All I Want Is You
Chapitre 20
Jace
Quand j’ouvre les yeux, il est encore tôt. Le soleil n’est pas levé et il règne un silence reposant dans toute la maison. Je mets quelques secondes à me souvenir que je ne suis pas dans la chambre d’amis, mais dans celle d’Ely.
Sa tête est enfouie sous la couverture. Je ne vois qu’une masse de cheveux châtains. Tout en me collant à son corps chaud, je ferme les yeux, épuisé. Ely ne m’a pas cru quand je lui ai dit que j’allais la maintenir éveillée toute la nuit. Et il était hors de question que je la quitte ensuite, comme si elle ne comptait pas. Nous nous sommes découverts sous différentes émotions. C’était bien plus fort que ce que j’avais prévu, mais je ne regrette rien.
Je glisse la main sur son ventre nu, caresse sa peau, puis attrape son sein dans ma paume. Son corps est chaud, aussi bouillant que la veille, quand elle a joui entre mes bras.
– Jace, marmonne-t-elle.
Elle remue pour se tourner vers moi. Ses yeux brouillés de sommeil s’ouvrent doucement. Elle inspecte mon visage avant de se redresser brusquement. Comme je m’y attendais, elle cherche à fuir. Ses seins nus me narguent avec leur petite pointe rose.
– Merde ! Qu’est-ce que tu fais encore là ?
– C’est comme ça que tu fais, en général ? plaisanté-je en croisant les bras derrière la tête. Tu vires les mecs dès le réveil ?
Ely ramène la couverture sur elle et me fusille du regard. D’une main hésitante, elle recoiffe ses cheveux pendant que je continue à l’observer. Il n’est pas question que je sorte de cette chambre tant qu’elle ne m’a pas embrassé ou donné un signe que la nuit dernière n’était pas une regrettable erreur pour elle.
– J’ai mal partout, souffle-t-elle.
Je souris comme un putain d’imbécile fier de lui.
– Est-ce que tu pourrais sortir de mon lit ?
– Non.
– Non ? ricane Ely en me jetant un coup d’œil.
– Non.
Le réveil n’est pas brutal, mais il n’est pas non plus ce que j’aurais souhaité. Ely se frotte le visage des deux mains et mord sa lèvre inférieure. Ses joues rouges et ses yeux caramel me donnent envie de la manger entièrement, comme cette nuit.
– Je suis crevée, dit-elle en riant.
Le bien-être que je lis sur son visage me décide à plonger sur elle pour l’embrasser férocement. Mes mains trouvent tout de suite la douceur de ses hanches. Elle gémit contre moi tout en attrapant mes cheveux. Nous nous embrassons longuement.
Au moment où je vais rendre les choses encore plus intéressantes, nous entendons une porte qui s’ouvre et des petits pas sur le parquet. Ely n’hésite pas une seconde : elle me pousse loin d’elle, m’éjectant du lit. Je tombe avec la couverture, la tête la première sur le paquet froid. Je grogne de douleur.
Insensible, Ely se lève pour attraper un long tee-shirt. Quand la porte de sa chambre s’ouvre, elle me jette un oreiller et je me cache sous la couverture, à moitié sous le lit.
– Ely, pleure Gabie. J’ai faim.
– Tu es mal réveillée, toi, lui dit sa sœur. Viens, on va te préparer ton petit déjeuner.
– Jace le fait d’habitude, couine la petite.
– Peut-être qu’il avait besoin de repos. Allez, oust !
Mais Gabie entre dans la chambre. Ses petits pieds se déplacent dans la pièce alors que sa sœur cherche à attirer son attention.
– Jace n’est pas dans sa chambre, continue la petite, j’ai été voir !
– Il a dû sortir pour faire du sport, lui dit Ely. Allez, viens.
Mais Gabie n’en fait qu’à sa tête. Je sais qu’elle est sur le lit quand elle commence à sauter sur le matelas. Je me cache du mieux que je le peux, mais je commence à étouffer là-dessous.
– Arrête ça, Gabie, la gronde Ely. Tu vas réveiller toute la maison.
– Je veux Jace !
– Tu vois bien qu’il n’est pas là !
Ely commence à perdre patience et je ne peux pas sortir de ma cachette. Gabie insiste, puis elle se laisse tomber, sa tête à quelques centimètres de la mienne. L’une de ses mèches de cheveux apparaît devant mes yeux.
– Pourquoi ? demande la petite.
– Pourquoi quoi ? souffle Ely.
– Pourquoi il est pas dans sa chambre ?
Je manque d’exploser de rire en entendant le soupir exaspéré d’Ely.
– Il avait peut-être quelque chose de mieux à faire, propose-t-elle finalement.
– Je veux qu’il reste avec nous, moi, dit Gabie doucement.
Mon cœur fond pour cette petite fille, mais la réponse d’Ely tarde à venir. J’aimerais pouvoir me lever pour admirer son visage et deviner à quoi elle pense. Ely tousse, comme si elle était embarrassée.
– Moi aussi, j’aimerais bien, avoue-t-elle à voix basse. Viens, nous allons préparer le petit déjeuner.
J’entends leurs pas quand elles quittent la chambre quelques secondes plus tard.
J’enlève la couverture de mon visage, mais ne me relève pas tout de suite. Les yeux tournés vers le plafond, j’essaie d’interpréter ce qu’Ely vient de dire. A-t-elle simplement répondu pour faire plaisir à sa sœur ou cela cache-t-il autre chose ? Sa voix semblait sincèrement émue lors de cette révélation.
Du bruit à l’étage me sort de mes pensées. Il est temps pour moi de partir d’ici. Je me relève vite et ouvre la porte pour inspecter le couloir. J’entends Ely et Gabie préparer la table du petit déjeuner pour toute la tribu. Après avoir refermé doucement la chambre d’Ely, je me dépêche d’entrer dans la mienne comme un putain d’adolescent.
***
Je descends au rez-de-chaussée quelques instants plus tard. La douche n’a pas réussi à calmer ma frustration de ne pas avoir pu me réveiller dans les bras d’Ely. Nous jouons avec le feu dans cette maison. Chaque moment que nous passons ensemble est un risque que nous prenons. Si l’un des enfants, peu importe lequel, nous surprenait, je ne sais pas comment nous pourrions gérer la situation.
Comme d’habitude, Zack est le seul à ne pas être réveillé. Ely procède chaque matin de la même façon : elle sert le petit déjeuner à tout le monde avec l’aide de Ben.
– Plus que six jours avant le réveillon de Noël ! s’émerveille Janice.
– Le père Noël va me ramener plein de cadeaux, nous dit Gabie.
Ely me jette un coup d’œil paniqué que je ne comprends pas.
Est-ce qu’elle regrette ?
– Mam’s et pap’s vont bientôt revenir aussi, leur dit Ben.
– Ils me manquent, ajoute Janice.
Gabie commence à pleurer, alors Ely envoie tout le monde à la douche, en confiant la petite dernière à Janice. Je commence à débarrasser la table après avoir bu mon café. Je me rends compte qu’Ely n’est pas du tout concentrée sur le moment présent. Perdue dans ses pensées, elle ne réagit pas quand je caresse son bras pour attirer son attention.
– Tu as acheté les cadeaux de tout le monde ? lui demandé-je dès que son regard croise le mien.
Elle ne me répond pas tout de suite, mais je comprends que quelque chose ne va pas quand elle détourne les yeux en se mordant la lèvre.
– Quoi ? insisté-je. S’il t’en manque, on peut se libérer pour aller en ville.
– Non, ce n’est pas ça, le problème, dit-elle doucement.
– Quel est le problème, alors ?
J’aimerais bien savoir ce qui la rend si nerveuse ce matin. Dans un soupir exaspéré, elle laisse tomber ses mains sur la table et baisse la tête.
– Tu sais que je n’aime pas ça, chuchote-t-elle en montrant les décorations de la maison.
Les enfants se sont donné du mal pour décorer toute la demeure. Chaque mur possède au moins une guirlande de Noël et des dessins faits par Gabie. Le plus impressionnant est la façade, que nous avons décorée avec Ben et Zack : ça scintille de tous les côtés. Mon regard accroche un dessin de sapin de Noël avec plusieurs cadeaux dessous.
– Tu n’as rien acheté, réalisé-je.
– Je sais, me dit Ely, je suis une horrible personne. Le Grinch féminin !
Son sarcasme n’arrive pas à cacher qu’elle se sent mal de n’avoir rien prévu pour ses frères et sœurs.
– Ne dis pas ça, la rassuré-je en glissant mes mains sur ses hanches. Tu fais de ton mieux.
Elle se blottit contre mon torse, cherchant ma chaleur. Je joue avec la racine de ses cheveux et ses épaules se détendent.
– Je n’ai pas le choix, je dois m’en occuper, grogne-t-elle.
– Mais comment as-tu fait les années précédentes ? demandé-je, curieux et amusé.
– Stephan et Louise ont toujours offert des cadeaux communs. Nina et moi, nous participions pour que ça ne leur coûte pas trop cher. Ils ont quatre enfants, ça monte vite. Et je rajoutais toujours des chocolats et une broutille quand je venais la semaine d’après…
– Tu ne faisais pas le réveillon avec eux ? m’étonné-je.
– Plus depuis quelques années, soupire-t-elle. Je te l’ai dit, je ne suis pas à l’aise avec tout ça.
– Viens là.
Je l’attire dans mes bras pour calmer ses tremblements de colère. Elle est énervée contre elle-même de ne pas avoir su planifier les vacances parfaites. Les achats de Noël ne se font pas au dernier moment, généralement, mais c’est encore gérable. Nous sommes le 18 décembre : on peut se permettre de sortir faire les boutiques pour trouver les cadeaux idéaux.
– Quel était le programme d’aujourd’hui ? demandé-je à son oreille.
Je passe les doigts dans sa chevelure pour qu’elle me regarde dans les yeux.
– Je n’arrive pas à réfléchir quand tu fais ça, marmonne Ely.
– Même si j’adore entendre ce genre de chose sortir de cette magnifique bouche, il faut te concentrer, là, précisé-je avec un sourire.
Ely rit et ses yeux caramel me taquinent.
– On peut confier les petits à Ben en prétextant une sortie entre nous, avec Nina et Cooper, proposé-je. Un Disney de plus ou de moins, ça ne va pas les tuer.
– Nous n’avons pas réellement le choix, soupire-t-elle.
La brune se faufile hors de mes bras. Je la ramène fermement contre moi pour l’embrasser. Chaque baiser semble plus profond que le précédent. Il est de plus en plus difficile de faire semblant devant les autres.
Du raffut dans l’escalier nous fait sursauter. Ely me repousse et s’éloigne de moi, confuse.
– Vous prenez vraiment vos aises, monsieur Adams.
– Tout ce que vous voulez bien me donner, mademoiselle Teller.
Pendant qu’Ely est sous la douche, les petits sont installés devant la télé. Zack ne décroche pas un mot depuis qu’il est apparu dans la cuisine, tout à l’heure. Il a esquivé les questions de sa grande sœur et ignore ma présence. J’aurais aimé pouvoir lui parler, mais Gabie et Janice sont dans le salon, et je ne veux pas gâcher ce moment qu’ils partagent.
Mon téléphone sonne. Je décroche en me dirigeant vers l’arrière-cour après avoir enfilé mon manteau. La neige est toujours présente. Le ciel est blanc et une autre tempête est annoncée dans quelques jours.
– Mon chéri, me dit ma mère, tu vas bien ? Comment va Ely ?
C’est exactement pour ça que j’ai ignoré ses précédents appels. Ma mère fait une fixette sur Ely et moi. Heureusement, elle ne sait pas ce qu’il se passe réellement – peu importe l’étiquette qu’on met dessus. Je n’ai pas envie de me confier à ma mère puisque, pour le moment, il n’y a rien de sérieux à dire. Anne Adams fait partie de la vieille école : elle ne comprendrait pas que nous ayons couché ensemble avant même d’avoir signé un contrat de mariage.
– Très bien, maman. Pourquoi m’appelles-tu ?
– Tu n’as pas écouté mes messages ? s’indigne-t-elle.
Merde !
– Désolé, maman. C’est un peu la course ici avec la préparation de Noël et les gamins.
– Bon, souffle-t-elle. Ton père et moi avons eu une merveilleuse idée et nous voulions te prévenir avant que tu prennes l’avion pour Aspen tout seul.
– Pourquoi tout seul ? demandé-je, étonné.
– J’y viens, laisse-moi parler.
Pendant quelques minutes, ma mère m’expose son plan. Je dois dire que ce n’est pas une mauvaise idée. J’avais prévu une surprise pour les enfants et Ely, mais je n’avais pas anticipé la venue de Nina et de Cooper. L’idée de ma mère pourrait réunir tout le monde, et les enfants changeraient de décor pour fêter le réveillon.
– Tu es prêt ? me demande Ely quand je reviens dans le salon.
Encore dans mes pensées pour organiser les prochains jours, je hoche la tête et m’habille chaudement pour sortir. Ely menace les trois plus jeunes de manger tous leurs chocolats s’ils ne sont pas sages avec Ben, et nous sortons de la maison.
Au centre commercial, c’est la cohue. Nous ne sommes pas les seuls à faire les derniers achats de Noël à six jours du réveillon. Les lumières semblent plus intenses, les musiques, à peine reconnaissables à cause du bruit des visiteurs. Il est de plus en plus difficile de circuler.
– Je déteste cette période, râle Ely. Les gens deviennent aussi fous que les jours de soldes. C’est n’importe quoi !
– Tu n’as vraiment jamais fait les magasins pour Noël ?
Ely me jette un regard par-dessus son épaule pour s’assurer que je la suis et entre dans un magasin de jouets afin de trouver le cadeau de Gabie.
– Non, avoue-t-elle en se dirigeant vers les robes de princesse. Quand j’étais petite, ma mère me répétait constamment que Noël était une supercherie créée par les entreprises pour faire dépenser de l’argent aux gens. Elle disait que nous n’avions pas besoin d’une journée spéciale pour nous offrir des cadeaux.
Son regard se voile. Perdue dans ses pensées, elle ne remarque pas tout de suite la petite fille qui se glisse entre nous pour toucher la dernière robe jaune qu’Ely tient dans ses mains.
– Madame, je peux l’avoir ?
Ely sursaute. Quand ses yeux tombent sur la fillette, ses traits se détendent et elle lui donne la robe sans hésiter. La petite la remercie et court rejoindre ses parents, qui nous remercient avec un sourire chaleureux.
– Donc, hésité-je, tu avais des cadeaux à d’autres moments de l’année ?
Elle pouffe comme si je venais de dire une grosse connerie. J’ai un pincement au cœur pour cette gamine qui n’a pas pu avoir une enfance heureuse et pour cette adulte envahie de mauvais souvenirs.
– Non, ils n’avaient pas les moyens d’alimenter leurs addictions et d’offrir des cadeaux à leur fille, rétorque-t-elle.
– Quand as-tu eu ton premier cadeau de Noël ?
Tout en lui posant la question, je fais semblant de chercher la robe idéale pour Gabie alors qu’Ely en a déjà sélectionné une. J’ai envie de faire durer cette conversation pour en apprendre un maximum sur la chroniqueuse à succès. Il est rare qu’elle se livre autant et sans retenue. C’est un moment que je ne souhaite pas gâcher, et tant pis s’il a lieu dans un magasin de jouets avec des robes de princesse tout autour de nous.
– Au foyer, on avait toujours des chocolats, mais je ne les mangeais jamais devant les autres, comme si je n’avais pas le droit d’apprécier ce geste, tu comprends ? Les paroles de ma mère n’arrêtaient pas de me faire perdre la tête, même à 5 ans !
Ely continue de parler et change de rayon. Je la suis en silence tout en veillant à être proche d’elle pour entendre sa voix malgré les chansons du magasin.
– Quand je suis arrivée chez Stephan et Louise, je refusais de venir dans le salon tant qu’il y avait des cadeaux sous le sapin. Donc, le soir du réveillon, ils déposaient mes cadeaux au pied de mon lit et je les découvrais le lendemain. Je ne les ouvrais pas en même temps que Nina, Ben et Zack, mais je me mettais en haut de l’escalier et j’écoutais leurs rires et leurs cris de joie.
Elle a un petit sourire nostalgique, comme si elle revivait ces moments. Ses prunelles rencontrent les miennes. Je lève la main pour caresser sa joue.
– De quoi avais-tu envie à cette époque ? lui demandé-je.
– Comment ça ?
– Si tu avais dressé une liste, comme tous les autres enfants, qu’est-ce qu’on aurait trouvé dessus ?
Ely lève un sourcil, comme si elle ne me prenait pas au sérieux, et ça me donne envie de l’embrasser. Nous sommes dans un magasin de jouets, juste elle et moi. C’est le moment de faire ressortir cette petite fille au cœur brisé pour la faire rêver.
– Sérieusement ? pouffe-t-elle.
– Allez, dis-moi, insisté-je.
Elle réfléchit quelques secondes, la lèvre coincée entre ses dents et le regard tourné vers les rayons de jouets qui nous entourent. Son visage s’illumine, puis elle prend ma main et s’avance rapidement dans un rayon où il y a des vélos, des trottinettes, des voitures et des motos électriques.
– Je t’imagine assez bien habillée de cuir sur une moto, la taquiné-je.
– Très drôle, mais je ne suis pas là pour les motos, rétorque-t-elle en tirant la langue. Les rares souvenirs que j’ai de mon père ne sont pas super. Il n’était pas méchant, mais je crois qu’il était tellement défoncé qu’il ne faisait pas vraiment attention à moi.
Ely s’enfonce dans le rayon et disparaît derrière une étagère. Quand elle revient, son sourire est si éclatant que je n’arrive pas à retenir le mien. Elle tient une planche en bois rose fuchsia avec des roues qui font de la lumière.
– Un skateboard ? m’étonné-je.
– Pas n’importe quel skateboard ! s’exclame-t-elle. Mon père avait l’habitude de rejoindre des copains en fin de journée. Parfois, il n’avait pas le choix, il devait m’emmener. Ils traînaient toujours près d’un vieux skatepark abandonné, et l’un de ses amis avait ceci !
Elle pose la planche à roulettes par terre et monte dessus.
– Maintenant que j’y pense, ça devait être un repère à junkies, mais peu importe. Je m’amusais comme une folle quand j’allais là-bas. J’avais le droit de jouer avec le skate, pendant que mon père faisait ses affaires, et j’avais l’impression d’être libre. Je suis tombée plusieurs fois, mais je remontais dessus la seconde d’après. Un soir, j’ai demandé à mon père si je pouvais en avoir un, mais…
Je m’approche pour l’aider à se stabiliser, mes mains sur ses hanches et mon souffle dans son cou. Son parfum embaume tout mon espace. Cette note sucrée, qui ne la quitte jamais, me donne envie de glisser mes lèvres sur sa peau pour vérifier si le goût est aussi bon que l’odeur.
– Mais ? chuchoté-je.
– C’était quelques jours avant que ma mère décide de me laisser à l’hôpital. Du coup, je n’ai jamais eu mon cadeau.
Quand elle lève les yeux, je ne tiens plus et dépose un baiser sur ses lèvres. C’est furtif, trop pour que mon envie soit satisfaite, mais ça a au moins le mérite de chasser ses mauvais souvenirs de son regard.
– On le prend, lui dis-je en m’écartant.
– Quoi ? Non !
Ely descend de la planche et je me baisse pour l’attraper.
– Jace, je n’ai plus l’âge, s’esclaffe-t-elle en me suivant jusqu’à la caisse.
– On dira que c’est pour Gabie.
Je propose ça au hasard et rejoins une file d’attente. Le magasin est plein. Les caissières sont débordées et courent partout pour satisfaire les clients. Ely se rapproche de moi et passe son bras autour de ma taille pour se coller à mon corps. Je glisse mon nez dans ses cheveux afin de respirer son parfum.
– Tu n’es pas obligé de faire ça, chuchote-t-elle. J’ai fait le deuil de ce rêve de gamine.
– Laisse-moi te faire plaisir, dans ce cas.
Je ne partirai pas du magasin sans le skateboard. Nous attendons dix minutes avant que ce soit notre tour. Je laisse Ely encaisser le cadeau de Gabie et, malgré ses protestations, je règle le sien.
Quelques instants plus tard, nous sortons d’un magasin de sport, les bras chargés des cadeaux de Zack et de Ben.
– Je dois récupérer des lettres de mes lecteurs chez moi, me dit Ely.
– Chez toi ?
– Oui, dans mon appartement…
J’ai peur de mal interpréter son regard brûlant, alors je me tais. Ely s’avance d’un pas et remet correctement le col de mon manteau en place. Autour de nous, ça bourdonne dans tous les sens, mais on ne s’en préoccupe pas. Je ne vois qu’elle, son sourire enjôleur et ses yeux de biche, qui ne se détournent pas une seule seconde.
– On va chez moi ? me propose-t-elle finalement.
J’inspire légèrement. Est-ce que je comprends bien ?
– Alors ?
– Je te suis.
Dans la voiture, la tension est électrique. Ely conduit prudemment, mais, dès qu’elle le peut, sa main se pose sur mon genou et joue avec mes doigts. Ce simple geste provoque des frissons dans tout mon corps. Je me penche plusieurs fois pour l’embrasser dans le cou et je me délecte de sa respiration saccadée. L’excitation est à son comble quand nous nous garons dans le parking souterrain de son immeuble.
– Je n’habite pas très loin, lui dis-je après avoir reconnu la rue.
– On s’est peut-être déjà croisés.
– Je m’en serais souvenu si je t’avais vue.
Ely lève les yeux au ciel en pouffant, puis elle appelle l’ascenseur. Dès que les portes se referment, l’ambiance devient étouffante. La cabine n’est pas très grande. On se retrouve vite collés l’un à l’autre, comme deux aimants. Ely passe ses mains sous mon manteau pour toucher ma peau et je ne perds plus de temps pour l’embrasser férocement. Son visage gelé entre mes mains, je caresse ses lèvres avec les miennes sans lui laisser une seconde pour respirer. Ses doigts s’ancrent dans mon dos, proche de me griffer.
– Je peux t’avouer quelque chose ? marmonne-t-elle, essoufflée.
– Tout ce que tu veux.
– J’ai très envie de toi.
Au fond de moi, une vague de désir descend de mon ventre à mon entrejambe, qui grossit de plus en plus. Ely se met sur la pointe des pieds pour m’embrasser avec ferveur, mais elle est dérangée par le signal sonore de l’ascenseur, dont les portes s’ouvrent. Nous sortons sans nous lâcher. Heureusement, nous ne croisons personne.
Ely prend ma main pour me guider jusqu’à la porte de son appartement. Je n’arrive pas à m’arrêter de la toucher. Elle cherche ses clés en grognant alors que je dévore son cou.
– Je ne les trouve pas, râle-t-elle.
L’impatience embrouille ses gestes et elle fait tomber son sac à main. Ça a au moins le mérite de faire apparaître les clés, qu’elle s’empresse de prendre pour ouvrir la porte. Je récupère son sac à la va-vite et nous entrons sans attendre une seconde de plus.
Je n’ai pas le temps de regarder l’appartement d’Ely. Elle kidnappe mes lèvres et glisse ses mains dans mes cheveux pour me rapprocher d’elle. Je fais tomber mon manteau, puis le sien, impatient de sentir sa peau chaude contre la mienne.
– Où est ta chambre ? grogné-je quand elle picore mon cou de baisers délicieux.
– À droite.
Je passe mes mains sous ses fesses pour la porter et elle enroule ses jambes autour de ma taille. Ses mains sont partout sur mon corps. Elle enlève mon gilet et fait passer mon tee-shirt par-dessus ma tête. Ses ongles griffent doucement mes bras. Ses lèvres s’emparent des miennes et je suis incapable de l’arrêter.
Son corps contre le mien me procure une chaleur divine, et c’est encore plus puissant quand nous nous retrouvons sans vêtements. Je la pose sur son lit en enlevant les derniers tissus qui nous empêchent de ne faire qu’un. J’embrasse, je mords, je lèche la peau de son ventre en passant par la pointe de ses seins.
– Je te veux en moi, souffle-t-elle en ramenant mon visage contre le sien.
Ely tend la main pour prendre un préservatif dans sa table de chevet. Ses yeux s’illuminent d’un feu gourmand quand je l’enfile sur mon érection, prêt à la faire frémir de plaisir. Elle pousse sur mes épaules pour m’allonger et s’assied sur mes hanches. Dès que je suis en elle, je cesse de bouger. La sensation me ferait presque jouir tellement elle m’inonde de plaisir. La pression est si grande que j’agrippe les hanches d’Ely pour l’empêcher de remuer le bassin.
– Attends, grogné-je.
– C’est trop bon, Jace, halète-t-elle.
Elle rejette la tête en arrière. Ses cheveux sont éparpillés sur ses épaules et ses seins. Bon sang, elle est sublime ! Si érotique, si confiante, prête à me conquérir de toutes les manières possibles.
Ne tenant plus, je lève la tête pour embrasser un sein et commence à faire de légers mouvements. Ely prend les commandes. Elle bouge sur moi comme une amazone. C’est intense, si bouleversant que j’en perds le fil de mes pensées et me consacre entièrement à notre plaisir commun.
Nous nous laissons aller, à tel point que la jouissance arrive plus vite que je ne l’aurais pensé. Dans un grognement, je me libère entièrement alors qu’elle continue d’onduler pour parvenir à jouir à son tour. Je suis en sueur, essoufflé, comme si je venais de courir un marathon. Ely se laisse tomber sur mon torse, le souffle court. Je caresse son dos et joue avec ses cheveux tandis que nous prenons quelques minutes pour nous reposer.
– Tu devais réellement récupérer des lettres ou c’était une excuse pour me sauter dessus ? la taquiné-je.
Ely pouffe contre ma peau. Je jurerais ressentir les vibrations de son rire jusque dans mon cœur. Elle lève son joli visage et pose son menton sur ses mains croisées.
– Un peu des deux ? propose-t-elle avec un sourire gourmand.
– J’en étais sûr ! Je suis irrésistible.
Nue contre moi, elle frappe mon torse avant de se relever pour s’étirer. Ely est une femme confiante, qui n’a pas honte de sa nudité, et ça la rend très, très attirante.
– On va prendre une douche ?
Elle me tend la main et m’aide à me lever du lit. Maintenant que je ne suis plus aveuglé par le désir, je me permets de jeter des coups d’œil autour de moi. La chambre d’Ely a une vue imprenable sur l’avenue principale, avec une baie vitrée immense. Je la suis dans le couloir pour rejoindre la salle d’eau, qui contient une douche italienne avec un simple lavabo et un grand miroir mural.
– Ça ne te dérange pas de recevoir du courrier de tes lecteurs chez toi ?
Nous n’avons jamais pris le temps de parler de son travail. Je sais en quoi il consiste, mais je ne pensais pas qu’il fallait autant s’investir pour une chronique du cœur.
– En vérité, tous mes lecteurs envoient leurs lettres au journal, qui me les fait parvenir quand je ne suis pas au bureau pour diverses raisons, ce qui n’arrive que très rarement.
– Qu’est-ce que tu préfères dans ta chronique ?
Ely prend le temps de réfléchir en attachant ses cheveux au-dessus de sa tête. La vapeur de la douche s’intensifie autour de nous quand nous entrons sous le jet.
– Le fait que ce soit anonyme, me dit-elle finalement. Aucun préjugé, aucun tabou. On peut me parler de tout sans craindre d’être démasqué. Je crois que j’aurais aimé rester anonyme aussi, mais le journal a préféré mettre un visage sur mes réponses.
– Et ça te va, d’être exposée ?
– Je m’y suis habituée.
Nous terminons notre douche, luttant pour ne pas continuer nos caresses et repartir au lit. Une fois que nous sommes habillés, Ely récupère son courrier et fait le tri pour mettre dans son sac à main les lettres de ses lecteurs. Il y en a un sacré paquet malgré l’aide de son assistante. Ely est très demandée. Je ne m’en étais pas rendu compte avant maintenant.
Quand nous approchons de la voiture, Ely me jette les clés.
– Je suis trop fatiguée pour conduire.
– À vos ordres, mademoiselle Teller.
Je quitte le parking et prends l’avenue principale. Je m’arrête à un feu, le regard attiré par le bus qui passe devant la voiture. Le visage d’Ely est étalé sur toute la surface avec son slogan. Son sourire est communicatif et les couleurs vives donnent envie de lui faire confiance.
Ely traverse New York placardée sur un bus !
– Oh, non, ce n’est pas vrai ! marmonne-t-elle à côté de moi.
– Tu es très belle, la rassuré-je avec un sourire amusé.
– Je retire ce que j’ai dit tout à l’heure : je ne m’y suis pas du tout habituée !
Elle soupire et repose la tête contre la vitre. Je ris de son air désespéré et passe la première dès que le feu est vert. Le parfum de sa peau embaume tout l’habitacle et je ne résiste pas à l’envie de glisser une main sur son jean pour caresser sa cuisse.
Son petit soupir de satisfaction ne m’échappe pas et un sourire s’incruste sur mes lèvres.
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