Autisme, comprendre et agir

Bernadette Rogé · Chapitre 11 sur 53

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Autisme, comprendre et agir

Autres signes cliniques

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AUTRES SIGNES CLINIQUES

 

Dans l’examen clinique de l’enfant de nombreux signes qui n’appartiennent pas à proprement parler aux critères de diagnostic de l’autisme sont fréquemment évoqués.

 

Retard de développement

Dans l’enfance, et avant que l’ensemble des troubles n’ait été identifié et rattaché au tableau d’autisme, des problèmes non spéci-fiques sont fréquemment relevés. Le retard de développement psychomoteur, quoique non systématique se rencontre avec une fré-quence non négligeable. On peut relever un décalage dans l’acquisi-tion du maintien de la tête, de la station assise et de la marche. L’éveil à l’environnement est tardif. Le retard dans la mise en place d’un langage fonctionnel est relativement constant.

 

Hétérogénéité du développement

Le profil de développement est rarement homogène. Au contraire, on enregistre des variations qui peuvent être considérables entre les différents secteurs d’activité. L’enfant peut ainsi présenter des acti-vités mieux développées que d’autres. Son niveau de réussite peut même dépasser celui qui est habituellement enregistré à son âge, ce qui contraste avec d’autres domaines qui sont plus déficitaires. Dans certains cas restant malgré tout exceptionnels, sont observés des îlots de compétence qui dépassent même largement les capacités habituellement observées dans la population normale. Bien que ce phénomène dit de « l’idiot savant » ne soit pas spécifique à l’autisme, la manifestation de talents hors du commun chez des personnes qui sont par ailleurs déficientes dans leur développement intellectuel et dans leur adaptation sociale est plus fréquente dans l’autisme que dans les autres troubles du développement.

Les capacités observées dans ce cas touchent généralement un domaine étroit et très spécialisé pour lequel la personne manifeste un intérêt restreint et soutenu. Elle y développe une habileté dont on pourrait croire simplement qu’elle est à la mesure de la focalisation sur ce thème unique, alors qu’elle repose aussi et surtout sur des capacités exceptionnelles dans un ou plusieurs domaines perceptifs. Les cas les plus fréquemment évoqués sont ceux des calculateurs prodiges, capables d’effectuer des opérations complexes de manière LES SIGNES CLINIQUES DE L’AUTISME 27

 

instantanée, des calculateurs de calendrier, des dessinateurs qui res-tituent le modèle de manière quasi photographique, et des musiciens reproduisant très fidèlement une mélodie entendue une seule fois. L’habileté à reconstituer des puzzles ou à remonter des mécanismes complexes peut également se manifester d’une manière exception-nellement supérieure à la normale. Ces compétences si impres-sionnantes sont généralement peu fonctionnelles et restent limitées à leur expression dans un cadre restreint. Même les manifestations de type artistique gardent un caractère répétitif et stéréotypé.

 

Troubles du sommeil

Les troubles du sommeil sont pratiquement la règle. L’enfant reste éveillé longuement ou se réveille dans la nuit. Le comporte-ment est alors variable d’un sujet à l’autre. Les périodes d’insomnie peuvent être accompagnées d’une détresse que rien ne peut conso-ler. Mais l’enfant peut aussi rester les yeux ouverts de longues heu-res sans se manifester. Il est alors complètement passif ou présente des stéréotypies telles que des balancements accompagnés ou non de crouomanie (il se tape la tête) et de vocalisations elles aussi répé-titives. Il se lève parfois pour se livrer à des manipulations stéréo-typées d’objet ou simplement déambuler.

 

Troubles de l’alimentation

Les perturbations de l’alimentation sont également répandues. Elles peuvent être très précoces, l’enfant étant d’emblée très passif au moment de la tétée et ne présentant pas les réactions de succion. Plus tard, il peut résister à toute modification, notamment au moment du passage à l’alimentation solide. Enfin, il peut manifester des préférences marquées pour une gamme très étroite de nourriture et ritualiser la situation de repas soit par l’usage d’objets spécifi-ques, soit par des choix très précis de produits identifiés parfois par le goût mais aussi très souvent par l’emballage.

 

Problèmes dans l’acquisition de la propreté

L’acquisition de la propreté est généralement problématique. Des cas d’apprentissage instantané et brutal se rencontrent. Dans ce cas, l’enfant devient propre du jour au lendemain, ce qui contraste curieusement avec d’autres domaines dans lesquels son dévelop-© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit pement est retardé. Mais dans la majorité des cas, le contrôle est 28 DÉFINIR

 

difficile à établir et ceci pour différentes raisons. Il existe fréquem-ment des troubles du transit avec diarrhée ou constipation rebelle. Ces anomalies peuvent être renforcées par des habitudes alimen-taires peu adaptées. L’enfant peut aussi être indifférent à l’égard des signaux en provenance de son propre corps, soit qu’il ne les per-çoive pas, soit qu’il n’en intègre pas le sens. L’éventualité de selles douloureuses est également à envisager, surtout dans le contexte d’une constipation, et lorsque l’enfant présente par ailleurs les signes d’une hypersensibilité au niveau des muqueuses. Enfin, des peurs spécifiques liées aux toilettes, des rituels ou des intérêts stéréotypés comme le fait de tirer la chasse d’eau parasitent parfois fortement l’apprentissage de la propreté.

 

Problèmes moteurs

Des signes tels que l’hypertonie ou l’hypotonie, des anomalies discrètes sur le plan postural, et des problèmes de coordination peu-vent déjà être décelés précocement. Les troubles se situent dans le domaine de la motricité globale comme dans celui de la motricité fine et les perturbations touchent à la fois la motricité instrumentale qui permet l’adaptation à l’environnement, et la motricité de rela-tion qui participe à la communication par les gestes et les postures (Rogé, 1991 ; Leary et Hill, 1996).

Au niveau de la motricité globale, que le rythme de développe-ment ait été affecté au départ ou non, le maintien et les déplace-ments présentent ensuite des particularités. Les mouvements peuvent être pauvres, ralentis ou différés dans leur exécution avec en particulier des difficultés de démarrage du geste. Les problèmes d’initiative sont également fréquents, l’enfant ne produisant pas un geste dans le contexte où il serait adapté alors qu’il peut très bien le réaliser par ailleurs. Des postures particulières peuvent être obser-vées comme par exemple la tête inclinée sur l’épaule. Dans les déplacements sont notées des anomalies comme le positionnement des bras en flexion ou en extension, les mouvements d’accompagne-ment de la marche étant inexistants ou se produisant à contretemps. La marche sur la pointe des pieds qui peut être observée dans le développement normal, subsiste à un stade où elle devrait avoir disparu. Des mouvements stéréotypés peuvent interférer avec le mou-vement et rythmer les déplacements. Quoique fréquente, l’incoordi-nation motrice n’est pas la règle. On enregistre parfois une aisance paradoxale à ce niveau, l’enfant étant alors capable d’adopter des LES SIGNES CLINIQUES DE L’AUTISME 29

 

postures à la limite de la rupture d’équilibre, d’escalader des obstacles et de manifester des compétences qui se situent largement au-dessus de son âge. L’hyperactivité ou l’apathie peuvent entraver le fonctionne-ment. Le niveau d’activité est parfois fluctuant chez un même enfant.

Dans le domaine de la motricité fine, les problèmes de coordination peuvent entraver la manipulation précise des objets. La latéralité s’établit tardivement. Elle se définit plus souvent à gauche ou reste indéterminée et les deux mains ont du mal à se coordonner dans une activité complémentaire. La négligence d’une main est fréquemment observée. De manière paradoxale, certains sujets sont par contre capables de réaliser des manipulations fines d’une rare précision. Dans ce cas, la dextérité manuelle est généralement mise au service de comportements répétitifs et dénués de tout caractère fonctionnel.

Au niveau facial, la mobilité est souvent réduite. Les mimiques facia-les sont pauvres et peu ajustées au contexte social. On observe ainsi des crispations, des mouvements parasites, des expressions faciales sans rapport apparent avec la situation, ou d’une intensité anormale.

 

Problèmes sensoriels

La sensorialité comporte elle aussi de multiples anomalies d’apparition précoce. Ces signes sont souvent très marqués avant l’âge de 6 ans. Les perturbations concernent généralement toutes les modalités sensorielles. Elles se manifestent par des réactions atté-nuées, voire absentes, ou au contraire par des réponses exagérées s’accompagnant de réactions d’évitement, et par des conduites entraînant une autostimulation par rapport à des sources extérieures ou par rapport à la mobilisation du corps qui est source d’inputs sen-soriels de nature proprioceptive, kinesthésique, ou vestibulaire. Cer-tains enfants présentent des réponses dominées par l’hyporéactivité ou l’hyperréactivité. Cependant, dans la plupart des cas, les deux types de fonctionnement existent chez un même sujet et c’est donc la fluctuation des réponses qui caractérise le mieux le comporte-ment. Les récits autobiographiques livrés par des personnes attein-tes d’autisme de haut niveau ont permis de confirmer l’existence de troubles sensoriels avec notamment une hyporéactivité à certains stimuli ou au contraire une extrême sensibilité à des informations spécifiques (Grandin, 1994, 1997). Ces récits relatent également des états de panique, vraisemblablement liés à des situations incompré-hensibles ou à des sensations difficiles à intégrer dans une perception © Dunod – La photocopie non autorisée est un délit cohérente de l’environnement.