All I Want Is You
Chapitre 11
Jace
J’adore observer ce qu’il se passe autour de moi quand personne ne fait attention. Mon passe-temps favori, depuis quelques jours, est de regarder Ely lutter pour retrouver une relation fusionnelle avec son frère Zack. Cette famille est aussi attachante qu’inattendue. J’ai travaillé dans de nombreux foyers, j’ai visité beaucoup de maisons d’accueil, mais c’est la première fois que je vois autant de liens entre des sœurs et frères adoptifs.
La plupart se contentent de bien s’entendre, de ne pas créer de problèmes aux parents par peur de retourner au foyer, mais il n’y a pas de réels sentiments – en tout cas, pas comme ceux que je vois au quotidien depuis que je suis ici.
Ben fait toujours en sorte d’aider Ely pour gérer ses sœurs, et c’est plus simple depuis qu’il est en vacances. Janice est la petite sœur rêvée : elle est patiente, généreuse et serviable. Elle adore cuisiner et se fait un plaisir de concocter, chaque soir, un plat différent. Gabie est une tornade du désert : elle déboule dans chaque pièce, ravage tout sur son passage et repart aussi vite, avec ses cheveux roux qui volent dans tous les sens.
Zack est le plus difficile, la tête brûlée, le rebelle attachant. J’ai toujours eu un bon feeling avec ce type de gamin, et Zack semble apprécier ma présence autant que j’apprécie la sienne. Contrairement à la grande sœur.
Ely.
Son prénom ne va pas du tout avec sa personnalité. C’est la première chose que j’ai remarquée. La douceur de ces trois lettres ne va pas avec le tempérament volcanique de cette femme. Tantôt calme, tantôt colérique, elle souffle le chaud et le froid, et je n’arrive pas du tout à la suivre.
Je ne suis pas doué pour interagir avec les adultes. Je préfère la sincérité et la complexité des enfants. C’est pour ça que je suis devenu éducateur spécialisé malgré les réticences de ma famille. À ce jour, il m’est plus simple de faire réaliser à un enfant son erreur plutôt qu’à un adulte, et je n’ai pas la patience de donner le bénéfice du doute à ce dernier.
J’ai envie de comprendre comment une femme si proche de ses frères et sœurs peut ne pas donner de nouvelles pendant plusieurs mois. J’ai discuté avec Zack et je sais que c’est le problème principal d’Ely : elle finit toujours par repartir. C’est aussi pour ça qu’il ne veut pas lui accorder sa confiance, car il sait que, tôt ou tard, sa sœur s’en ira aussi vite qu’elle est arrivée.
Il ne faut pas être Einstein pour comprendre qu’Ely se repose énormément sur son travail. Elle est là depuis quelques jours, et déjà sa boîte mail lui demande un temps monstre chaque soir. Son téléphone vibre constamment, des messages inondent son écran, et je l’ai même vue rédiger quelques courriers pour les poster le lendemain. Pour une employée en vacances, elle en fait beaucoup. Et le temps qu’elle n’accorde pas à ses frères et sœurs, Zack s’en sert comme barrière de protection.
– Jace, à toi, me dit Gabie.
J’attrape les dés que la petite me donne et les lance en levant les yeux vers l’aînée.
Autre point perturbant, elle est incroyablement belle sans en avoir réellement conscience. Ses cheveux longs sont toujours lâchés et tombent dans son dos. À chaque mouvement, ils bougent en rythme et c’est beaucoup trop captivant. Ses sourcils châtains se froncent et ses yeux de biche me provoquent à chaque fois qu’on se croise ou que mon regard se fait trop intense, comme à cet instant. Sa bouche pulpeuse se tord. Elle attrape sa lèvre inférieure entre ses dents blanches et je me redresse pour ne pas succomber à cette invitation involontaire.
Je pensais lui avoir plu, lors de notre première rencontre, mais Ely me lance des signaux contradictoires à chaque fois, comme si elle se retenait de succomber à son désir. Je sais que nous ne sommes pas là pour ça. Pourtant, cette attraction physique entre nous n’est pas une invention de ma part. Elle est là, tout autour de nous, et ça devient insupportable.
– Quatre ! crie Gabie.
Elle fait avancer mon pion et j’essaie de me concentrer sur la partie de Monopoly. Gabie est trop petite pour jouer, alors elle se contente de déplacer nos pions et de nous donner les billets qu’on lui demande. Janice me lit une carte « Chance », mais je ne suis plus du tout dans le jeu. Ely lève les yeux vers moi et sourit avec un air narquois, comme si elle savait ce que j’avais en tête.
– Et si on allait à la patinoire ? proposé-je. Finalement, ça semble être un bon soir.
– Oui ! répond tout de suite Janice. J’en ai marre de ce jeu.
– Non ! crie Gabie.
– Non ? répété-je en haussant un sourcil.
Je l’attrape pour la chatouiller et elle explose de rire en essayant de m’échapper.
– Alors ? lui demandé-je. On va à la patinoire ?
– Oui, d’accord, d’accord !
Je la relâche et elle se réfugie dans les bras d’Ely en soufflant sur ses cheveux roux, qui lui couvrent le visage.
– Aide Janice à ranger, lui dit Ely avant de se lever pour aller au pied de l’escalier. Les garçons, la patinoire, ça vous dit ?
– Je suis partant ! crie Ben depuis sa chambre.
Tout le monde s’active pour ranger la table basse. Une demi-heure plus tard, nous sommes prêts à partir. Une certaine routine s’est instaurée, et ça me plaît. Les enfants semblent s’adapter à ma présence.
Nous montons dans la voiture et Ely prend le volant pour rejoindre le centre-ville. Elle met du temps à trouver une place disponible, même dans les parkings souterrains. Je me demande si ça n’aurait pas été plus simple de prendre le métro. Les rues de New York sont toujours un cauchemar mais, pendant les fêtes de Noël, c’est encore pire.
Ely finit par se garer après qu’une voiture a quitté sa place, puis nous nous dirigeons vers le centre-ville. Notre petit groupe attire l’attention, principalement parce que Gabie ne sait pas tenir en place. Elle court dans tous les sens, fonçant sans faire attention aux passants qui l’entourent, et fait même tomber une partie des marchandises exposées devant un magasin.
– Évitons de finir en prison cette fois-ci, marmonne Ely en attrapant la main de Gabie.
Je souris, amusé. Sans Sam, nous aurions eu plus de problèmes, mais il n’y avait pas réellement de délit. Je lui dois encore une faveur, à ce vieux croûton. Pendant un instant, j’ai cru qu’il allait parler de notre passé commun devant Ely, mais il a respecté mon souhait de silence. Je ne suis pas fier de ce que j’ai fait et je n’ai pas l’habitude d’en discuter, mais l’aînée de la fratrie ne lâchera pas l’affaire si facilement.
Finalement, nous décidons de patiner devant le sapin du Rockefeller Center, celui que nous avons aidé à illuminer. Nous trouvons un banc pour nous équiper. J’observe la nuit qui tombe. Les lumières de New York sont incroyables à cette période. Il n’y a pas de plus belle vue à ma connaissance.
Ben attrape Gabie pour l’aider à se stabiliser sur la glace. Janice et Zack arrivent sans difficulté à patiner côte à côte. Au moment où je vais me lancer sur la glace, je remarque qu’Ely ne me suit pas.
– Qu’est-ce que tu fais ?
Elle regarde autour d’elle en mordant sa lèvre.
– Rien.
– Alors, viens.
– Je ne sais pas patiner, avoue-t-elle au bout d’un moment. Je peux vous regarder.
Sa voix n’est qu’un chuchotement. C’est exactement ce trait de caractère que j’apprécie le plus chez elle : sa vulnérabilité. Sa bouche se tord dans un sourire crispé. Elle est un peu honteuse et ses yeux cherchent à quoi se raccrocher. J’essaie de cacher ma surprise. J’avance vers elle et lui prends la main sans le lui demander.
– Jace ! s’énerve Ely. Je ne veux pas y aller.
– Tout le monde essaie au moins une fois, dis-je en posant un patin sur la glace.
– Je vais me ridiculiser.
– Sûrement, mais…
– C’est amusant ? devine-t-elle en levant les yeux au ciel.
– J’allais dire qu’au moins, tu seras avec tes frères et sœurs.
Son visage se tourne vers les gamins, qui nous ont complètement oubliés. Zack et Janice font une course. Gabie est entre les jambes de Ben, qui essaie de la maintenir debout.
Un tendre sourire s’affiche sur les lèvres d’Ely. Je lui tends la main encore une fois.
– Je te tiens.
Elle avance vers moi, attrape ma deuxième main et lutte pour rester à la verticale sur la glace. Elle est effrayée. Elle se cramponne si fort à mes doigts que ça en devient douloureux.
– Si tu me lâches, je t’égorge dans ton sommeil, grogne-t-elle en bougeant un peu les pieds.
Je la rapproche de mon torse. Son souffle chaud percute ma joue froide. J’attrape son regard avec le mien et je me penche pour lui donner un maximum d’équilibre.
– Essaie de te détendre, murmuré-je dans ses cheveux en forçant sur mes bras pour la maintenir debout.
Son parfum me percute. J’inspire discrètement les effluves de fleurs et de miel, me délectant de ce rapprochement inattendu. Ely s’accroche à mes avant-bras. Elle glisse son visage dans le col de mon manteau et son nez frôle ma joue.
– C’est bon, souffle-t-elle.
– On va essayer de faire le tour de la patinoire sans toucher le bord. Mais, si jamais tu sens que ça va trop vite et que tu ne contrôles plus rien, tu me le dis et on s’arrête.
Elle acquiesce et passe son bras sous le mien. Nous n’accélérons pas réellement. Ely marche plus qu’elle ne glisse, mais ça semble lui convenir, alors je m’en tiens à ça pour le moment.
– Tu vois, tu t’en sors bien, commenté-je pour l’encourager. Je te tiens.
Elle s’apprête à me répondre, mais nos jambes s’emmêlent. À peine en équilibre sur ses patins, elle se cramponne à mon bras en me lançant un regard paniqué. Soit je la lâche, soit je tombe avec elle. Le choix est vite fait.
Ely me regarde avec de gros yeux avant de partir en arrière. Ses patins frôlent mon tibia et ses fesses tombent brutalement sur la glace. Un son grave s’échappe de sa bouche. Elle lève brutalement la tête vers moi pendant que je regagne difficilement mon équilibre.
– Tu as dit que tu me tenais ! fulmine-t-elle.
– Je suis désolé, soufflé-je en tendant la main, mi-sincère, mi-amusé.
Son regard noir rejette tout de suite ma main, que je range dans ma poche. Elle m’affronte du regard, puis essaie de se relever, mais ses patins se mélangent et elle retombe en grognant.
– T’es sûre que tu ne veux pas de mon aide ? la questionné-je.
Au regard qu’elle me lance, je comprends que ce n’est pas la peine d’insister. Je commence à patiner tout en gardant un œil sur elle. Ely est tellement têtue qu’elle va vouloir se débrouiller toute seule avant de reconnaître qu’elle a besoin d’aide.
Après un premier tour, je constate qu’Ely est assise contre le rebord de la patinoire. Elle observe ses frères et sœurs patiner dans toutes les directions, sans se préoccuper du sens de circulation. J’arrive près d’elle en glissant en arrière. Elle m’ignore en soufflant dans ses mains.
– Allez, viens ! Ce n’est pas comme ça que je voulais passer la soirée, lui dis-je en m’agenouillant.
– Je n’y arrive pas, murmure-t-elle.
– Laisse-moi t’aider.
Ely lève ses yeux de biche dans ma direction. Je m’approche encore un peu et nos patins entrent en collision. Son rire me surprend. Je ferme les yeux pour l’apprécier avant de comprendre ce qu’elle veut faire. Mon derrière atterrit sur la glace et son rire redouble.
– Je voulais juste que tu sois aussi mouillé que moi, me dit-elle après son fou rire.
– Crois-moi, ce n’est pas comme ça que je te ferais mouiller si je pouvais choisir.
Ses yeux s’écarquillent. Je me relève sans difficulté. Cette phrase est sortie toute seule, mais je ne la regrette pas. Ely devient toute rouge. Elle ne sait plus comment réagir. Je me félicite d’avoir réussi à lui faire fermer cette magnifique bouche pour une fois.
Je tends de nouveau la main. Cette fois-ci, elle s’en empare pour se relever. Elle s’appuie sur moi et essaie de maintenir ses jambes droites.
Nous croisons plusieurs fois Gabie et Ben, qui s’amusent à graver des figures avec la lame de leurs patins. Zack et Janice se lancent des défis sur toute la surface de la patinoire sans faire attention aux personnes qui les entourent.
– Merci, chuchote Ely alors que nous enchaînons notre deuxième tour.
– Ce n’est jamais évident la première fois.
– Non, marmonne la jeune femme en serrant mon bras. Merci de m’aider avec eux.
Je lui jette un coup d’œil et nos yeux ne se quittent plus. Une alchimie particulière se crée. J’arrête de patiner pour me placer devant elle. Derrière son regard, une tendresse cachée ne demande qu’à sortir. Ely n’est pas cette femme nerveuse qu’elle veut montrer. Elle est beaucoup plus que ça. Sa loyauté envers ses frères et sœurs, sa détermination à aider des inconnus avec leurs peines de cœur, son franc-parler et son incroyable beauté naturelle : tout ça, c’est elle.
– C’est mon travail, affirmé-je.
– C’est seulement ça ?
Son petit sourire me chatouille le ventre. Je tends une main et caresse sa joue. Son souffle se coupe une seconde et ses joues rougissent. Je replace l’une de ses mèches derrière son oreille, sous son bonnet. Mon cœur loupe un battement stupide quand sa langue vient réchauffer ses lèvres gelées. J’ai envie de partager ma chaleur avec elle, mais son regard se détourne pour atterrir sur Zack et Janice, qui s’arrêtent près de nous.
– Vous foutez quoi ? nous demande le brun avec un regard mauvais.
– Tu ne vois pas qu’on les gêne ? plaisante Janice. Allez, viens, tu me dois une revanche.
Ely me repousse. Elle n’a plus d’appui et son corps bascule brutalement en avant. Ben arrive à ce moment pour l’attraper et elle le remercie au moins trois fois.
Toute la petite troupe finit par être réunie. Gabie vient se loger dans mes jambes. Elle bâille, se frotte les yeux et lève les bras vers moi. Je l’attrape sans difficulté, en faisant attention à ses patins, et la serre contre moi. Son doux visage trouve refuge dans mon cou. Elle referme son petit poing sur mon écharpe.
Quand je relève la tête, je remarque qu’Ely ne me quitte pas des yeux. Les flammes de désir que j’entrevois me laissent perplexe. Elle n’écoute plus Janice, qui la remercie pour cette journée. Elle ne regarde pas Ben et Zack quand ils commencent à se chamailler pour savoir lequel est le plus rapide à enlever son équipement. Toute sa concentration est sur moi. Elle réchauffe mon corps avec ses yeux et je suis incapable de ne pas répondre à son appel silencieux.
Ouais, toi aussi, tu me plais.
Quand nous arrivons à la maison, Gabie s’est endormie dans la voiture. Alors, Ben la porte pour la déposer sur le canapé. Zack part directement prendre sa douche, au rez-de-chaussée, et Janice va dans sa chambre pour lire. Ben en profite pour regarder un match de basket à la télé tout en gardant un œil sur Gabie.
Le calme règne dans la maison. Nous sommes lessivés. Je monte dans ma chambre et sors des affaires de rechange. Contrairement aux gamins, j’ai les fesses trempées et il est temps de me réchauffer sous une bonne douche.
La maison dispose de deux salles de bains, dont l’une est à l’étage, juste en face de ma chambre. Louise et Stephan m’ont demandé de faire comme si j’étais chez moi, et je compte bien leur obéir.
J’ai perdu Ely de vue à la minute où nous sommes rentrés et je n’ai pas cherché à l’affronter. Cette journée a été plus productive que je ne m’y attendais.
Ce serait immature de ma part de nier qu’elle me plaît, mais le problème est que ce n’est pas du tout le moment, pour moi, d’envisager quelque chose avec Ely. Je suis là pour apporter mon soutien à cette famille aimante, pas pour sauter la sœur aînée, même si l’idée est très tentante. Et puis Ely ne semble pas du tout prête à se laisser totalement aller. Sa détermination à faire les choses bien l’empêche de profiter du moment, et elle fera passer le bien-être des petits avant le sien.
L’eau chaude brouille toutes mes idées. Je relève la tête et laisse mon visage sous le jet brûlant. Mes muscles se détendent. Je frotte mes mains avec le gel douche et lave mon corps. Ma température corporelle augmente. La buée s’installe sur la paroi de la douche, mais un courant d’air froid me crispe. Je me tourne par réflexe vers la porte et me fige en découvrant Ely, une serviette à la main.
Ses yeux caramel s’écarquillent quand elle se rend compte de la situation. Elle ferme la porte d’un coup de pied. Je reste sous le jet, incapable de bouger.
– Personne ne t’a dit que c’est mieux de fermer la porte à clé ? gueule-t-elle. Imagine si ça avait été Janice ou Gabie. Mon Dieu, tu n’es pas possible !
Elle continue de parler comme si de rien n’était et pose ses affaires près du lavabo. Je décide de sortir de la douche. J’attrape une serviette et me sèche les cheveux. Je suis complètement nu, mais Ely n’a pas l’air de réellement le comprendre.
– Ely, je suis à poil.
Brusquement, elle tourne la tête vers moi. Elle regarde mon corps de haut en bas et s’approche mécaniquement de moi. La chaleur de son corps se répercute sur le mien. Je vois bien que ça lui fait le même effet qu’à moi. Elle avale sa salive avant de lever la tête. Brillants, ses yeux luttent pour ne pas descendre le long de mon torse.
– Je vais te laisser, hésite-t-elle.
Pourtant, elle ne bouge pas d’un centimètre.
– Tu es sûre ? murmuré-je contre sa joue.
J’attrape sa nuque doucement et la tire vers moi. Ses lèvres s’ouvrent instinctivement, comme si elles n’attendaient que ça. Mais je la laisse faire le reste du chemin.
À peine a-t-elle posé ses lèvres sur les miennes que je les dévore, impatient et exigeant. Un gémissement lui échappe. Je bascule contre elle et la porte pour la poser sur le meuble de la salle de bains. Nos langues se cherchent, se chamaillent et se trouvent dans un long combat langoureux. Ses mains tirent sur mes cheveux mouillés alors que je tente de reprendre ma respiration contre sa bouche.
– Respire, soufflé-je.
– Je ne sais plus comment on fait.
Je l’embrasse à nouveau, plus doucement pour savourer ce qu’elle accepte de me donner. Sa langue donne de petits coups vers la mienne, et nous recommençons à nous embrasser comme s’il n’y avait que ça d’important. Mon corps lutte pour ne pas en réclamer davantage. Il est difficile d’oublier que je suis encore nu et trempé.
Ma queue décide, à ce moment précis, d’intervenir entre nous. Peut-être que je devrais me sentir gêné, mais ce n’est pas le cas. Ely est restée dans cette salle de bains, donc elle doit assumer le fait d’avoir provoqué cette réaction chez moi.
Cela fait des jours que la tension est palpable entre nous. Nous avons même réussi à tenir assez longtemps, selon moi. Une petite voix me dit que je ne devrais pas, que la morale doit étouffer mes envies. Mais, quand je croise ses yeux brillants, je n’arrive plus à réfléchir.
– Qu’est-ce qu’on est en train de faire ? chuchote-t-elle en se laissant embrasser.
– On s’amuse.
– On ne devrait pas ! clame-t-elle.
Ely me repousse et descend du meuble en esquivant mon regard appuyé. Je sens qu’elle m’échappe avant même qu’elle ne quitte la salle de bains. J’ai envie de la suivre, sauf que je suis encore à poil et je n’ai pas envie de perdre mon travail pour m’être exhibé devant les gosses. Je m’habille à la hâte. Mais, quand je débarque dans le couloir, elle n’est plus là.
Sa chambre est fermée. Je toque à la porte en bois, mais personne ne répond. J’insiste. Zack passe dans le couloir, une serviette autour du cou.
– Elle n’est pas là, me dit-il. Elle est partie faire des courses avec Janice.
– OK, dis-je simplement.
Je reprends mon chemin, mais l’adolescent m’arrête.
– Je n’ai pas envie de te voir avec elle, balance-t-il.
Je me tourne vers lui. Il a les poings serrés. Ce n’est pas mon but de le mettre en colère. Zack veut simplement protéger sa sœur, même s’ils ne sont pas en bons termes en ce moment.
– Zack, soupiré-je pour ne pas le brusquer.
– C’est toujours la même chose avec elle. Dès qu’elle se trouve un mec, elle se barre, et on ne la revoit plus pendant des mois.
– Il n’y a rien avec ta sœur, précisé-je. Mais elle est assez grande pour prendre ses propres décisions, non ?
Zack ricane et lève le menton. Pendant un instant, je vois la douleur qui traverse ses yeux.
– Tu ne la connais pas. Ely est prête à tout par amour. Quand elle le trouve, elle oublie tout le reste. Depuis que nous sommes gamins, c’est pareil.
– Peut-être que ta sœur veut changer.
C’est plus fort que moi, je me sens obligé de la défendre. Ely fait beaucoup d’efforts afin d’être présente pour eux. C’est maladroit et encore difficile, mais elle veut avoir une place dans leur vie. Tous les autres l’ont compris, sauf Zack, qui s’obstine à garder une mauvaise image de sa sœur.
– De toute manière, ça ne me concerne plus, finit-il par dire. Je ne veux pas que Gabie et Janice vivent mal son départ, c’est tout. Et si tu t’attaches à elle, tu comprendras rapidement ce que je veux dire.
– Zack, l’appelé-je avant qu’il s’enferme dans sa chambre. Si tu lui laissais une chance, tu réaliserais que vous comptez plus que tout pour elle.
Il ne me répond pas. Cette conversation tourne dans ma tête toute la soirée.
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