All I Want Is You

Brenda Beli · Chapitre 30 sur 38

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All I Want Is You

Chapitre 30

 

 

Ely

 

L’aéroport est entièrement recouvert de neige quand nous arrivons. Le chauffeur sort ma valise du coffre. Après que je lui ai donné un pourboire, il m’assure que la course a déjà été payée par Jace Adams en personne.

Maintenant que je suis toute seule sur le trottoir, j’ai envie de me remettre à pleurer. Je me sens complètement perdue dans cette marée humaine, alors j’avance pour entrer dans le bâtiment et me réchauffer. Je sèche mes dernières larmes et fais glisser ma valise sur le sol jusqu’à un comptoir. L’hôtesse d’accueil me sourit et me demande si j’ai passé un bon séjour. Je me retrouve comme une idiote, à ne pas savoir quoi lui répondre.

Ces vacances ont été aussi étonnantes qu’enrichissantes. J’ai apprécié chaque moment avec mes frères et sœurs. Nous nous sommes redécouverts et nos liens sont encore plus forts qu’avant. Jace a réussi à me convaincre que Noël apporte une touche de bonheur quand on le veut vraiment. Je lui dois beaucoup.

J’attrape le billet d’avion que l’hôtesse me tend, puis je vais m’installer à une table, où je sors mon ordinateur portable. J’en profite pour répondre à quelques mails. J’ignore ceux qui ont déjà eu une réponse d’Anissa. Je décide de transférer les photos de mon téléphone sur mon disque dur. Quand le chargement est terminé, j’ouvre le dossier et tombe sur une multitude de clichés qui m’arrachent des larmes encore une fois.

Ces trois semaines de vacances sont regroupées dans ce fichier. La première journée où nous avons regardé des films de Disney, avec la table basse qui débordait de gâteaux et de boissons sucrées. Le périple pour atteindre le sapin du Rockefeller Center. Ma tête de déterrée quand nous sommes sortis du commissariat, avec Zack. Dyker Heights et ses merveilles aussi belles que dangereuses. Gabie, qui a vomi son chocolat sur un père Noël en colère, à Macy’s Santaland. Nos chutes à la patinoire et nos rires à chaque instant.

Sur chaque photo, il y a un souvenir imprimé, un rire capturé. Les dernières datent d’hier, avant la fugue de Zack et de Gabie. Nous étions dans le jardin pour faire une famille entière de bonshommes de neige. C’était une idée de ma petite rousse, et tout le monde a bien voulu jouer le jeu. Les images sont sublimes, avec un paysage à couper le souffle en arrière-plan.

Un appel en visio apparaît sur mon écran, me cachant la photo que Nina a prise de Jace et moi dans la neige. Le sourire rieur de ma meilleure amie remplace la nostalgie, mais son visage se fane quand elle se rend compte de l’état dans lequel je suis.

– Oh, Ely ! souffle-t-elle.

– Je suis tellement débile, ricané-je en reniflant. Ce n’est pas la fin du monde, personne n’est mort. Pourtant, je me sens… vide.

Anissa se déplace. La fenêtre de la chambre donne sur la plage. Le bruit des vagues m’apaise un peu. Elle s’installe sur le lit et fronce les sourcils, comme si elle venait de comprendre quelque chose.

– Tu ne veux pas venir vivre à L.A.

– Si, bien sûr que si ! rétorqué-je. Ani, on aura une belle vie.

– Mais ça ne sera pas la vie que tu veux, affirme la brune en souriant.

– Je ne sais plus ce que je veux.

– Bien sûr que si, s’amuse-t-elle. Tu veux tes frères et sœurs, tu veux tes parents. Et, surtout, tu veux l’éducateur super sexy dont tu es tombée amoureuse.

– C’est de la folie, riposté-je.

– C’est la magie de Noël, chante Anissa.

J’éclate de rire en essuyant mes yeux.

– Comment est Los Angeles ? demandé-je finalement.

Je vois tout de suite, dans le regard de mon amie, qu’elle est sous le charme. Elle me donne envie avec les plages, les cocktails et la gent masculine qui s’entraîne sur le sable, mais le cœur n’y est pas.

– As-tu fait un saut au L.A. Times ?

– Non, me répond-elle en haussant les épaules. Je t’attends pour ça. C’est toi, la patronne !

– Une patronne en carton si tu veux mon avis, plaisanté-je.

– Ely, tu sais que, si tu veux changer d’avis, je le comprendrai. Il y a quelques semaines, cette opportunité t’aurait apporté beaucoup de choses, mais peut-être que tout ce que tu recherches est sous tes yeux depuis un moment. Je ne parle pas que de Jace, mais aussi de ta famille.

Les mains sur le visage, j’essaie de remettre de l’ordre dans mes idées, mais c’est le bordel total. J’ai investi beaucoup de temps et d’énergie pour développer « Love&Ely ». J’adore ce que je fais et le bien-être que j’apporte à mes lecteurs. Je mérite cette place à Los Angeles. Avoir ma chronique dans les deux plus grands journaux des États-Unis me donne des frissons : c’est un enjeu important, et je n’ai pas envie de tout faire foirer pour des sentiments.

À côté de tout ça, ma famille me manque. J’aimerais leur consacrer plus de temps. Ces jours ensemble n’ont fait qu’amplifier cette sensation que nous sommes meilleurs quand nous sommes réunis. Je me sens mieux quand je suis avec eux.

– Je peux avoir les deux, assuré-je à ma collègue.

– Et l’éducateur ? insiste-t-elle.

Jace est l’agréable surprise que je n’attendais pas. Quand nous nous sommes rencontrés, même si le feeling s’est imposé tout de suite, mes barrières étaient encore bien en place, et mes craintes, trop présentes.

J’aime avoir le contrôle sur mes sentiments et mes actes, mais Jace a tout envoyé valser avec son franc-parler et son sourire en coin. Sa gentillesse et sa générosité m’ont désarmée plus d’une fois. Il sait être patient, doux et incroyablement fort quand la situation l’exige. La force de son cœur n’est plus à prouver : c’est un homme profondément bon qui me fait totalement craquer, très loin des manipulations de Greg. Jace m’a appris qu’il était possible de lâcher prise sans se perdre.

– Le vol à destination de Los Angeles est retardé à cause des conditions climatiques. Veuillez vous rapprocher des points d’accueil pour plus d’informations, gronde une voix masculine dans les haut-parleurs.

Je lève les yeux, surprise, et regarde les autres passagers se ruer vers les hôtesses, qui ne savent plus où donner de la tête. Dehors, le temps est de plus en plus gris et le vent fait bouger quelques lampadaires.

– C’est un signe, me dit Anissa avec un sourire.

– Un signe de quoi ? Je ne vais jamais arriver à temps ! Je suis déjà en retard, paniqué-je.

– Tu ne pouvais pas prévoir que ton avion allait être retardé ! Bon, je m’occupe de Hawkings, me dit-elle en coinçant un stylo dans ses cheveux. Tiens-moi au courant. Bisous, ma belle !

Elle ne me laisse pas en placer une et se déconnecte aussi sec. Je range mes affaires, un peu perturbée par ce qu’il se passe dans l’aéroport. Plus violent qu’hier soir, le vent retarde la plupart des avions, dont le mien.

Puisque j’ai du temps devant moi, je m’installe dans une cafétéria et commande un grand chocolat chaud. Téléphone en main, je me demande si je dois appeler Nina pour la prévenir du retard de mon vol, mais ça lui donnera sûrement l’espoir de me voir débarquer pour le repas du réveillon. Au lieu de ça, je poste sur Instagram quelques photos et rédige un article sur mon séjour à Aspen, que j’envoie sur mon blog.

Une heure passe sans changement. Certains passagers râlent et créent une mauvaise ambiance dans l’aéroport. Malgré les décorations, il est difficile de réaliser que nous sommes le 24 décembre. Quand la chanson de Wham ! éclate dans les haut-parleurs, tout le monde s’arrête de parler et la magie opère sur tous les visages.

 

« Noël dernier, je t’ai donné mon cœur

Mais, dès le jour suivant, tu l’as abandonné

Cette année, pour me protéger des larmes

Je le donnerai à quelqu’un de spécial »1

 

Ces paroles résonnent en moi et le visage de Jace s’impose dans mon esprit.

Une jeune femme se met à chanter et, finalement, c’est tout l’aéroport qui fait entendre sa voix dans l’euphorie ambiante. Incapable de résister, je me lève et filme la scène. Quand la musique s’arrête, tout le monde applaudit et éclate de rire. C’est un moment surréaliste.

– Ely ! hurle une voix non loin de moi.

Zack et Ben me font de grands gestes de l’autre côté de la douane. Je ramasse précipitamment mes affaires tout en me demandant ce qu’ils font ici. Voir Zack me réchauffe le cœur. Je m’empresse de passer les barrières pour les serrer dans mes bras.

– J’avais peur que tu sois déjà partie, avoue Zack.

– Mon vol a du retard, expliqué-je en caressant sa joue. Qu’est-ce que vous faites là ? Comment êtes-vous venus, d’ailleurs ?

Ben gratte sa nuque en esquivant mon regard.

– Ben a volé la voiture dans le garage, balance Zack en éclatant de rire.

– Tu as fait quoi ? m’exclamé-je.

– Je l’ai empruntée, nuance. Et je conduis super bien.

– C’est dangereux avec la tempête qui arrive. Vous êtes inconscients !

– Zack voulait te voir.

Je les mène jusqu’à une petite table, où nous nous installons.

– J’ai discuté avec Jace, reconnaît mon petit frère.

– En fait, il nous a tout expliqué, intervient Ben. Nous étions en train de préparer le réveillon de Noël, déprimés par ton départ, plaisante-t-il. Jace nous a expliqué sa vision des choses et pourquoi tu devais partir.

– Tu es notre sœur, reprend Zack. Peu importe qui dira le contraire, nous sommes une famille. On doit se soutenir et t’encourager dans tes projets. J’ai été débile de m’en prendre à toi. Tu mérites d’avoir une belle vie, et si c’est à Los Angeles, alors d’accord.

– Nous viendrons surfer, s’amuse mon autre frère.

Je ne pensais pas être capable de pleurer encore une fois. Pourtant, c’est bien une larme que Zack essuie sur ma joue. Je le serre contre moi, heureuse d’avoir des liens aussi forts avec cet adolescent. Je suis reconnaissante envers Jace, qui a su trouver les mots pour le calmer et plaider ma cause auprès de mes frères et sœurs.

– Merci, soufflé-je dans ses cheveux. Ça me brisait le cœur de partir alors que nous étions fâchés.

– Les passagers du vol à destination de Los Angeles sont invités à se rendre à l’embarquement, clame le haut-parleur. Tout le personnel de l’aéroport vous souhaite un joyeux Noël.

– Je vais devoir y aller, annoncé-je en me levant. Je reviendrai vous voir à New York dès que mon contrat sera signé. J’espère pouvoir passer le Nouvel An avec vous.

– Ça serait génial, approuve Zack.

– Attends, intervient Ben quand je tourne les talons.

Il fouille dans ses poches et pose dans mes mains le cadeau d’anniversaire de Jace.

– On l’a retrouvé dans la neige, m’explique mon plus jeune frère. C’est à toi.

– On sait que tu n’aimes pas fêter ton anniversaire, mais tu ne peux pas nous en vouloir de vouloir le faire.

Je renifle sans aucune grâce.

Ces gamins vont me tuer !

Malgré les appels pour mon vol, mes pieds refusent de bouger. Nous sommes le 24 décembre. Je devrais être en famille plutôt que dans un avion. La réunion est dans deux jours. Je pourrai toujours prendre un vol demain, à la première heure… Dans ma tête, ça fuse dans tous les sens. Finalement, je range mon passeport sous les yeux intrigués de mes frères.

– Je viens avec vous, lâché-je.

– Qu… quoi ? bégaie Zack.

– Je prendrai l’avion demain, dis-je rapidement. De toute façon, il a du retard.

Mes frères ne savent pas quoi dire. J’empoigne ma valise et me dirige vers la sortie. Me voir partir les sort de leur torpeur et ils courent après moi avec des sourires gigantesques sur le visage. Ben passe son bras sur mes épaules et Zack prend ma valise comme s’il craignait que je change d’avis.

– Tu vas voir, je suis un vrai pilote ! se vante Ben.

– Ah, non ! Désolée, mon petit, mais c’est moi qui conduis. Il neige, c’est dangereux.

Ben ne râle même pas quand je lui prends les clés des mains. Nous sortons de l’aéroport en souriant tous les trois malgré le froid qui nous gèle les joues. Sur le trajet pour récupérer la voiture, mon téléphone vibre dans ma poche. Ce sont des photos envoyées par Jace : Gabie et Janice décorant la table pour le repas ; Nina coupant des légumes ; Stephan et Louise discutant calmement avec Cooper.

Je suis heureuse de savoir qu’ils sont là pour fêter Noël en famille. C’est quelque chose que Louise n’aurait pas raté, de toute manière. Encore une fois, l’intervention de Jace est incroyablement généreuse.

Je range mon portable sans répondre, certaine que mon retour va chambouler leur réveillon de la meilleure manière possible. Après quelques secondes d’hésitation, j’ouvre le cadeau de Jace. Entouré d’une jolie chaîne fine, le pendentif en forme de cœur m’émeut tout de suite. Curieuse de savoir ce qu’il cache, je l’ouvre rapidement et reste bouche bée devant la photo.

Mes frères, mes sœurs et moi sommes dans la neige, en train de jouer, sans nous soucier de Jace, qui a certainement pris la photo.

Gravée dans une écriture fine, la petite phrase me touche profondément :

 

Toujours avec toi

 

1. Paroles traduites de « Last Christmas » de Wham !

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