All I Want Is You
Chapitre 32
Ely
Los Angeles est exactement comme je l’avais imaginée : les palmiers, le ciel bleu et l’air doux de la mer, qui réchauffe assez pour que l’on puisse se balader en simple veste alors que nous sommes le 28 décembre. Ça fait deux jours que je suis arrivée, et force est de constater qu’Anissa s’est beaucoup mieux intégrée que moi.
Le 26 au matin, j’étais dans un avion pour Los Angeles. Anissa est venue me chercher à l’aéroport en plaisantant sur le fait que je pouvais encore faire demi-tour. Nous nous sommes installées à l’hôtel, comme c’était prévu. Comme par hasard, notre chambre se trouve en face de celle de Mme Hawkings.
J’ai peut-être exagéré la tempête de neige qui a soufflé sur Aspen pour excuser mon retard de deux jours. Ma cheffe était tellement contente de me voir en chair et en os qu’elle n’a rien dit de plus sur mon absence pendant les premières réunions.
Anissa a géré toute la paperasse et m’a fait un énorme pitch pour que je rattrape mon retard. Les négociations ont commencé dès le 25 décembre, même si Anissa a précisé plusieurs fois qu’aucune décision ne serait prise sans moi.
Ça fait deux jours que je me bats pour que « Love&Ely » reste telle que je l’ai créée. Le L.A. Times est plein de bonnes intentions et de propositions, mais ça ne ressemble plus du tout à mon projet réel. « Love&Ely » est une chronique anonyme dans laquelle je réponds de façon générale à des courriers du cœur, dans le journal et sur mon blog. Pour des réponses plus personnelles, je m’adresse directement à mes lecteurs. C’est un échange de confiance, et l’anonymat est essentiel.
Le rédacteur en chef du journal de Los Angeles veut intégrer une application avec photos, profils et traits de personnalité mis en avant, comme dans un curriculum vitae.
– Non, dis-je simplement en réponse à sa proposition.
– Non ? répète-t-il stupidement.
– Écoutez, soupiré-je en me levant pour admirer la vue de Beverly Hills. Je suis reconnaissante de tout ce que vous avez imaginé pour « Love&Ely », mais n’oublions pas que, dans « Love&Ely », il y a « Ely ». Et c’est moi. Vous voulez en faire un site de rencontres banal, comme il en existe déjà dans le monde entier. Ça ne me convient pas.
Anissa me fait un clin d’œil pour m’encourager à continuer.
– Le charme de cette chronique réside dans son côté vintage, expliqué-je.
Je donne des exemples de lettres que j’ai reçues récemment.
– C’est intime, pur et sincère. Je ne veux pas me cacher derrière une application. C’est hors de question.
– Attendez, Ely, me dit Hawkings. Nous sommes là pour trouver un accord qui conviendra aux deux parties.
Pendant une heure encore, ils agrémentent leur présentation de propositions. Anissa et moi écoutons attentivement, prenons des notes et, finalement, nous arrivons à trouver un accord avec le rédacteur en chef.
Je sors de la réunion lessivée, comme si on venait de me vider de toute mon énergie.
– On va boire un verre ? me propose mon amie.
À Los Angeles, il n’y a pas d’effusions festives, juste quelques décorations à droite et à gauche. Le soleil est omniprésent et on oublie rapidement que nous sommes en décembre. C’est une ville plutôt accueillante avec ses palmiers gigantesques et sa plage, qui s’étend à perte de vue.
L’opposé de New York.
C’est relativement calme, dans les rues, ou alors le souvenir de ma ville natale est encore trop présent. Anissa et moi nous installons dans un bar en bord de plage et observons le rivage, où plusieurs groupes se forment.
– Je vais me plaire ici, me dit mon amie avec les yeux qui pétillent.
– J’ai cru qu’ils n’allaient jamais lâcher l’affaire avec leur application de rencontres de malheur, marmonné-je.
Je ne céderai pas. Ma chronique ne deviendra pas un énième site de rencontres ! J’ai commencé à répondre à mes lecteurs par l’intermédiaire de mon blog pour qu’ils se sentent écoutés. Je ne suis pas une docteure de l’amour. Je n’ai pas la science infuse. Je parle simplement avec mon cœur pour les aider. L’application rendrait mon travail impersonnel. Je préfère répondre à des lettres.
– Je ne comprends pas comment Hawkings a pu valider ce projet, renchérit Anissa. On s’écarte complètement du travail de base. Mais nous avons trouvé un bon compromis, non ? Finalement, tu ne vas pas arranger des rencontres, mais répondre directement à tes lecteurs. Le concept est sympa, et je ne dis pas ça parce qu’il est de moi.
Anissa est la seule qui comprend réellement ce que cette chronique représente pour moi. Heureusement qu’elle était là, sinon je n’aurais pas gardé mon calme. Elle a réussi à satisfaire tout le monde avec son idée.
– Ça se saurait, si j’étais une entremetteuse, ricané-je.
– Tu as déjà du mal à gérer ta vie amoureuse ! s’esclaffe Anissa.
Je brandis mon majeur pour seule réponse. Elle n’a pas totalement tort, mais ce n’est pas le sujet. Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à Jace et à ce que ça aurait pu donner avec lui. Mais j’avais besoin de voir ce que Los Angeles allait m’apporter, de voir si j’étais capable de mener ma vie sans me reposer sur quelqu’un d’autre, de retrouver la confiance en moi qui avait été tant malmenée. Greg m’a détruite, et je l’ai laissé faire. C’est le pire à mes yeux. Comment pourrais-je accorder ma confiance à quelqu’un d’autre alors que je ne me fais même pas confiance ?
– Tu as des nouvelles ? me demande Anissa.
– Non, et je n’ai pas cherché à en avoir.
Nous commandons nos boissons. Ça me laisse quelques secondes de répit pour esquiver les questions de ma collègue.
Anissa joue avec sa paille en me fixant sans détourner le regard. Je sais ce qu’elle pense, elle n’a pas besoin de le dire à voix haute. Jace m’a fait craquer, alors pourquoi m’obstiner à le rejeter ? Il n’a rien à voir avec Greg. Il me l’a prouvé en respectant mon choix de partir et en m’aidant à faire comprendre à mes frères et sœurs que ma carrière ne remettrait jamais en question l’amour que je leur porte. Mais c’est mieux comme ça pour le moment.
– C’est quand même dommage, continue mon amie.
– Oui, mais c’est comme ça. J’aurai de quoi m’occuper avec notre installation. Ça me passera…
– Mmh, mmh…
Anissa n’est pas convaincue, et je ne le suis pas non plus. Trois semaines intensives avec Jace, et je ne peux pas m’empêcher de le chercher du regard à chaque coin de rue. J’ai envie de le voir. Je n’aime pas comment nous nous sommes dit au revoir, mais je n’ai pas le courage de l’appeler pour arranger les choses. Et pour lui dire quoi ? « Désolée d’avoir été dure, mais ça ne change rien, je ne veux pas être avec toi » ?
– Tu rentres pour le jour de l’An ?
– Oui, confirmé-je. Je m’occupe de la préparation de la soirée du New York Times, mais il faut que tu m’aides pour les invitations !
Anissa acquiesce et nous commençons à nous organiser pour les semaines à venir. Nous devons trouver un appartement, prendre nos marques au journal et préparer notre déménagement.
Malgré le sentiment d’être à ma place, je m’arrête de parler dès qu’un homme passe les portes du bar. À chaque fois, c’est une petite pointe de déception qui me vrille le cœur quand je me rends compte que ce n’est pas Jace.
C’est ridicule, je le sais, mais je ne peux pas m’empêcher d’espérer recroiser son chemin.
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