Si, au départ, ça m’enchantait de louper cette fête de famille, aujourd’hui je culpabilise un peu de ne pas être présente.

– Ely, regarde !

Le sourire de Gabie est communicatif. À mon goût, il y a trop de lumières, trop de couleurs, trop de bruit, et la musique de « Jingle Bells » me donne mal au crâne, mais je la suis en essayant de sourire.

Nous entrons dans le parcours. Les décors sont incroyables et nous sommes totalement plongés dans le village du père Noël. Nous croisons plusieurs employés déguisés en lutins. Nous traversons le pont arc-en-ciel et prenons quelques photos. Je mitraille mes frères et sœurs pour tout envoyer à nos parents.

Gabie et Janice prennent la pose avec un lutin pendant que Nina les photographie. Jace s’approche enfin de moi. Nous n’avons pas parlé seul à seul depuis hier soir, et je ne sais pas comment me comporter, encore une fois.

Quand nous sommes rentrés, les garçons étaient déjà couchés. Gabie s’étant endormie chez les parents de Cooper, les filles sont restées chez eux. Jace était distant, comme si ses pensées étaient pesantes. Je le voyais réfléchir à mille à l’heure, mais, avant de partir dans sa chambre, il a tenu à me prendre dans ses bras. Il m’a embrassée si tendrement que l’envie de pleurer m’a noué la gorge.

Impossible de mettre un mot sur ce que je ressens. C’est trop rapide pour mon cœur et pour mon cerveau. Je ne peux que subir tout ça en essayant de ralentir la chute.

– Ça va ? murmure-t-il contre mon oreille.

Je me décale pour prendre appui contre une rambarde illuminée. Nous sommes dans un décor enchanté. De la fausse neige recouvre tout autour de nous. Les guirlandes dominent et une maison en pain d’épice fait office de terrain de jeux pour les enfants. Le plafond est parsemé d’étoiles fluorescentes, créant une ambiance majestueuse.

C’est sans conteste mon décor préféré depuis le début de la visite, puisque c’est le seul à ne pas mettre en scène un bonhomme déguisé en père Noël. Il y a une ambiance de fantasy, comme dans les livres de jeunesse que Janice dévore.

La main de Jace s’approche pour caresser ma pommette et remonter vers mon œil cerné. Sa chaleur contraste avec mes joues froides.

– Tu n’as pas beaucoup dormi, constate-t-il.

– Je t’attendais, avoué-je.

Je pensais sincèrement qu’il allait me rejoindre dans ma chambre. Je me suis endormie en l’attendant comme une idiote.

– J’aimerais qu’on discute tous les deux, chuchoté-je finalement.

– De ?

– De tout ça.

Je voudrais qu’il m’aide à trouver des mots pour nous qualifier, mais il s’amuse de ma gêne, comme d’habitude. Son sourire est aussi communicatif que celui de Gabie. Je sens mes lèvres s’étirer malgré moi.

– Ça ? Le village du père Noël ?

– Jace, grogné-je.

– J’aime tellement entendre mon prénom dans ta bouche, me dit-il soudainement.

Nous ne sommes pas proches. On pourrait penser que nous sommes seulement en train de parler de la décoration ou de la fausse neige, qui sent le produit chimique. Adossé à la rambarde, Jace continue de me chuchoter ses pensées, le regard tourné vers mes sœurs, qui essaient le Toboggan des cadeaux.

– C’est déroutant pour moi aussi, Ely, à la différence que j’assume totalement ce que je ressens. C’est rapide ? Ouais. Mais je n’en ai rien à foutre. Je ne vis pas pour les autres, je vis pour moi. Et, en ce moment, ce dont j’ai envie, c’est toi. Dans tous les sens du terme.

Ses yeux noirs attendent une réaction de ma part.

Putain !

C’est le genre de déclaration que je ne suis pas prête à recevoir d’ordinaire, mais, s’ils viennent de Jace, je suis prête à entendre ces mots tous les jours. Cet homme ne connaît ni la gêne ni la honte. Il est fier d’éprouver et de clamer ses sentiments, alors que je peine à contrôler les frissons qui me démangent quand il entre dans une pièce. Il est si facile pour lui de se dévoiler. Je ne pensais pas provoquer chez lui autre chose que du désir.

– Le père Noël, hurle Gabie.

– J’éprouve la même chose que toi, Jace, lui chuchoté-je avant de me tourner vers ma sœur.

Je passe devant lui, caresse discrètement ses abdominaux et continue mon chemin. Zack essaie de calmer Gabie, mais elle s’empresse d’avancer pour arriver près des grosses boîtes aux lettres. Chaque année, les enfants peuvent venir déposer leur lettre pour le père Noël pendant le mois de décembre. Une lettre rapporte un certain nombre de dollars à une association, un petit bonheur pour les enfants, et c’est une bonne action, avant la fin de l’année, de la part des parents.

J’appelle ma petite sœur et lui montre l’enveloppe rouge que nous avons préparée avec sa liste – monstrueuse – de cadeaux. Dès qu’elle la voit, elle opère un demi-tour et fonce brusquement dans un employé de Macy’s déguisé en lutin rouge.

– Pardon, monsieur, murmure Gabie en se rendant compte de sa bêtise.

Je m’avance alors que l’inconnu lui sourit gentiment en se mettant à sa hauteur.

– Ce n’est rien, ma puce, lui dit-il.

– Elle était pressée de voir le père Noël, expliqué-je en souriant.

Quand il se redresse, je constate qu’il est un peu plus grand que moi. Pour un lutin, il est impressionnant. Ses chaussettes rouges et son bonnet vert ont raison de mon sérieux et j’éclate de rire derrière ma main.

– Vous vous moquez de moi ? me demande-t-il en feignant d’être choqué.

– Je n’oserais pas rire d’un employé du père Noël, dis-je en levant les mains en signe d’excuses.

– Vous n’êtes pas très sage, je vais devoir sévir.

Alors que je me demande s’il n’a pas mal interprété ma gentillesse, un bras musclé s’enroule autour de ma taille fine. La chaleur et le parfum de Jace m’englobent entièrement. Je me repose contre lui sans réfléchir. Il embrasse ma tempe et fusille le lutin du regard.

– Est-ce que vous étiez en train de dire que ma femme méritait une punition ?

Sa femme ? Bordel, il recommence avec ça !

Son allusion sexuelle est terriblement gênante. Le lutin devient aussi rouge que ses chaussettes.

– Non, monsieur, s’excuse-t-il. C’est juste que c’est Noël…

– Et, à Noël, on donne des punitions aux adultes ?

Les yeux du lutin s’agrandissent alors que je lutte pour ne pas rire. Jace n’est pas sérieux. Ça se voit au petit rictus qu’il essaie de ne pas montrer en pinçant les lèvres, mais l’employé a l’air vraiment paniqué.

– Laisse ce lutin tranquille, lancé-je. C’est Noël, après tout.

Cette simple phrase m’écorche la bouche. L’homme déguisé s’excuse une nouvelle fois et part rapidement en direction des coulisses. Cette fois-ci, je ne cache plus mon hilarité. Jace m’accompagne en resserrant son bras autour de ma taille.

– Je n’y crois pas, marmonne-t-il dans mes cheveux. Ce mec t’a clairement proposé un plan BDSM, et toi, tu n’as rien dit.

– Tu exagères, encore une fois.

Je reprends mon souffle et me tourne vers lui. Ses yeux brillent de malice et je le trouve encore plus beau.

– Bon, peut-être qu’il n’a pas compris que je voulais simplement être gentille parce que Gabie lui avait bousillé les pieds.

– Fais-moi penser à couvrir cette gamine de cadeaux.

Je lève les yeux au ciel, puis je m’apprête à rejoindre les autres, mais Jace me retient. Il me pousse dans un coin sombre et colle mon corps au mur recouvert de velours noir. Il se presse contre moi. Ses mains passent dans mes cheveux. Il serre les poings et attire mon visage vers lui. Comme si cela était possible, je ressens chaque tension de son corps. Jace s’est retenu jusque-là, mais plus maintenant. Et il est hors de question que j’essaie de partir.

Ses lèvres se posent brutalement sur les miennes. Il est impatient, encore énervé par l’intervention du lutin. Je pourrais sans aucun doute m’habituer à recevoir ce genre de baiser à chaque contrariété. J’irais même jusqu’à les provoquer.

– Ce soir, chuchote-t-il contre mes lèvres. Ce soir, tu es à moi.

Les sentiments que ça crée en moi me dépassent totalement. Une vague de chaleur se répand du creux de mon ventre à mes joues. L’impatience d’être dans ses bras me donne envie d’annuler notre journée et de rentrer directement à la maison, mais Gabie m’appelle une nouvelle fois et je dois me séparer de Jace à contrecœur.

La fin de l’après-midi passe trop lentement à mon goût. Comme il y avait beaucoup de visiteurs, nous avons dû attendre pour rencontrer le père Noël. Pour faire patienter tout le monde, j’ai payé ma tournée de chocolat chaud. Gabie était tellement excitée qu’elle a tout vomi sur le pauvre monsieur, qui ne savait plus où se mettre. Une fin de journée digne de notre famille.

Quand nous rentrons, il est presque vingt heures et tout le monde est fatigué. Cooper commande des pizzas, qu’il va chercher en compagnie de Jace. J’embarque Gabie pour son bain. Nina nous rejoint pour discuter.

– Alors, me lance ma sœur, toi et l’éduc’ ?

Je jette un coup d’œil à Gabie, qui ne se préoccupe pas de nous. Elle préfère jouer avec ses Barbie sirènes. Tout en rangeant la salle de bains, j’essaie d’expliquer la situation à Nina sans trop en dire pour ne pas mettre la puce à l’oreille de Gabie. À cet âge, ils retiennent tout, sauf les choses qui les concernent.

– C’est compliqué.

– Comment ça ? Il est canon, gentil, et il adore les enfants. C’est son métier. Je ne vois pas ce qui est compliqué là-dedans, s’esclaffe Nina. Et Cooper l’aime beaucoup.

– Alors, si M. Cooper valide… plaisanté-je.

Nina me jette un gant au visage. Nous ne reprenons pas la discussion, puisque Janice débarque dans la salle de bains : elle s’ennuie avec les garçons au rez-de-chaussée. Nous restons entre filles jusqu’à ce que les pizzas arrivent.

Tout en mangeant, je sens le regard brûlant de Jace sur moi. Il participe à la discussion, lâche un sourire en coin dès qu’une blague nous fait rire, mais, derrière son apparence décontractée, je sais qu’il pense à ce soir. Mon corps crépite d’impatience. Je l’attends comme une enfant qui attendrait le père Noël, avec euphorie et méfiance : c’est toujours impressionnant de le voir en vrai, mais plus d’un enfant repart en pleurs. C’est un trop-plein d’émotions, une broutille tout au long de l’année et un feu d’artifice pendant quelques jours.

Deux heures plus tard, Nina et Cooper sont partis et les enfants sont couchés. Je range très rapidement la cuisine et monte me doucher sans croiser Jace. Je sais qu’il n’est pas loin. Il n’attend que ça, lui aussi.

L’eau chaude calme un peu mes nerfs, mais je n’oublie pas que je n’ai pas fermé la porte à clé, pour une fois. N’importe qui pourrait entrer, mais j’espère que Jace comprendra mon geste. Je ne suis pas douée avec les mots, mais les petites attentions, ça, je sais faire. Un comble pour une blogueuse, rédactrice d’un courrier du cœur.

Donnant dos à la porte, je sens un filet d’air froid s’infiltrer entre mes jambes. Je n’ose pas bouger et laisse Jace fermer le battant à clé. Le froissement de ses vêtements me semble assourdissant. Je n’entends plus que ça et ma respiration hachée. La chaleur de la douche augmente d’un cran quand je vois ses pieds derrière les miens sur le carrelage écru.

La main de Jace frôle mon bras humide, puis remonte jusqu’à ma nuque pour la dégager de mes cheveux longs, qui tombent sur ma poitrine. Jace embrasse la peau derrière mon oreille. Ses dents mordillent chaque parcelle de mon corps que je lui offre. Sa main glisse sur mon ventre. Il trace des cercles jusqu’à ma poitrine, qu’il attrape sans hésitation. Mes seins tiennent parfaitement dans ses paumes. Il joue avec mes mamelons, et je l’entends grogner quand il sent l’effet qu’il crée chez moi.

– Tu es tellement…

– Tellement ? soufflé-je.

Un petit nuage de vapeur monte dans la douche. La température grimpe de plus en plus. Jace semble vouloir prendre son temps.

– Délicieuse.

À l’instant où je me retourne, il m’embrasse férocement en tenant mes cheveux d’une main et un sein de l’autre. Il gère parfaitement la justesse entre la douceur et l’ardeur de son geste. Ses baisers sont encore plus brûlants et impatients que lors de notre moment au théâtre, il y a quelques jours.

– Ce soir, je ne te laisse pas l’occasion de fuir, me dit-il entre deux coups de langue sur mon mamelon. Ça fait trop longtemps que j’attends ça. Et tu vas me donner tout ce que je veux, n’est-ce pas ?

Je déteste ce ton arrogant, mais, dès qu’il pose sa main sur mon ventre, je ne trouve rien à dire. Elle descend, trouve mon entrejambe, et il n’hésite pas à glisser deux doigts en moi. Le plus étonnant – ou pas –, c’est que je suis totalement prête à le recevoir. Mon corps n’en peut plus de devoir subir cette attirance sans être satisfait. Peut-être que, si nous couchons ensemble encore une fois, ça suffira à nous rassasier.

Les yeux de Jace me démontrent le contraire. Il ne me laissera pas partir, après cette nuit, et je ne suis pas sûre de vouloir aller où que ce soit. J’oublie totalement mes projets d’avenir et les raisons de ma venue dans cette maison. Tout ce que je veux, c’est Jace.

Je m’accroche à ses épaules. Ses va-et-vient se font de plus en plus audacieux. Ils m’électrisent et provoquent des milliers de frissons dans mon bas-ventre. De son pouce, il caresse mon clitoris tout en dévorant mon cou. Je suffoque. Il me recouvre totalement et je m’appuie contre le carrelage pour essayer de ne pas fondre. La différence de température entre le mur et mon corps m’arrache un gémissement. Jace attrape ma jambe pour la poser contre sa hanche. Dans cette position, je sens toute la force de son désir pour moi contre ma cuisse.

– Tu n’as pas répondu, Ely, grogne-t-il près de mon oreille en continuant sa torture. Tu vas me donner tout ce que je veux, n’est-ce pas ?

– Oui, soufflé-je.

Son sourire m’agace autant qu’il me ravit. Je m’avance pour l’embrasser tout en échangeant nos places. L’air surpris sur son visage, si impassible d’habitude, me rend fière. Je le force à enlever ses doigts. Au lieu de râler, il les porte à sa bouche pour lécher mon goût tout en ne me quittant pas du regard.

– Délicieuse, chuchote-t-il.

L’érotisme qui filtre de ses yeux sombres me cloue sur place. Cet homme est incroyablement sexy. Ses cheveux noirs et mouillés tombent sur son visage légèrement barbu. Sa mâchoire carrée tressaute quand j’attrape sa verge dans ma main et commence à la caresser lentement. Il bascule la tête en arrière en fermant les yeux.

Il n’a jamais été aussi beau.

L’hématome sur son genou me fait de l’œil, alors je me baisse pour l’embrasser avant de tourner mes yeux vers son membre, qui m’attend sagement. Je ne cherche pas à faire durer le supplice plus longtemps. Je le prends dans ma bouche pour lui prodiguer une longue caresse avec ma langue.

La respiration de Jace se coupe à plusieurs reprises, principalement quand son gland touche le fond de ma gorge. Lui donner du plaisir m’excite autant que lui, si ce n’est plus quand je lève les yeux vers son visage. Ses traits se tordent de désir alors que sa main se perd dans mes cheveux.

– Ça suffit, marmonne-t-il en me relevant. Allons dans ta chambre.

Sa voix grave me fait frissonner des pieds à la tête. Je suis si impatiente que mes gestes deviennent brouillons. Je veux juste être dans ses bras, et le plus vite possible.

Quand nous nous séchons, nos lèvres n’arrivent pas à se quitter. Puis nous embrassons chaque parcelle de peau qui s’offre à nous – un bras, un cou, une main, une joue, des lèvres…

Même si nous quittons la salle de bains, la chaleur ne s’évapore pas. Instinctivement, je me dirige vers sa chambre, enroulée dans une serviette, mais il tire sur ma main pour me faire entrer dans la mienne, où il jette sa serviette au sol.

– Et pourquoi ma chambre ?

Je ne comprends pas où il veut en venir, mais, maintenant que son corps nu et sculpté est devant moi, je me moque de savoir dans quelle chambre nous sommes.

– Tu ne pourras pas fuir ta propre chambre, au petit matin, et tu n’arriveras pas à me virer non plus.

– Quel pot de colle, soufflé-je alors qu’il m’attrape par la taille pour me porter.

Nos lèvres se rencontrent encore une fois, affamées.

– Tu vas aimer te réveiller avec moi, affirme-t-il, essoufflé

– Pour l’instant, il n’est pas question de dormir, Jace, susurré-je contre sa bouche.

Mes jambes encerclent son corps et l’un de mes talons appuie sur sa fesse musclée. Nous tombons sur le lit défait. Jace lèche mon sein, mord mon mamelon, puis se redresse pour fouiller ma chambre du regard.

– Tiroir du haut, sous les culottes.

Il se lève après un clin d’œil. Son fessier parfait me donne envie de le croquer. Il ouvre mon tiroir de sous-vêtements, attrape un préservatif et se tourne vers moi. L’image que je lui renvoie doit être affreuse : les cheveux en bataille et les lèvres rougies par ses baisers. Pourtant, il me reluque de haut en bas, me faisant rougir. Il se retourne vers la commode pour prendre la boîte entière de préservatifs.

Quand je l’interroge du regard, il lève un sourcil comme si c’était évident.

– Il va me falloir toute la nuit pour apprécier ce magnifique corps.

Merde, je ne suis pas aussi endurante qu’il le pense !

Il enfile le latex et revient se positionner au-dessus de moi pour me couvrir de baisers impatients. Quand il me pénètre enfin, je me sens comblée, alors qu’il n’a pas encore entamé de mouvement. Nous ne bougeons pas, appréciant la présence de l’autre, ses lèvres soufflant sur les miennes.

– Jace…

Je n’arrive plus à avoir de pensées cohérentes. L’intensité de notre rapport me coupe la respiration. Mes yeux se révulsent alors que je le sens au plus profond de moi.

Il commence à bouger et je ne contrôle plus mes gémissements de plaisir. Pour que je ne réveille pas toute la maison, Jace ne cesse jamais de m’embrasser alors qu’il me fait l’amour avec une ardeur que je ne lui connaissais pas. Nous partageons plus que du sexe. Cela se ressent dans chacun de nos baisers, chacun de ses coups de reins et chacun de mes soupirs lâchés sur sa peau. Plus qu’un simple acte sexuel, c’est une délivrance. Je me sens sereine, belle et comblée.

– Je vais devenir accro, chuchote-t-il près de mon oreille.

Je le serre contre moi et mords son épaule. Au fond de moi, ça monte à plusieurs reprises, au même rythme que ses hanches.

– Je le suis déjà, avoué-je.

Mon orgasme éclate dans un gémissement bruyant. Jace sourit en posant sa main sur ma bouche, mais je ne peux pas me retenir. C’est violent, jouissif, douloureux et affreusement nécessaire. Jace accélère son rythme, ce qui intensifie toutes mes sensations. Son visage se crispe. Il attrape mes hanches et maintient sa prise pour jouir en moi en mordant sa lèvre, le front en sueur.

– Je reviens, murmure-t-il.

Je le regarde partir sans bouger. Tous mes membres sont engourdis. Je ne pourrai pas me lever avant demain matin. Il revient quelques minutes après, en caleçon, et saute sur le lit. Puis il m’embrasse en me prenant dans ses bras.

Les picotements dans mon bas-ventre m’inquiètent. Je ressens plus de choses que je ne le devrais, et ça me terrifie.

La respiration du brun ralentit. Je pose ma tête sur son épaule. Les battements de mon cœur se calquent sur les siens.

Ils battent tous deux la chamade.

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