All I Want Is You
Chapitre 22
Jace
Je n’ai pas rejoint Ely cette nuit. Même si la tentation était grande, je ne pouvais pas risquer de gâcher ma surprise. Il est trois heures et demie du matin quand mon réveil sonne. Je l’éteins rapidement, conscient que n’importe qui peut l’attendre.
Je me lève difficilement. Je n’ai pas beaucoup dormi, et le manque de sommeil fait bourdonner ma tête. J’attrape ma valise, déjà prête, et la descends au rez-de-chaussée sans faire de bruit. Je mets la cafetière en route et prépare le petit déjeuner pour tout le monde. Tout en buvant mon café, je pars dans le salon pour allumer la télé et y connecter mon téléphone. Je lance une musique et monte le volume au maximum. Mariah Carey hurle dans la maison.
Les premiers à être réveillés pointent leur nez en haut de l’escalier. Janice et Ben me regardent, à moitié endormis, alors que je leur fais un grand sourire.
– Jace, pleure Gabie.
– Viens, ma puce.
Je lui ouvre les bras et elle se blottit dedans, encore toute chaude. Je l’installe à la table du petit déjeuner, où elle pose la tête sur ses petits bras pour dormir. Zack débarque dans la cuisine, en caleçon et super en colère.
– Il fait encore nuit ! Putain, mais tu as vu l’heure ?
– Surveille ton langage et viens manger, lui dis-je en ébouriffant ses cheveux.
– Jace, se plaint Janice. Je suis crevée. Pourquoi tu nous réveilles ?
– T’es devenu fou ? me demande Zack.
Puis il se tourne vers ses frères et sœurs.
– Il est devenu fou ?
– Quelqu’un peut baisser cette putain de musique ? hurle Ely en haut de l’escalier.
Je laisse les enfants dans la cuisine pour aller voir ma furie. Elle m’attend de pied ferme en haut des marches, les cheveux emmêlés et le pyjama de travers. Quand je m’approche d’elle, je ne suis plus sûr de ma blague : visiblement, elle n’apprécie pas d’être réveillée en pleine nuit par Mariah Carey.
– Évidemment, siffle-t-elle, ça ne pouvait être que toi.
– J’ai une bonne raison.
– J’aimerais bien l’entendre, mais genre… dans cinq heures !
– Tu es rayonnante ce matin.
– La ferme, grogne-t-elle. Jace, je suis à deux doigts de t’égorger, donc ne fais pas le malin.
J’attrape ses hanches pour l’amener contre moi. J’entends plusieurs fois mon nom dans la cuisine, mais ils sont sûrement en train de fabriquer une poupée vaudoue pour me punir. Ely refuse de me laisser l’embrasser. Elle croise les bras et fronce les sourcils.
– Je ne suis pas du tout du matin, me dit-elle. Qu’est-ce que tu manigances ?
– Ça, j’avais deviné, dis-je en riant dans son cou, évitant sa question.
Finalement, elle dénoue ses bras pour les passer autour de ma nuque. Son corps s’emboîte dans le mien. Je respire sa peau et l’embrasse sur les lèvres quand elle lève le visage vers moi.
– Tu as un peu plus d’une heure pour préparer ta valise, et nous partons.
– Nous partons ?
Son exclamation me tire un sourire taquin. Elle n’a aucune idée de ce que je prépare et je suis sûr de la bluffer jusqu’au bout.
– Dépêche-toi.
– Je ne partirai pas sans savoir où, insiste-t-elle.
Je soupire avant de l’embrasser sur la joue. Je n’ai pas envie de gâcher ma surprise sous prétexte qu’elle ne supporte pas de ne pas contrôler la situation.
– Tu me fais confiance ? lui demandé-je.
Il y a comme un sous-entendu dans ma question, comme si je ne parlais pas uniquement de l’activité que j’ai organisée en secret. Ses traits se détendent et elle hoche la tête. Je l’embrasse une dernière fois.
– Va te préparer, dans ce cas.
Une autre mélodie envahit le salon et je redescends pour prévenir les enfants. Zack râle encore un peu, mais je lui promets qu’il sera content de ce que j’ai prévu pour les prochains jours. Ils montent tous se préparer et faire leur valise. Janice aide Gabie, et Ben vient aider ses sœurs quand il a terminé ses propres bagages.
Je croise Ely à plusieurs reprises. À chaque fois, elle marmonne quelque chose que je ne comprends pas. Elle boude, comme une enfant. Même Gabie est plus conciliante que sa grande sœur.
Une heure plus tard, c’est le bordel dans le salon. Les valises ont été jetées pêle-mêle. Janice aide Gabie à retrouver son gant perdu, Zack refuse de mettre le bonnet qu’Ely lui tend et Ben ne veut pas partir tant que son téléphone n’est pas rechargé à cent pour cent.
Je reçois un message sur mon téléphone. Je siffle un bon coup avec mes deux doigts et tous les visages se tournent vers moi.
– Séverin nous attend. Chacun gère sa valise. Ben, prends celle de Gabie pour que ce soit plus rapide. Vous entrez dans la voiture sans poser de questions, OK ? Je vous promets que vous allez adorer. Maintenant, filez.
Comme de bons petits soldats, ils sortent de la maison, la petite rousse en tête.
Ely se tourne vers moi, en mordant sa lèvre, après que je me suis assuré que toutes les lumières étaient éteintes et que rien n’avait été laissé branché dans la maison.
– Tu es un vrai mystère, Jace Adams.
– Pas tant que ça, mademoiselle Teller.
– Où allons-nous ? insiste-t-elle.
– Nous ressourcer.
Je l’embrasse sur le front et la pousse hors de la maison. Séverin salue Ely avant de se tourner vers moi pour prendre ma valise de mes mains. Cela fait des années qu’il travaille pour notre famille et c’est un homme très important pour moi. Nous avons partagé beaucoup de moments, tous les deux, quand il m’accompagnait au lycée ou à mes matchs de foot. Il est célibataire depuis toujours. Il consacre sa vie à celle de ma famille et je suis persuadé qu’il me considère comme un fils. J’ai énormément de respect pour lui. Il dit que New York n’est jamais aussi belle que depuis son pare-brise.
Je lui ai conseillé de prendre un minibus aux vitres noires pour ne pas gâcher la surprise. Je m’installe à ses côtés et nous prenons la route dès que tout le monde est attaché.
Le trajet vers l’aéroport est perturbé par les questions de Gabie, qui veut absolument savoir où nous allons. Avec les vitres noires, ils sont incapables de savoir où nous sommes. Ely est de plus en plus impatiente de connaître notre destination.
Quand je vois apparaître l’aéroport John-F.-Kennedy, je demande à Séverin de faire le tour pour passer par-derrière. Mon père a fait marcher ses contacts pour que nous puissions entrer dans l’avion sans nous taper la foule malgré l’heure matinale. Il se gare rapidement et sort de la boîte à gant trois masques, qu’il me tend avec un petit sourire.
– Je vais demander aux filles de couvrir leurs yeux.
– Hors de question, réplique Ely.
– Bon sang, ce que tu peux être énervante ! soupiré-je. Ferme les yeux et la bouche.
Les enfants éclatent de rire et la brune me fusille du regard avec ses yeux caramel.
Gabie joue le jeu tout de suite et sourit de toutes ses dents quand Ben lui met le masque. Janice se plie aussi à cette règle quand je lui assure qu’il n’y a aucun danger. Zack reste près d’elle. Les garçons descendent du minibus et me regardent sans comprendre. Je mime le silence avec mon doigt, puis j’attrape la main d’Ely. Elle serre mes doigts pour me faire mal, mais je lève nos mains pour embrasser sa peau.
– Je déteste les surprises, marmonne-t-elle.
– Tu vas adorer celle-ci.
– Tu as l’air bien sûr de toi, dit-elle en souriant malgré tout.
– Je saurai me faire pardonner si jamais tu n’es pas convaincue.
Elle frissonne et je meurs d’envie de l’embrasser, mais nous ne sommes pas seuls.
– OK, soufflé-je en me frottant les mains. Vous êtes prêtes ?
– J’ai peur, dit Janice en riant.
Je compte jusqu’à trois, et elles enlèvent leur masque. Gabie saute partout même si elle ne comprend pas ce qu’on fait sur le parking d’un aéroport. Janice me regarde avec de grands yeux et Ely ne réagit pas. Elle se tourne vers moi, le regard perdu.
– Nous partons quelques jours, expliqué-je.
– Mais… bafouille-t-elle. Où ça ?
– Encore un peu de patience, la rassuré-je avec un sourire.
Son corps veut se rapprocher de moi – je le vois à son buste, qui s’avance –, mais Gabie vient se jeter dans ses jambes pour essayer de comprendre ce qu’il se passe. Ben lui explique que nous partons en vacances. Séverin commence à sortir les bagages du coffre, aidé par Zack, qui a perdu sa mauvaise humeur.
L’aéroport JFK est énorme. On pourrait s’y perdre facilement, alors nous restons collés les uns aux autres et nous avançons rapidement pour passer la douane et rejoindre notre porte d’embarquement. Ely ne cesse de me poser des questions. Elle ne comprend pas comment j’ai fait pour récupérer les passeports de tout le monde et me demande si le centre social est prévenu. Et elle refuse de partir en vacances gratuitement. Son entêtement est aussi adorable qu’exaspérant, surtout à six heures du matin.
L’embarquement est dans une heure. J’emmène tout le monde prendre un second petit déjeuner, qu’ils dévorent en me remerciant.
– Jace, s’énerve Ely en reposant son café. Tu es complètement fou.
– Est-ce que tu peux arrêter de râler et juste profiter du moment ?
– Alors, réponds à mes questions.
– OK, soupiré-je. J’ai appelé Stephan et Louise pour les prévenir. Ils m’ont tout de suite donné le feu vert et j’ai pris les passeports dans leur chambre. M me Farbes m’a donné l’autorisation, mais nous devons être rentrés pour le 26 décembre, car il y a un rendez-vous important pour Zack. Et j’ai eu l’aide de…
– Nina ! crient Gabie et Janice en même temps.
Nina et Cooper arrivent vers nous. La sœur d’Ely ouvre grand les yeux quand elle se rend compte que nous sommes tous là. Les plus jeunes courent pour tomber dans ses bras. Ely se lève et la serre contre elle. Cooper me salue avec un sourire satisfait : on a réussi notre coup.
– Bon sang, je ne comprenais rien ! s’écrie Nina. Cooper m’a réveillée en pleine nuit. Je pensais qu’il se passait quelque chose de grave, mais il m’a embarquée dans un Uber et il n’a rien voulu me dire. Quand nous sommes arrivés à l’aéroport, j’ai cru qu’il me préparait un voyage en amoureux, mais vous voir ici… Je suis tellement contente !
Nina lâche une larme et Ely se moque de sa sensibilité, même si je vois ses yeux briller. Nous nous installons et attendons notre avion en feignant de ne pas entendre les deux furies qui nous bombardent de questions.
– Il n’a rien voulu me dire d’autre, boude Ely.
Je passe la main sur sa cuisse sous la table. Elle entrelace ses doigts aux miens discrètement tout en continuant sa discussion avec sa sœur. Je caresse sa peau avec mon pouce et apprécie les frissons qui la parcourent.
Une hôtesse de l’air appelle les passagers pour notre vol et nous nous levons pour nous diriger vers la porte d’embarquement.
Dans l’avion, Gabie a dû mal à calmer son excitation, alors Ely et moi l’installons sur le siège entre nous, à la place de Janice, qui s’assied à côté de Zack et de Ben.
– Où on va ? répète la petite rousse constamment.
– Loin, très loin ! répliqué-je, épuisé de l’entendre.
– On va voir le père Noël ?
Brusquement, Ely se tourne vers moi.
– On ne va pas au pays du monsieur habillé en rouge, rassure-moi ? siffle-t-elle. New York et son obsession pour cette fête, passe encore, mais il est hors de question que j’aille en Laponie, là où toute une ville voue un culte affolant au père Noël.
– Non, lui assuré-je, amusé. Gabie, sois un peu patiente et essaie de dormir, OK ?
– Non, j’ai pas envie !
Ely me lance un regard fatigué. La petite n’a pas envie de dormir, car elle est trop excitée par la surprise pour fermer les yeux ne serait-ce que quelques secondes.
Les hôtesses de l’air viennent nous montrer les consignes de sécurité et Gabie s’amuse à les imiter. Dès que nous prenons de la vitesse pour décoller, l’un des passagers commence à fredonner assez fort.
– Je veux chanter aussi ! s’exclame Gabie.
Les roues quittent le tarmac et nous survolons la piste. L’instant d’après, plusieurs voix s’élèvent dans l’avion.
– 1 It’s beginning to look a lot like Christmas, chantent-elles en chœur.
– C’est une blague ? marmonne Ely.
Mon regard capture le sien. Je suis tout aussi étonné qu’elle. Gabie applaudit, ravie d’avoir de l’animation. Quand le symbole des ceintures de sécurité s’éteint, plusieurs personnes se lèvent pour chanter plus fort. Leurs voix se synchronisent. Il n’y a pas une seule fausse note. Ely semble particulièrement déprimée à cet instant.
1. Traduction : « Ça commence à ressembler beaucoup à Noël. » (Toutes les traductions sont de l’auteure.)
OceanofPDF.com