All I Want Is You
Chapitre 35
Ely
Les parents de Zack habitent dans un quartier résidentiel tout sauf accueillant et rempli de dealers à chaque coin de rue. Les murs des maisons sont tagués et les pelouses devant les perrons sont pelées. Une odeur nauséabonde se dégage des égouts. Je n’aime pas ce quartier, car il me fait penser à mon ancienne maison miteuse, où j’habitais avec mes parents. Je n’en ai que de vagues souvenirs, mais, quand nous avons dépassé les premières habitations, j’ai eu l’impression de faire un bond dans le temps.
Ça fait dix jours que je suis revenue à New York. Puisque mon appartement a été vendu, je dors chez Stephan et Louise en attendant d’en trouver un nouveau. Les petits sont ravis. Ben a déjà quitté la maison, car il voulait faire la prérentrée de son université et participer au stage de basketball qu’elle proposait. Gabie passe le plus clair de son temps dans ma chambre et Janice a un petit copain que je n’ai pas encore eu la chance de rencontrer.
Ce matin, Zack rend visite à ses parents, qui sont toujours sobres. Je me suis proposée pour l’accompagner. Je n’ai pas voulu entrer dans la maison, où mon frère discute avec ses parents en compagnie de Mme Farbes, depuis une heure, pendant que je patiente dans la voiture. Je meurs de chaud, mais je ne bouge pas. J’ai promis à Zack que je serais là quand il voudrait rentrer. Téléphone en main, je réponds à un maximum de mails. Je m’y reprends à plusieurs reprises, car je n’arrive pas à mettre de l’ordre dans mes idées… ni à chasser Jace de mon esprit.
Voilà dix jours que j’essaie de trouver le courage de l’appeler pour lui dire que je suis rentrée définitivement et que j’ai envie de le voir. Il n’y a rien de compliqué là-dedans. Pourtant, je suis effrayée à l’idée qu’il me rejette. Après tout, je n’ai pas été hyper sympa avec lui. Et s’il avait trouvé quelqu’un d’autre ? Je devrais renoncer à mes sentiments, et je ne suis pas encore prête à le faire.
Je suis tellement plongée dans mes pensées que je ne remarque pas Zack, qui s’approche de la voiture.
– T’es dans la lune, sœurette ? se moque-t-il en montant à côté de moi.
– Comment ça s’est passé ? m’empressé-je de lui demander.
Je fais un signe à l’assistante sociale, qui quitte la rue. Nous n’avons pas rediscuté de ma relation avec Jace. Je ne pense pas qu’elle ait fait de signalement, sinon il m’en aurait parlé. Malgré ça, je me sens toujours gênée quand je la vois en présence de mes parents adoptifs. Même s’ils sont au courant de ma brève liaison avec l’éducateur, je n’ai pas envie que l’assistante sociale leur en parle.
– Bien, soupire mon frère, mais ils me tannent pour que je vienne plus souvent.
Je quitte le quartier sans un regard en arrière. Je déteste imaginer Zack grandir dans cet environnement.
– Et toi, qu’est-ce que tu en penses ?
Zack passe une main dans ses cheveux, puis pose la tête contre la vitre. Il a encore grandi. C’est à peine s’il est à son aise dans la voiture que je loue depuis mon retour.
– Pour l’instant, une fois toutes les deux semaines, ça me va, avoue-t-il. C’est vrai que c’est sympa quand ils ne sont pas défoncés, mais ils font comme si rien ne s’était passé, et ça m’énerve.
– Ils veulent rattraper le temps perdu.
Si ça ne tenait qu’à moi, Zack resterait chez Stephan et Louise jusqu’à sa majorité. Je pense que c’est ce qu’il veut, mais, pour l’instant, ses parents ont encore des droits sur lui. Le fait qu’ils soient clean depuis quelques semaines commence à avoir un impact sur le dossier. Ils n’ont pas redemandé la garde de Zack, mais c’est une possibilité qu’il ne faut pas ignorer.
– Je veux rester avec vous, me dit-il, le regard tourné vers la route.
– Alors, tu resteras avec nous, affirmé-je.
Dans deux ans, Zack sera libre de vivre où il veut. Pendant cette période, il faut accorder du temps à ses parents pour qu’ils comprennent que leur fils ne les a pas remplacés par une autre famille.
– Mme Farbes m’a demandé si tu étais revenue pour de bon. Elle serait contente de savoir que c’est le cas. Elle dit que tu as fait une bonne équipe avec Jace…
Ça tambourine si fort dans ma poitrine que je porte une main à mon cœur pour être sûre qu’il ne s’apprête pas à sortir. Zack voit mon geste et se moque ouvertement de moi.
– Tu ne l’as toujours pas appelé ? s’exclame-t-il, mort de rire.
Je bougonne dans mon coin. Mes frères et sœurs se font une joie de me rappeler tous les jours que je dois contacter au plus vite l’éducateur pour le prévenir de mon retour.
– Peut-être qu’il a quelqu’un dans sa vie, marmonné-je.
– Je ne crois pas, dit Zack avec nonchalance.
– Qu’est-ce que tu en sais ?
Je m’arrête à un feu rouge et me tourne vers mon frère. Son petit sourire devrait me rassurer, et pourtant ce n’est pas le cas. Nous avons retrouvé notre complicité, mais je n’arrive toujours pas à comprendre ses silences.
– Quoi ? insisté-je.
– Je l’ai croisé quand j’ai accompagné Gabie au parc, annonce-t-il. Il était avec un groupe de gamins, mais Gabie n’a pas pu s’empêcher d’aller le voir.
Je ne sais pas s’il le fait exprès, mais Zack laisse planer un certain suspense dans son histoire. Rien de mieux pour me donner envie de râler.
– Oui, et ?
– Gabie lui a demandé s’il avait une nouvelle princesse.
– Je n’ai rien d’une princesse, ricané-je, mais passons. Qu’est-ce qu’il a répondu ?
Zack grimace, un peu gêné. Je deviens aussi blanche que mon tee-shirt. Qu’est-ce que je pensais ? Qu’il allait m’attendre alors que je ne devais pas revenir ? Six mois se sont écoulés depuis notre dernière rencontre. Il n’allait pas se raccrocher à quelques SMS inintéressants. Je ressens une brusque envie de pleurer, mais je ne montre rien à Zack, qui m’observe en silence.
– Je comprends, soufflé-je.
– Il a répondu que sa princesse n’était pas en ville pour l’instant.
Je me tourne brusquement vers mon frère, qui crie quand on klaxonne sur notre gauche. Je repose les yeux sur la route en essayant de ne pas provoquer d’accident. Zack éclate de rire. Finalement, je me gare sur le bas-côté pour reprendre mes esprits.
– Il a dit ça ? balbutié-je.
– OK, ça devient gênant, là, marmonne-t-il. Je ne sais pas pourquoi tu ne l’appelles pas. Ça se voit que vous êtes… Enfin, t’as compris.
– Peut-être qu’il ne parlait pas de moi…
— Ely ! grogne Zack. Écoute, je vais rentrer en métro, OK ? On se voit à la maison.
Je n’ai pas le temps de le retenir. Zack quitte la voiture en me faisant un dernier signe. Je le vois se perdre dans la foule. Je devrais me sentir coupable de laisser mon frère rentrer en métro, mais, pour l’instant, je suis trop perturbée pour le réaliser. J’attrape mon téléphone avant de changer d’avis et sélectionne la conversation avec Jace. Je reste devant pendant de longues secondes, ne sachant pas comment aborder les choses. Finalement, je me dis que je n’ai plus de temps à perdre.
[Rendez-vous au carrousel de
Central Park dans une heure ?]
Peut-être qu’il n’est pas disponible. Les vacances scolaires ont commencé depuis peu, donc il doit avoir beaucoup de travail avec les enfants. J’aurais dû lui proposer un rendez-vous pour ce soir plutôt que de lui tomber dessus sans réfléchir, ou alors simplement l’appeler pour lui dire que je suis là et que je suis prête pour lui.
Mon téléphone vibre et me fait sursauter. Je le fais tomber à mes pieds et me cogne contre le volant pour le récupérer. Je grogne en frottant mon crâne. Mes mains tremblent quand j’ouvre le message.
[OK]
OK ? C’est quoi, cette réponse ?
J’enclenche la première pour rejoindre la grande avenue et me dirige sans hésiter vers le parc pour attendre Jace. À cause des embouteillages, je mets plus de temps que prévu. J’arrive en courant près du carrousel. Comme chaque été, malgré la chaleur, Central Park est envahi de touristes et de promeneurs. Je m’assieds sur un banc libre, à l’ombre, en sueur et le corps tremblant de stress. J’ai mal à la lèvre à force de la malmener. Mon cœur est proche de l’arrêt. Je baisse la tête et joue avec mes doigts.
— Ely.
Je ferme les yeux, appréciant chaque note de sa voix grave. Quand il s’installe à côté de moi, une vague de son parfum me percute et me donne envie de plonger dans ses bras. Dès que je porte le regard sur son visage, j’ai la sensation que mon cœur le reconnaît et s’apaise. Ses iris sombres me scannent de haut en bas. Je les sens sur ma peau comme si Jace me touchait réellement.
– OK ? murmuré-je. C’est quel genre de réponse, ça ?
– Une réponse à la hauteur de ta demande, répond-il avec un sourire.
Je regarde ses lèvres, qui m’appellent. Il est un peu distant, comme s’il ne savait pas comment se comporter, et je ne peux pas lui en vouloir. Peut-être a-t-il décidé de tirer un trait sur moi.
– Combien de temps restes-tu ? me demande-t-il doucement.
J’essaie de parler, mais ma voix se casse sous la nervosité. Je continue de jouer avec mes doigts alors que Jace se rapproche de moi. Sa chaleur me réconforte. J’ouvre enfin la bouche.
– Los Angeles n’est pas aussi sympa que je le pensais. Enfin, si, c’est super, mais ce n’est pas chez moi. Ce n’est pas pour moi. J’ai laissé la chronique à Anissa et je suis retournée au New York Times. Ça veut dire que je suis définitivement de retour, tu comprends ? Je…
– Ely, me coupe-t-il, respire.
– Je suis désolée de t’avoir menti. Toi et moi… ce n’était pas qu’une question de sexe. C’était plus que ça. J’ai mis du temps à le réaliser. Tu n’es pas Greg, tu es même tout son opposé, mais j’ai eu peur de m’attacher à toi pour ensuite te dire au revoir. Je regrette de ne pas t’avoir dit tout ça quand on s’est quittés, je regrette de…
Jace lève la main pour caresser ma joue et je soupire en m’appuyant contre sa paume.
Bon sang, ce qu’il m’a manqué !
Je n’arrive plus à me retenir et me penche pour capturer ses lèvres. Jace répond à mon baiser avec toute la force qui le caractérise. Nos souffles se mélangent.
– J’ai quitté le journal de Los Angeles, répété-je contre ses lèvres.
Jace semble à la fois surpris et ravi, mais je détourne son attention en l’embrassant une nouvelle fois. Mon départ de Los Angeles n’est pas le plus important. Nous aurons tout le temps d’en discuter plus tard.
– Pourquoi ? insiste-t-il. Tout semblait bien se passer.
– C’était le cas, mais je n’arrivais plus à reconnaître mon travail. Je me sens plus épanouie à New York et…
Je coince ma lèvre entre mes dents alors que Jace pose son front contre le mien. Je suis partie à Los Angeles pour voir jusqu’où je pouvais emmener ma chronique, et je suis rentrée à New York pour moi. Je veux être fière de mon travail au Times, profiter de ma famille, être présente pour mes frères et sœurs, et aussi explorer ma relation avec Jace pour voir ce que ça peut donner.
– Je veux tenter quelque chose avec toi, avoué-je enfin. Ça fait des mois que je ne pense qu’à toi, que je regrette de ne pas nous avoir laissé une chance. Je m’en veux de ne pas avoir eu assez confiance…
Il me coupe la parole avec ses lèvres et je gémis contre lui.
– Je suis fou de toi, glisse-t-il à mon oreille.
Mon cœur loupe un battement.
– Est-ce que ça veut dire que nous allons fêter Noël ensemble cette année ?
Je grogne en posant mon front contre son torse alors qu’il rit en caressant mes cheveux.
– Je ne vais pas pouvoir y échapper, c’est ça ? marmonné-je.
– Aucune chance.
– J’imagine que je peux supporter cette fichue fête si on est ensemble.
Jace redresse mon visage délicatement pour me regarder dans les yeux. Nous échangeons tellement plus qu’un regard ! De la confiance, du désir, du manque, de l’amour… Je ne regrette aucun de mes choix de ces derniers jours.
– Merci de m’aimer, Jace Adams, susurré-je.
– Merci de me laisser faire, Ely Teller.
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