All I Want Is You

Brenda Beli · Chapitre 27 sur 38

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All I Want Is You

Chapitre 27

 

 

Ely

 

Marshall Rosenberg1 a dit : « On a le choix dans notre vie entre être heureux et avoir raison. »

Mon départ pour Los Angeles m’apportera beaucoup de choses, à commencer par l’opportunité de me retrouver et de me concentrer sur ma carrière.

Tout en crapahutant dans la neige, je pense à ce nouveau travail, à cette nouvelle vie qui s’annonce si enrichissante, mais loin de mes frères et sœurs. Plus j’avance, à la recherche de la moindre trace de Zack et de Gabie, plus je me dis que j’aurais dû leur en parler plus tôt… Mais je venais de les retrouver et je n’avais pas envie de les décevoir encore une fois.

Je dois partir pour un tas de raisons. Pour Anissa. Pour Mme Hawkings. Pour « Love&Ely », qui mérite d’être médiatisé.

Pour moi.

J’ai consacré toute mon énergie au développement de mon blog, puis à celui de ma chronique. Je mérite ce succès.

– Ça va ? me demande Jace, me sortant de mes réflexions.

Il n’a pas hésité une seconde à partir à la recherche de Zack et de Gabie, comme si plus rien ne comptait hormis mon frère et ma sœur. Comment puis-je nier mes sentiments ? Ça aurait été tellement plus simple s’il s’était contenté de rester l’éducateur impassible qu’il était à notre rencontre !

Je me suis montrée sous mon pire jour tout à l’heure, mais, comme d’habitude, Jace sait mettre nos disputes de côté pour le bien de tous. À sa place, je n’aurais pas levé le petit doigt pour aider. Je l’ai blessé volontairement, pour l’éloigner et ne plus ressentir cette pointe de regret et de frustration en pensant à ce qu’on aurait pu être.

– Je suis inquiète, avoué-je.

Zack et Gabie sont partis depuis une heure maintenant et le ciel s’assombrit vite. J’ose espérer que Zack s’est rendu compte que sa petite sœur l’avait suivi et qu’ils sont ensemble, même dans la galère. Zack ne fera rien d’idiot si Gabie est avec lui ; il la protégera, peu importe où ils sont. Cette pensée m’arrache un sanglot. La forêt est dense. Personne, à part les secouristes, ne peut s’y repérer. Je ne suis même pas sûre que Jace sache où il va.

– Nous allons suivre le sentier, me dit-il. Il mène à un petit quartier avec une nouvelle auberge. C’est ce qu’il y a de plus proche. Je suis sûr qu’ils sont là-bas.

– Nous sommes loin de chez toi ?

– Quelques kilomètres, mais c’est aussi le chemin le plus accessible.

La nuit est à présent tombée. La température est en chute libre depuis que le soleil a disparu.

– Secoue tes mains si tu as froid.

J’imagine mon petit bonbon roux dans ce froid hivernal. Mon cœur se serre et je lutte contre les larmes qui menacent de couler. Ce n’est pas le moment de me montrer vulnérable.

– Bon sang ! marmonne Jace d’un coup.

– Quoi ? m’inquiété-je.

– Les traces de pas disparaissent de plus en plus. C’est dur de savoir quel chemin a été emprunté. Je ne suis pas un pisteur professionnel, je n’ai que les bases. Mon père a toujours insisté pour que je sache me repérer en forêt…

– Est-ce que t’es en train de me dire que ma sœur et mon frère ont complètement disparu ? m’affolé-je.

– Ely, calme-toi.

– Non, non, non ! Ce sont des enfants ! Si, toi, tu n’arrives plus à te repérer, alors comment peuvent-ils réussir ? Est-ce que tu sais où aller, au moins ? Ça se trouve, nous sommes à l’opposé de leur position !

M’en prendre à lui est la seule chose que j’ai trouvée pour me défouler.

– Réponds-moi ! m’énervé-je. Je ne supporte plus ton regard impassible. Tu ne sais plus parler quand ça t’arrange !

Jace balance son bonnet au sol et se tourne vers moi, le visage brouillé par la colère. C’est la première fois que je le vois avec une telle expression. Derrière ses pupilles, au creux de son cœur, c’est de l’inquiétude que je perçois, alors je me calme un peu.

– Je fais de mon mieux, d’accord ? gueule-t-il. Je t’avais prévenue que leur cacher ton départ était une mauvaise idée ! Tu veux être en colère contre quelqu’un ? Alors, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même, Ely !

J’entends le vent souffler sur les branches enneigées. Mon cœur se brise à chaque fois que la voix de Jace se répète dans ma tête.

Est-ce qu’on doit laisser des bouts de mon cœur sur le chemin pour retrouver la chaleur de notre maison ?

– Tu es tellement injuste, pleuré-je désormais.

Jace ne me répond pas et tourne les talons pour continuer à avancer. Je pleure en silence pendant plusieurs minutes. De temps en temps, je le vois s’arrêter et serrer les poings. Je retiens ma respiration à chaque fois. La situation est de plus en plus tendue, mais, d’un commun accord, nous reprenons nos recherches, jusqu’à ce que Jace s’arrête pour prendre son téléphone.

Je comprends qu’il appelle Cooper afin d’avoir des nouvelles. Maintenant que la nuit est tombée pour de bon, les équipes de secouristes intensifient les recherches. Quelques chasseurs bénévoles ont décidé de se joindre à la battue, et j’espère qu’ils arriveront à être plus performants que Jace et moi.

Je n’ai aucune idée de notre position, mais je ne compte pas poser la question.

– Allons nous réchauffer, marmonne le brun.

Je le suis en silence, épuisée par cette journée. Le petit village ne comporte pas beaucoup de bâtiments. Il y a des habitations assez vieilles et une auberge au style rustique fraîchement installée. Dès que nous entrons, la réceptionniste nous demande si nous avons retrouvé mon frère et ma sœur. Visiblement, les nouvelles vont vite, mais ça me broie l’estomac de constater que Zack et Gabie n’ont pas atteint cet endroit chaleureux.

Loin des décorations extravagantes de New York, l’auberge est décorée simplement, avec beaucoup de goût. La réceptionniste, Crystal, nous offre un repas chaud, que nous acceptons, incapables de faire autre chose pour aider. Nous ne sommes pas les seuls dans la salle. La bonne humeur et l’odeur de fromage ont envahi toute la pièce. Dans d’autres circonstances, j’aurais adoré découvrir ce genre d’endroit.

Nous ne nous adressons pas la parole. Jace se contente de surveiller son téléphone alors que j’ignore le mien. Il déborde de messages du journal et de lecteurs impatients, ainsi que de notifications pour les nouvelles photos que j’ai postées sur Instagram. Toute cette vie virtuelle me paraît futile ce soir. Ce n’est plus ma priorité.

Quand le téléphone de Jace vibre brutalement sur la table, nous sursautons tous les deux, perdus dans nos pensées. Il répond rapidement et le soulagement sur son visage fait battre mon cœur de plus en plus vite.

– Bordel ! dit-il en raccrochant avec un sourire. Ils sont rentrés.

– Au chalet ? m’exclamé-je, soulagée. On doit y retourner.

– Je serais vous, je resterais pour la nuit, ma jolie, nous dit Crystal. Avec la neige qui tombe, ça serait plus prudent. Je vous offre la chambre, ça nous fait plaisir.

Elle jette un coup d’œil derrière elle. Son mari nous fait signe.

– Prenez votre temps, je prépare votre chambre.

Crystal repart après avoir déposé devant nous deux plats fumants de pâtes au fromage. Je retrouve l’appétit et demande à Jace plus d’explications sur ce qu’il s’est passé.

– Quand Zack s’est rendu compte que Gabie le suivait, il a fait demi-tour. Sauf qu’ils n’ont pas retrouvé leur chemin. Ils se sont enfoncés dans la forêt. Ce sont deux chasseurs qui les ont trouvés près de la rivière. Ils n’étaient pas si loin du domaine, mais, avec la tombée de la nuit, ils ne voyaient rien. Les chasseurs les ont raccompagnés jusqu’au chalet.

– Ils vont bien, soufflé-je.

– Oui, ils sont à la maison.

À la maison.

Crystal ne nous demande pas si nous voulons une chambre avec deux lits simples. Elle nous imagine très certainement en couple. Quand nous ouvrons la porte, je ne suis pas étonnée de découvrir un lit king size au milieu de la pièce avec deux petites tables de chevet pour l’encadrer. La décoration est simple, éclairée par des lampes basses posées au sol et qui créent une ambiance très romantique.

Peut-être même trop, vu la situation…

Malgré le repas chaud, je suis encore frigorifiée. La douche italienne, dans le coin de la chambre, m’appelle de plus en plus. Le problème, c’est qu’elle n’a pas de porte, juste une vitre transparente, qui laisse voir le carrelage noir dominant la petite pièce.

C’est sans aucun doute une chambre pour amoureux, intime et sensuelle.

La vue depuis la fenêtre est aussi éblouissante qu’au chalet. Les arbres sont balayés par la force du vent, qui fait voler la neige dans de jolis tourbillons blancs. Je me perds quelques secondes dans la contemplation du paysage. Jace arrive près de moi et nous restons silencieux un moment. Un frisson me parcourt quand il caresse ma joue du bout des doigts.

– Tu as froid ? souffle-t-il.

– Un peu.

Son contact me réchauffe doucement. Il est si doux que j’ai envie de poser mon visage contre sa paume.

– Tu veux essayer le Jacuzzi ? me demande-t-il finalement.

Surprise par sa demande, je le regarde droit dans les yeux. Qu’est-ce qu’il lui passe par la tête ? À peine le contact est-il établi que je comprends que c’est sa manière de retrouver un semblant de normalité avant notre séparation. Je décide d’entrer dans son jeu.

– Quel Jacuzzi ?

Je fais un tour sur moi-même pour regarder la chambre, mais ne trouve aucun bassin à bulles. Jace sourit et ouvre la porte-fenêtre. Le vent froid s’engouffre tout de suite dans la pièce. Je serre les bras contre moi tout en suivant Jace sur le petit balcon. Coincé sous une arche en bois, le Jacuzzi est éclairé par de petites lampes LED et protégé par un grand parasol chauffant. À l’abri de la neige, du vent et des regards, il est parfait pour un bain de minuit.

– Alors ? demande Jace en se tournant vers moi.

– Pourquoi pas ? murmuré-je.

Nous entrons dans la chambre et Jace déballe les serviettes et les peignoirs qui se trouvent sur le lit. Quand il me tend mes affaires, nos mains s’effleurent. Je suis persuadée qu’il a volontairement laissé son doigt caresser ma main. Je frémis tout en essayant de contrôler la faim qui grimpe progressivement dans mon ventre. Malgré toutes les tensions de cette journée, je ne peux nier que je le désire toujours autant, même si je sais que ça ne mènera à rien.

Dans la salle d’eau, j’enlève mes vêtements humides pour les mettre sur le radiateur. Je décide de garder mes sous-vêtements, puisque je n’ai pas de maillot de bain. Je me demande comment Jace voit cette soirée de son côté. Je ne veux pas lui donner de faux espoirs. Ma décision est prise et je ne reviendrai pas dessus. Le plus dur a été de le dire à mes frères et sœurs. Même si Zack m’en veut, je ne peux pas faire machine arrière.

Enveloppée dans le peignoir, je sors sur le balcon. Jace est déjà dans le bain, debout, en train de régler le chauffage extérieur à gaz. Je me dépêche d’y entrer à mon tour, après avoir accroché mon peignoir, et plonge mon corps dans l’eau bouillonnante. La sensation est exquise. De la vapeur monte au ciel. Je ne peux pas m’empêcher de soupirer de bien-être.

Jace tourne le parasol dans notre direction. Ses fesses musclées me narguent sous son boxer noir. J’observe son corps en silence, ravie du spectacle qu’il offre malgré lui. Quand il se retourne pour s’installer à son tour, il ne peut pas ignorer mon regard alléché sur sa peau.

– Tu es toujours aussi discrète, plaisante-t-il.

– Désolée, dis-je en rougissant.

– Ne t’excuse pas. Je passe mes journées à te regarder.

J’enfonce mes épaules dans l’eau jusqu’à cacher ma bouche. Le vent souffle au-dessus de nous. La forêt est affreusement silencieuse, et même le petit village s’est éteint à l’annonce de la tempête. Ça pourrait être angoissant de se retrouver à moitié nu, sur ce balcon, mais je me sens en sécurité quand Jace me regarde comme il le fait.

Avec envie.

 

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