All I Want Is You
Chapitre 31
Jace
Le réveillon de Noël est bruyant et détendu à la fois. Nous passons un bon moment. Le feeling est tout de suite passé entre mes parents et ceux de la tribu. Ma mère est folle de joie d’avoir autant de monde à sa table. Elle s’est proclamée membre de la famille dès qu’elle est tombée sous le charme de la petite rousse.
Cela fait longtemps que je n’ai pas passé un réveillon de Noël si mouvementé, mais je ne changerais rien. Ou peut-être une seule chose : l’absence d’Ely. Personne n’ose en parler, mais il est évident que la jeune femme domine toutes nos pensées. Ses frères ont emprunté la voiture de mon père pour aller à l’aéroport sans prévenir personne, et Louise ne décolère pas. Mon père s’en moque : il s’inquiète juste de la neige, qui n’arrête pas de tomber.
– Je veux ouvrir les cadeaux ! râle Gabie plusieurs fois.
– Le père Noël n’est pas encore passé, lui dit Nina.
– On va l’appeler, insiste la petite. Pap’s, appelle le père Noël !
Stephan fait semblant d’appeler le bonhomme rouge en s’éclipsant dans la cuisine avec Gabie, qui ne le lâche pas d’une semelle.
– On ne peut pas ouvrir les cadeaux sans les garçons, affirme Louise.
– Je vais appeler Zack pour savoir où ils sont, dis-je à la mère des garçons.
Je m’écarte du groupe pour essayer de joindre l’un des frères. Au bout de la troisième tentative, Zack répond enfin.
– On arrive ! me dit-il rapidement.
– Votre mère est folle d’inquiétude, lui annoncé-je en soupirant de soulagement. Et il est de plus en plus difficile de retenir Gabie pour les cadeaux.
– On se dépêche, mais il neige, donc je roule doucement, dit la voix de Ben.
– Soyez prudents !
Quand je retourne dans le salon, Louise et ma mère sont en train de parler stratégie pour mettre les cadeaux autour du sapin sans que Gabie les voie. Stephan et Cooper occupent Janice et Gabie dans la cuisine. Il y a une certaine excitation à trouver un moyen de déposer les cadeaux sans que Gabie remarque quoi que ce soit, comme si c’était vraiment le père Noël qui venait de le faire.
– Les garçons sont sur la route, dis-je à Louise.
– Ils vont m’entendre, marmonne-t-elle.
– Ils ont intérêt à se dépêcher. On ne va pas réussir à occuper Gabie beaucoup plus longtemps, chuchote Nina. Je ne pense pas que Stephan et Cooper arriveront à la retenir des heures durant avec leur serviette parlante.
En regardant dans la cuisine, je vois Stephan avec une grande serviette à carreaux sur le visage, des lunettes de soleil au niveau des yeux et une fourchette dans la bouche en guise de pipe. Il s’amuse à faire des voix rigolotes tout en racontant des histoires abracadabrantesques.
Je ne peux m’empêcher de sourire face à ce spectacle, qui montre le dévouement de Stephan et de Louise envers leurs enfants pour parsemer leur vie de moments de pur bonheur et de joie. Contrairement à ce que nous pensions tous, les efforts combinés de Stephan, de Cooper et de Janice ont payé : Gabie n’a pas réclamé une seule fois les cadeaux depuis une heure.
Nous sommes en train d’admirer le spectacle de Gabie, qui s’émerveille devant un tour de magie de Janice, quand une boule de neige s’écrase sur la fenêtre.
– Qu’est-ce que c’est ? s’inquiète Janice.
– Peut-être la neige qui tombe du toit, suggère Cooper.
– Peut-être que c’est le père Noël, dit Gabie, des étoiles plein les yeux.
Une autre boule de neige frappe la vitre. Louise est la première à réagir. Elle enfile ses chaussures et se rue dehors sans manteau. Finalement, tout le monde décide de sortir pour comprendre ce qu’il se passe.
Les cheveux décoiffés et les yeux bouffis de fatigue, Ely se tient devant le perron, sa valise derrière elle et ses deux frères l’entourant
– Joyeux Noël ! s’exclame-t-elle.
La surprise passée, ses sœurs courent vers elle pour sauter dans ses bras. Elles tombent dans la neige en éclatant de rire. Les garçons se jettent sur leurs sœurs en ignorant leurs protestations.
– Il est où, le père Noël, Ely ? Tu le caches pour avoir tous les cadeaux, je suis sûre ! s’exclame Gabie d’un coup.
– Laissez-la respirer, s’esclaffe Nina en aidant sa sœur à se relever.
– Bien sûr que non, Gabie, grogne Ely exagérément. Il est encore trop tôt pour le père Noël. Tu devrais le savoir, petit lutin.
– Rentre, ma chérie, intervient ma mère. Tu dois être gelée.
Ely la remercie avec un sourire et se serre contre son père en entrant dans le chalet. Dès qu’elle passe près de moi, la tension qui séjournait dans le creux de mon ventre est tout de suite relâchée.
Elle est revenue.
C’est sûrement très con, mais le fait de la voir ici me bouleverse. Je croyais sincèrement qu’elle était partie et qu’elle ne comptait pas revenir à Aspen. Entourés de nos parents respectifs, il nous est difficile d’avoir une discussion, alors je m’installe simplement dans le salon pendant qu’Ely est choyée par Louise et Anne.
– Qu’est-ce qu’il s’est passé ? s’inquiète Louise. Tu as perdu le contrat ?
Ely boit une gorgée de tisane que ma mère s’est empressée de lui préparer.
– Je ne pense pas, explique-t-elle en riant. Je dois encore appeler ma cheffe pour prendre la température. Les garçons sont arrivés à l’aéroport, et je n’ai pas supporté de les voir repartir sans moi. Donc, je les ai suivis. J’espérais arriver avant l’ouverture des cadeaux.
– Nous ne voulions pas les ouvrir sans que les garçons soient rentrés. Et même s’ils méritent une petite mise au point, ajoute Louise en faisant les gros yeux à Ben et à Zack, je crois que le fait d’être revenus avec toi leur octroie un sursis.
Elle prend ses deux garçons dans les bras, vraiment reconnaissante. Avant de repartir dans la cuisine, elle en profite pour embrasser Ely sur le front et la remercier d’être revenue fêter Noël avec eux.
Une fois l’émotion des retrouvailles passée, Ely et Nina se portent volontaires pour occuper Gabie, ainsi que Ben, Zack et Janice. Je pense que c’est aussi l’occasion pour tous de se retrouver entre frères et sœurs et de passer un moment privilégié. Pendant ce temps, nous autres, nous nous relayons pour apporter, le plus discrètement possible, tous les cadeaux sous le sapin.
À peine le dernier cadeau est-il déposé que le cri strident de la petite stoppe toute la maison.
– Les cadeaux ! hurle-t-elle.
Gabie est en pyjama bleu avec des étoiles et des sapins de toutes les couleurs. Elle court autour du sapin en cherchant les paquets qui lui sont destinés. Même si elle ne sait pas encore lire, elle reconnaît parfaitement bien les lettres de son prénom et s’empresse de mettre de côté tous ceux qui ne l’intéressent pas.
– C’est moi ou elle trie ? remarque Nina.
– On devrait prendre nos cadeaux avant qu’elle ne ravage tout, propose Janice.
– Je suis prête, s’exclame Louise, appareil photo en main. Allez-y !
Gabie regroupe tous ses cadeaux dans un coin du salon. Puis, entourée de tous les paquets, elle commence à déchiqueter les emballages. Au fur et à mesure, elle hurle de joie et disparaît progressivement derrière une montagne de jouets et de cartons. Quand tous ses cadeaux sont déballés, elle décide d’aider Janice à ouvrir les siens et attrape une enveloppe rouge.
– Ma puce, dis-je, tu devrais laisser Janice l’ouvrir.
– C’est une lettre, c’est nul, lance Gabie.
Tout le monde éclate de rire, mais je me concentre sur la réaction de Janice quand elle découvre qu’Ely et moi lui avons offert une place pour le stage de danse à l’école de ballet. Ses yeux se couvrent de larmes. Elle se tourne vers moi et me saute dessus en me répétant combien elle est heureuse et morte de peur. C’est ensuite au tour d’Ely. Les voir aussi heureuses, toutes les deux, me met du baume au cœur.
La main de Stephan s’abat sur mon épaule.
– Ely et toi avez fait des merveilles.
Entendre parler de moi et d’Ely m’émeut plus que prévu, mais je ne montre rien à son père.
– Ce n’est rien comparé à ce que vous faites au quotidien.
Les échanges de cadeaux s’éternisent. Finalement, c’est Nina qui nous surprend le plus en offrant une copie de son échographie à Louise et à Stephan. Elle leur annonce qu’ils vont devenir grands-parents. L’émotion est si puissante que Gabie se met à pleurer sans comprendre ce qu’il se passe.
Nous sommes en train d’admirer l’embryon sur l’image en noir et blanc quand je remarque qu’Ely me regarde, le sourire aux lèvres. C’est la première fois depuis qu’elle est arrivée. Je ne suis pas naïf au point de croire que tout va s’arranger maintenant qu’elle est là. Même si elle a fait demi-tour pour passer Noël avec nous, son poste à Los Angeles l’attend.
À moitié débraillée, elle reste magnifique. Gabie détourne l’attention sur elle en présentant ses cadeaux à Ely. Finalement, ce sont tous les enfants qui en profitent pour avoir un peu de temps avec leur sœur. Je ne quitte pas la scène des yeux. Louise prend un nombre incalculable de photos en répétant que c’est le plus beau Noël dont elle pouvait rêver.
Il faut que je patiente pendant une heure avant qu’Ely se décide à monter à l’étage pour prendre une douche. Chacun va se coucher, donc j’en profite pour suivre la brune, entrer dans sa chambre et fermer la porte derrière moi sans aucune discrétion.
– Je me demandais combien de temps tu allais tenir, plaisante-t-elle en me tournant le dos.
Sa valise est sur le lit. Ely cherche certainement son pyjama. Elle finit par se retourner, les yeux pétillants de malice. Je ne sais pas ce que j’attends. Je voulais juste l’avoir pour moi une dernière fois. J’aurais aimé qu’elle me propose qu’on se revoie à son retour à New York, mais je comprends aussi qu’elle a besoin de savoir ce que lui réserve l’avenir sans personne pour la retenir. Même si je veux de toutes mes forces continuer ce début de relation très prometteur, je dois la laisser vivre sa vie de son côté pour le moment.
– Tu voulais quelque chose ? me demande-t-elle avec un sourire taquin.
– Juste vérifier que tu étais bien là, en chair et en os, lui dis-je sur le même ton.
Son sourire s’élargit et ses épaules se détendent. Elle a compris que je n’étais pas là pour tenter de la convaincre de rester, mais juste pour profiter des quelques instants de rab qu’elle nous a offerts en revenant.
– Ha, ha ! lâche la brune en s’asseyant sur le lit. Je suis revenue pour passer Noël en famille. Je leur dois bien ça.
– Ils sont contents. Et moi aussi…
Je m’adosse au mur, sans m’approcher d’elle. Notre relation aura pris fin avant même d’avoir commencé. J’ai envie de lui avouer que j’étais prêt à tout quitter pour me lancer dans l’aventure avec elle, mais ça ne serait pas juste d’ajouter cette responsabilité sur ses épaules.
– Je pars vivre à Los Angeles pour le travail, explique-t-elle. J’ai besoin de savoir où cette expérience va me mener, de savoir de quoi je suis capable, seule. J’espère que tu le comprends.
Je me frotte le visage des deux mains, puis me plante devant elle. Son regard déterminé s’effiloche en me voyant si près.
– Est-ce que j’ai le choix ? l’interrogé-je avec philosophie.
– De toute façon, le deal de départ était que nous couchions ensemble le temps de ces vacances. Les vacances sont finies, assène-t-elle, comme pour m’achever.
Même si elle a raison, je n’arrive pas à l’accepter parce que, de mon côté, il y a beaucoup plus de choses en jeu. Ely n’est pas qu’un simple plan cul. Elle est devenue plus que ça au fil des jours.
– Ce n’est que ça pour toi ? lui demandé-je. Juste du sexe, et rien d’autre ?
– Ne complique pas les choses, Jace. Je déménage à l’autre bout du pays, soupire Ely en esquivant mon regard. Peu importe ce qu’on ressent l’un pour l’autre. Ça prend fin dès maintenant.
Sa voix est détachée. Je comprends qu’elle met un terme définitif à ce que nous partagions. Je ne m’attendais pas à ressentir cette déchirure au niveau du cœur. Elle me coupe le souffle et m’empêche de rétorquer.
– Je crois qu’on s’est tout dit, capitulé-je avant de sortir de la chambre, le cœur lourd.
***
Le lendemain, le repas de Noël est aussi bruyant que le réveillon, mais tout le monde ne peut s’empêcher de partager sa joie et ses rêves. Nous mangeons plus que de raison, buvons en essayant de rester raisonnables. Ben nous fait éclater de rire quand mon père et Stephan décident de lui faire goûter du vin rouge. Gabie et Janice font leur chorégraphie devant Ely, qui se joint à ses sœurs pour le refrain. Je ne sais pas à quel moment le désir a laissé place à quelque chose de plus profond, mais je suis bien accro.
– Tes yeux pétillent, mon fils, chuchote ma mère.
Tout le monde est concentré sur les filles, qui dansent, sauf ma mère, qui est née pour me mettre mal à l’aise.
– Ne dis pas n’importe quoi, pouffé-je.
– Tu mentirais à ta mère ?
Je lui jette un coup d’œil. Son froncement de sourcils me fait rire. Je prends sa main pour l’embrasser.
– Tu sais bien que non.
– C’est une jeune femme adorable, mais elle a l’air de trimballer pas mal de casseroles.
– Pas autant qu’elle le pense, précisé-je.
– Explique-moi.
– Ely croit qu’elle ne mérite pas cette famille parce que ses parents biologiques l’ont abandonnée volontairement. Ajoute à ça un connard d’ex qui l’a prise pour une idiote pendant longtemps, et voici le résultat : une femme aussi belle qu’inaccessible.
– Ce sont celles qui valent le coup, intervient mon père, à ma droite. Comme ta mère.
– Ha, ha ! dis-je avec un sourire amusé.
– Tout ça pour dire, reprend ma mère en ignorant son mari, que tu dois te battre pour ce que tu veux vraiment.
Mes parents n’insistent pas. De toute manière, je ne vois pas ce que je peux faire pour qu’Ely me fasse confiance. Cette histoire va plus loin qu’une simple romance de vacances, mais je suis le seul à y croire.
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