All I Want Is You
Chapitre 33
Jace
Le centre social est un énorme bâtiment où nous accueillons plusieurs associations pour proposer un maximum d’activités aux enfants du quartier. Qu’il soit en famille d’accueil ou en foyer, chaque enfant est le bienvenu, ce qui crée un sacré bazar, comme aujourd’hui.
J’essaie de rattraper mon retard dans la paperasse depuis ce matin, mais je ne suis clairement pas concentré. Toutes mes pensées sont dirigées vers mon téléphone, qui ne m’apporte aucune joie depuis quatre jours. À chaque fois qu’il se met à sonner, j’ai bon espoir d’avoir des nouvelles d’Ely, mais il faut que je me rende à l’évidence : Los Angeles doit être au-dessus de ses espérances.
– Monsieur Adams, me dit Vanessa, l’hôtesse d'accueil, votre père vient d’arriver.
– Merci.
Je frotte mes paupières quand mon père entre dans mon bureau, à l’étage du centre.
– Tu penses à te reposer ? me demande-t-il.
– On dirait maman, me moqué-je.
– Elle n’a pas que des défauts.
– Ça sera répété et amplifié.
– Traître ! s’esclaffe mon père.
Mon téléphone sonne et je m’empresse d’y jeter un coup d’œil, mais c’est simplement Cooper, qui me confirme notre rendez-vous de la semaine prochaine. Nous sommes restés en contact depuis notre séjour à Aspen. Je lui ai proposé de l’aider à investir son argent. En échange, il a fait un don au centre social, donc je vais pouvoir organiser un voyage pour les gamins durant les vacances de printemps.
Vanessa frappe à ma porte, encore ouverte, et dépose devant moi deux enveloppes, dont l’une, entourée d’un nœud élégant, attire tout de suite mon regard.
– Qu’est-ce que c’est ? m’interroge mon père.
Je hausse les épaules et l’ouvre. Mon cœur se met à battre à un rythme effréné quand je commence à lire. Le New York Times organise, chaque année, une soirée du Nouvel An qui rassemble beaucoup de monde. Ce n’est pas uniquement réservé aux journalistes : c’est aussi un moyen de s’assurer du soutien de personnes politiques et influentes. Il est arrivé que mes parents soient invités, mais ça n’a jamais été mon cas.
Jusqu’ici.
– C’est une très bonne soirée en général, commente mon père au-dessus de mon épaule. C’est dans ce journal que cette fille…
– Oui, le coupé-je en faisant tourner l’invitation entre mes doigts.
Ely a été claire : on ne se verra plus. Mais, dans ce cas, pourquoi m’inviter à cette soirée ? Enfin, si ça vient d’elle… Je ne sais plus quoi penser.
Je dois rester trop longtemps comme un idiot devant le carton d’invitation, car mon père pose sa main sur mon épaule pour me faire revenir sur terre.
– Tu vas y aller ?
– Aucune idée.
Merde ! J’ai envie de me pointer là-bas juste pour la voir. Même si ça ne nous engage à rien d’autre, je voudrais l’encourager dans son nouveau projet et lui dire que je la soutiens, peu importe notre statut.
– Tu devrais, affirme mon père. Il ne faut pas rester en froid avec quelqu’un qu’on aime.
Je n’ai rien à ajouter. Mon père sait les sentiments que je nourris pour Ely, mais, si elle ne veut pas de moi, je l’accepte. Toutefois, ce serait dommage de rester sur une fausse note. Mon cœur tambourine dans ma poitrine à la perspective d’être de nouveau face à la femme qui m’a fait tomber amoureux d’elle en quelques jours.
Le jour suivant, je me renseigne un maximum sur la soirée du New York Times pour le Nouvel An et réserve un smoking noir avec un masque, vu que c’est un bal masqué moderne. Je passe la journée au centre, à gérer des embrouilles, et je mets tout le monde dehors à dix-sept heures pour qu’ils puissent se préparer pour le réveillon.
Séverin vient me chercher pour me conduire à mon appartement. Je file sous la douche. Je remercie intérieurement mon chauffeur d’avoir déposé mon smoking fraîchement sorti du pressing.
Tout en serrant mon nœud papillon, je sens l’excitation gagner mon corps. L’idée de revoir Ely fait vibrer tout mon être. Jamais je n’aurais pensé tomber amoureux d’une femme aussi rapidement, mais nous avons vécu à mille à l’heure pendant ces quelques semaines. Cohabiter nous a permis d’apprendre à nous connaître plus rapidement que la plupart des futurs couples.
Séverin me dépose devant le New York Times à vingt et une heures. Lorsque l’ascenseur arrive au dernier étage, les portes s’ouvrent et je laisse les autres sortir en premier. C’est une soirée très réussie. Les serveurs ne laissent aucune coupe de champagne vide et le DJ annonce déjà l’ambiance avec des morceaux entraînants. Je flâne à travers la foule, serre quelques mains et attrape une coupe de champagne sur l’un des plateaux en souriant à la serveuse.
– Jace, tu es très élégant.
Je me tourne vers Louise et Stephan, qui ont joué le jeu avec leurs masques vénitiens. J’embrasse Louise sur la joue et serre la main de son mari en prenant des nouvelles des enfants. Cooper et Nina ont été chargés de jouer les baby-sitters pour la soirée.
– Ely sera ravie de savoir que tu es là, me dit Louise.
Je ne sais pas si c’est juste une formule de politesse ou si c’est vrai, mais, en tout cas, je l’espère. J’ai encore du mal à comprendre pourquoi j’ai été invité à cet événement. Nous discutons encore quelques minutes, puis la musique baisse.
Les regards se tournent vers la petite estrade installée pour l’occasion. Je reconnais le directeur du Times, qui fait un discours sur l’année écoulée et la prochaine à venir. Un projecteur passe à travers le public et s’arrête sur une femme qui me tourne le dos, vêtue d’une robe rouge qui met gracieusement son corps en valeur jusqu’à ses chevilles.
Quand elle s’avance vers la scène, ses cheveux longs ondulent délicatement dans son dos. Il m’est impossible de retenir mon soupir de satisfaction. Éclairée par un spot, Ely se tient fièrement devant son directeur, qui ne tarit pas d’éloges sur elle.
– Je vais vous laisser la parole maintenant. Encore félicitations, Ely.
La foule l’applaudit. Elle rougit devant le micro.
– Merci beaucoup, souffle-t-elle. Je suis un peu surprise. Je n’avais pas prévu de faire de discours ce soir.
Ely sourit et je suis persuadé d’entendre la moitié des invités retenir leur respiration.
– « Love&Ely » est un projet qui sort tout droit de mon cœur. Je sais que certains d’entre vous étaient réticents à donner autant de place à une chronique sur l’amour, mais j’ai l’intime conviction que ça peut changer les choses pour le New York Times. Merci à tous ceux qui me font confiance et qui m’encouragent à faire évoluer cette chronique.
Les applaudissements s’éternisent.
– « Love&Ely » a eu l’opportunité d’être lancée à Los Angeles, continue-t-elle. Et je l’ai saisie, un peu effrayée et pourtant tellement fière de mon travail. Il m’a fallu du temps pour comprendre que je n’avais pas à choisir entre le cœur et la raison. Pendant quelques semaines, une personne très spéciale pour moi m’a prouvé qu’on n’était pas obligé de choisir entre travail et amour. Je veux consacrer mon énergie et mon temps à ma famille et à mon travail, et rien ne m’en empêchera. J’espère que cette nouvelle année vous apportera autant de réponses qu’à moi. Je vous souhaite de découvrir cette perle rare qu’on ne trouve qu’une fois. Passez une bonne soirée, et encore merci au New York Times pour cette majestueuse soirée.
– Bonne année ! crie la foule.
Le DJ lance une playlist plus lente et certains couples improvisent une piste de danse pour s’enlacer. Je ne quitte pas Ely des yeux. Elle salue quelques personnes, sourit poliment devant les photographes, mais elle ne me remarque toujours pas.
– Tu devrais y aller avant que quelqu’un ne l’invite à danser, me dit Stephan.
Je hoche la tête, avale cul sec mon verre et pars en direction de la femme que j’aime. Je ne sais pas à quel moment elle réalise que je suis devant elle, mais elle n’écoute plus son interlocuteur depuis que son regard a croisé le mien. Nous nous observons en silence alors que certains danseurs bougent autour de nous.
– Jace, souffle-t-elle.
Je lui décoche mon plus beau sourire, amusé par sa réaction. Nos corps s’élancent dans un même mouvement. Elle atterrit dans mes bras en quelques secondes et nous respirons à nouveau correctement. Ses courbes fondent contre moi. Je respire sa peau et caresse la douceur de son dos.
– Tu m’as manqué, murmuré-je.
– Qu’est-ce que tu fais là ?
– Tu m’as envoyé une invitation, je n’allais pas refuser.
Ely recule un peu pour me regarder. Sa confusion me fait douter.
– C’est Anissa qui a géré les invitations, m’apprend-elle.
– Oh…
Je me sens idiot parce qu’elle n’a pas souhaité me voir. C’est une soirée de départ. Elle quitte New York pour s’installer en Californie.
– Mais je suis très heureuse de te voir ! se rattrape-t-elle. Je n’ai pas aimé la façon dont nous nous sommes quittés.
Je souris, un peu rassuré de ne pas être venu pour rien. Je lui caresse la joue pour qu’elle efface cet air contrarié de son joli visage.
– Comment est Los Angeles ? lui demandé-je pour changer de sujet.
Nous nous dirigeons vers le bar pour prendre un verre. Avoir les mains occupées me permet de ne pas céder à la tentation. J’ai envie de la caresser, d’embrasser sa peau et d’entendre ses soupirs.
– Chaude, contrairement à New York ! Mais c’est sympa pour l’instant. Je ne suis pas restée longtemps. Je voulais absolument participer à la soirée du New York Times.
– Et le journal ? Tout se passe comme tu veux ?
J’essaie de combler le silence et elle le remarque. Ely pose son verre sur la table la plus proche et lève le menton pour plonger ses prunelles dans les miennes.
– Ça t’intéresse vraiment, Jace ?
Sa voix douce me donne envie de fermer les yeux pour l’apprécier jusqu’à la dernière note.
– Évidemment. Tout ce qui te concerne m’intéresse, dis-je en feignant de ne pas comprendre où elle veut en venir.
J’humidifie mes lèvres et pose mon verre à côté du sien. Je m’approche d’un pas. Quelques centimètres séparent nos poitrines. Son souffle devient saccadé et son regard cherche quelque chose dans le mien. Son parfum m’envoûte dès les premières secondes. J’aimerais être assez fort pour ne pas céder, mais je n’arrive pas à lui résister. Mon désir pour cette femme ne semble pas prêt à s’étouffer malgré la distance qu’elle met entre nous.
– Ton corps ne sait pas faire semblant, la taquiné-je en caressant les frissons de ses bras.
J’ignore ce qu’il se passe dans sa tête, mais une nouvelle flamme s’allume dans ses iris. Elle glisse ses doigts dans les miens et nous quittons la soirée en ignorant les regards surpris des quelques invités qui nous voient partir. Je suis Ely, surpris de son comportement, tandis que nous nous dirigeons vers un bureau plongé dans le noir.
– Ely, l’appelé-je alors qu’elle ferme la porte à clé.
– Nous avons exactement dix minutes avant le compte à rebours.
– Dix minutes pour ?
Mon souffle se coupe quand elle fait glisser les bretelles de sa robe pour libérer sa poitrine. N’y tenant plus, je capture ses lèvres dans un baiser affamé, auquel elle répond sans se retenir. Nous rattrapons ces nombreux jours où nous sommes restés éloignés l’un de l’autre. Je lutte pour ne pas déchirer sa robe sur-le-champ. Ely gémit entre mes bras. Je relâche ses lèvres pour que nous puissions respirer à nouveau.
– Qu’est-ce que tu fais ? grogné-je en sentant ses mains ouvrir mon pantalon.
– Je profite de l’instant présent.
Ely libère mon membre en érection pour le serrer dans sa paume. Je lâche un gémissement, surpris par son initiative et ravi de la sensation que ça me procure. Elle remonte sa robe d’une main pressée puis enlève son sous-vêtement. Elle pose ensuite les fesses sur le bureau et lève son doigt en m’intimant de venir.
– Aucun regret ? lui demandé-je en avançant.
– Aucun regret.
Je brûle de l’intérieur à l’idée d’être en elle une dernière fois. La seconde d’après, nous ne faisons qu’un et je perds pied. J’oublie qu’elle ne veut pas de moi. J’oublie qu’elle va repartir encore une fois. J’oublie que nous n’avons aucun avenir ensemble. Et je profite de ce qu’elle m’offre.
Ce n’est pas romantique. Nous portons encore nos vêtements et nous sommes affamés, comme si on voulait se montrer à quel point c’était dur d’être loin l’un de l’autre. Nos caresses sont rapides et brouillonnes, comme pour éloigner une marée de sentiments prête à s’abattre sur nous.
Nous jouissons en même temps et trop vite pour réellement apprécier nos retrouvailles. J’embrasse son épaule, mais, dès que je me recule pour me rhabiller, l’euphorie retombe et le moment est brisé. Ely reprend son souffle en silence. Elle récupère sa culotte et l’enfile sans lever les yeux.
– Ely, soupiré-je. On peut rester en contact.
J’ai l’air désespéré, mais je ne peux pas faire comme si rien ne s’était passé. Ely attire mon visage contre le sien et son baiser a un goût d’adieu.
– Merci, Jace Adams, chuchote-t-elle.
Je hoche la tête, incapable de parler, une boule au fond de la gorge. Je ne peux pas la retenir quand elle s’écarte pour quitter la pièce sans se retourner. Le vide que je ressens est puissant, à tel point que je ne réagis pas quand le feu d’artifice de la nouvelle année éclate derrière la vitre.
Ouais, heureuse année en approche !
OceanofPDF.com